ARTICLE IV
De Veau régale , ou acide n itro - muriatique.
On a donné à cet acide composé le nom à' eau 7 égalé , parce quil a la propriété de dissoudre l’or , qu’on a appelé le roi des métaux ; mais , à consideier sa nature , on doit le regsrder comme un mélange d’acide muriatique et d’acide nitrique qui combinent leurs forces pour opérer des dissolutions qu’ils ne pourraient faire séparément.
Par l’action réciproque de ces deux acides , une partie de l’acide nitrique est décomposée. Il en résulte une production d’acide muriatique oxigéné qui s’exhale, et qui répand son odeur, et il se forme proportionnellement du gaz nitreux, qui reste en dissolution dans le double acide , et qui le colore de plus en plus , jusqu a ce qu’il s’établisse un équilibre de combinaison ; mais ni l’acide muriatique oxigéné qui se volatdise à mesure qu’il se forme , ni le gaz nitreux qui est aussi chassé, des que l’acide porte son
action sur une autre substance , ne contribuent à celle qu’il exerce sur les métaux ; comme l’on ne considère que son effet , on lui conserve le nom d’acide nitro-muriatique , quelle que soit sa composition.
On peut préparer l’acide nitro-muriatique, ou en mêlant simplement l’acide nitrique et l’acide muriatique, ou en fesant dissoudre du muriate ammoniacal ou du muriate de soude dans l’acide nitrique. On pourrait se servir d’autres sels , par exemple du nitre ou nitrate de potasse qu’on ferait dissoudre dans l’acide muriatique , et employer plusieurs autres procédés qu’il est inutile d’indiquer.
C’est sur-tout relativement à la dissolution de l’étain qu’on va examiner l’acide nitro-muriatique, parce que c’est le principal usage qu’on en fait dans la teinture.
Les teinturiers ne préparent pas d’une manière uniforme la dissolution d’étain, à laquelle ils donnent le nom de composition : chacun a sa recette : cependant cette dissolution produit des effets différents, selon le procédé dont on se sert; il est sur - tout important qu’un même artiste la prépare toujours de la même manière, pour qu’il puisse obtenir des effets constants , et se guider par les observations qu’il a faites dans les opérations précédentes.
Plusieurs teinturiers se servent simplement de
¥ N GÉNÉRA T*.
Feau-forte qui est dans le commerce , et il paraît que lorsqu’on a commence à faire usage de la dissolution d’étain , on n’employait pas un autre dissolvant : cette eau-forte est une espèce d’acide nitro-muriatique , parce qu’on a employé pour sa préparation du nitre impur qui se trouve mêlé à une quantité plus ou moins grande de sel marin ; mais cette quantité varie , et la concentration de l’eau-forte est aussi sujette à beaucoup de variations , de sorte que cet acide ne peut produire que des effets inconstants.
L'acide nitrique pur ne prend l’étain en dissolution que lorsqu’il est très-affaibli et que l’on a soin de tenir dans l’eau froide le vase dans lequel elle s’opère : le métal est alors au plus bas degré d’oxidation , selon l’observation de Proust; mais il se; dépose promptement,, meme à une température ordinaire.
Vogler se servait en teinture d’une pareille dissolution ; il empêchait la précipitation de l’oxide en ajoutant du muriate de soude ou du muriate d’ammoniaque ; mais il est égal d’employer immédiatement, l’acide nitro-muriatique qui exige moins d’attention.
Lorsque l’on se sert d’un acide nitrique plus concentré , ou que l’on emploie la chaleur , l’étain passe au maximum d’oxidation , et il se précipite en entier; on se sert de cette précipitation pour reconnaître le poids de l’étain qui
pouvait se trouver dans un alliage ; car l'étain a pris 4o d’oxigène pour joo.
Ilellot prenait 3 2 parties d’acide nitrique qu’il mêlait avec quantité égale d’eau filtrée ; il y dissolvait peu-à-peu deux parties de muriate d’ammoniaque bien blanc et: une partie de nitrate de potasse , et enfin deux parties d’étain grenaille. Scheffer dissolvait une partie d’étain dans quatre parties d’acide nitro - muriatique ( 1 ). Macquer dissolvait trois parties d’étain dans huit parties d’acide nitrique auquel il mêlait une partie de muriate d’ammoniaque et six parties d’eau. Guliche saturait d’étain l’acide nitro - muriatique qu’il employait, en l’ajoutant par parties. Pœrner employait d’autres proportions, etc.
Ces dissolutions si variées ont sans doute des propriétés différentes ; dans toutes l’on manque un objet essentiel, qui est une préparation con* stamment uniforme. Il est indispensable pour cela de se servir d’un acide nitrique pur , et d’en déterminer la pesanteur spécifique parle moyen du pèse-liqueur. Le procédé pour lequel on s’est déterminé , après plusieurs essais , dans la première édition de ces éléments , consiste à prendre de lacide nitrique à 3o degrés , à y dissoudre le huitième de son poids de muriate d’ammoniaque , à y ajouter par petites parties le huitième
(2) Essai sur l’Art de la Teinture.
X nr GÉNÉRAL. 383
de son poids d’étain, et à étendre ensuite cette dissolution du quart de son poids d’eau.
Tl faut choisir un étain pur tel que l’étain de Malaea ou le bon étain d’Angleterre , parce que l’étain commun contient du cuivre et du plomb , et que ees deux métaux seraient nuisibles à la beauté des couleurs. Il se trouve du cuivre, même dans l’étain fin d’Angleterre; mais l’étain commun contient quelquefois près de la moitié de son poids de plomb , et de plus , de l’antimoine et du bismuth (r). Il faut réduire letain en grenaille, en le fondant et le fesant couler dans de 1 eau qu on agite avec un faisceau de petites baguettes. Cette opération doit se faire avec précaution pour éviter les éclaboussures.
