‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 27 sur 68 · CHAPITRE Y I I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y I I I

Des différentes préparations de la liqueur

oxigénée.

Dans les premières expériences qui furent tentées sur le blanchiment , on ne se proposa d’abord que d’employer la propriété qu’a l’acide muriatique oxigéné , de détruire les couleurs ; cependant on y mêlait de la potasse qui paraissait accélérer son effet. On s’aperçut bientôt que, pour obtenir un blanc constant et sans affaiblir la toile , il fallait imiter les opérations du blanchiment ordinaire, en fesant succéder , à l’oxigénation des parties colorantes par une liqueur assez affaiblie pour ne porter aucune atteinte au tissu , l’action des lessives qui servent à les dissoudre.

Bientôt après que la pratique du nouveau

blanchiment eût commence à s’établir , on prépara à Javelle une liqueur dont on fit mystère, et qui est encore employ ée sous le nom de lessive de Javelle (i). C’est une combinaison d’acide muriatique oxigéné avec une certaine proportion d’alcali fixe. On peut imiter cette liqueur, en employant les proportions suivantes pour la distillation et pour la dissolution alcaline : mûri ate de soude y 7 gr. , acide sulfurique Gi gr. , oxide de manganèse 3o gr. On reçoit le gaz qui se dégage dans un litre d’eau , dans laquelle on a dissous 120 gr. de soude ou de potasse commune : on étend cette liqueur de 10 à 12 parties d’eau pour l’usage.

Pour diminuer l'odeur importune de l’acide muriatique oxigéné , Decroizille y fit un mélange de carbonate de chaux ou de craie.

Depuis peu de temps , Tennant a fait une préparation pour laquelle il a obtenu une patente en Angleterre ; c’est une combinaison d’acide muriatique oxigéné et de chaux ou du muriate oxigéné de chaux. Cette substance a la propriété d’absorber facilement une grande quantité de gaz muriatique oxigéné , et pour obtenir cette combinaison , l’on n’a qu’à faire passer le gaz qui se dégage à travers la chaux éteinte , jusqu’à ce qu elle soit saturée. On délaye en-

(0 Annal, de Chili). tom. II.

suite cette chaux dans une certaine proportion d eau qui est employée au blanchiment. On augmente 1 effet en ajoutant à cette eau un peu d’acide sulfurique.

Pour juger de l’effet que l’on obtient de ces différentes préparations et de leur utilité relative , il faut d’abord rappeler les résultats de 1 observation qui ont été recueillis parla théorie.

L’acide muriatique oxigéné est composé de deux éléments qui sont faiblement réunis , et qui sont disposés à entrer dans d’autres combinaisons ; de-là , l'oxigénation facile des substances qui sont exposées à son action ; mais cette action s’exerce avec d’autant plus de facilité et d’énergie qu’elle n'est point affaiblie par une combinaison que l’acide muriatique oxigéné a pu contracter auparavant : ainsi , dans l’état gazeux il agit avec plus d’énergie, que lorsqu’il est déjà combiné avec l’eau , et par-là même son action peut être trop grande pour l'objet que l’on se propose dans le blanchiment ; cependant l’action de l’eau étant très-faible , la liqueur conserve une odeur vive , et on en obtient sensiblement tout l'effet qui n’est que retardé et modéré à volonté , selon la concentration qu’on lui donne.

Les alcalis exercent une action beaucoup plus puissante sur l’acide muriatique oxigéné que l’eau , et par-là ils peuvent lui donner une con-

densation beaucoup plus grande , en supprimant presqu’entièrement son odeur qui exige la liberté de son expansion et de sa dissolution par lair. On étend cette liqueur d’une suffisante quantité d eau pour remplir 1 objet qu’on se propose , en évitant les inconvénients d’une action trop vive ; elle produit plus promptement son effet , probablement parce que la potasse tend à former une combinaison plus intime et plus énergique avec l’acide muriatique , pendant que la partie colorante porte son action sur l’oxigène.

Lejs avantages que présente la lessive de Javelle, ou le muriate oxigéné de potasse ou de soude, sont donc, io. d’exiger un appareil moins compliqué ; car il suffit d employer un récipient qui contienne la dissolution alcaline , pour condenser le gaz muriatique oxigéné , avec la seule précaution de faire plonger le tube conducteur au fond du récipient, et de recevoir le gaz sous une cuvette ; a°. de supprimer presque entièicment 1 odeur suffocante de l acide muriatique oxigéné ; 3°. de fournir 1 agent de l oxigénation beaucoup plus condensée sous le même volume, et par conséquent de le rendre d un transport beaucoup plus facile et moins dispendieux ; 4°. enfin de produire son effet un peu plus promptement. Examinons à présent les désavantages de cette préparation.

Eoisquun alcali fixe agit sur l’acide muriati-

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que oxigéné , l’effet n’est pas simple ; une partie de 1 acide muriatique oxigené est simplement condensée , en conservant les proportions de ses éléments et les propriétés qui dépendent de la disposition qu’ils conservent à entrer dans d’autres combinaisons.

