‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 3 sur 68 · PRÉCIS HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PRÉCIS HISTORIQUE

On remarque dans les hommes qui ont fait le moins de progrès dans l’art social , le désir d’attirer les regards de la multitude ; ils en saisissent avec empressement les moyens , et l’e'clat des couleurs est l’un des premiers qui se présentent. Les sauvages même cherchent à en imposer par les impressions qu’ils font sur leur peau , par les plumes , les pierres , les coquillages qui ont des couleurs vives. Les femmes des Gaules se donnaient les jours de fête une teinte brune olivâtre par le moyen du vouéde et sans doute celles qui occupaient les premier! rangs , étaient jalouses de cette distinction.

Il n’est donc pas douteux q„e l’origine de . .de la teinture ne remonte à une haute antiquité ; et lorsque la nature a présenté des substances colorantes d’une application facile il a pu s établir chez des peuples d’une civilisation peu avancée, des espèces de teinture qui aient re‘: ,e,'checs Par des nations polies : ainsi les

Précis

Gaulois préparaient quelques couleurs qui n’étaient pas dédaignées des Romains. Mais pour s’étendre et se perfectionner , l’art a dû suivre les progrès de l’industrie et ceux du luxe.

Les Egyptiens , selon Pline (i), avaient trouvé un moyen de teindre qui avait des rapports avec celui que nous employons pour les toiles peintes : les étoffes imprégnées probablement de différents mordants , étaient plongées dans un bain où elles prenaient différentes couleurs. Il indique l’emploi de ces mordants par le passage suivant. Candida vêla postquam attrivere , illinuntur non coloribus sed colorem sor~ bentibus medicamentis. Cependant il est à présumer que l’industrie avait peu d’activité chez un peuple où la puissance sacerdotale interdisait , par des lois, tout changement dans les coutumes les plus indifférentes.

Lorsqu’on veut juger des progrès que l’esprit humain avait faits dans l’antiquité , l’attention se porte sur la Grèce ; mais l’on y trouve une grande différence entre les beaux arts et les arts Utiles ou les arts de luxe ; différence dont on aperçoit la cause. L’opinion publique mit une distance immense entre ces arts ; car la gloire fut attachée aux premiers , et les autres furent confondus parmi les travaux serviles.

Cette distinction était en partie fondée. Le

(1) Ilist. Natur. Liv. XXXV , Chap. II.

peintre, le statuaire, l’architecte imprimaient leur génie à leurs productions ; leur art n’avait pas besoin de s accroître par de longues tentatives , et de s’enrichir lentement des hasards et des expériences des siècles. Tout à coup l’imagination put franchir les bornes du temps, et les chefs-d oeuvre , qui se succédèrent rapidement chez les Grecs , devaient faire l’admiration de la postérité.

Cependant , ce peuple si ingénieux , si sensible , si fécond en grands hommes , se laissa sédune , dans la distribution de son estime , pat* des goûts souvent frivoles. Celui qui remportait une victoire à la lytte , au pugilat , à la course, obtenait des couronnes et jouissait des plus grands honneurs ; mais les arts utiles étaient avilis aux yeux même des philosophes.

C’est ici l’un des caractères les plus frappants qui distinguent les anciens et les modernes. Les philosophes grecs , occupés sur-tout des spéculations qui pouvaient leur attirer les hommages d’un peuple si disposé à l’enthousiasme , regardèrent les arts utiles comme indignes de leur attention. Ce mépris passa chez les Romains ; et Pline , en parlant de la teinture , déclare qu’il néglige de décrire des operations qui n’appartiennent pas à un art liberal. Nec tingendi rationem omisissemus , si urtquam ea liberalium artium fuisset.

Précis

Depuis que la philosophie a pris l’observation; pour guide , et qu’abandonnant toutes les illusions des systèmes , elle s’est fondée sur l’étude des phénomènes de la nature et des propriétés réelles auxquels ils doivent leur origine , elle a suivi l’enchaînement des nombreuses merveilles quelle a analysées , dans leur rapport avec le bonheur de la société. Elle a reconnu dans les travaux de l’industrie , ainsi que dans le commerce , la source de la prospérité du peuple , le germe d’une grande population , le principal soutien de l’agriculture. Mais c’est l’académie des sciences de Paris qüi chercha la première à répandre les lumières des sciences sur tous les arts , qui forma le projet d’en publier la description , et qui , au milieu d’un régime prohibitif , s’éleva à cette idée , que l’industrie nationale doit s’éclairer et s’étendre par une communication libre des procédés dont elle fait usage , et que les sacrifices qu elle peut faire par cette publicité , sont bien compensés par les avantages qu’elle en tire elle-même. Ce projet fut étendu sur tous les objets de nos connaissances par l’encyclopédie , le monument le plus vaste qu’on ait 'élevé à la philosophie et à la raison.