Il se forme ordinairement un petit dépôt noirâtre duquel il faut décanter la dissolution.
Les dissolutions qui contiennent une grande proportion d étain , sont brunes et donnent des couleurs plus foncées et plus ternes ; cependant il peut se trouver des occasions où elles soient plus utiles ; on en obtient une qui est trèschargée détain , et qui peut être avantageuse dcUis certains cas , en décomposant dans une coi nue , à une chaleur assez forte , le muriate d’ammoniaque mêlé avec poids égal d’oxide d etain : on dissout le résidu , on le filtre et on le
(1) Recherches sur Pétain ; par MJM. Bayen et Charlard,
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fait évaporer jusqu’à cristallisation ; on a par ce moyen des cristaux d’un sel triple formé par 1 acide muriatique , l’ammoniaque et l’oxide d’étain ; mais pour se servir de ce sel , il faut ajouter à sa dissolution un peu d’acide muriatique qui empêche la précipitation de l’oxide d’étain.
La dissolution de l’étain par l’acide nitrique , est accompagnée d’une production d’ammoniaque ; nous nous sommes assurés que la même production avait lieu , lorsque l’on opérait la dissolution avec le mélange simple d’acide nitrique et d’acide muriatique , quoiqu’on la fasse avec beaucoup de lenteur et de ménagement , et que l’oxide d’étain n’y soit qu’au plus bas degré d’oxidation. Il résulte de là qu’il doit y avoir moins de différence qu’on ne serait porté à le croire , entre Faction de l’acide nitro-muriatique simple , et celle de la préparation dans laquelle on a fait entrer le muriate d’ammoniaque.
Il est probable qu'il se produit une nouvelle quantité d’ammoniaque dans le procédé même de la teinture de l'écarlate qui s’exécute à un degré de chaleur voisin de l’ébullition.
On peut expliquer , par l’action de cette ammoniaque qui sature l’acide nitro-muriatique , et dont la formation contribue en même temps à la destruction de l’acide nitrique, pourquoi 1 acide nitrique n’attaque pas la laine dans la teinture de l’écarlate qui est faite à un si haut degré de cha-
EN G l5 N É R A L 385
leur, quoique cet acide soit très-destructif pour elle , lorsqu’il est isolé.
On trouve encore dans cette action saturante , l’explication d'une observation de Bancroft. Il voulut substituer dans la teinture de l’écarlate , le muriate d étain au nitro-muriate ; mais il en fallut une plus grande proportion , et la laine se trouva fort détériorée. Dans cette opération il ne pouvait se former de l'ammoniaque , et l’acide muriatique, qui affaiblit facilement la laine, exerçait sur elle toute son action.
Le muriate d’étain peut avoir plus d’utilité pour le coton et le lin, sur lesquels l’acide muriatique a beaucoup moins d’action.
Ou ne doit négliger aucune considération pour varier l’usage du mordant le plus propre à procurer de belles couleurs en teinture.
La dissolution d’étain prend plus ou moins promptement la consistance d’une gelée. Lorsque cet accident arrive , les teinturiers disent que la composition a tourné ; c’est pour l’éviter qu’il convient de ne faire cette préparation que peu de temps avant d’en faire usage. Lorsque la gelée commence seulement à sc former , on peut rétablir la dissolution, en y ajoutant une certaine quantité de muriate de soude. Cet inconvénient provient de ce que l’étain continue de s’oxider par le moyen de l’oxigène qu’il attire de l’atmos-
splière ou qu’il reçoit de l’acide nitrique ; qu’en
même temps il se forme une plus grande quantité d’ammoniaque , et que par là il devient insoluble dans l’acide et se précipite. La chaleur favorise cet effet : et la dissolution d’étain se conserve moins long-temps en été qu’en hiver.
Une observation constante a appris que , lorsque la dissolution d’étain se fesait avec vivacité et qu’il s’en dégageait beaucoup de vapeurs , la couleur qu’on obtenait en l’employant, était moins vive et moins agréable, que lorsque la dissolution se fesait lentement et sans effervescence ; en sorte que , du moins pour les teintures sur laine , il est à propos que l’étain soit au moindre degré d’oxidation. Il ne reste pas dans cet état , et il y a apparence qu’il passe à un degré plus avancé d’oxidation dans l’opération même de la teinture : autrement il ne donnerait pas une base blanche à la couleur ; mais , sans doute , cette circonstance est avantageuse : c’est une raison de préférer les dissolutions récentes et faites avec lenteur à celles qui sont anciennes , avec quelque soin qu’elles aient été [préparées.
Haussman a conseillé, pour quelques usages , l’acétate d’étain que l’on obtient au moyen d’une dissolution d’étain et de l’acétate de plomb.
If on fait avec l’acide nitro-muriatique d’autres dissolutions qui peuvent être utiles en teinture. De la Folie ?. proposé celle de bismuth ; et quoiqu’il commence à dissoudre le métal dans l’acide
nitrique, c’est cependant une combinaison avec l’acide nitro-muriatiquè , qui se forme dans ce procédé , au moyen du muriate de soude qu’il ajoute ; la dissolution par l’acide nitrique seul ne pourrait pas servir , parce qu’aussitôt qu’on la mêle avec l’eau , l’oxide métallique se précipite en formant un sel insoluble, et que par là il se sépare avant d’avoir pu s’unir aux parties colorantes.
On dissout , selon la description que donne Dambournay de ce procédé, dont il a fait luimême beaucoup d’usage (1), une partie de bismuth dans quatre parties d’acide nitrique ; on jette ensuite cette dissolution dans le bain qui contient du tartre , et l’on y verse en même temps une dissolution de muriate de soude.
