‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 29 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des ateliers et des manipulations de l’art de la

teinture .

Si Ton doit regarder comme un principe général que les travaux qui s’exécutent en grande manufacture , sont plus avantageux que ceux qui sont isolés , parce que les manipulations se subdivisant , chaque ouvrier s’occupe du meme objet , et acquiert par là de la célérité et de la perfection dans l’exécution , et parce que tout étant coordonné , chaque partie du travail vient , pour ainsi dire , se réunir sans perte de tems ; ce principe doit encore s’appliquer aux teintures par une raison particulière, c’est que le résidu d’une opération peut souvent servir à une autre; un bain qui se trouve trop épuisé pour une couleur, ou même pour ce qu’on appelle les suites d’une couleur, peut servir ou à donner un pied à d’autres étoffes 3 ou à former un nouveau hainA

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en y mêlant d’autres ingrédients. La noix de galle, qui a été employée à l’engailage de la soie, peut encore être utile à d’autres opérations sur la laine ou sur le coton. On pourrait citer un grand nombre d’exemples pareils.

Il serait facile , si l’on s’arrêtait à ces considéra^ tions , de prouver combien étaient contraires aux progrès de l'art cette division en grand et petit teint, cette classification de teinturiers en soie, en laine et en fil, ét ces réglemens qui défendaient à un teinturier d’une classe d’avoir chez lui les ingrédients qui étaient destinés à une autre classe. Il semble qu’il faudrait au contraire encourager les grandes entreprises en teinture , et ceux qui les dirigeraient devraient se faire un plan d’opérations , tel qu’il y eût un rapport entre elles toutes , et qu’il ne se fit aucune perte en ingrédients, en temps , en combustible, en main-d’œuvre, et cette disposition devrait être subordonnée aux besoins présumés du commerce.

Il faut qu’un atelier de teinture soit spacieux, éclairé d un beau jour, et voisin d une eau courante, autant qu’il est possible; il faut qu'il soit pavé avec chaux et ciment ; qu on y ait ménagé des écoulements faciles pour les eaux et les vieux bains de teinture, et que tout soit disposé pour que la plus grande propreté puisse y régner.

Les chaudières dont la disposition et la grand ur dépendent des opérations auxquelles elles sont destinées, sont de cuivre rouge ou de cuivre

SÇ)8 r»E LA TEINTURE

jaune , si ce n’est pour l’écarlate , pour laquelle il est plus avantageux de se servir de chaudières d étain , ainsi que pour les autres couleurs délicates, pour lesquelles on fait usage de la dissolution d’étain. Le cuivre jaune est moins sujet à être attaqué par les substances salines et à tacher les étoffes que le rouge : nous verrons cependant que l’on peut dans plusieurs cas substituer des vases de bois aux chaudières de métal. Il est important de bien nettoyer les chaudières après chaque opération , et celles qui ont une grande capacité doivent avoir à leur fond un tuyau de cuivre qui porte en dehors un robinet , que l’on ouvre quand on veut en vider les bains.

Au - dessus de chaque chaudière on perce au manteau de la cheminée ou dans le mur , des trous pour y placer des perches , qui servent à y mettre égoutter les écheveaux de laine ou de soie, ou les étoffes dont on n’a que de petites parties à teindre, afin que le bain retombe dans la chaudière.

On se sert, pour les pièces d’étoffe, d’un tour dont les deux extrémités sont posées sur deux fourchettes de fer, qui se placent, quand on veut, dans des trous pratiqués sur les jantes de bois qui soutiennent les bords de la chaudière.

Plusieurs teintures en soie et en coton , pour lesquelles on ne doit pas employer l’ébullition , s’exécutent dans des vases longs de cuivre ou de bois , qu’on appelle barques ou baquets.