L’art de teindre chez les Grecs n’a donc pu sentir que faiblement l'influence des lumières. Cependant l’activité du génie a quelque chose de communicatif , et l’industrie multiplie les

historique, O

tentatives lorsqu'elle est sollicitée par le luxe. Voyons donc à quel point le luxe s était élevé dans les beaux jours de la Grèce : consultons le tableau qu’en a tracé Barthélémy :

Une grande partie des citoyens d’Athènes passait ses jours dans différents tribunaux et recevait une rétribution de trois oboles , c’est-à-dire de neuf sous par jour ; le prix moyen du setier de bled , dont la valeur est le terme de comparaison le moins incertain entre les différentes valeurs , était de treize livres , c’est-à-dire un peu plus que la moitié du prix moyen qu’il a chez nous : un citoyen d’Athènes aurait donc , avec la rétribution journalière qui le fixait aux fonctions les plus importantes de la république , acheté une mesure de blé qu’on aurait actuellement pour quinze sous. U faut donc , pour nous faire une idée, non pas de la magnificence publique ni de celle de quelques particuliers , mais de l’aisance et du luxe de la classe ordinaire des citoyens , se représenter ce qu’ils seraient à Paris, si le salaire des fonctionnaires publics était de quinze sous par jour.

« Beaucoup d’entre eux (les Athéniens) al- « laient pieds nuds. Le peuple était vêtu d’un « drap qui n’avait reçu aucune teinture et « qu’on pouvait reblanchir. Les gens riches « préféraient des draps de couleur (i) ; ils esti-

(1) Voyage du jeune Anacliarsis.

Précis

« maient ceux que l’on teignait en écarlate par « le moyen de petits grains rougeâtres ; mais « ils fesaient encore plus de cas des teintures en « pourpre ».

La soie , qui est l’objet des procédés les plus variés de la teinture, est originaire de la Chine ; c’est , à ce que disent les annales chinoises , la femme de l’empereur IIoang-Ti qui , la première , s’occupa de la filature des cocons qui se trouvent naturellement sur les arbres. La soie passa ensuite dans l’Indostan , et de là dans la Perse , dans la Grèce et à Rome ; mais elle n’y parvint que fort tard : quelques - uns ont conclu d’un vers des Géorgiques de Virgile (i) , que l’usage en était connu à Rome dans le temps d’Auguste. L’on trouve dans Pline des indications moins douteuses. La soie était encore à un si haut prix , du temps de l’empereur Justinien , quelle se vendait au poids de l’or (2). Enfin des moines apportèrent des Indes à Constantinople des œufs de vers à soie , et ils y établirent la méthode de les élever et de filer le duvet de leurs cocons (3). U paraît que c’est dans le temps des croisades que les vers à soie furent introduits dans l’Italie.

(1) Velleraque ut foliis depectant tenuia Seres.

Géorg. Liv. 2.

(2) Voltaire , F.ssai sur les Mœurs, etc.

(3) Procop. Liv.4> Cap. ij , de Bello gothico.

L’art de teindre les toiles paraît avoir été inconnu dans la Grèce avant l’invasion d’Alexandre dans les Indes. Pline rapporte qu’on y teignit les voiles de ses vaisseaux de différentes couleurs. Il y a donc apparence que les Grecs empruntèrent cet art des Indiens.

L’Inde est le berceau des connaissances et des arts , qui se sont ensuite répandus et perfectionnés chez les autres nations. Les hasards faciles devaient bientôt se multiplier dans un pays qui est riche en productions naturelles , qui exige peu de travaux pour fournir à la subsistance de ses habitants , et dont la population était favorisée par la profusion de la nature et par la simplicité des mœurs , avant que la tyrannie des conquérants qui s’y sont succédés, y eut exercé ses ravages; mais les préjugés religieux et la division inaltérable des castes mirent promptement des entraves à l’industrie : les arts y ont été stationnaires , et il y a apparence qu’au temps d’Alexandre , la teinture s’y est trouvée à-peu-près au meme point qu’aujourd’hui pour les étoffes de coton , car la soie y était encore inconnue ou du moins très-rare.

Les belles couleurs que l’on observe sur les toiles des Indes , auxquelles on donna d’abord le nom de Perses , parce que c’est par le commerce de la Perse qu elles nous parvinrent , pourraient faire croire que l’art de la teinture

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y a été poussé à un grand degré de perfection ; mais on voit , par la description que Beaulieu fit à la prière de Dufay , des opérations qu’il fit exécuter sous ses yeux (i) , que les procédés des Indiens sont tellement compliqués, longs, imparfaits , qu’ils seraient impraticables ailleurs par la différence du prix de la main-d’œuvre. L’industrie européenne les a bientôt surpassés par la correction du dessin , la variété des nuances et la simplicité des manipulations : si elle n’a pu atteindre à la vivacité de deux ou trois couleurs , il ne faut l’attribuer qu’à la supériorité de quelques substances colorantes ou peut-être à la longueur même et à la multiplicité des opérations.

Nous pouvons déjà conjecturer que l’art de la teinture était moins étendu et moins perfectionné chez les anciens que chez les modernes ; mais ils avaient une teinture qui a été ou perdue ou négligée , et qui était l’objet du luxe le plus recherché , c’est la pourpre : ses procédés ont été mieux conservés dans les monuments historiques que ceux des autres couleurs.