On a éprouvé que , soit que la dissolution de bismuth fût faite immédiatement avec l’acide nitro-muriatique , soit que l’on mêlât la dissolution par l’acide nitrique avec une; dissolution de sel marin et de tartre , il se formait toujours un précipité considérable , au contact de l’eau, quoique moins abondant que lorsqu on mêlait avec l’eau la simple dissolution par l’aeide nitrique. On a remarqué de plus que les précipités que cette dissolution opérait avec les décoctions de
(1) hecueil de procédés et d’expériences sur les teinture* solides.
substances colorantes , avaient une couleur ine'gale , et qu’ils se rembrunissaient promptement.
art. V.
Du tartrite acidulé de potasse , et de quelques
autres acides.
L’acide tartareux qui domine dans le tartrite acidulé de potasse , doit principalement les propriétés qui le distinguent des autres acides, et dont l’empreinte se retrouve dans ses combinaisons, à sa fixité et à sa disposition à prendre l’état solide , qui est telle que , malgré son affinité pour l’eau, il s’en sépare et se réduit en cristaux , à la température ordinaire.
Les effets de cette disposition sont accrus par la condensation que produit la combinaison, et en même temps l’action qu’il exerce sur l’eau , ainsi que celle de la base, avec laquelle on le combine , est diminuée par leur saturation mutuelle.
Ces considérations font voir que l’acide tartareux doit produire, avec les bases alcalines qui sont très -solubles par elles -mêmes, des combinaisons peu solubles lorsque les circonstances leur permettent de retenir un excès de l’élément le moins soluble, qui est ici l’acide-: de là viennent les tartrites acidulés ou les sels avec excès d’acide tartareux , ainsi que les oxalates , les sul-
fates acidulés , qui sont également dus à des acides qui ont plus de disposition à l’état solide que leurs bases.
Avec les bases qui ont peu de solubilité, cet acide produit, par la même raison, des sels insolubles qui n’ont pas besoin d’un excès d’acide pour avoir cette qualité, et cette même combinaison insoluble se forme toutes les fois que l’on met en présence des combinaisons d’acide et de bases parmi lesquelles il s’en trouve de peu solubles , pourvu qu'il n’y ait pas un excès d’acide qui s’oppose à cet effet par sa force dissolvante. Cette disposition détermine donc les précipités et les échanges de base qui se font au moyen de l’acide tartareux dans Faction réciproque des acides et des alcalis ou de leurs combinaisons.
Si l’on augmente dans un tartrite acidulé et peu soluble, la proportion de la base qui a beaucoup de solubilité par elle-même , on parvient à des proportions qui donnent un sel neutre ; ce sont les tartrites de potasse , de soude ou d’ammoniaque, qui , par cette augmentation de base, ont acquis une plus grande solubilité que dans l’état acidulé, quoiqu’ils aient encore la propriété de cristalliser ; si une base insoluble en sépare l’acide , l’alcali ne le cède pas entièrement ; ainsi Yauquelin a observé qu’en décomposant le tartrite acidulé de potasse par la chaux qui forme un tartrite de chaux insoluble, l’alcali
^9° DE la teinture
qui restait, retenait une portion d’acide tartareux.
Si au lieu de chaux on se sert de carbonate de chaux, il n’y a que l’excès d’acide qui , par son action sur la chaux , produise un dégagement d’acide carbonique et forme une quantité proportionnelle de tartrite de chaux ; lorsque le tartrite de potasse est parvenu par - là à l’état neutre , l’acide tartareux ne porte plus une action assez forte sur la chaux pour en séparer l’acide carbonique.
Jusqu’à présent l’acide tartareux n’a pas été employé dans l’art des teintures ; c'est du tartre acidulé de potasse qu’on fait usage.
Ce sel que l’on désigne ordinairement par le nom de tartre , se dépose sur les parois des tonneaux dont on le détache : il est naturellement mêlé à des impuretés qui se sont déposées en même temps ; et lorsqu’il s’est séparé du vin rouge, il retient beaucoup des parties colorantes du vin, d’où vient qu’on distingue celui-là sous le nom de tartre rouge.
On purifie le tartre par des procédés différons à Montpellier et à Venise. A Montpellier, on dissout le tartre dans l’eau , et on le fait cristalliser par réfroidissement : on fait bouillir les cristaux dans une autre chaudière, et on y ajoute par myriagramme cinq à six kilogr. de terre argileuse et blanche de Murviel : on fait bouillir cette terre et on obtient par évaporation le tartre purifié ,
EIT GÉNÉRAL. 3qi
la crème de tartre , le tartre acidulé de potasse .
Le procédé dont on fait usage à Venise consiste, selon la description qu’en a donnée Desmarets (i), io. à dessécher le tartre dans des chaudières de fer ; 2°. à le piler et à le dissoudre dans l’eau chaude ; par le refroidissement , on obtient des cristaux plus purs ; 3°. à redissoudre ces cristaux et à clarifier la dissolution par les blancs d’œufs et la cendre.
Dans ce dernier procédé, l’alkali de la cendre doit saturer une partie du tartre acidulé ; la terre calcaire doit aussi opérer une décomposition , et sur la fin de l’évaporation , l’on doit trouver du tartrite de potasse.
Le tartrite acidulé de potasse , ou crème de tartre , retient toujours un peu de tartrite calcaire.
L’eau dissout moins d’un centième de ce sel au dixième degré du thermomètre de Réaumur; mais il s’en dissout beaucoup plus dans l’eau bouillante.
