‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 33 sur 68 · K LA. TEINT TJ II · texte numérisé non relu

K LA. TEINT TJ II

« des matières qu’il a soupçonnées pouvoir être « employées à la teinture , et il en a essayé un « très-grand nombre , sans avoir égard aux pré- « jugés des teinturiers, sur les bonnes ou mau- « vaises qualités des unes ou des autres.

« Il avoit commencé d’abord ses épreuves sur « des laines filées ; mais il a trouvé plus de faci- « lité dans la suite à se servir de morceaux de « drap blanc , parce qu’il était plus commode v pour les expériences qu’il avait dessein de faire.

« Pour reconnaître ensuite celles de toutes ces « couleurs qui étaient solides, et celles qui ne <c l’étaient point , et distinguer par conséquent « celles de bon teint de celles de petit teint , il a ce exposé au soleil et à l’air pendant douze jours « des échantillons de toutes ces couleurs, teintes «c chez lui , et dont il connaissait la composition. « Ce temps a paru suffisant pour les éprouver ; a car les bonnes couleurs ne sont point , ou que « très-peu endommagées , et les fausses sont efface cées en grande partie ; de sorte qu’après les « douze jours d’exposition au soleil en été , et à « l’humidité de l’air pendant la nuit , il ne peut « rester aucun doute sur la classe dans laquelle « chaque couleur doit être rangée lorsqu'elle a « été éprouvée de la sorte.

« Néanmoins il restait encore une difficulté,

« c’est que, n’ayant pas exposé toutes ces couleurs a à l’air précisément dans le même temps ni dans

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» la meme saison , les unes devaient avoir eu plus te de soleil que les autres , et par conséquent « avoir beaucoup plus perdu dans le meme est< pace de douze jours, que celles qui auraient « été exposées pendant un temps sombre ou pente dant des jours plus courts. Mais il a remédié a « cet inconvénient d’une manière qui ne laisse « plus aucune difficulté ni aucun doute sur l’exacte titude de l’épreuve ; car il a choisi une des plus « mauvaises couleurs, c’est-à-dire une de celles « sur lesquelles le soleil avait fait l’effet le plus « sensible pendant l’espace de douze jours. Cette « couleur lui a servi de pièce de comparaison « dans tout le cours de ses expériences , et cha- « que fois qu’il a exposé à l’air des échantillons, « il y a joint un morceau de cette meme étoffe ; « ce n’était plus alors le nombre des jours auquel « il avait égard, c’était à la couleur que prenait « son échantillon de comparaison, et il le laissait « exposé jusqu’à ce qu’il eût autant perdu que « celui qui avait été exposé pendant douze jours « deté. Comme il marquait toujours le jour au- « quel il exposait ses échantillons, il a eu occa- « sion d’observer , que dans l’hiver , il suffisait « de les laisser au grand air quatre ou cinq jours « de plus, pour perdre autant qu'ils auraient « fait en été. En suivant cette méthode, il ne « lui est resté aucun scrupule sur la certitude ce de ses expériences.

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Ss/j l)r. L A T IL I m T U K E

« Cette épreuve , par l’exposition à l'air et aux « rayons du soleil , avait encore un autre objet ; « c’était de trouver les débouillis convenables à <c chaque couleur. On appelle débouilli ou dé - « bout , l’épreuve qui se fait pour connaître si « une étoffe est de bon teint ou non. On en fait « bouillir un échantillon dans de l’alun , du tarte tre , du savon, du vinaigre, du citron, etc. , « et , par l’effet que font ces drogues sur la coûte leur, on juge quelle était sa qualité. Les dé- « bouillis pratiqués jusqu’en 1^33 étaient si in* « suffisants , qu’ils n’ont pu servir à M. Dufay « d’indication pour en trouver de plus sûrs. Il y « avait meme de bonnes couleurs qu’ils emporte taient, sans endommager que très-peu les niante vaises ; en sorte qu’il a été obligé d’en fixer et plusieurs, dont chacun sert à un très - grand te nombre de couleurs. Voici en peu de mots la « règle qu’il a suivie pour les trouver.

ee Après avoir vu l’effet de l’air sur chaque et couleur bonne ou mauvaise , il éprouvait sur la « même étoffe différentes espèces de débouillis , te et il s’arrêtait à celui qui fesait sur cette coûte leur le même effet que l’air avait produit : marie quant ensuite le poids des drogues , la quantité te de l’eau , la durée de l’épreuve, il était sûr de « produire sur cette couleur un effet pareil à ce celui que l’air devait y faire, supposé qu’elle « eût été teinte de la même manière que l’avait