On ne s’arrêtera pas aux contes dont on a cherché à embellir l'origine de la pourpre ; mais

(i) Traité sur les toiles peintes , dans lequel on voit la manière dont on les fabrique aux Indes et en Europe. Cette opinion est confirmée par les détails plus exacts que l’on trouve dans Bancroft. Of permanent colours.

historique. 9

il y a grande apparence que la découverte s’en fit à Tyr , et quelle contribua beaucoup à l’opulence de cette ville célèbre.

Le suc dont on se servait pour teindre en pourpre était tiré de deux principales espèces de coquillages ; la plus grande portait le nom de pourpre , et l’autre était un buccin : l’une et l’autre espèce se subdivisaient en plusieurs variétés : on les distinguait encore par la couleur plus ou moins belle qu’elles pouvaient donner , selon les côtes où la pèche s’en fesait.

Le suc colorant des pourpres est contenu dans un vaisseau qui se trouve dans leur gosier : on ne retirait de chaque coquillage qu’une goutte de cette liqueur : on écrasait les buccins , qui contenaient aussi une très-petite quantité d’une liqueur rouge tirant sur le noir. ( Nigricantis rosœ. Plin.)

Quand on avait recueilli une certaine quantité de suc colorant , on y ajoutait une proportion de sel marin ; on fesait macérer pendant trois jours , après lesquels on mêlait cinq fois autant d’eau : on tenait ce mélange à une chaleur modérée , en séparant de tems en tems les parties animales qui s’élevaient à la surface. Ces opérations duraient dix jours : on essayait ensuite avec un peu de laine blanche si la liqueur avait pris la nuance convenable.

On fesait subir à l’étoffe différentes prépa-

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rations avant de la teindre ; quelques-uns la passaient dans l’eau de chaux ; d’autres lui donnaient un apprêt avec une espèce de fucus , qui servait , comme quelqueSîUns de nos astringents , à rendre la couleur plus solide. Nous ne connaissons pas précisément la plante marine à laquelle les anciens donnaient le nom de fucus ; mais elle était d un usage si étendu dans leurs teintures , que ce mot était devenu un nom générique pour toutes sortes de substances colorantes. Le Pileur d’Apligny conjecture que ce pouvait être une espèce d’orseille que l’on trouve sur les côtes de Candie (i) ; d’autres enfin préparaient le drap avec l’orcanète.

Le suc du buccin ne donnait pas par lui-même une couleur solide , mais il augmentait l’éclat de la couleur de l’autre coquillage. La pourpre de Tyr se fesait par deux opérations : on commençait par teindre avec le suc de la pourpre ; après cela on donnait une seconde teinture avec le suc du buccin ; d’où vient que Pline lui donne le nom de purpura dibapha. Dans d’autres procédés on mêlait le suc des deux espèces de coquillage ; par exemple, pour ôo kilogr. de laine , on prenait 200 kilogr. de suc de buccin et 100 kilogr. de celui de pourpre : on obtenait par là une couleur d’améthiste; quelquefois on donnait

l'i) Essai sur les moyens de perfectionner Part de la teinture.

historique. Il

un fond avec le coccus , qui est notre kermès , et après cela on teignait avec le suc de la pourpre ; enfin , on réunissait quelques-unes des méthodes précédentes , et par là on obtenait une grande variété de couleurs de pourpre , que Ton distinguait par différents noms ; celle de Tyr avait , selon Pline , la couleur du sang coagulé ; la pourpre améthiste avait celle de la pierre de ce nom : une autre espèce ressemblait à la violette , etc. (i).

Il paraît que quelques espèces de pourpre conservaient très-long-tems leur couleur ; car I lutarque raconte , dans la vie d’Alexandre , que les Grecs trouvèrent , dans le trésor du roi de Perse , une grande quantité de pourpre , dont la beauté n était pas altérée , quoiqu’elle eut 190 ans d’ancienneté.

La très-petite quantité de liqueur , que l’on retirait de chaque coquillage et la longueur du procédé de teinture , donnaient à la pourpre

(1) Ceux qui veulent prendre des connaissances plus étendues sur la pourpre des anciens , peuvent consulter parmi les modernes les ouvrages suivants :

Fabu Colomne lyncœy purpura; G. gottlob Richter progr. ; de Purpurœ antiquo et novo pigmento ; Reaumur mém. de l’acad. 1711;

Et sur-tout un savant ouvrage de M. Bischoff, qui a Tour titre : Versuchc einer geschicte der farbcrkumt . , et*

ia

P Rie i s

un si haut prix , que l’on ne pouvait avoir r clu tems d’Auguste , pour mille deniers , (environ 700 livres de notre monnaie) , une livre de laine teinte en pourpre de Tyr.

Les prêtres , qui cherchèrent toujours à tirer avantage de ce qui peut faire impression sur le peuple , prêtèrent , dans les premiers tems , un caractère sacré à la pourpre. C’était une couleur agréable à la Divinité , et qui devait être réservée à son culte , et quoique la poutpre soit perdue depuis long-tems , l’orgueil du nom s’est conservé dans notre hiérarchie sacerdotale.

