‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 28 sur 68 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des autres usages de l'acide muriatique

o xi gêné.

La propriété de décolorer et de blanchir que possède l’acide muriatique oxigéné , a trouvé plusieurs applications que leur analogie avec le blanchiment et leur relation avec l’art de la teinture nous engagent à rappeler.

Lorsqu’on a imprimé les toiles avec différents mordants , on les passe dans la garance où les dessins prennent différentes nuances , suivant la nature des mordants ; mais le fond de ces toiles reçoit aussi la couleur de la garance. Cette couleur est beaucoup moins solide que celle qui a été fixée par les mordants , et il faut la détruire par le moyen de la bouze de vache et du son , et par de longues expositions sur le pré : on emploie à-peu-près le meme procédé pour détruire le fond jaune des toiles imprimées qu’on a passées dans la gaude pour donner aux dessins les

nuances qui dépendent du jaune. On s’est promptement occupé à Manchester d’appliquer à cet usage les propriétés de l’acide muriatique oxigéné , modifié par des procédés que I011 n’a pas fait connaître.

Widmer et Hausmann firent chacun de leur côté des épreuves par lesquelles il fut constaté qu’011 pouvait employer avec succès une liqueur composée dans les proportions que nous avons indiquées pour la lessive de Javelle , mais avec la précaution de l’étendre pour l’emploi, d une plus grande quantité d’eau : nous allons rappeler le résultat que Widmer donna de ses expériences.

cr Lorsque les toiles sortent delà garance , on « les expose pendant quatre ou cinq jours sur le « pré, ensuite on les passe dans un bain de bouze « de vache , après quoi on les expose encore qua- * tre jours sur le pré comme la première fois ; « on leur fait subir une immersion d’environ « une demi-heure dans la liqueur à blanchir 7 « qu’on a eu soin d’étendre d’environ trente-cinq « parties d’eau : après cette opération, il faut mette tre les toiles pendant deux jours au pré ; 011 leur « fait subir une nouvelle immersion , et 011 les « expose encore deux jours au pré : entre chaque « opération , les toiles doivent être bien lavées « et battues ; l’exposition sur le pré que je pres- « cris , est , bien entendu , dans le beau temps, *< car pendant le mauvais , il faut laisser quel-

« ques jours de plus , ordinairement le fond « d’une toile qui a été bien garancée , pour avoir « des couleurs solides à toutes épreuves , doit « être parfaitement blanc après cette manipulait tion.

« On voit , d’après cet exposé , que nous n’em- « ployons plus du tout de son pour le blanchi- « ment des toiles garancées ; on aperçoit aussi «c que nous avons infiniment réduit les chauf- « fage$ , puisqu’autrefois une toile après le gaie rançage , recevait au moins trois à six débouil-

* lis , tandis qu’aujourd’hui elle en reçoit un ou « deux au plus , et qu’elle est infiniment moins « de temps sur le pré.

« J’ai souvent blanchi des toiles garancées sans

* leur donner aucun débouilli , seulement en « leur fesant subir des immersions toutes les « vingt-quatre heures , et en les exposant alter-

* nativement sur le pré ; mais cela a plusieurs « inconvénients : d’abord les toiles sont sujettes à « avoir des taches rouges couleur de brique , et « que les ouvriers appellent taches de garance ; « elles proviennent quelquefois de garances fal- « sifiées ; on ne rencontre cet inconvénient que « dans les garances d’Alsace : d’autres fois des « matières grasses ou huileuses qui se trouvent « dans les toiles, en sont la cause : ce sont ces « taches qui obligent assez souvent à faire subir « deux débouillis aux toiles , parce que , dans

en general. 377

« ce cas, l’action de l'acide et l’exposition sur le « pré sont insuffisantes.

« On expose les toiles sur le pré au sortir du « garançage , parce que la grande quantité de « matière colorante qui est déposée sur le fond,

« détruit une trop grande quantité d’acide , et « les couleurs s’affaiblissent beaucoup , ce qui « m’a fait croire qu’elles ont besoin du contact « de l’air pour s’affermir , s’il m’est permis de « me servir de cette expression.