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« été la sienne , c’est-à-dire selon la méthode des « teinturiers du grand ou du petit teint. Parcou- « rant de la sorte toutes les couleurs et tous les « ingrédients qui entrent dans la teinture , il « trouvait un moyen, qu’on peut regarder comme « sûr, de connaître la bonne ou mauvaise qualité « de chaque couleur , en fesant par le débouilli « une espèce d’analyse de ce qui était entré dans « sa composition. On ne peut se dispenser sans « injustice , d’avouer que les moyens qui ont « conduit M. Dufay à la découverte de ces dé'

« bouillis , ou épreuves de couleurs , ne soient « très-ingénieusement imaginés, parce que l’é- « preuve par l’air et le soleil ne peut être mise « en usage dans les cas où il faut juger sur-le- « champ si une étoffe , exposée en vente dans une « foire ou ailleurs est de bon teint , au cas que « son prix l’exige.

« Les débouillis de la nouvelle instruction , « publiée sur les mémoires de M. Dufay , lui font « perdre en peu de minutes , lorsqu’elle est de « faux teint, tout ce quelle perdrait étant ex- « posée pendant douze ou quinze jours à Pair. « Mais comme des règles générales pour de sem- « blables épreuves doivent être sujettes à bien « des exceptions , ou qu’on n’a pu prévoir , ou « qui ayant été prévues , n’ont pu être détaillées,. « sans courir le risque de faire naître de la con- « fusion , ou des sujets de contestations sans.

« nombre, il s’ensuit que ces règles, données « peut-être comme trop générales, sont aussi trop « rigoureuses dans plusieurs cas où des couleurs « claires demandent des sels ou des doses de sels « moins actives que des couleurs bien chargées , « qui peuvent perdre une quantité considérable « de leurs ingrédients colorants dans la liqueur « agissante d’un débouilli quelconque, sans qu’on <c y aperçoive de changements fort sensibles. Il « aurait donc fallu prescrire un débouilli pres- « que pour chaque nuance ; ce qui était impos- « sible , vu leurs variétés infinies. Ainsi l’air et le a soleil seront toujours la véritable épreuve ; et « toute couleur qui n’y recevra point d’altération « pendant un certain temps, ou qui y acquerra ce « que les teinturiers appellent du fond, doit être « réputée de bon teint, quand même elle change- <c rait beaucoup aux débouillis prescrits par la « nouvelle instruction. L'écarlate en est un exem- « pie : comme le savon emporte presqu’entière- <c ment cette couleur, on l’a soumise à l’épreuve « de l’alun; et quand elle est faite avec la coche- « nille seule, sans autre mélange d'ingrédients , « elle doit prendre , dans une dissolution d’alun « bouillante, une couleur pourpre : cependant , « si Ton expose de l'écarlate au soleil , elle y perd « une partie de son vif, et elle devient plus « foncée ; mais cette nuance foncée n’est pas celle « que l’alun lui donne. Ainsi les débouillis, dans

« certains cas, ne peuvent pas être substitués à « l'action de l’air et du soleil , au moins quant à « la parité de l’eifet.

« J’ai fait avec le bois de fernambouc , qui , « comme presque tous les autres bois chargés de « couleur , est de faux teint , un rouge beaucoup <( plus beau que les rouges de garance , et aussi « vif que les rouges faits avec la graine de béret mes ; ce rouge , au moyen de sa préparation « particulière , dont il sera parlé en son lieu , a « demeuré exposé à l’air pendant les deux der- « niers mois de , qui ont été fort pluvieux, « et pendant les deux premiers de 17/11 • malgré « la pluie et le mauvais temps, il a résisté ; et bien « loin de perdre , il a acquis du fond. Cependant « ce même rouge , si solide à l’air , ne résiste pas « à l’épreuve du tartre. Serait-il juste de le pro- « scrire parce que ce sel le détruit , et les étoffes

« que nous employons à nos habillements , sont- « elles destinées à être bouillies avec le tartre * « avec l’alun, avec le savon? Je ne prétends pas « cependant désapprouver les épreuves par les « débouillis ; elles sont utiles parce qu'elles sont « promptes ; mais il y a des cas où elles ne doi- « vent pas servir de règles pour prononcer une « confiscation , sur-tout quand elles ne feront pas « connaître qu'une couleur qui a dû être faite « avec des drogues de bon teint, l’a été avec les « ingrédients du petit teint ».

DE LA TEIWTTJRE

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