La pourpre fut presque par-tout un attribut de la haute naissance et des dignités. Elle servait de décoration aux premières magistratures de Piome ; mais le luxe qui fut porté à l’excès dans cette capitale du monde , en rendit l’usage commun aux personnes opulentes , jusqu’à ce que les empereurs se réservassent le droit de la porter : bientôt elle devint le symbole de leur inauguration. Ils établirent des officiers chargés de surveiller cette teinture dans des ateliers où on la préparait pour eux seuls , principalement en Phénicie. La peine de mort fut décernée contre tous ceux qui auraient l'audace de porter la pourpre , même en la couvrant d’une autre teinture.

La peine décernée contre ce bizarre crime de lèse-majesté fut sans doute la cause qui fit dis-

historique. i3

paraître l’art de teindre en pourpre, d’abord en Occident, et beaucoup plus tard dans l’Orient, où cet art était encore en vigueur dans le onzième siècle.

L’on retirait du coccus , que nous connaissons sous le nom de kermès , et dont on peut voir l’histoire (section 3 , partie a), une couleur qui n’était guère moins estimée que la pourpre , et qu’on alliait quelquefois avec celle-ci , comme on l’a dit ci-devant. Pline rapporte qu’elle était employée pour les vêtements des empereurs. On lui donnait ordinairement le nom d’écarlate , mais on la confondait quelquefois avec la pourpre. {

Ce n’est , suivant Pline , que dans le siècle d’Alexandre et de ses successeurs , que les Grecs cherchèrent à donner quelque perfection au noir , au bleu , au jaune , au verd.

Chez les Romains les nouvelles mariées portaient , dès les premiers tems , un voile jaune , et cette couleur était réservée aux femmes.

Dans les jeux du cirque , quatre partis se distinguaient par leurs couleurs, par le verd, color prasinus , l’orangé , rufatus , le cendré, venetus , et le blanc.

L’on peut juger des qualités de ces couleurs par les substances dont on fesait usage. Comme Bischoff a fait des recherches très-étendues sur cet objet , je vais rapporter d’après lui l’énu-

*4 Précis

me ration des ingrédients qui entraient dans lait de la teinture de ces tems , indépendamment du coccus et des coquillages de la pourpre.

l0* L alun 5 mais Ion peut voir, dans la première partie de cet ouvrage ( section 5 ) , que très-probablement les anciens ne connaissaient pas notre alun dans son état de pureté ;

2°. Lorcanète. Suidas rapporte que cette substance servait aussi de fard aux femmes ;

3°. Le sang des oiseaux , qui fut employé par les Juifs ;

4°. Le fucus. On préférait celui de Crète ; on s en servait ordinairement pour donner un fond aux bonnes couleurs ;

5°. Le genêt ;

6». La violette. Les Gaulois en préparaient une couleur qui ressemblait à une espèce de pourpre ;

7'°* Lotus medicago arborea ( luzerne en arbre) ; l’écorce servait à teindre les peaux , et la racine était employée dans la teinture de la laine ;

8o. L’écorce de noyer et le brou de noix ;

9°. La garance. L’on ne sait si la garance des anciens était la même plante que la nôtre ou quelque autre racine de la même famille ;

i o°. Le vouède ( glcistuni). Cette plante était certainement employée par les anciens ; mais il est douteux qu’ils lui aient donné les mêmes préparations que nous.

historique. i5

On fesait usage du sulfate de fer et de celui de cuivre pour teindre en noir sur-tout les cuirs. La noix de Galle , dont la plus recherchée venait de laComagène, servait d’astringent. On. y suppléait par la semence que renferment les siliques d’un acacia particulier à l’Egypte. On employait encore l’écorce de grenade et de quelques autres astringents (i).

Quoique les anciens aient pu faire usage de quelques substances dont aucun souvenir n’est conservé , il est facile de voir que» les acquisitions que nous avons faites , sur-tout depuis la découverte de l’Amérique , nous donnent une grande supériorité pour plusieurs couleurs ; mais les regrets que l’on a eus souvent, d avoir perdu la pourpre , sont-ils bien fondés? n’avons-nous pu atteindre à la beauté de cette couleur si fameuse?

Les coquillages , qui fournissaient la liqueur colorante de la pourpre , existent probablement avec autant d’abondance qu’autrefois ; ils ont été suffisamment désignés pour qu’on puisse les reconnaître : en effet , Thomas Gage rapporte qu’on trouva , près de INicoya , petite ville espagnole de l’Amérique méridionale , des coquillages qui avaient toutes les propriétés décrites par Pline et les autres anciens ; il paraît même

(1) Ameilhon j Méra. de l’Instit. littér . et beaux arts, tome 3.