L’on fait un grand usage en teinture du tartre acidulé de potasse , ou tartre. Il est indispensable pour les couleurs délicates , d’employer celui qui est purifié, et son usage est préférable dans tous les cas. Dans quelques procédés on recommande le tartre rouge, comme propre à contri-
(i) Journ. de Pbys. 177 1.
buer par sa couleur à celle qu’on veut obtenir; mais les parties rouges se séparent du tartre , lorsqu’on dissout ce sel , et on ne doit les regarder que comme des impuretés nuisibles.
On ne peut encore donner une explication claire des effets que produit le tartre dans les teintures : l’expérience apprend seulement qu’il modère l’action de l’alun sur les laines dont les filamens sont facilement dégradés : il est vraisemblable que les parties colorantes qui se fixent sur les étoffes seules ou avec une base, en entraînent une petite portion dans leur combinaison et que la couleur est modifiée par-là.
Il y a un autre sel qui a de l'analogie avec le tartre, et qui peut-être produirait de bons. effets (dans plusieurs occasions; c’est l’oxalate acidulé de potasse , ou sel d’oseille , qu’on extrait en Suisse et dans quelques parties de l’Allemagne , du suc d’oseille. Seliéele a fait voir que 1 acide de ce sel est le même que celui qu’on obtient du sucre et de plusieurs substances animales et végétales , en les traitant avec l’acide nitrique , dont l’oxigène entre en combinaison avec une proportion convenable d’hydrogène et de carbonne ; mais il se trouve naturellement combiné en excès avec la potasse dans 1 oseille et quelques autres plantes : l’oxalate de chaux qui est insoluble se trouve aussi dans quelques racines.
Les propriétés que l’acide oxalique commu-
F N GÉNÉRAL. 3q3
nique aux différentes bases et les effets qu’il produit sur les autres combinaisons, s’expliquent, comme celles de l’acide précédent , par son insolubilité qui le fait pareillement cristalliser ; aussi s’en sert - on en chimie pour reconnaître 1 existence et la quantité de la terre calcaire mise en dissolution ; mais pour que cet effet se produise en entier, il faut éviter un excès d acide,
et que toutes les combinaisons soient à-peu-près dans l’état neutre : l’oxalate acidulé de potasse ou sel d’oseille produit des effets analogues.
Cet oxalate dissout facilement le fer et forme
avec lui un sel soluble ; ce qui le rend utile pour détruire les taches formées par le 1er. L’acide oxalique produit aussi un oxalate de fer qui se dissout facilement dans un excès d’acide : cette propriété le fait employer à présent dans quelques manufactures pour détruire les couleurs qui ont l’oxide de fer pour base.
On distinguait l'acide acéteux , ou l’acide du vinaigre, de l'acide acétique ou vinaigre radical, en supposant que le dernier contenait une plus grande proportion d’oxigène , et qu’il avait par là même une plus 'grande acidité; mais Adet et Darracq ont fait voir qu’il n’y avait entre ces deux acides aucune différence qui autorisât à les distinguer* seulement, l’acide acétique est plus concentré et les procédés par lesquels on le prépare ne servent qu’à en exclure l’eau : nous ne
les désignerons donc que sous la dénomination commune d’acétique.
L’acide acétique a des qualités , pour ainsi dire , opposées à celles des acides précédens ; il est volatil, mais il a une grande affinité pour l’eau ; il doit donc former des combinaisons qui ont en général beaucoup de solubilité. Il paraît avoir peu de capacité de saturation , de sorte que sa combinaison ne doit produire qu’une faible condensation. Par ces causes , il ne tient que faiblement à ses bases et il en est facilement chassé par l’action des autres substances et par celle de la chaleur ; comme il est volatil et qu’il peut prendre l’état gazeux, selon les expériences de Priestley , l’action de l’air favorise sa séparation.
Cet acide se forme non-seulement par la fermentation que l’on appèle acide , mais aussi par la putréfaction , comme l’ont prouvé Fourcroy et Vauquelin. Il y a même apparence que les substances qui n’ont point d’azote , ne sont pas propres à donner cet acide , car elles n’en reçoivent pas de l’atmosphère pendant la fermentation ; et les expériences de Proust font voir que cet acide en contient une certaine portion.
Il se forme aussi de l’acide acétique dans la distillation de plusieurs substances et particulièrement du bois ; on donnait à ce dernier le nom d’acide pyroligneux , mais Fourcroy et Vau-
quelin ont prouve qu’il ne différait point essentiellement de l’acide acétique , et que ce n’est que ce meme acide qui tient en dissolution une huile bitumineuse qui est produite dans la même opération , et dont une partie se sépare avec le temps. Il en abandonne la plus grande partie , si on le rectifie par une seconde distillation ; cependant on peut le distinguer par le nom d’acide pyroligneux , non pour indiquer quelques différences d’acidité, mais son état bitumineux et ses usages.
Bosc a fait voir (i) que cet acide avait des propriétés particulières qu il tenait de son huile charbonnée , pour les teintures en noir sur coton : nous indiquerons ailleurs le procédé intéressant qu’on lui doit.
Cet acide mérite beaucoup d’attention , nonseulement pour cet usage , mais pour plusieurs autres auxquelles son huile bitumineuse et charbonnée est utile ou m’est pas nuisible , parce qu’on peut l’obtenir à peu de frais. Guyton (2) a 1 ctné , en distillant dans une cornue de fer des copeaux de hêtre bien sec, et en rectifiant pai une seconde distillation le premier produit, un poids d’acide qui surpassait le tiers du bois employé , et l’on a le charbon.
(1) Ann. des Arts et Manufactures, tom, V.
(2) Lncyclp. met h. , au mot Lignic^ue»
De ï alan ou sulfate d’alumine.
