ART. III
De r acicle muriatique .
. Ce qui distingue sur-tout l’acide muriatique, c’est qu’il est plus volatil ou plus disposé à conserver l’état gazeux que les précédents, et qu’il a beaucoup moins d’affinité pour l’eau, de sorte que lorsqu il est combiné avec celle-ci , il suffit d’augmenter son action élastique par la chaleur, pour qu'il la quitte et reprenne l’état de gaz , jusqu’à ce qu’il en reste assez peu pour que l’action de l’eau soit équivalente à celle de son élasticité.
Quoique l’acide muriatique ait une capacité de saturation plus grande pour les bases alcalines que l’acide sulfurique , il est cependant chassé de ses combinaisons par cet acide , surtout lorsque l’on augmente son élasticité par la chaleur; ensorteque l’effet de son élasticité l’emporte sur l’excès d’affinité qui tend à maintenir sa combinaison avec la base.
Le gaz muriatique combiné avec l’eau forme l’acide muriatique qui était connu sous le nom d 'acide marin ou d 'esprit de sel : il a une odeur particulière qui tient de celle du safran; lorsqu’il j . q4
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est concentré , il donne à l’air des vapeurs blanches qui sont produites par la combinaison de cet acide avec l’eau qui se trouve dans l’atmosphère. C’est au point où il est saturé de toute l’eau qu'il peut enlever à l’atmosphère , qu’il cesse de donner ces vapeurs ; il a ordinairement line couleur jaune, qui lui vient d’un peu de fer ou d’acide muriatique oxigéné ; car lorsqu’il est bien pur, il est blanc comme de l’eau.
On retire en grand cet acide du sel marin ou muriate de soude qu’on distille avec de l’argile ; mais par ce procédé il est toujours faible : on le dégage aussi de ce sel par le moyen de l’acide sulfurique.
Ce procédé a beaucoup de rapport avec celui qui a été décrit pour l’acide nitrique ; mais il doit avoir quelques différences qui dépendent de la plus grande volatilité de l’acide.
On se sert d’une cornue tubulée , ou , ce qui est préférable , d’un grand matras à l’orifice duquel on ajuste un tube recourbé dans son milieu avec un renflement à la partie inférieure de la courbure : on introduit par ce tube l’acide sulfurique, dont une partie étant retenue dans la courbure et dans son renflement , sert à fermer le passage au gaz dont la pression ne fait que l’élever au-dessus du niveau auquel elle se tient dans les deux branches de la courbure. L’obstacle qui résulte de l’élévation de la colonne
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d’acide sulfurique déterminé donc le gaz à se dégager par un tube conducteur où il trouve moins de résistance.
On a introduit le sel dans le matras ; après cela, on y fait couler les ~ de son poids d’acide sulfurique qu il est bon de délayer : le reste de l’appareil doit également avoir été préparé auparavant. Il consiste en deux flacons dans lesquels on distribue un poids d’eau égal à celui du sel employé ; mais comme la vapeur qui se dégage s’unit promptement à l’eau , il se forme facilement un vide qui fait repasser la liqueur d’un flacon dans 1 autre, et du premier dans la cornue. Pour éviter ces résorptions , il faut que le premier flacon soit muni du tube de sûreté imaginé par Welter. On introduit ce tube par une tubulure particulière , ou encore mieux par l’un des bouclions qui donnent passage à un tube de communication. S’il se forme 'un vide , l’air atmosphérique rentre dans le flacon ; mais pendant que la vapeur en se dégageant presse sur la liqueur , celle-ci s’élev e dans le tube jusqu a ce que la colonne contrebalance la pression de la vapeur. On doit luter a\ec beaucoup de soin , parce que les vapeurs de 1 acide muriatique sont très pénétrantes , et que lorsqu’elles se sont fait un passage à travers le lut, il est très - difficile de le réparer. Si cependant cet accident arrive, le meilleur moyen pour y remédier est de frotter l’issue avec de
l’alcali pour saturer l’acide, et d’y appliquer incontinent du lut. Il faut attendre que l’effervescence qui se produit par l’affusion de l’acide sulfurique soit calmée, avant de mettre du feu sous la cornue , qui doit être placée sur un bain de sable , et beaucoup ménager le feu , sur - tout dans le commencement de l’opération.
L’acide que l’on trouve dans le premier flacon est très-concentré et fumant , sur-tout si on l’a tenu plongé dans l’eau froide ou dans la glace pilée ; mais il peut contenir de l’acide sulfurique, ce qu’on reconnaît en l’étendant d’eau distillée , et en y versant un peu de dissolution de baryte qui produit un précipité. Si on le veut rectifier, il faut le distiller avec peu de sel marin.