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qu’on fait quelque emploi de ces coquillages, pour teindre le coton , sur les côtes de Guayaquil et de Guatimala (i). Cole en découvrit en 1686 sur les côtes d’Angleterre ; Plumier en a trouvé une espèce aux Antilles ; Réaumur a fait plusieurs expériences sur les buccins qu’il a trouvés sur les côtes du Poitou ; Duhamel en a aussi fait plusieurs sur le suc colorant du coquillage qui doit porter le nom de pourpre , et qu’il a trouvé en abondance sur les côtes de Provence. Il a observé que ce suc ne prend la couleur pourpre que par l’action de la lumière , ainsi que Réaumur l’avait déjà remarqué dans le suc colorant du buccin ; que ce suc , d’abord blanc, prend une couleur verte jaunâtre qui se fonce en tirant au bleu ; qu’enfin , on le voit rougir , et qu’en moins de cinq minutes il devient d’une couleur pourpre très-vive et très-foncée (2). Or, la pourpre des anciens avait ces caractères.

De plus , nous avons une description très-détaillée de la manière dont se fesait la pêche des coquillages qui servaient à la pourpre , dans un ouvrage d’un témoin oculaire , d’Eudocie Macrembolitisse , fille de l’empereur Constantin VIII , qui vivait au onzième siècle (3).

(1) Histoire philosophique et politique du commerce dea Indes , liv. 7.

(2) Mém. de l’acad. 1736.

(3) Eurlocie Macrembolitisse fut mariée à un Constantin f

historique 17

Si nous négligeons de nous procurer la pourpre , si l’on n’a pas cherché à profiter des épreuves que quelques modernes ont faites avec succès , c’est que nous avons acquis des couleurs plus belles et beaucoup moins chères. Plusieurs savans partagent cette opinion (1).

En effet , le kermès donnait une couleur qui était estimée des anciens presque à l’égal de la pourpre , et qui concourait à celle qu’on distinguait par le nom de color hysginus . Or, nous savons employer le kermès d’une manière probablement plus avantageuse que les anciens , parce que nous avons un alun pur qui dispose l’étoffe à recevoir une couleur plus belle et plus solide ; et cependant nos teinturiers ont été obligés de renoncer presque entièrement à son usage , malgré la solidité de sa couleur , parce qu elle ne peut , relativement à la beauté , soutenir la comparaison de celles qu’on obtient de la cochenille.

En supposant que la légère différence qui pouvait se trouver entre la couleur du kermès

et après sa. mort à Romain III , qui fut élu empereur en 1068. Son ouvrage se trouve daus un recueil publié par M. d’Anse de Villoison , sous le titre d 1 Ariecdota grœca e regiâ parisiensi et e venetâ S. Àlarci bibliothecis de prompta , T. 1 , 1781.

(0 BischolT versuche , etc. Goguet, de l’origine des lois, des arts et des sciences , ae. partie , liv. 2.

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et celle de la pourpre de Tyr est compensée par l’avantage que nous tirons de notre alun , nous pourrons regarder cette pourpre si précieuse , que les Césars s’étaient réservée sous peine de mort , comme semblable à ce rouge de sang que l’on voit dans les anciennes tapisseries , pour lesquelles on a fait usage du kermès.

La supposition que la couleur que nous tirons du kermès est préférable à celle que les anciens en obtenaient , peut être fondée sur le témoignage même de Pline ; car il insinue qu’elle a peu de solidité , et la couleur que l’on donne par le moyen du kermès à la laine qui a été préparée avec l’alun , est de la plus grande solidité.

Le savon , dont on attribue la découverte aux Gaulois , paraît n’avoir eu d’autre usage chez les anciens , que celui d’une pommade propre à nettoyer la chevelure , ou à la teindre des couleurs qu’on pouvait y ajouter (i). Cette substance si utile doit nous donner une supériorité dans le blanchiment et dans quelques parties des teintures. On suppléait à son usage pour dégraisser les laines et pour blanchir les toiles', par une plante que Pline nomme radicula , qui était appelée struthion par les Grecs , et que

(i) Goguet’, ibid. première partie, liv. 2. Ameilhon , Mém. de i’Instit. tom. 2,

quelques-uns regardent comme notre saponaire , et par une autre plante que Pline désigne comme une espèce de pavot. Homère nous peint la princesse Nausica et ses suivantes foulant aux pieds , dans des fosses , leurs habillements pour les blanchir. D’autres témoignages indiquent qu’on y mêlait des cendres : on faisait encor# usage de quelques terres bolaires.

Nous avons acquis du Nouveau Monde plusieurs substances tinctoriales , la cochenille , le bois de Brésil , le campêche , le rocou. Nous devons sur-tout la supériorité de nos teintures à la préparation de l’alun et à la dissolution d’étain , qui prête tant d’éclat à plusieurs substances colorantes. La soie , qui est devenue si commune chez nous , et qui prend des couleurs si vives et si brillantes , le mouvement rapide du commerce , qui met à la portée du peuple même la jouissance des productions de la Chine et des Indes , l’industrie active , éclairée , stimulée par la rivalité des différents peuples de l’Europe qui cherchent à contrebalancer leurs moyens de puissance; toutes ces circonstances mettent un intervalle immense entre le luxe le plus familier parmi nous , et celui de l’opulence de quelques particuliers chez les anciens: mais avant d’acquérir cette supériorité, l’Europe a éprouvé toutes les dévastations de la barbarie.