L’alun est désigne' en chimie par le nom de sulfate d’alumine , et quoique cette dénomination n’indique pas rigoureusement les éléments dont il est composé , elle est cependant utile et remplit ordinairement le but de la nomenclature , parce qu’elle désigne les deux parties qui doivent fixer l’attention dans la plupart des phénomènes que l’on analyse.
Cette combinaison est de l’usage le plus fréquent dans l’art des teintures ; elle est encore employée dans plusieurs autres arts ; de sorte qu’il est important pour en diriger l’emploi , d’en bien connaître les propriétés et les différences , et sa préparation devient elle - même un objet considérable.
On trouve l’alun dans quelques sources d’eaux minérales : il effleurit à la surface des schistes, dans les* mines de charbon , ou sur les laves au voisinage des volcans et sur plusieurs rochers ; mais la plus grande partie de l’alun qu’on emploie se retire de ses mines particulières , ou bien se fa-
brique par la combinaison artificielle Je 1 alumine et de l’acide sulfurique.
Il est parlé de l’alun dans les ouvrages des anciens , et celui de Melos était particulièrement renommé chez les Grecs (i) ; mais Bergman (2) croit que l’alun des anciens était une substance qui se trouvait naturellement , et qui différait beaucoup du sel auquel nous donnons ce nom ; que les espèces d’alun dont parle Dioscoride , sont plutôt des stalactites qui pouvaient contenir de l’alun , mais seulement en petite quantité, et confondu avec d autres sulfates. Dutems de Pline (3) , le meilleur alun venait de Chypre ; on en choisissait l’espèce selon les couleurs auxquels on le destinait ; mais 011 voit que celui qui était réservé pour les couleurs rembrunies , était très - impur , et contenait beaucoup de sulfate de fer , puisque Pline le désigne par le mot de nigrufn , et qu’il spécifie qu’il donnait une couleur noire avec la noix de galle ; ce qui ne peut s’appliquer à aucun alun factice.
C’est dans l’orient que l’alun factice a commencé à être connu. O11 11e sait précisément à quel endroit ni à quelle époque il a première-
(1) Voyage du jeune Anacharsis , tom. IV.
(2) Bergman, de Confect. Alum. opusc. vol. i°. Cette dissertation est de 1797* Beckman.n établit la même opinion dans les Mém. de Gottingue 1778.
(3) Ameilhon? Mém. de i’Inst. beaux-arts. Tora. III.
3q8 t> e la teinture
nient été fabriqué. L’une des plus. anciennes fabriques a été celle de Roche, ville de Syrie qu’on appelle aujourd’hui Edesse ; de là vient l’alun de Roche que , par une confusion de mots , l’on donne encore aux masses crvstallisées d’alun. Cet art fut porté dans le quinzième siècle en Italie , et de là il s’est répandu en Allemagne et dans le reste de l’Europe.
On trouve à la Solfatare , près de Naples , une mine alumineuse sous la forme d’une terre blanche. L’alun est formé dans cette mine par l’action qu’exerce sur les laves argileuses l’acide sulfureux qui est dégagé par la chaleur du volcan. Il ne faut que le dissoudre et le faire crystalliser.
La plus pure des mines d’alun est celle de la Tolfa , près de Civita-Vecchia : elle est composée , selon Monnet , qui le premier en a fait l’analyse , de quarante parties de soufre , de cinquante parties de glaise , c’est-à-dire d’un mélange d’argile et de terre silicée ; et outre cela d’une petite quantité de carbonate de potasse et d’une très-petite portion de fer. Bergman en a aussi fait une analyse qui donne à-peu-près les mêmes proportions. Vauquelin a encore confirmé cette analyse , en y portant beaucoup plus d'exactitude.
Les autres mines dont on retire l’alun sont des schistes plus ou moins pyriteux et plus ou moins bitumineux. Ceux qui sont trop pyriteux doivent
être rejetés , parce qu’ils donnent un alun qui contient beaucoup de sulfate ou vitriol de fer , dont il serait difficile de le débarrasser.
Les opérations par lesquelles on retire l’alu n de ses mines lorsqu’il ne s’y trouve pas tout formé comme à la Solfatare , ont pour objet l’alunation , l’extraction de l’alun et sa crystallisation.
Ces mines , exposées à l’air et à la pluie , peuvent s’aluner , pour la plupart , sans être préparées ; mais celles qui contiennent ou trop de bitume ou trop de soufre , ont besoin d’être torréfiées avant que d’être exposées à l’action de l’air et de l’humidité ? et la torréfaction accélère dans toutes la formation de l’alun.
L’alunation consiste dans la combinaison de Foxigène qui , s’unissant au soufre , le change en acide sulfurique , ainsi que l’a fait voir Lavoisier ; mais ordinairement c’est du sulfate de fer qui se forme ; et le fer s’oxidant par excès en restant exposé à l’air , est décomposé par l’alumine. Il n’y a que la mine de la Tolfa parmi celles que l’on connaît , où l’acide paraisse se combiner immédiatement avec l’alumine.
Lorsque l’alun est formé , il faut faire la lixiviation de la mine , et ensuite faire évaporer la liqueur jusqu’à ce qu’elle soit en état de donner des cristaux : on lave les premiers cristaux , on les redissout dans une très-petite quantité d’eau bouillante , et l’on verse cette dissolution dans
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des espèces de tonneaux dont on délie ensuite les douves pour en extraire la masse d’alun qui s’y est formée.
Le résidu des cristallisations mêlé avec plus ou moins de la dissolution de la mine , est mis à évaporer jusqu’à ce qu’il soit en état de cristal! iser, et l’on procède ainsi de suite , en ajoutant les résidus des cristallisations précédentes aux dissolutions nouvelles.