« On fait subir un débouilli dans la bouze de « vache, aux toiles après la première exposition « sur le pré ; cette opération a l’avantage de dis- « poser la toile à blanchir , de remonter par sa « chaleur les couleurs fixées par les mordants , « et de les rendre plus solides à Faction de l’air « et à celle de l’acide muriatique oxigéné , te- « nant de la potasse en dissolution. J’affaiblis « beaucoup la liqueur , parce qu’alors je ne crains « qu’aucune couleur soit altérée ; a^ussi je passe « une toile fond noir ou couleurs qui en déri- « vent, avec autant d’assurance que celles qui « ont l’alun pour mordant : les toiles , en sortant « de ces immersions , paraissent* quelquefois ne « pas avoir blanchi beaucoup , mais cela les dis- « pose merveilleusement à accélérer l’action de « l’oxigène de l’atmosphère : j’ai éprouve plu- « sieurs fois qu’une pièce de toile étant coupée « en deux, dont la moitié a reçu une immer-

E> E EA teitvtüre

« sion , et l’autre point , la première blanchis- « sait plus en deux jours sur le pré , cpie la se- « coude en quinze jours.

ce Lorsqu on est obligé de faire subir un secc cond débouilli aux toiles , on le fait lorsque « elles reviennent du pré immédiatement après ce la première immersion dans la liqueur ; c’est ce par ce second débouilli qu’on parvient à réee duire entièrement en une espèce de savon ce et enlever ces taches de graisse dont j’ai parlé ce plus haut ; cela dissout aussi fort bien les mate tières colorantes qui ont commencé à s’oxi- « gêner.

ee Les toiles qui sortent de la gaude , soit fond <e jaune ou fond blanc , sont d abord exposées ce quatre ou cinq jours sur le pré , ensuite on ce leur fait également subir une immersion dans ce la même liqueur ; le fond de la toile ne paraît te pas avoir blanchi du tout ; mais , comme je ce l'ai dit ci-dessus, cela dispose la toile à receec voir Faction de l'oxigène , et au bout de deux te ou trois jours d’exposition sur le pré , on a ce des toiles d’un blanc superbe : lorsque ces te toiles jaunes reviennent du pré définitivement, ce le jaune a un œil foncé qui le rend un peu ce tçrne , ce qui paraît dépendre de Faction de ce l’oxigène de la liqueur et de l’atmosphère et qui semble avoir opéré un commencement te de combustion : on lui rend facilement sa

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k vivacité , en passant les toiles dans une eau « acidulée bien légèrement avec de l’acide mu- « riatiqne , mais il faut que l’eau ne soit pas « plus acide qu’une légère limonade ; cette opé- « ration a de plus l’avantage d’enlever les der- « nières parties de jaune qui pourraient être v restées dans le fond ou sur le rouge , et qui « par conséquent ternissaient l’éclat de l’un et « de l’autre; cette petite manipulation qui dure « tout au plus cinq minutes , a encore l’avantage « de rendre les couleurs olives plus verdâtres , « couleurs que le teinturier a ordinairement « beaucoup de peine à obtenir.

« J’oubliais de dire que c'est la force des cow~ ce leurs qui me règle pour la force de la liqueur. « Lorsque les couleurs sont fortes , je fais ente sorte que l’acide muriatique domine dans 1a. « liqueur ; au contraire , si les couleurs sont faite blés , c’est l’alcali qui doit dominer ; mais si ee on fesait un muriate oxigéné de potasse sa.~ « turé, il n’aurait plus la propriété de blanchir: et j'avais soupçonné qu’en passant les toiles sente lement dans une eau alcaline , cela les dispo- « serait également à blanchir au pré ; mais Texte périence n’a pas répondu à mon attente.

ce J’ai été fort long-temps à obtenir un entier <e succès , avec l’acide muriatique oxigéné tenant « de l’alcali en dissolution , parce que je l’em- « ployais à trop forte dose , et que par couse-

« quent j’altérais les couleurs. Mais actuellement « le citoyen Oberkampf s’attache tous les jours « davantage à cette nouvelle méthode , qui est « infiniment moins dispendieuse que l’ancienne , « et par laquelle on obtient un plus beau blanc « et des couleurs beaucoup plus vives ».