Au cinquième siècle tous les arts s’éteignirent

dans 1 Occident; bientôt on n’y trouva presque plus de traces de lumière , de raison , d’humanité , d’industrie. Quelques arts déchus se conservèrent seulement en Italie. Murcitori (r) cite un manuscrit du huitième siècle , dans lequel on trouve quelques descriptions de teintures , sur- tout pour les peaux , et quelques procédés des autres arts ; mais le latin , qui est presque inintelligible , et quelques lacunes empêchent qu’on ne puisse se faire une idée juste de ces procédés (2).

Les arts se conservèrent mieux dans l’Orient, et I on en tira , jusqu’au douzième siècle , les objets de luxe que quelques grands pouvaient se procurer. Pendant les croisades , les Vénitiens fondèrent leur puissance sur la manie de ces tems ; leurs flottes se chargèrent des approvisionnements de nos fatales émigrations : leur commerce s’enrichit ; les arts s’établirent chez eux et s’éclairèrent de l’industrie des Grecs ; de là ils se propagèrent dans les autres parties

(1) Diss. de textrinà et vestibus sæculor. rudium. antiq. âtal. vol. II.

(2) Je citerai littéralement une description de l’alun, qui paraît confirmer qu’on n’employait que des stalactites alumineuses ou une terre volcanique imprégnée d’alun.

DE ALUMEN.

Alumen autem metalliim , est terra floriens de eritarin. Eritarin terra est alla , facilis ad pisandum.

de Tltalie. En 1 338 , l’on comptait à Florence 200 manufacturiers qui , dit-on , fabriquaient (le 70,000 à 80,000 pièces de drap , qui fesaient un objet de commerce de 1,200,000 ècus d’or.

L’on rapporte environ , à l’an i3oo , la découverte de l’orseille , que fit par hasard un négociant de Florence ; ayant remarqué que l’urine donnait une belle couleur à une espèce de mousse, il fit des tentatives et apprit à préparer l’orseille. Il tint cette découverte secrète pendant longtems. Ses descendants , dont il reste encore une branche , au rapport de Dominique Manni , en ont retenu le nom de Ruccelai , du mot espagnol oreiglia que portait l’espèce de mousse.

Les arts continuèrent à être cultivés en Italie avec un succès qui s’accrut pendant long-tems. En 14^9 5 parut à Venise le premier recueil des procédés employés dans les teintures , sous le nom de Mariegola deiï arte clei tentori : il s’en fit, en i5io , une seconde édition fort augmentée. Un certain Giovaji Ventura Rosetti forma le projet de donner plus d’étendue et d’utilité à cette description : il voyagea dans les différentes parties de l’Italie et des pays voisins où les arts avaient commencé à renaître , pour s’instruire des procédés qu’on y suivait ; et il donna , sous le nom de Plictho , un recueil qui , selon Bischpff , est le premier où l’on ait rapproché les différents procédés , et qui doit être regardé

Précis

comme le premier mobile de la perfection à laquelle a été porté depuis lors l’art de la teinture ([).

Il est à remarquer que , dans l’ouvrage de Plictho , il n’est encore parlé ni de la cochenille , ni de l’indigo; de sorte qu’en i548, ces deux substances colorantes n’étaient probablement pas encore en usage dans l’Italie. Pline parle à la vérité d’une substance qui venait des Indes , et à laquelle on donnait le nom à'indicum ; mais on ne s’en servait que pour la peinture. Il est cependant très-probable que les Indiens en fesaient usage dans la teinture ; il parait même que le premier, qui ait été employé en Europe , nous a été apporté des Indes orientales par les Hollandais. La culture s’en établit d’abord au Mexique , et de là dans d’autres parties de l’ Amérique , où il a acquis des qualités supérieures à celui qui nous vient encore des Indes.

Pendant long-tems l’Italie et particulièrement

(i) Plictho dell * arte de* tentori , che inscgna tevger parmi) tele hanbasi e se de , si péri* arte m agiote , corne per la commune. Vi.nez.ia , j 44^-

Cet ouvrage a été traduit en français sous le titre de Suite du tenturier parfait , ou l'art de teindre les laines , soies , fils , peaux , poils , plumes , etc. comme il se pratique à Venise , Gènes , Florence et dans tout le Levant , et la manière de passer en chamois toute sorte de peaux £ traduite de l* italien. Paris 1716.

historique.

Venise possédèrent presque exclusivement l’art des teintures , qui contribuait à la prospérité de leurs manufactures et de leur commerce ; mais peu-à-peu cet art s’introduisit; en France. Gilles Gobelin fit un établissement dans le lieu qui porte son nom. On regarda cette entreprise comme si téméraire , qu’on donna à l’établissement le nom de Folie Gobelin , et le succès qu’il eut , étonna tellement nos aïeux qu’ils crurent que Gobelin avait fait un pacte avec le diable.