L’acide du second flacon est beaucoup moins concentré ; s’d est trop faible pour les usages auxquels on le destine , on peut le mettre*à la place d’eau dans une seconde opération ; mais il a l’avantage d’être pur.
L’acide muriatique n’est presque jamais employé directement dans les procédés de teinture; mais il sert à faire des dissolutions métalliques propres à servir de mordant , seul ou concurremment avec l’acide nitrique : le muriate d’étain est celle de ses combinaisons qui mérite le plus d’attention : nous devons à Pelletier et à Proust des observations très -intéressantes sur ce mu-
riate (i) : nous allons rappeler celles qui se rapportent à notre objet.
Pour préparer la dissolution d’étain par l’acide muriatique , Pelletier prescrit de placer une partie d’étain avec quatre parties d’acide muriatique concentré dans un matras sur un bain de sable qu’il chauffe par degrés jusqu’à lebullition. La chaleur qui produit l’ébullition ne doit pas être favorable à la combinaison de l’acide muriatique , à cause de la force élastique qu elle lui donne : Il parait donc qu’un degré plus modéré de chaleur doit convenir ; mais on peut ensuite produire 1 ébullition pour chasser l’excès d’acide qu il est bon de retenir dans un second matras ; après cela on n a qu à procéder à la cristallisation.
Le muriate produit par ce procédé contient 1 étain au plus bas degré de l’oxidation nécessaire pour sa combinaison avec un acide. Dans cet état il enlève l’oxigène , non - seulement à l’acide muriatique oxigéné , à l’acide sulfureux , mais encore à Pair atmosphérique, et à toutes les substances qui ne retiennent pas cet élément avec force. On voit par là qu’il peut être très-propre a guidei dans les recherches sur les propriétés des substances colorantes, et comme d ailleurs 1 oxide détain se combine facilement avec les
(i) Mém. et Observât, de chim. de Pelletier, tom. I. Proust, de Journ. de Phys* tom. LI.
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étoffes et avec les parties colorantes , ce muriate peut être très-utile dans les procédés de teinture.
Ses effets doivent varier selon l’état d’oxidation dans lequel il se trouve. Pelletier conclud de quelques essais , que c’est toujours dans l’état le plus oxide qu’il est le plus avantageux en teinture ; cette conclusion est peut-être trop générale et nous croyons qu’il faut déterminer par des épreuves ce qui convient à cet égard à chaque espèce de teinture.
Pour obtenir le muriate d’étain dans l’état le plus oxigéné , Pelletier prescrit de faire passer du gaz muriatique oxigéné dans la dissolution détain faite par l’acide muriatique, jusqu’à ce qu’elle en retienne l’odeur ; après cela , il fait volatiliser l’excès d’acide par la chaleur ; on peut oxigéner le muriate d'étain , en laissant sa dissolution simplement exposée à l’air atmosphérique ; mais l’effet est lent.
C’est sur-tout pour le coton et le lin que le muriate d’étain peut être employé avantageusement en teinture , ou du moins il ne peut l’être en quantité pour les substances de nature animale, parce que l’acide muriatique exerce une action trop vive sur ces substances : ce qui doit s’appliquer aux autres muriates métalliques.
Les muriates alcalins ne sont employés que comme altérants; en général ils donnent une nuance plus foncée aux couleurs.
Nous nous pommes assez étendus sur la préparation et les propriétés de l’acide muriatique oxigéné , en traitant du blanchiment ; nous nous bornerons ici à quelques considérations sur les propriétés qui le distinguent des acides précédais, et sur les différences qui en résultent pour leurs préparations.
L acide muriatique a naturellement une élas ticité assez grande ; cependant l’action de l’eau peut en assujettir une assez grande quantité et lui donner l’état liquide, quoiqu’elle soit déjà bien moins forte que sur l’acide nitrique et sur 1 acide sulfurique : il se combine avec l’oxigène pour former l’acide muriatique oxigéné : mais cette combinaison est peu énergique , de sorte qu’elle ne produit qu’une faible altéra tion dans les qualités naturelles du gaz oxigene et du gaz muriatique : le gaz muriatique oxigéné est donc beaucoup moins soluble dans l’eau ; ainsi l’appareil qui sert a iapréparation de 1 acide muriatique oxigéné en liqueur, doit être tel que le gaz se dégage dans la partie inférieure du récipient , qu’il soit retenu en contact avec l’eau , sous une première cuvette , que celui qui arrive ensuite puisse s’écouler sous une seconde , et enfin sous une troisième cuvette , afin que par la longueur du contact,la dissolution qui demande d’autant plus de temps quelle est produite par une faible affinité, ait le temps de s’opérer.