Cependant Widmer a été obligé d’abandonner ce procédé , parce qu’il exigeait qu'il fût dirigé par lui-même, et que les accidents dus à linattention des ouvriers rendaient cette méthode trop incertaine et trop dispendieuse. Nous ignorons si une cause pareille l’a également fait abandonner dans les autres manufactures , ou si l’on aura trouvé quelques modifications qui rendent le procédé moins incertain , mais 011 doit le retenir pour blanchir les toiles dans le tissu desquelles on a fait entrer du linon du coton teint de quelque couleur qui ne pourrait résister à l’action trop vive de l’acide muriatique oxigéné , ni même à l’exposition sur le pré.

Lorsque l’on veut décolorer une pièce de toile qui a quelque défectuosité de teinture ou de dessin , ou dont l’usage a lerni les couleurs , 011 doit lui donner d abord une lessive , puis une immersion qui suffit ordinairement : on procède si une seconde lessive et on la passe dans une eau acidulée par l’acide sulfurique ; sans cette dernière opération , elle conserverait une grande partie de son mordant, et elle ne pourrait, par

EN GÉNÉRAI, 2gri

cette raison , recevoir une nouvelle impression et un antre dessin.

Chaptal fit bientôt une application heureuse des propriétés de l’acide muriatique oxigéné au blanchiment du papier et à la restauration des estampes et des livres. Nous allons rappeler la description qu il donna de ses procédés.

« Le papier brouillard nns dans l’acide muriati- « queoxigéné, y blanchit sans s’altérer ; les chif- « fons de grosse et mauvaise toile, dont on se sert « dans les papeteries pour faire ce papier, blan- « dussent dans cet acide, et fournissent ensuite « un papier de qualité supérieure : j’ai blanchi , « par ce procédé , un quintal de pâte destinée à « fournir du papier brouillard , et on a évalué à « vingt-cinq pour cent l’augmentation de valeur « dans le produit , tandis que les frais de l’ope- « ration , rigoureusement calculés , ne le renché- « rissaient que de sept pour cent.

« La propriété qu’a cet acide de blanchir le

« papier sans en altérer le tissu , le rend pré-

« cieux pour réparer lés vieux livres et les es-

« tampes fumées : des estampes dégradées à tel

« point qu’on avait de la peine à distinguer le

« dessin , ont été réparées et rafraîchies d’une

« manière si étonnante , quelles paraissaient

« neuves ; de vieux livres salis par cette teinte

« jaune qu’y dépose le temps , peuvent être si

« bien rétablis , qu’on les croirait sortir de la « presse.

« La simple immersion dans l’acide muriati- « que oxigéné , et un séjour plus ou moins « long, suivant la force de la liqueur, suffisent « pour blanchir une estampe ; mais lorsqu’il « est question d’un livre , il faut d’autres pré- « cautions : comme il est nécessaire que l’a- « eide mouille tous les feuillets , on a l’attention « de bien ouvrir le livre , et de faire reposer la « couverture sur les bords du vase, de façon que « le papier seul trempe dans la liqueur ; on sé- « pare adroitement les feuillets , qui peuvent « être collés ou réunis , pour que tous s’im- « prégnent également : la liqueur prend une « teinte jaunâtre , le papier blanchit , et deux « ou trois heures après on retire le livre pour « le plonger dans l’eau pure , qu’on renouvelle « de temps en temps pour enlever l’acide muria- « tique oxigéné qui peut rester et faire disparaî- « tre l’odeur désagréable dont il est imprégné.

« Ce procédé m’a assez bien réussi , c’est même « le premier que j’ai mis en usage ; mais trop « souvent la couleur de mes livres a été bigar- « rée , quelquefois plusieurs pages n’ont pas été a du tout blanchies , et j’ai été forcé d’en venir « à un procédé plus sûr. On commence par dér « coudre les livres et les mettre en feuilles ; on « place ces feuilles dans des cases qu’on a pra- « tiquées dans un baquet de plomb, avec des « liteaux très-minces , à tel point que les feuilles