Ce mélange est la principale cause de. l’impureté des aluns et des différences qui peuvent se trouver entre ses espèces.
Dans le progrès des arts chimiques , on a appris à fabriquer l’alun par la combinaison directe de l'acide sulfurique et de l’alumine : pour cela, il faut choisir une argile qui soit dépourvue de fer et de terre calcaire, autant qu’il est possible, et la griller pour la disposer à se combiner avec l’acide sulfurique ; on fait immédiatement cette combinaison avec l’acide , ou en exposant des boules d’argile cuite à la vapeur de l’acide sulfurique dans la chambre de plomb même, dans laquelle on fabrique cet acide. Chaptal a fait connaître les détails de ce procédé , qu’il avait établi à Montpellier ( i ).
Cette formation de l'alun , exige comme on va le voir, une addition de potasse ou de sulfate de
(1) Mém. de l’acad. 1788.
EN GÉNÉRAL. 4o1
potasse, et celui qu’on obtient par ce procédé, paraît sur-tout être sujet à avoir un excès d’acide.
Avant de poursuivre l’examen de la préparation de l’alun , il convient de déterminer la nature de cette combinaison.
On a pensé d’abord, que l’alun était un sel, formé simplement par la combinaison de l’acide sulfurique et dé l’alumine ; de-là Bergman conseilla de saturer avec une argile pure , l’excès d’acide sulfurique , qui se trouve ordinairement dans la lessive de la terre alunée , au lieu de la potasse ou de l’urine putréfiée, et par conséquent chargée d’ammoniaque , qu’on y ajoute ordinairement ; mais Chaptal observa (2) , que si l'on fait bouillir la lessive acide , avec de b argile cuite ou crue , la dissolution ne se fait que très-lentement et par une forte ébullition. Lorsque la lessive qiarait saturée , si on la filtre , elle laisse précipiter par le rèfroidissement une grande partie de l'argile quelle avait dissoute; si dans cet état on rapproche la dissolution y l'argile se dégage et forme un précipité qui s'oppose à toute cristallisation \ On pouvait déjà conclure de cette observation ? que la potasse ou l’ammoniaque devaient entrer dans la composition de l'alun : Décroizille pro* nonça que la potasse ne contribuait pas à la cristallisation de l’alun par la saturation de l’acide ;
(1) Mena, de l’Acad. 1788.
DE LA T E I N T ü R £
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mais par sa combinaison , et il éprouva que le sulfate de potasse pouvait produire le même effet : Chaptal parvenu au même résultat , avait établi cette pratique dans ses ateliers : enfin Vauquelm fit une analyse exacte de l’alun , et il trouva qu’il contenait nécessairement, pour pouvoir cristalliser , du sulfate de potasse ou d’ammoniaque, ou tous les deux en même temps: il évalua le sulfate qui se trouve dans l’alun , et il tira, de ses observations , cette conséquence importante , que toutes les fois que l’on obtient immédiatement des cristaux d’alun , d’une substance terreuse ou pierreuse , par le moyen de l’acide sulfurique , cette substance contient de la potasse. L’on a vu que la mine de la tolfa , a naturellement du carbonate de potasse : quelques autres mines peuvent se trouver dans le même cas ; d’ailleurs les cendres qui se forment dans leur torréfaction, leur fournissent de la potasse et du sulfate de potasse : de sorte , qu’il n’est pas surprenant que l’on puisse obtenir de l’alun, sans addition de potasse ou d’urine putréfiée qui fournisse de l’ammoniaque. Bergman remarque •que cette dernière addition procure un alun qui altère les couleurs : on ignore si c’est par une trop grande proportion de sulfate d’ammoniaque ou par le mélange de quelque autre substance nuisible , que l’alun peut prendre cette mauvaise qualité.
On peut remarquer, que Bergman, avait reconnu lui-mëme (i) , après son premier travail , non-seulement que ce n’était pas l’absorption de l’excès d’acide , qui rendait la potasse ou l’ammoniaque necessaires à la formation de l’alun ; mais encore qu’elles étaient efficaces , lorsqu’elles étaient dans l’état de sulfate.
Il ne faudrait cependant pas conclure de-là , que l’effet est entièrement le même , soit que l’on emploie de la potasse , ou du sulfate de potasse : par la première, la saturation nécessaire de. l’acide , lorsqu’il y en a un excès , est plus grande et par conséquent la production de l’alun doit être plus considérable , s’il se trouve assez d’alumine ; lors donc qu’il y a excès d’acide , mais qu’il manque de la potasse et de l’alumine , on pourvoit probablement suivre avantageusement le conseil de Bergman , c’est-à-dire ajouter de l’alumine , et en même temps une quantité suffisante dépotasse: on peut, pour remplir ce double objet, employer, comme l’indique Vauquelin , le résidu de la distillation du nitrate de potasse par l’argile ; ce qui peut sur-tout convenir dans la fabrication de l’alun , par le moyen de l’acide sulfurique.
Il y a dans les prix des aluns du commerce , une différence considérable, et c’est celui de
(i) De platinâ §. V. Opusc. vol, 2.
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Rome , que l’on préfère généralement pour les couleurs qui doivent être vives et claires : il faut donc reconnaître par l’analyse , quelles sont les différences qui peuvent distinguer les aluns.
Vauquelin a donné à l’analvse de l’alun la précision et l’exactitude qui caractérisent ses recherches (i) : en décomposant l’alun par la potasse , on en dégage l’ammoniaque ; en le décomposant au contraire par l’ammoniaque, et en fesant évaporer le liquide , et fortement sécher le résidu , on en retire le sulfate de potasse isolé. Par ces moyens , Vauquelin a constaté que l’alun contenait à-peu-près sept sur cent , de sulfate de potasse ou d ammoniaque , et ordinairement cette quantité se partage entre l’un et l’autre de ces sulfates.