Une autre partie se décompose et le résultat des deux nouvelles combinaisons qui s’établissent à sa place, donne cinq à six parties de muriate de potasse contre une de muriate suroxigéné de potasse , sel qui contient à-peu-près o,38 de son poids en oxigène , auquel il doit ses propriétés caractéristiques. Or , Foxigène qui se trouve dans cette dernière combinaison dans laquelle il s’est accumulé , y est tellement assujetti , qu’il ne peut plus se porter sur les parties colorantes , ni reprendre l’état élastique par l’action de la lumière : toute la partie d’acide muriatique oxigéné qui subit cette transmutation de combinaison , est donc perdue pour le blanchiment ; sa quantité varie selon la condensation de la liqueur alcaline qui reçoit le gaz , et elle paraît augmenter lorsque l’on conserve la liqueur ; probablement la température fait varier les résultats (1).

On voit donc que les liqueurs analogues à la lessive de Javelle 11e doivent nas produire , dans

(1) Essai de Stat. Cliim. tom. II.

en general. üï'yr

leur action sur les parties colorantes, autant d’effet qu’une simple dissolution aqueuse qui contient , sous le meme volume liquide , une quantité de gaz muriatique oxigéné égale à celle qui a été condensée par l’alcali.

On a meme trouvé qu’en ajoutant simplement une dissolution alcaline a 1 acide muriatique oxigéné , son effet décolorant était diminué. Piupp a lait sur cet objet des expériences décisives ; il s’est servi d’une dissolution d’indigo pour comparer par les quantités , dont la couleur était détruite , l’acide muriatique oxigéné sans mélange , ou après y avoir ajouté des proportions différentes de potasse ; mais pour éviter l’incertitude qui aurait pu résulter de 1 action de 1 acide sulfurique sur la combinaison de la potasse , il a décomposé par l’acétate de plomb la dissolution d’indigo par l’acide sulfurique , de sorte que c’est une dissolution d’indigo par l’acide acétique qu’il a employée ; il a fait les mêmes épreuves avec une infusion de cochenille qui est encore sujette à moins d’objections. Il en résulte également que , plus il a mis de potasse dans une même quantité d’acide muriatique oxigéné, moins il a eu de liqueur décolorée; la différence entre l’acide muriatique oxigéné simple , et celui auquel il avait mêlé le plus de potasse a été de près d’un quart en faveur du premier.

H est donc prouvé par les considérations de

théorie et par les expériences directes , que l’addition d’un alcali , lors meme qu’il n’est pas employé pour condenser le gaz muriatique oxigéné, diminue l’effet que celui-ci doit produire; mais , dans la lessive de Javelle , il porte les frais de la liqueur à-peu-près trois fois plus haut ; il est manifeste que ces désavantages doivent en faire rejeter l’usage dans une fabrique, où l’économie est une condition que l’on doit s’imposer.

Le muriate oxigéné de chaux a un avantage sur la lessive de Javelle par la grande différence du prix de la chaux avec celui de la potasse ou de la soude , et il est par son état de dessication et sa condensation , d’un transport encore moins dispendieux ; mais il a aussi l’inconvénient de transformer une partie de l’acide muriatique , et de contenir du muriate suroxigéné que l’on ne peut indiquer dans cette combinaison par la nomenclature qui ne conserve sa précision que pour les combinaisons bien constantes ; il paraît meme que la proportion de muriate suroxigéné est considérable ; car , si après avoir chassé par un léger degré de chaleur l’acide muriatique oxigéné qui avait conservé ses propriétés , on examine la substance qui reste , on trouve qu’elle 11e produit plus de décoloration , et si on la pousse au feu dans cet état , il s’en dégage beaucoup de gaz oxigène. Welter nous a

dit que dans des expériences comparatives , il avait observé que le gaz condensé par la chaux ne produisait que le dixième de l’effet qu’on en obtient lorsqu’on l'a reçu dans l’eau. L’usage du muriate oxigéné de chaux ne peut donc qu’être desavantageux dans une manufacture , mais H peut convenir par la facilité de le transporter et de le conserver pour des usages particuliers où l’économie du procédé est d’un intérêt secondaire : il mérite sous ce rapport les éloges qu’on eu a faits.

L’addition de l’acide sulfurique à la dissolution du muriate oxigéné de chaux, en augmente l’effet par la décomposition du muriate suroxigéné ; mais pour que cet effet fût assez considérable , il faudrait une quantité d’acide qui deviendrait dangereuse.

Ces objections ne peuvent s’appliquer à l’addition de la craie qui a été conseillée par Decroizile , et dont il fait usage dans sa belle manufacture : sa valeur est très-petite , et quoique nos expériences nous aient paru prouver qu elle diminuait un peu 1 effet total de l’acide muriatique oxigéné , cependant cette diminution est si faible qu’on peut la négliger ; ainsi , quoique l’on puisse exécuter sans incommodité le procédé avec l’acide muriatique oxigéné simple , il ny a pas d’inconvénient à se servir de l’addition de la craie qui fait disparaître la plus

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grande partie de l’odeur ; nous conseillons meme de n’en pas omettre l’usage, lorsque l’on n’est pas encore instruit à conduire les opérations avec les attentions habituelles quelles exigent.

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