« posées à plat , ne sont séparées l’une (le l’autre « que par des intervalles à peine sensibles ; on « verse ensuite l’acide en le fesant tomber sur les « parois du baquet ; et pour que les feuilles ne « soient pas dérangées, et lorsque l’opération est « faite , on soutire l'acide par un robinet placé « dans le fond du baquet : l’on remplace cette « liqueur par de l’eau fraîche qui lave le papier « et le prive de l’odeur de l’acide oxigéné ; on « le met ensuite sécher , on le lisse et le relie. « J’ai rétabli par ce moyen plusieurs ouvrages « précieux qui n’avaient plus de valeur , par le « mauvais état où ils se trouvaient. On peut ente core poser les feuilles verticalement dans le « baquet , et cette position présente quelque « avantage en ce qu’elles se déchirent moins fa- « cilement ; et à cet effet , j’ai fait construire « un cadre en bois , que j’assujettis à la haute teur que je crois convenable , d’après la haute leur même des feuilles que je veux blanchir : te ce cadre soutient des liteaux de bois trèsee minces qui ne laissent entre eux qu'un inter <e valie de demi-ligne ; je place deux feuilles dans te chacun de ces intervalles , et les assujettis avec ee deux petits coins de bois que j’enfonce entre te les liteaux , et qui pressent les feuilles contre « ces memes liteaux ; je donne la préférence à te ce procédé avec d’autant plus de raison , que « lorsque 1 opération est faite , j’enlève le cadre

« avec les feuilles , et les plonge dans l’eau « fraîche.

« Par cette operation, non-seulement les li- « vres sont rétablis, mais le papier en reçoit un « degré de blancheur qu’il n’a jamais eu ; cet « acide a encore le précieux avantage de faire « disparaître les taches d’encre qui trop souvent <r déprécient les livres ou les estampes. Cette li- « queur n’attaque point les taches d’huile ou de « graisse ; mais on sait depuis long-temps qu’une « faible dissolution de potasse , (alcali caustique) «■ est un sûr moyen d’enlever des marques.

« Lorsque j’ai eu à réparer des estampes si dé* ïabrées , qu’elles ne présentaient que des lam- « beaux collés et rapportés sur un papier , j’ai « craint de perdre ces fragments dans la liqueur , « parce que le papier se décolle ; et dans ce cas, « j’ai la précaution d’enfermer l’estampe dans « un grand bocal cylindrique que je renverse sur « un verre dans lequel j'ai mis le mélange con- <r venable pour développer du gaz muriatique t < oxigéné : cette vapeur remplit l’intérieur du «c bocal et réagit sur l’estampe , en dévore la « crasse, détruit les taches d’encre , et les fragments restent collés et conservent leur posi- « tion respective ».

Loysel a particulièrement suivi l’application de l’acide muriatique oxigéné au blanchiment de la pâte de papier , parce qu’il fut chargé ,

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comme membre du comité des assignats et mori- Tiaies , d’inspecter ce procédé dont on fit usage pour le papier-assignat : nous allons présenter le précis des observations qu’il a publiées (i).

Il n’y a , par les procédés ordinaires , qu’une très-petite partie du chiffon qui puisse fournir des papiers blancs et fins , tout le reste est condamné aux papiers de qualité inférieure.

Le blanchiment de la pâte du papier , meme lorsqu’elle provient des chiffons les plus communs , peut lui donner la qualité de celle du plus beau chiffon.

Le nerf du papier dépend de celui des fibres dont il est fabriqué. Le chiffon de toile neuve et les cordages donnent un papier plus nerveux que les vieux chiffons. On met au premier rang les chiffons de toile neuve fine, soit écrue , soit blanchie par l'acide muriatique oxigéné ; viennent ensuite les cordages et les vieux chiffons.

Le papier destiné aux lettres de change ou autres effets de commerce et de service , doit être nerveux pour ne pas être exposé à être déchiré , à raison de son peu d’épaisseur. Il convient d’y employer en totalité ou en grande partie des matières de la première classe.

On doit employer les procédés qui ont été prescrits pour le blanchiment des fils et toiles ,

(i) Ano. de Chim. tom. XXXIX.

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c’est-à-dire soumettre la inatière aux lessives et aux immersions dans la liqueur oxigénée , lorsqu’elle est écrue ; mais lorsqu’on opère sur un chiffon , il suffit de lui donner une immersion et de le passer après cela dans l’eau acidulée.

On éprouva un inconvénient en opérant sur la pâte du papier ; elle paraissait très-blanche , et cependant elle donnait un papier inégal : c’est que cette pâte s’affaissait , de manière que les lessives et la liqueur la pénétraient difficilement. On remédia à cet inconvénient , en prenant la matière dans un état moyen , entre l’état de pâte et celui de chiffon. On y parvint en la ïesant effilocher sous un premier cylindre, de manière à détruire le tissu du chiffon , et à séparer les fibres dont le fil est composé.

