CHAPITRE IV
Des immersions dans l'acide muriatique exigé né.
S i ce sont des fils de lin ou de coton que l’on blanchit, il suffit pour les immerger dans l’acide muriatique oxigéné d’avoir près du récipient une cuve de même grandeur que lui , mais à un pied plus bas (fig. t , 2 , A). On la remplit d’eau jusqu’aux deux tiers , puis on y fait couler la liqueur du récipient par le moyen du syphon , ainsi qu’on l’a expliqué , en agitant sans produire de bouillons. On range les écheveaux dans un panier de même hauteur que la cuve à immersion , de manière à y faire deux couches.
met.
et à y laisser 0,2 de vide; le panier doit en contenir 100 à 1 5o kilogrammes. On enlève
ensuite ce panier par le moyen d’une grue tournante ou de toute autre machine équivalente , et on le plonge dans la cuve à immersion , d’où on le retire et on le replonge continuellement , pour renouveler sans cesse la liqueur qui mouille le fil. Dès qu’on s’aperçoit que celleci s’affaiblit , on relève le panier au-dessus de la cuve , et on fait couler de nouvelle liqueur du récipient. On continue ainsi jusqu’à ce que la liqueur conserve sa force , malgré les immersions répétées du fil. Cette première opération dure ordinairement deux ou trois heures.
Au lieu d’entasser ainsi le fil dans des paniers , on peut le faire baigner beaucoup plus librement dans la liqueur , en le laissant pendre à des baguettes qui passent parle milieu des échevaux , et qui sont suportées par un châssis de même grandeur que la cuve à imùiersion ; on n’a point alors à craindre que le fil blanchisse inégalement : à la vérité, il en entre moins à -la -fois dans les cuves. La manœuvre est d’ailleurs la même.
L’acide muriatique oxigéné affaiblit et détruit même les fils, comme les lessives , si on l’emploie sans ménagement. Ainsi lorsque l’on met du fil dans une liqueur très-forte , il perd bientôt toute sa ténacité: mais il est très-facile d’éviter cet ac-
cident , en ne plongeant le fil que lorsque la liqueur qui sort du récipient est bien mêlée avec de 1 eau , ou une liqueur affaiblie , de manière que le mélange ait une odeur supportable ; dans cet état de concentration , l’acide muriatique oxigéné n’attaque pas le fil qu’on y laisse plongé meme plusieurs jours. On ne doit pas se contenter d’une manière si vague déjuger, sur-tout lorsqu’on veut comparer plusieurs effets.
Dès le commencement de ses opérations , Descroizilles s’est servi d’une dissolution d’indigo par l’acide sulfurique , pour estimer la force comparative de ses liqueurs , et depuis il a publié la description de l'instrument qu'il a imaginé pour cet objet (i). La dissolution d’indigo doit être préparée avec sept parties d’acide sulfurique concentré et une partie d’indigo flore : on mêle ces deux substances dans un petit matras que l’on tient quelques heures dans l’eau un peu plus que tiede , et l’on ajoute 992 parties d’eau.
L’on juge de la force d’une liqueur par la quantité qu’il en faut pour que la couleur d’une mesure fixe de cette dissolution où l’indigo entre pour o,oor , soit détruite et ramenée au jaune. Cet essai se fait d’une manière commode avec une petite mesure et un bocal pareils à ceux indiqués pour l’épreuve des potasses.
(1) Journ. d’Agric. et des Arts, tom. I.
EN général. s5i
Pour une première immersion la liqueur peut être d’une force telle qu’une mesure en décolore de i 7 à 2 de dissolution d’indigo. Si l’odeur incommode , On la diminue en blanchissant la liqueur avec de la craie délayée dans de l’eau. Nous nous sommes assurés que ce moyen facile d’éviter l'incommodité de l’odeur n’affaiblit pas sensiblement l’énergie de la liqueur. La force et la durée des immersions qui suivent la première va toujours en diminuant. Leur nombre varie aussi selon la finesse et la qualité des fils ; en général elles ont leurs limites entre 5 et 9.
Il ne faudrait pas , de peur d’affaiblir le fil , se servir d’une liqueur trop faible ; car on ne supplée pas à ce qui lui manque d’action par un plus grand nombre d’immersions. Il est d’ailleurs facile d’éviter tout accident provenant de la liqueur , en ne négligeant point d’éprouver sa force. Il faut encore avoir l’attention de ne point laisser sécher à l’air du fil qui en est imprégné ; car cela l’altère , quoiqu’il n’y ait pas d’inconvénient tant qu’il est humide.
Le blanchiment des toiles exige les mêmes précautions. Il est d’autant plus avantageux que les toiles ont plus de finesse , parce qu elles consomment moins de liqueur ; mais , pour l’exécuter commodément , il faut, au lieu d’une seule cuve de la capacité du récipient , avoir quatre cuves assez grandes pour contenir chacune de
to à 12 pièces de 24 mètres. Ces cuves, disposées l’une à la suite de l’autre près du récipient, sont surmontées chacune d’un moulinet. En avant de la première on place une table sur laquelle on attache par les coins les 10 pièces qui doivent entrer ensemble en immersion. On jette, après avoir mis la liqueur au degré nécessaire , sur le moulinet de la première cuve , l’extrémité de la dernière pièce attachée ; un ouvrier enfonce avec un bâton les pièces à mesure qu’elles passent par-dessus le moulinet qu’un enfant fait tourner. On noue le bout de la dernière pièce à une ficelle attachée au montant du moulinet , afin que ce bout qui entre le dernier dans la cuve , et qui trouve la liqueur déjà affaiblie par les pièces à la suite desquelles il est attaché , entre le premier dans la deuxième cuve , et que le bout qui a été le premier dans la précédente, passant le dernier dans celle-ci , se trouve dans les memes circonstances que l’autre. En donnant ainsi le mouvement aux toiles pour les changer de cuves et en passant successivement chaque bout le premier , elles blanchissent très-également. Lorsqu’on a fait passer les pièces de la première dans la seconde cuve , on y entre de nouvelles pièces qui passent dans la seconde lorsque celles qui y sont entrent dans la troisième , et qui passent à leur tour dans celle-ci lorsque les précédentes sont dans la quatrième.