Il a examiné récemment cinq espèces d’alun prises dans différentes fabriques : il a déterminé les proportions d’acide , que chacune contenait, en précipitant l’acide sulfurique par la baryte, et en comparant les poids des précipités : il avait auparavant précipité l’alumine par l’ammoniaque , et lui avait fait subir une forte dessication.
Il résulte de ses expériences, que ces cinq espèces d’alun , parmi lesquelles se trouvait l’alun de Rome, ont donné des proportions presque rigoureusement les mêmes , et que la quantité de
(1) Ann. de Chim. tom. XXII.
fer qui se trouve , par exemple , dans celui de Liège de bonne qualité, est elle-même presque la même que celle qu’il a obtenue de l’alun de Rome ; de sorte , qu’il est porté à croire que ce n’est que par un préjugé que l’on continue à préférer ce dernier , et s’il se trouve une proportion de fer qui puisse nuire , il conseillé de se servir du prussiate de potasse pour le séparer.
Nous nous écarterons un peu des conséquences auxquelles semblent conduire les expériences de ce grand analyste : i°. nous avons examiné des aluns, principalement de ceux de fabrique , qui contenaient indubitablement un excès d’acide assez considérable , puisqu’ils laissaient après leur cristallisation une liqueur fort acide. Ce que Vauquelin a trouvé dans cinq espèces , dont quatre avaient été communiquées par les fabricants euxmêmes , et étaient par conséquent des échantillons de choix , n’autorise donc pas à conclure que tous les aluns qui sont dans le commerce , ont une même proportion d’acide.
20. Nous avons mêlé à une solution d’un alun de Liège , qui paraissait très-pur, un peu d’acide gallique , et on a fait la même épreuve sur une solution d’alun de Rome ; la première a pris une teinte noire , et la seconde n’a pas changé : l’analyse n’aurait probablement indiqué qu’une trèslégère différence ; mais cette petite différence suffit pour produire une altération dans les cou-
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leurs vives pour lesquelles sur-tout il faut un choix sévère.
Après avoir soumis cet alun à une cristallisation , dans laquelle on a pris les premiers cristaux qui se sont formés , la solution de ces cristaux n’a plus été altérée par l’acide gallique , de sorte qu’alors , il nous a présenté des propriétés complètement analogues à celles de l’alun de Rome. Bergman avait déjà observé cet eflet d’une cristallisation soignée , qu’il recommandait.
Relativement au fer qui se trouve dans l’alun, et qui peut y être en proportion considérable , lorsqu’il est cristallisé avec peu de soin , Monnet a déjà observé que le sulfate de fer pouvait se séparer entièrement par la cristallisation ; d’un autre côté , Leblanc a fait des cristaux mixtes de sulfate de fer et de sulfate d’alun.
Ces faits nous paraissent devoir se concilier par la considération de l’état dans lequel se trouve le fer ; lorsqu’il est très-oxidé , tel qu’il est indubitablement dans les lessives de la mine d’alun , il a besoin d’un grand excès d’acide pour pouvoir se maintenir en dissolution et l’oxide doit se précipiter, comme on le verra ci-après, pendant l’évaporation et la cristallisation , ou être retenu dans le résidu incristallisable ; mais si l’on mêle un sulfate peu oxidé avec le sulfate d’alumine , et si l’on fait cristalliser immédia-
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tement, alors le fer ne demande plus un excès* d’acide : il peut se trouver ainsi dans une circonstance qui lui permette de former une combinaison mixte.
Pour résumer , nous pensons que dans la fabrication de l’alun , on doit faire en sorte qu’il n’y ait pas un excès d’acide y et éviter ces additions de résidus incristallisables qu’il convient de traiter séparément , selon le conseil de Bergman , soit pour en retirer les sels qui peuvent s’y trouver , soit pour en faire un alun qui demande ensuite plus de soins pour sa purification1, ou qui est destiné à des usages qui n’exigent pas qu’il soit pur : on doit en second lieu faire en sorte que la cristallisation se fasse sans que la pureté du sel soit altérée; on doit, par conséquent, éviter qu’il se condense en grandes masses , et faire en sorte qu’il y ait un résidu qui puisse retenir ce qui nuirait aux qualités qu’on exige dans la combinaison : pour remplir cet objet on peut être obligé à réitérer les cristallisations , et à traiter séparément tous les résidus.
Il nous paraît que cet art se perfectionne de plus en plus , à mesure que les fabricants deviennent plus éclairés pour diriger leurs opérations ,, et que bientôt on n’aura plus besoin d’avoir recours à l’alun de Rome.
Ceux qui consomment l’alun , n’ont pas besoin de choix pour l’employer aux couleurs sombres
mais il tant qu’ils se rendent difficiles pour les nuances vives et claires : au lieu d’une analyse qui exige du temps et une habileté exercée , nous leur proposons , i°. de faire cristalliser une portion de l alun dont ils veulent faire usage ; si le rési d u es t se nsi blemen t pl us acide , cet al u n pou rra modifier les couleurs par son excès d’acide : a o. de mêler un peu d infusion de noix de galle à la solution de l’alun ; quoique par sa propre couleur, cette infusion soit moins propre à cette épreuve que 1 acide gallique pur, elle indiquera suffisamment si l’alun contient une quantité nuisible de fer. Dans ce cas, ils pourront purifier l'alun par une cristallisation , en laissant assez de résidu.