Lorsque l’on veut un papier très-nerveux , il faut soumettre le chiffon écru aux opérations successives du blanchiment ; mais lorsque c’est sur-tout la blancheur que l’on veut obtenir , on peut diminuer considérablement les frais de l’opération , en le fesant passer quelque temps au pourri ssoir et en le lavant avec soin : alors Une lessive , deux liqueurs oxigénées et l’eau acidulée suffisent.

On s’est servi dans cette opération de la combinaison de l’acide muriatique oxigéné avec la potasse que l’on dissolvait dans vingt fois son poids d’eau ; sans doute, avec un appareil cou-

Tenable , on aurait pu employer , sans incommodité , l’acide muriatique oxigéné simple , ou en y mêlant de la craie.

Malgré l’augmentation de frais causée par cette addition d’alcali , Loysel fait voir que la valeur que le procédé procure au papier , donne lin bénéfice considérable.

En traitant du chanvre et du lin , nous avons décrit des procédés par lesquels on a cherché à leur donner l’apparence du coton; mais l’acide muriatique oxigéné peut être employé avantageusement à cet objet.

Pajot des Charmes paraît être le premier qui en ait fait cette application : nous allons rapporter le passage où il l’indique (i ).

Après avoir annoncé que la filasse se blanchit très promptement , c’est-à-dire à une ou deux immersions de moins que les fils moyens , il ajoute : « Il est à remarquer que l’étoupe de lin « ou de chanvre provenant de filasse ainsi hlantc chie , ou blanchie séparément , coupée , si elle « est encore trop longue', puis cardée , ressemble « singulièrement alors à du coton de Siam , que * l’on sait être le plus court et le plus commun « des cotons du commerce. Quand elle est bien « cardée , on 11e peut en connaître la différence ; « il n’est pas possible non plus de la distinguer

(1) L’Ait du Blanchiment ? page 106.

« à la filature. J’ai eu occasion d’en faire tisser « sur un bout de toile ; on l’aurait prise pour de « véritable coton. J’ai eu occasion pareillement « d’en faire employer pour mèches de chandelles,

«c sans qu’on se soit aperçu d’une différence sen- « sible par la lumière ou la clarté. Il serait sans « contredit bien intéressant de connaître tout le « parti que l’on pourrait retirer de cette appli- « cation de l’acide muriatique oxigéné au profit « du commerce. »

Quelque tems après , mais sans avoir connaissance de ce qu’on vient d’exposer , on publia dans le journal de l’Ecole Polytechnique une description des opérations qui avaient été faites dans les laboratoires de cette école , pour remplir le meme objet ; mais Giobert a publié des observations plus étendues et plus exactes, qui pourront diriger dans cet art nouveau (i) qui peut acquérir quelqu’importance.

« Le procédé que j’ai suivi, dit-il, est en général le meme que celui que le citoyen Berthollet vient de proposer , avec cette seule différence que dans les essais que l’on a faits à l’école polytechnique , on employa de la filasse longue que l’on coupait en fragmens , d’environ six centimètres de longueur , au lieu que dans tous mes essais et dans mes opérations en grand , je n’employais

(1) Bibliothèque ital. vol, II.

que de l’étoupe de chanvre de la plus mauvaise qualité à trois sous la livre.

» Le procédé que le citoyen Berthollet a décrit est celui-ci , et se compose des opérations suivantes :

1 ' * Am

» On prend la filasse , on la recouvre d’eau , dans laquelle on la laisse trois ou quatre jours , et après cela on lui fait subir une ébullition dans l’eau simple ;

» s». On la lessive , et on la passe ensuite à l’acide muriatique oxigéné , ce qui doit être répété alternativement quatre fois;

» 3«. On passe alors la filasse dans un bain d’eau chargée d’un centième d’acide sulfurique , dans lequel on la laisse près d’une demi-heure ;

» 4°. Enfin la filasse tirée de ce dernier bain , lavée avec beaucoup de soin, est plongée dans une eau de savon : on l’étend ensuite, sans l’exprimer, sur des claies , et on la laisse sécher.