Comme la plupart des couleurs qu’on applique sur la soie sont très-délicates , elles exigent une prompte dessiccation pour ne pas s’altérer : on a pour cet objet un séchoir qui est une pièce échauffée par le moyen d’un poêle : on étend la soie sur une perche suspendue et mobile , qu’on appelle branloire , et qu’on tient agitée pour accélérer la dessiccation : on se sert aussi de séchoir pour les toiles de coton que l’on a imprégnées de mordant.

Il faudrait entrer dans de longs détails , si l’on prétendait décrire tout ce qui doit composer un atelier de teinture , et l’inspection instruit beaucoup plus promptement et plus exactement que ne pourrait le faire une minutieuse description de ces objets; d’ailleurs la distribution d’un atelier doit être relative aux opérations auxquelles il est destiné ; elle doit être dirigée de manière que ces opérations puissent se succéder avec le plus d’avantages.

Mais il serait à desirer, pour les progrès de l’art et pour ceux de la science elle-même, qu’on réservât un petit emplacement , où l’on réunirait les ustensiles nécessaires aux expériences communes de chimie et aux épreuves de teinture.

Les manipulations de la teinture ne sont ni difficiles ni compliquées : elles ont pour objet d imprégner la substance qu’on veut teindre, des parties colorantes qui sont tenues en dissolution

^OO DE la TEIîTTÜRE

dans un bain, de faire concourir l’action de l’air, soit à la fixation des parties colorantes, soit à leur éclat , et de dégager avec soin celles qui n’ont pas été fixées dans la substance qu’on vient de teindre. On se contentera de donner une idée de celles qui sont le plus ordinaires , et des dénominations par lesquelles on les indique.

Lorsqu’on veut teindre des étoffes , et qu’on en a des pièces entières et meme plusieurs à-la-fois , on se sert du tour dont on a parlé ci-devant; on enveloppe sur ce tour un bout de l’étoffe, et en le fesant tourner promptement, il se charge successivement de toute la pièce ; on le tourne ensuite à contre-sens , pour que la partie de létoffe qui a été plongée d’abord la première , le soit la dernière à cette seconde immersion , et que par là la teinture soit autant égale qu’il est possible. Si la pièce d’étoffe est assez longue , on si l’on en a plusieurs à teindre de la meme couleur , on réunit ensemble les deux bouts et on passe le tour au travers , puis on le pose sur les fourchettes.

Lorsque l’on se sert de dissolution de fer, surtout pour donner différentes nuances aux étoffes de coton que, par exemple, l’on passe ensuite dans la garance , il faut prévenir avec grand soin les progrès et l’inégalité de l’oxidation du métal , selon les conseils que Chaptal donne sur cet

en général. 3oï

objet (i), et que nous aurons occasion de rappeler.

Si l’on a à teindre de la laine en toison , on pose sur la chaudière une espèce d’échelle fort large et dont les échelons sont fort rapprochés , et l’on y met la laine pour l’égoutter, l’éventer, ou pour la changer de bain.

Lorsque la laine est en écheveaux, on passe des bâtons dans tous les écheveaux , et la manœuvre est la meme que pour la soie et le fil ; cette manœuvre consiste à faire tourner sur les bâtons dans le bain les mateaux de soie et les écheveaux de fil ou de laine ; c’est ce qu’on appelle User , et l'on donne au bâton le nom de lisoir.

Lorsqu’on a teint les soies et les fils, il faut les tordre pour en exprimer l’excès des parties colorantes. Cette opération s’exécute sur une pièce de bois cylindrique qui est scellée par un bout dans un mur ou dans un poteau , et qu’on appelle 1 ' espar t : quand on répète plusieurs fois de suite cette opération pour sécher et pour donner du lustre , on l’appelle cheviller.

Quand on ajoute dans un bain une certaine quantité d’ingrédients , on dit qu’on lui donne un brevet ; et on le pallie , lorsqu’on le remue et qu’on le mêle avec un rable.

(i) Mém. de l’Instit, loin. III.

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