La découverte de la teinture en écarlate peut être regardée comme l’époque la plus signalée de l’art de la teinture, non-seulement par l’éclat qui la distingue , mais encore par celui que l’on procure au moyen du meme procédé , à plusieurs autres couleurs. L’on a vu que les anciens avaient donné le nom d’écarlate à la couleur qu’ils obtenaient du kermès , et qui était fort éloignée de la beauté de celle que nous désignons par là.

Des espagnols ayant observé que les habitants du Mexique se servaient de la cochenille pour colorer leurs maisons et teindre leur coton , ils informèrent le ministère de la beauté de cette couleur , et Cortès reçut , en 162^ , ordre de faire multiplier l’insecte précieux qui la produisait ; cependant la couleur que donne naturellement la cochenille est un cramoisi assez sombre.

Précis

Peu de tems après que la cochenille fut connue en Europe , le procède' de Fècarlate , par le moj^en de la dissolution d’étain , fut découvert. On raconte qu’environ en i63o, Corneil Drebbel observa , par un mélange accidentel , 1 éclat que la dissolution d’étain donne à l’infusion de cochenille. Il communiqua son observation à son gendre Ruffelar , qui était teinturier à Leyde. Celui-ci perfectionna bientôt le procédé, le tint secret dans son atelier , et donna la vogue à la couleur qui porta son norn(i).

Peu de tems après , un chimiste allemand , nommé Kuster ou Kuffler , Kepfler , trouva aussi le procédé de l'écarlate , par le moyen de la dissolution d’étain ; il porta son secret à Londres , en i643. Un peintre flamand , nommé Kloeck ou Jean Glucq , s’en procura la connaissance , et s'associa à une famille du nom Julienne , dont le dernier est mort en 1767 (2) : ce procédé se répandit ensuite dans toute l’Europe. Kloeck avait voyagé dans l’Orient , qui , depuis les Grecs , avait conservé un reste d’industrie , et il naturalisa en Flandre l’art des teintures sur la laine et sur la soie , qui y fleurit pendant long-tems. M. Franclieville fixe la mort de cet

(1) Grundriss cler farbekunst. Sigismond. Friedrick Hermbstatdt.

(2) Notice sur la manufacture nationale de tapisserie des Gobelins , par Guillaurneau.

homme si utile à sa patrie vers l’an i55o (i).

L’usage de l'indigo, qui a été encore une grande acquisition pour l'art de la teinture , eut plus de peine à s’établir que celui de la cochenille : il fut sévèrement interdit en Angleterre , sous le règne d’Elisabeth , de meme que le bois de campêche , qu’il était ordonné de brûler lorsqu’on le trouvait dans un atelier. Cette prohibition ne fut levée que sous Charles II.

L’on proscrivit pareillement en Saxe l’usage de l'indigo : on le traita, dans l’ordonnance qui fut rendue contre lui et qui rappèle l’arrêt contre l’émétique , de couleur corrosive , d 'aliment du diable. Fressende Teufels (2).

C’est un grand exemple des abus dans lesquels peut tomber une administration peu éclairée et facile à se laisser égarer par les suggestions des intérêts particuliers. Les teinturiers en bleu , qui étaient en possession de se servir du pastel et du vouëde , représentaient que l’indigo ferait tomber le commerce de ces deux substances qui étaient des productions du pays. Ce motif , qui serait encore aujourd’hui spécieux pour plusieurs personnes , détermina facilement à porter une interdiction , qui devait être bientôt éludée sous peine de payer un tribut à l’industrie des autres

(1) Mém. de Berlin , 1767.

(2; Bisckofl vcrsuche , etc.

a6 P^cts

nations. Le préjugé contré l’indigo sé communiqua aussi à la France , et l’on défend , dans 1 instruction de Colbert , d’en mettre dans les cuves de pastel au-delà d’itne proportion déterminée.

Colbert donna à l’industrie française , qui était demeurée languissante soüs les ministères orageux de Richelieu et de Mazarin , un essor qui l’éleva bientôt au-dessus des progrès des autres nations : il appela les plus habiles artistes , il récompensa tous les talents , il établit plusieurs manufactures ; et il est à remarquer que celles de Yanrobais et de Sedan furent désignées dans les lettres-patentes qui leur furent accordées , sous le nom de draps fins , façon de Hollande et d’Angleterre : il fit publier en 1672 une instruction pour les teintures (1), laquelle mérite attention.

On y présente d’abord les motifs qui doivent donner de l’importance à l’objet dont on va s’occuper : « Si les manufactures de soie , laine et

(1) Instruction générale pour la teinture des laines et manufactures de laines de toutes nuances et pour la culture des drogues ou ingrédients qu’on emploie. Cet ouvrage a été réimprimé en 1708, sous le titre suivant: Le teinturier parfait , ou instruction nouvelle et générale pour la teinture des laines et manufactures de laine de toutes couleurs , et pour la culture des drogues ou ingrédients qu’on y emploie.