Lorsque l’on veut faire une analyse exacte de l’alun , il ne faut pas perdre de vue la différence qui se trouve, selon le moyen que l’on emploie , dans le précipité insoluble par lequel on cherche à reconnaître la proportion de l’alumine.
Si l’on fait le précipité par le moyen d’un carbonate , il retient une proportion considérable d’acide et même de la base alcaline ; car en le dissolvant dans l’acide nitrique ou l’acide muriatique, on obtient de l’alun par la cristallisation. Le meilleur agent , c’est l’ammoniaque ; maison a de 1a. peineàpriver assez ce précipité d’acide sulfurique , pour qu’il ne produise pas un précipité de sulfate de baryte , lorsqu’après l’avoir dissous par l'acide nitrique ou l’acide muriatique , on le
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mêle avec la solution d’un sel à base de baryte.
Une autre cause nuit à la précision de ces déterminations comparatives : l’alumine retient de l’eau qu’elle n abandonne pas entièrement à la plus forte chaleur , lorsque la dissolution était étendue de beaucoup d’eau ; mais lorsqu’elle est concentrée, le précipité qui en provient l’abandonne beaucoup plus facilement , selon l’observation de T. Saussure (r) : de là vient que selon les circonstances de la précipitation et selon le degré de chaleur auquel on sèche le précipité , il peut se trouver de grandes différences dans son évaluation.
Selon Bergman , cent parties de sulfate d’alumine contiennent dix - huit partes d alumine : T. Saussure réduit cette quantité à o , o q et Vauquelin dans sa dernière analyse ào , o85.
La chaux et les alcalis mêlés en certaines proportions avec la dissolution d’alun déterminent ce sel à prendre une forme cubique : Sieffert paraît avoir décrit le premier cette espèce d’alun ( 2 ) : Leblanc a fait des observations intéressantes sur
(1) Jouru. de Phys. toin. LII.
(2) Siefferts ver su ch e mit einheinischen farbe materien, etc. 1775.
Siefîert cite une dissertation sur l’alun cubique qu’il a fait imprimer dans le Magasin d’Edimbourg. Il prescrit pour obtenir l’alun cubique , de mêler douze parties d’alun avec une partie de chaux éteinte à l’air , de dissoudre ce mélange dans l’eau bouillante } et de faire évaporer lentement.
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la cristallisation de ce sel qui n’a pas encore été analysé par les chimistes : il doit avoir moins les propriétés acides, que l’alun ordinaire, comme le pense Vauquelin , et il y a apparence qu’en raison de 1 action plus forte de la base alcaline sur l’acide, ce sel abandonnerait plus facilement l’alumine auxparties colorantes , puisque l’on ajoute ordinairement de l’alcali à la dissolution d’alun , pour en précipiter des laques.
Il faut, selon Bergman, trente parties d’eau pour en dissoudre une d’alun , et trois parties suffisent , lorsqu’elle est bouillante.
Nous avons remarqué que dans plusieurs teintures des laines , on ajoutait du tartre qui avait la propriété de modérer son action sur les filaments, sans avoir cherché à expliquer comment il affaiblit son énergie : Bancroft observe qu’en effet les teinturiers se passent souvent de tartre en diminuant la proportion ordinaire de l’alun.
Le lin et le coton ont moins de dispositions à se combiner avec l’alumine , que les substances animales ; de là vient qu’on ajoute ordinairement une petite proportion de soude ou de potasse qui doit favoriser , comme on vient de le dire , la décomposition de l’alun.
Ce moyen ne suffit pas pour que l’alun puisse servir de mordant aux toiles d’impression : il faut que la dissolution qui contient l’alumine puisse
être concentrée sans qu’il se forme de cristaux ; l’acétated’alumine a non seulement cet avantage ; mais elle en a outre cela un autre qni dépend de l’acide acétique qui sert de dissolvant. Cet acide n’agit que par une faible affinité et retient par conséquent l’alumine plus faiblement que l’acide sulfurique; et dans la dissication que l’on fait éprouver aux toiles qui sont imprégnées du mordant , sa volatilité le fait exhaler , de sorte que ces toiles ne portent pas dans le bain de teinture un acide qui nuise à la couleur.
Ces avantages rendent l’acétate d’alumine trèspropre à être substitué à l’alunage ordinaire dans plusieurs teintures sur coton, modelées sur les procédés perfectionnésdes toiles imprimées, mais l’acide acétique ne produit presque pas de dissolution de l’alumine , telle qu’elle est dans l’argile ; sa force de cohésion est un obstacle que la faiblesse de l’acide ne peut surmonter ; c’est par le moyen de l’acétate de plomb que l’on produit un échange de bases que nous aurons occasion d’exar miner. La préparation de l’acétate d’alumine revient par là à un prix qui n’en permet pas l’usage dans plusieurs teintures , jusqu’à ce qu’on ait appris à employer quelque moyen moins dispendieux de produire cette combinaison. Les propriétés de l’acétate d’alumine nous avaient portés àcroire qu’il pourrait être substitué avec succès à l’alun , dans les teintures en laine ; nous avons
fait des essais avec la garance ; mais le drap a pris une couleur moins intense qu’avec l’alun, sans que nous puissions indiquer la cause de ce résultat , qui peut-être ne dépend que de quelque circonstance qui nous a échappé.
L’alumine se dissout assez abondamment dans la potasse et la soude, sur-tout par le moyen de la calcination. Macquer s’était beaucoup occupé de cette dissolution pour l’employer en teinture ; mais les alcalis ayant la propriété de dissoudre les substances colorantes et de les enlever aux étoffes auxquelles elles sont fixées , ils ne paraissent pas propres à servir de dissolvant à l’alumine , cependant les expériences de Haussman , prouvent qu’on peut dans quelques circonstances employer ce mordant avec avantage.