» Le citoyen Berthollet a observé sur ce procédé, i°. qu’il n’exige que cinq à six heures lorsqu’on opère avec de petites quantités ; 20. que la filasse , ainsi préparée , à pu être réduite en fil très-fin, et d’une consistance suffisante , malgré que dans ses essais la filasse eut été réduite à des filamens trop courts; 3°. que les lessives ne doivent pas être trop fortes , mais qu’il faut les employer bouillantes; 4°- que soit que l’on emploie le plus beau lin ou l’étoupe de chanvre la plus

2 go DE LA TEINTURE

grossière , on parvient à des filamens égaux pour la finesse et la blancheur ; enfin il ajoute quil croit qu’en prévenant une trop forte dessiccaon pourra supprimer la dernière immersion dans l’eau de savon. »

« Les différentes observations que nous allons faire sur ce procédé , et qui sont le résultat d’opérations en grand , qui ont versé des toiles cotonnées et des balles de ce coton de chanvre dans le commerce , qui n’a pas été distingué du coton ordinaire , vont faire connaître différentes améliorations dont il est susceptible. Nous suivrons dans nos opérations le même ordre qui doit etre suivi dans la pratique du procédé décrit.

io. Macération préliminaire de la fdasse.

« Cette opération n’est pas , à la rigueur , bien nécessaire , et on peut y suppléer par une bonne lessive. Mais une macération préliminaire est plus économique. Au lieu d’eau pure , on doit employer de préférence de vieille lessive ; et si l’on n’a pas de celle-ci , des plantes, sur-tout les plantes mucilagineuses que l’on fait bouillir dans de l’eau , un peu de potasse qu’on y ajoute , donnent un meilleur dissolvant. Au reste, la macération peut être plus long-tems prolongée ; on ne risque pas du tout à la prolonger jusqu’à cinq jours , même dans la saison la plus chaude , et même en employant les alcalis qui paraissent fa-

fc N GENERAL, HQl

Voriser la fermentation putride. Au printems , en automne et en hiver, on la prolonge avec avantage depuis sept jusqu’à neuf jours. Par cette macération plus prolongée , la filasse s’affine , c’est-à-dire ses filaments se délient , et les opérations auxquelles on va l’assujettir dans la suite , font un plus grand effet.

» Lorsque la filasse est bien macérée , il est absolument inutile de la laver avec de l’eau chaude, qui ne fait qu’augmenter les frais; l’eau froide est suffisante , mais il faut laver en eau courante, en foulant aux pieds la filasse jusqu’à ce que l’eau en sorte très-claire. » s *

2°. Des lessives et des immersions dans T acide muriatique oxigéné.

« On pourrait se passer de lessives , en abandonnant la filasse à des fermentations, de la manière ci-dessus énoncée, après l’avoir passée à l’acide muriatique oxigéné ; mais cette pratique est trop longue. Cependant rien n’entraîne dans la filasse plus d’inconvénient que la lessive. Tout brin de chanvre ou de lin qui a été lessivé, en reçoit une roideur , sur-tout dans ses extrémités qui doivent se réunir en continuité pour la formation du fil ; le filage en devient difficile , incommode , inégal ; la fileuse perd presque patience, et au surplus ces extrémités ne s’entortillant pas bien l’une sur l’autre , leur adhérence

n’est pas bien forte, se glissent pour peu qu’on tire le fil , et celui-ci n’est pas bien résistant. On peut poser ce principe comme général. Cependant on ne peut guères se passer de lessives dans un établissement en grand de manufacture de coton par le chanvre ; c’est pourquoi il faut s’attacher à remédier à ces inconvénients , qu’on 11e peut pas économiquement éviter. Nous indiquerons ci-après deux moyens qui réussissent assez bien. Quant aux lessives , elles ne doivent pas être fortes , comme le dit le citoyen Berthollet ; mais elles doivent être bien caustiques , tandis qu’il faut éviter avec soin qu’il n’y ait pas de la chaux en excès , ou de l’eau de chaux dans la liqueur ; car alors la filasse d’une part s’affaiblit trop, et de l’autre en reçoit de la roideur. Une lessive 11’est pas trop caustique , lorsqu’en évaporant une partie de la liqueur elle ne se trouble pas ou ne laisse pas précipiter de la chaux. Le lessivage bouillant ne doit pas aller au-delà de trois heures, mais ce temps passé il faut soutirer la plus grande partie de la liqueur , et ensuite laisser refroidir la filasse dans la cuve en tas , avant que de la laver. Il est même utile de placer , sur la toile qui couvre la filasse , de gros poids qui la pressent. Ce repos de la filasse avec peu de liqueur fait un effet mieux marqué que le lessivage , et d’autant meilleur que la quantité sur laquelle on opère est plus grande.