L appareil que nous avons décrit , et que Ton peut remplacer de différentes manières propres à maintenir le contact du gaz avec l’eau , serait trop embarrassant et trop dispendieux, lorsque Ion n’a besoin d’acide muriatique oxigéné que pour quelques épreuves ou quelques expériences : on peut le remplacer alors par un appareil semblable à celui que nous avons indiqué pour la préparation de l’acide muriatique : on a seulement besoin d’employer trois récipients successifs ou trois flacons munis de leur tube de sûreté : les tubes conducteurs destinés à faire passer le gaz d’un flacon dans l’autre doivent s’ouvrir dans la partie supérieure d’un flacon , et plonger dans la partie inférieure du suivant : si l’on reçoit le gaz dans une solution alcaline , on peut se con • tenter de deux ou même d’un récipient.
Au lieu du mélange de muriate de soude et d’acide sulfurique que nous avons prescrit , on peut employer immédiatement l’acide muriatique ; alors il faut une partie d’oxide de manganèse contre quatre parties d’acide muriatique concentré , ou une quantité correspondante d’acide muriatique faible , et celui-ci est préférable à cause du dégagement trop tumultueux de gaz que produit celui qui est concentré. On ne saurait trop recommander de conduire lentement la chaleur : on doit cesser l’opération lorsque le premier tube s’échauffe.
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L’acide muriatique oxigéné agit diversement selon l’affinité que les autres substances ont avec les deux éléments qui le composent. Si elles tendent à se combiner particulièrement avec l’oxigène , elles enlèvent cet élément à l’acide muriatique que l’eau retient ; c’est ainsi que la lumière dégage l’oxigèneen lui rendant en entier l’état élastique , pendant que l’eau ne retient que l’acide muriatique ; c’est encore ainsi que les substances colorantes s’emparent de l’oxigène , qui ensuite porte son action sur ceux de leurs éléments qui ont le plus d’affinité avec lui.
Les alcalis tendent à se combiner avec les deux éléments de l’acide muriatique oxigéné , quoique dans quelques circonstances l’action qu’ils exercent sur l’acide muriatique détermine, en formant un muriate, la séparation d’une partie de l’oxigène qui reprend l’état gazeux ; mais à part cet effet , Faction des alcalis condense l’acide muriatique oxigéné , et par une conséquence nécessaire , elle en diminue ou elle en supprime l’odeur.
Lorsque la condensation arrive à un certain degré ; l’action des alcalis qui devient proportionnellement plus énergique , décide la formation de deux nouvelles combinaisons , dont l’une est un muriate simple , et l’autre un muriate sur-oxigéné. L’oxigène accumulé dans celuici , y subit de la part des alcalis une action si
forte que la lumière et les substances colorantes ne peuvent plus le dégager. Toute la partie d’acide muriatique oxigéné qui contribue à la formation d’un muriate sur-oxigéné , lorsque l’on reçoit le gaz muriatique oxigené dans une solution alcaline, est donc perdue pour les effets de décoloration.
La différence de l’action de l’acide nitrique et de i acide muriatique oxigéné sur les substances colorantes’, et en général sur les substances végétales et animales , dépend de celle de l’affinité de l’oxigène pour l'azote et pour l’acide muriatique ; la première est beaucoup plus forte, de sorte que l’acide nitrique cède beaucoup plus difficilement son oxigène , mais lorsque la résis-r tance de cette affinité est vaincue, les résultats de lactiqn de l’un et de l’autre sont semblables.
La même différence s’observe dans l’action de ces deux acides sur les métaux : l’acide nitrique n’est décomposé qu’en partie par l’action des métaux , et pendant qu’une portion cède son oxigène , une autre se combine ordinairement avec l’oxide métallique sans changer de nature ; mais l’acide muriatique oxigéné est entièrement détruit
par l’action des métaux : l’on n’a que des muriates de métaux sur-oxidés, et dans la précipitation par les alcalis, on n’obtient que des muriates d’alcalis, de sorte que la dénomination de muriate oxigeaé de mercure , par exemple , pourrait donner
une fausse idée de cette combinaison , qui n’est qu’un muriate de mercure très-oxidé ; cependant on peut obtenir des muriates oxigénés des métaux, en combinant l’acide muriatique oxigéné avec un métal déjà saturé d’oxigène , ainsi que l’a fait voir Chenevix.