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En meme temps , on doit mettre de nouvelles pièces dans les deux premières cuves , de sorte qu’aussi-tôt qu’il passe des pièces d’une cuve à une autre , il en rentre immédiatement dans celle-là. Lorsqu’elles sont parvenues à la quatrième , et qu elles ont séjourné dans la liqueur le temps nécessaire , on les monte sur le moulinet pour les laisser égoutter , puis on les décharge sur une brouette et on les lave. Dès que les pièces sont sorties d’une cuve on en éprouve la liqueur, afin de la remettre au degré avant d’y entrer de nouvelles pièces. On doit avoir l'attention de bien enfoncer les toiles et de ne point en laisser surnager quelques parties , la durée , la force et le nombre des immersions varient pour les étoffes comme pour les fils.
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G MAPI T R E Y.
Des Lavages.
Cet jti qui projette un établissement , doit examiner si le lieu où il se propose de le faire , réunit les avantages de fabrication , de commerce , de transport; mais, sur- tout , il faut avoir à sa disposition une eau pure ; car sans cette condition , on ne parviendra pas à obtenir ujr beau blanc : l’eau qui , étant trouble , laisse
un dépôt noirâtre , peut encore être employée: avec succès; mais celle dont le dépôt est jaune, donne toujours une nuance défavorable. Ces observations s’appliquent particulièrement au blanchiment du coton , dont le blanc doit avoir le plus grand éclat.
Immédiatement après chaque opération, il faut, par un lavage fait avec soin, dégager des fils et des étoffes le liquide dont ils sont imprégnés ; parce que s’il était porté dans celui de l’opération suivante, il en neutraliserait une partie et affaiblirait ainsi son action :cette précaution ajoute d’ailleurs beaucoup à la perfection du blanc.
Pour laver les fils de lin ou de coton , un ouvrier prend un écheveau de chaque main , les plonge dans l’eau , les agite , les retire et les y replonge ainsi à trois ou quatre reprises , en prenant à chaque fois l’écheveau par un endroit différent. Il réunit ensuite les deux écheveaux, les tord et les jette près de lui.
Le lavage des toiles exige plus d’appareils pour être bien exécuté : assez généralement on le fait à la main et l’on bat au fléau ou à la masse ; mais cette manière est imparfaite , sur-tout à cause de l'inégalité du lavage. On emploie dans quelques établissemens des machines qui remplissent beaucoup mieux cet objet. Nous n’en connaissons point qu’on puisse préférer à celle de la célèbre manufacture d’Oberkampf , et dont il a déjà
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bien voulu donner connaissance à plusieurs fabricans : elle consiste en uufe forte batte qui frappe sur les toiles rangées sur une table circulaire et mobile autour d’un pivot. Une description assez détaillée pour pouvoir guider dans les constructions exigerait trop d’étendue pour que nous puissions la placer ici.
Cependant on peut obtenir un lavage assez complet , et suffisant pour la plupart des étoffes, en se servant de deux rouleaux de bois , placés 1 un au-dessus de l’autre sur des montans posés dans le sens de la largeur d’une rivière ; leur
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longueur est de o , 4° ? 1 inférieur a o , 48 de dia-
métré , tandis que le supérieur n’en a que o , 4°* Celui-ci porte des cannelures parallèles à son
axe , et dont le creux est à-peu-près égal à la moitié de la partie saillante. A chaque extrémité il a des tourillons qui s’engagent dans une rainure pratiquée sur les montants. Ces tourillons ny sont point fixés ; de sorte que ce cylindre peut sauter librement sur l’autre. La surface de 1 inférieur est lisse. Il porte une manivelle à 1 un de ses tourillons. Lorsqu’on veut laver les toiles par ce moyen , on jette la pièce dans 1 eau en tenant un des bouts qu’on pose entre les deux cylindres. En fesant tourner la manivelle, la toile passe entre eux pressée par le superieur , qui , à chaque cannelure , reçoit un petit choc et le fait éprouver a la toile en retom-
bant. Les pièces passées cinq ou six fois de suite de cette manière sont très bien lavées.
Pour mouiller les toiles ou les laver légèrement , on peut encore employer une espèce de moulinet à quatre ailes posé comme les rouleaux sur une rivière. On jette dans l’eau la pièce dont on pose le bout sur le moulinet , et en le faisant façonner , la pièce passe par-dessus et retombe de l’autre côté dans Feau. Si l’on tourne assez rapidement , et si l’on fait passer ainsi plusieurs fois les pièces , on les lavera par ce moyen simple assez exactement.
Ce qu’on vient de dire doit faire sentir l’avantage qu’il v a à disposer ses ateliers le plus près possible de l’eau que l’on a à sa disposition.