» Il est utile de disposer les appareils de ma-

nière qu’on puisse ensuite la laver au moyen d’un courant d’eau , dans la cuve meme dans laquelle on l’a lessivée, et c’est dans cette cuve même qu’011 la passe ensuite à l’acide muriatique oxigéné , qui doit être très-faible. »

3°. Bain d'acide sulfurique .

« Un bain acide est indispensable pour donner à la filasse une blancheur éclatante. Mais la filasse une fois blanchie contient de la chaux qui , formant avec l’acide sulfurique un sel insoluble , rend cet acide peu propre à cet usage. Le sulfate de chaux qui se forme , s’attache à la filasse et lui donne de la roideur , et il n’est pas possible de l’emporter entièrement par le lavage. J’ai trouvé qu’en y substituant l’acide muriatique , la filasse a plus de souplesse. L’acide muriatique conserve dans le commerce un prix un peu plus élevé , mais en le fabriquant dans la manufacture même , les dépenses qu’entraîne l’emploi de cet acide ne sont pas bien considérables, et on doit le préférer ».

4°. Savonnage.

« La dernière opération est enfin le savonnage; cette opération est indispensable , et on ne doit pas se flatter de s’en passer , car ce n’est que par le savonnage que l’on parvient à bien délier les

brins de* la filasse. D’ailleurs, ce n’est que par le savonnage que l’on commence de corriger dans la filasse la roideur que lui a donnée la lessive , et qu’on lui donne la souplesse du coton ordinaire ; mais pour parvenir à ce but , il faut procéder différemment de la manière prescrite par le citoyen Bertliollet.

» La filasse, en sortant du bain précédent d’acide muriatique , loin de la laver avec beaucoup de soin , comme il est dit dans le procédé du citoyen Bertliollet, ne doit pas être lavée du tout : on doit la plonger, toute mouillée de liqueur acide dans l’eau de savon à chaud , sans rien craindre de l’action de l’acide. Le savon se décompose par l’acide , le muriate de soude qui en résulte est enlevé dans les lavages successifs , et l’huile du savon étant absorbée par la filasse , lui donne de la souplesse et du moelleux. Les brins restent plus déliés, et les opérations successives du cardage et du filage en deviennent plus faciles. C’est le premier des deux moyens que nous avons annoncés pour ôter à la filasse la roideur que lui donnent les alcalis des lessives. »

5°. Donner au coton de chanvre de la souplesse ,

« Malgré les soins précédons , le coton 11'a pas encore la souplesse qui lui est nécessaire. On achèvera de lui en donner par l'opération suL

vante : on prend la filasse séchée, on en fait de grosses balles , et on la conserve bien emballée deux ou trois mois dans un lieu un peu humide. Il s'excite, par ce moyen, une espèce de fermentation dans la filasse , qui lui donne toute la souplesse qu’on desire ».

6°. Donner au coton de chanvre les apparences

du coton ordinaire.

« Le coton que l’on obtient du chanvre par les opérations précédentes , quels que soient les soins qu’on aura pratiqués, est toujours différent du coton ordinaire , et il est aisé de le reconnaître. La filasse conserve un luisant qui lui est propre , et qui est très-différent du blanc mat du coton ; ce brillant est assez agréable , et il se peut que dans plusieurs objets de manufacture il soit même recherché ; mais enfin ce n’est pas une des propriétés du coton , et on doit le regarder comme un défaut lorsqu’il s’agit d’imiter le coton ordinaire. Je n’ai trouvé qu’un moyen d’y remédier,

et ce moyen consiste à mêler dans le cardage au coton de chanvre, de iq à i5 pour joo de coton ordinaire. Le coton filé que l’on fait par ce moyen

n’est plus reconnaissable du coton filé ordinaire».

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