II I S T O R I Q ü F.. 17

« fil sont celles qui servent le plus à entretenir « et faire valoir le commerce, la teinture qui « leur donne cette belle variété de couleurs qui « les fait aimer et imiter ce qu’il y a de plus « beau dans la nature , est l ame , sans laquelle « ce corps n’aurait que bien peu de vie.

« La laine et la soie , qui montreraient plutôt « dans leur couleur naturelle la rusticité de « l’âge, que l’esprit de l’homme et la politesse « du siècle , n’auraient qu’un médiocre com- « merce , si la teinture ne leur donnait des agré- « mentsqui les font rechercher et desirer , même « par les nations les plus barbares.

« Toutes les choses visibles se distinguent ou « se rendent désirables par la couleur ; et il ne « faut pas seulement que les couleurs soient « belles pour donner le cours au commerce des « étoffes , mais il faut encore qu elles soient « bonnes , afin que leur durée égale celle des « marchandises où elles s’appliquent ».

Mais , en plaçant à côté de plusieurs réglements salutaires l’instruction pour les cultivateurs et pour les artistes , Colbert paya un tribut à l’esprit féodal qui , en multipliant par des vues fiscales, les entraves du commerce, de 1 industrie et de l’agriculture , avait gravé , presque dans toute l’Europe , l’habitude de regarder ces entraves comme indispensables. Au lieu de s en tenir aux mesures qui devaient servir de

2 8 Précis

garantie à la fidélité des fabrications et à la bonté des couleurs , au lieu de développer le germe de l’espèce d’honneur qui est propre au commerce, et qui concourt avec son intérêt, il poussa le régime prohibitif au point d’exiger que la teinture des draps noirs fût commencée chez les teinturiers en grand teint , et achevée chez ceux en petit teint. Les premiers ne pouvaient avoir chez eux qu’un certain nombre d’ingrédients , et les derniers ne pouvaient en tenir qu’un certain nombre d’autres; ni les uns ni les autres ne pouvaient avoir du bois de Brésil , etc. Il est vrai que les effets funestes de ces prohibitions étaient tempérés par la facilité de s’y soustraire , ainsi que par les récompenses qui attendaient ceux qui fesaient faire quelques progrès à l’art , et dont les découvertes devaient ensuite être communiquées au public et produire des modifications dans les réglements. L industrie française perdit sa prééminence par le forfait de la révocation de l’édit de Nantes, qui la dispersa dans le reste de l’Europe , en portant la désolation dans nos ateliers.

Depuis cette époque , la partie de l’administration , qui a été chargée de la surveillance des arts et des manufactures , s’est constamment occupée des moyens de réparer nos pertes et de faire fleurir notre industrie : elle a particulière-

historique. 29

ment employé celui qui, avec une juste liberté , est le plus efficace de tous , l’instruction et les lumières , quelle a cherché à répandre.

Dufay , Hellot , Macquer , ont successivement été chargés de s’occuper de la perfection de l’art de la teinture , et on leur doit des travaux précieux. Dufay fut le premier qui se forma des idées saines , quoiqu’incomplètes , sur la nature des parties colorantes , et sur la force par laquelle elles adhèrent aux étoffes. Il examina avec sagacité quelques procédés , et il établit les épreuves les plus sûres que l’on pût trouver alors , pour déterminer d’une manière prompte et usuelle la bonté d’une couleur. Hellot publia une description méthodique des procédés que l’on exécute dans la teinture en laine, laquelle est encore le meilleur traité qu’on ait sur cet objet. Macquer a donné une description exacte des procédés qu’on exécute sur la soie : il a fait connaître les combinaisons du principe colorant du bleu de Prusse ; il a cherché à en appliquer l’usage à la teinture ; il a donné un procédé pour communiquer à la soie des couleurs vives par le moyen de la cochenille.

Les soins de l’administration ont eu le succès qu ils méritaient au jugement des étrangers. Anderson attribue à la perfection des teintures la supériorité que quelques manufactures françaises ont conservé sur celles des nations

3° Précis historique.

qui possèdent cependant déplus belles laines (i); et M. Home s explique ainsi : « C’est à l’acadé- » mie des sciences que les Français doivent la )> Supériorité qu’ils ont en plusieurs arts , et » sur-tout dans celui de la teinture (2) » : mais plusieurs savants distingués ont suivi , avec un égal succès , l’exemple donné par l’académie des sciences.

Macquer devait encore publier un traité général des teintures , dont il avait déjà donné le prospectus en 1781 ; mais la langueur qui annonça long-tems sa perte , l’empêcha de s’en occuper. Celui qui remplaça Macquer auprès de l’administration du commerce , tâcha, dans

la première édition de ces éléments , de lier la théorie des phénomènes , que présente l’art de la teinture , aux grandes découvertes qui fesaient à cette époque une révolution dans la chimie , d’en faire l’application à la pratique même de cet art , et de lui préparer de nouveaux progrès par une analyse plus exacte des propriétés des substances , qui servent comme agents dans la teinture , ou qui ont des rapports avec les qualités des couleurs.

(1) History of commerce.

(3} Essai sur le blanchiment des toiles.

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