CHAPITRE III
Des moyens par lesquels on peut constater la bonté d'une couleur .
Comme les couleurs diffèrent beaucoup entre elles par la manière dont elles résistent à l’action de l’air , de la lumière et des autres agents auxquels elles peuvent être exposées , et que c’est en cela que consiste une qualité importante dont l’œil ne peut être juge , on a cherché des moyens pour pouvoir constater leur bonté par une épreuve facile et prompte.
Le but de cette épreuve était de condamner les teintures qui ne pouvaient y résister ; en effet , il est important de préserver le commerce des infidélités qui peuvent affaiblir la confiance dont il a besoin , et il serait conforme à ses intérêts de pouvoir assigner le titre des produits
de l’industrie comme celui de l’or et de l’argent ; mais est-il possible de trouver des moyens assez sûrs et en même temps assez expéditifs, pour pouvoir déterminer la solidité d’une couleur combinée avec l’éclat et les autres qualités que l’on desire y trouver ? Ces moyens , si on les possédait , pourraient-ils s’appliquer avec un égal succès aux procédés qu’une industrie active trouve et introduit chaque jour?
On mit beaucoup d importance à ces épreuves que l’on appelait débouillis , dans un temps où l’on assujettissait les procédés des arts à des réglements qui quelquefois s'opposaient directement à leur progrès: ainsi l’ouvrier en petit teint aurait été repré hensible , s il eût employé certains ingrédients propres à donner des couleurs solides.
Ces entraves étaient peut-être nécessaires à l’établissement et aux premiers progrès de l’industrie ; mais aujourd hui ils ne peuvent plus se concilier avec ses intérêts ; cependant, il ne convient peut-être pas , pour les étoffes qui doivent être livrées à l’étranger , de se reposer sur les indications de manufactures que l’on exige aux chefs des pièces. On sait combien notre commerce dans le levant a perdu par l’infidélité des fabrications et des teintures sous des noms connus.
Nous n’examinerons pas cette question ; mais
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nous rappellerons ce que l’expérience a appris sur les moyens qui peuvent être employés , et dans lesquels un teinturier peut même en choisir d’utiles pour son usage. Nous y sommes particulièrement engagés , parce que les épreuves d’abord prescrites avaient été rectifiées sur les expériences d’un physicien qui était doué de beaucoup de sagacité , de Dufay. Nous allons , avant de transcrire l’instruction fondée sur ses essais , présenter l’histoire qu’en a donnée Hellot , avec ses judicieuses réflexions.
« Comme on n’a pu s’assurer exactement, ni * par les informations prises de différents tein- « turiers , ni par la lecture des anciens re'glements , de ce qui caractérisait précisément les « couleurs de bon teint et celles de petit teint ; « il a fallu , pour y parvenir , prendre le moyen « le plus long , le plus difficile , mais en même « temps le plus assuré , ou , pour mieux dire , « le seul sur lequel on pouvait compter avec cer- « titude. Feu M. Dufay , de l’académie royale « des sciences , que le ministère avait choisi pour « travailler à la perfection de cet art , a fait tein- « dre chez lui des laines de toutes les couleurs « et avec tous les ingrédients qui sont usités « dans la teinture , tant en grand qu’en petit « teint ; il a même fait venir de différentes pro- « vinces ceux qui ne sont point en usage à Parc ris , enfin , il a rassemblé la plus grande partie i • 21