EN G É N E .R A T
sont dus à l’action réciproque des corps, et nous espérons que des expériences ultérieures combleront l’espace qui semble encore séparer ici la physique de la chimie; en attendant , nous nous bornerons aux résultats de cette dernière partie de la science qui s’occuppe des propriétés des corps.
Dans les oxides métalliques et dans plusieurs substances minérales , toutes les parties sont également colorées ; mais il n’en est pas de même dans les substances végétales ou animales : la couleur n’y est ordinairement due qu’à des molécules qui sont mêlées ou combinées avec celles qui constituent ces substances , et les végétaux contiennent quelquefois diverses molécules colorantes , à différentes époques ou dans différentes parties.
Les molécules colorantes des substances végétales et animales sont presque seules employées à l’usage de la teinture ; mais on les modifie souvent par des intermèdes : ce sont ces substances que l’on désignera dans ce traité par le nom de parties colorantes.
Ces parties colorantes n’offrent point dans leur composition la simplicité des substances minérales , et l’oxigène n’influe point de la même manière sur leurs couleurs. On examinera , dans un des chapitres suivants , de quelle manière ce principe agit sur elles et les dénature.
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Quelques chimistes ont regardé le fer comme la cause de toutes les couleurs végétales et animales ; et Adolphe Becker s’est servi , pour appuyer cette opinion , des considérations que Ion pouvait tirer de la propriété qu’a ce métal , généralement répandu , de prendre un grand nombre de couleurs dans l’état d’oxide T dans les dissolutions et dans les vitrifications (i).
Le fer, à la vérité, paraît être contenu dans toutes les substances végétales et animales , mais en quantité extrêmement petite. Le chêne , qui est l’une des substances végétales qui doivent donner le plus de résidu, ne laisse dans la combustion que 77^ de son poids en cendre, et cette cendre ne contient pas en fer. Peut-on expliquer , par une si petite quantité , les couleurs riches et éclatantes dont les végétaux sont émaillés? Y a-t-il un véritable rapport entre la mobilité de quelques-unes de ces couleurs par les acides , les alkalis , l’air et la succession constante des couleurs que prend le fer , selon son état d’oxidation?
On pourrait étayer l’opinion que nous combattons, du suffrage de Bergman , qui a prétendu prouver que l’indigo devait sa couleur au fer
(1) Specimen sistens expérimenta circa mutationcm colorum quorumdam vegetabiliuin à corporibus salibus , cum «orollariis ; auctore J. F . Aciolpho Becker , 1 779.
EN GÉNÉRA L. -
quil contient (i); mais on se permettra de repondre qu’il est facile de prouver que ce grand chimiste s’est fait illusion sur cet objet. Par le moyen du prussiate d’alkali , il a retiré des cendres d’une once d’indigo , 3o à 3s grains de bleu de Prusse , et il évalue le fer qu’elle contenait à 1 8 ou 20 grains ; mais , dans d’autres endroits , il prouve que le fer , contenu dans une substance , ne forme au plus que la cinquième partie du bleu de Prusse qu’on retire de sa dissolution , et par-tout ailleurs il s’est servi de cette évaluation. C’est donc à six grains qu'il faudrait réduire le fer qu’il a retiré d’une once d’indigo ; dans des expériences qui suivent , il prouve que la plus grande partie de ce fer peut être dissoute par l’acide muriatique sans que les molécules colorantes soient altérées ; de sorte que la plus grande quantité de ce métal n’entrait pas dans leur composition. Il résulte clairement de là que les parties colorantes de cette substance ne peuvent contenir qu’une quantité de fer si petite , qu’elle ne peut influer que bien faiblement sur sa couleur.
Non-seulement les moyens d’analyse chimique que nous possédons ne nous ont pas mis en état de déterminer la composition des parties
(i) Analyse chimique de l’indigo , Mém. des Sav. étr. tome 5.
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colorantes avec assez de précision , pour connaître à quels principes elles devaient leurs propriétés , mais on observe qu’une composition très-différente peut donner naissance à une couleur de meme espèce Les parties de l’indigo diffèrent beaucoup de celles qui colorent plusieurs fleurs en bleu. Nous possédons une grande quantité de substances jaunes qui donnent des couleurs presque semblables en apparence , et qui diffèrent cependant beaucoup par leurs propriétés.
Il y a des couleurs simples : il y en a qui sont dues au mélange de ces couleurs , et qui ? par conséquent , sont composées. Newton a donné une règle générale pour former une couleur quelconque par le moyen d’autres couleurs prismatiques. Le Blond a prouvé que l’on pouvait obtenir toutes les couleurs que l’art du pein tre peut desirer, par le mélange du rouge , du bleu et du jaune (i). Du fa y a éprouvé que l’on obtenait le même effet en teinture , et il en a conclu qu’il n’y avait dans la nature que trois couleurs primitives qui donnaient naissance à toutes les autres. Cette opinion a été embrassée par plusieurs physiciens ; mais elle ne paraît pas assez solidement établie.
(i) L’Harmonie du coloris dans la peinture réduite en pratique.
Il y a cette différence entre les couleurs simples et les couleurs formées par la réunion de rayons différents: que les premières, vues par le prisme, retiennent leur simplicité , et que les secondes se décomposent : le verd, produit par les rayons de cette couleur , n’éprouve aucune décomposition par le prisme ; il a donc le caractère d’une couleur simple et primitive ; mais celui qui est composé , se sépare en jaune et en bleu.
Quoique le verd qu’on fait en teinture soit dû au mélange du jaune et du bleu , l’on ne doit pas regarder tous les verds comme une combinaison de deux espèces de parties colorantes : ainsi l’oxide verd de cuivre ne peut être dû à des molécules de nature différente , et le verd des plantes est sans doute produit par une substance homogène , de même que la plupart des nuances qui existent dans la nature : cette couleur doit donc son origine quelquefois à des rayons* simples et quelquefois à une réunion de différents ravons et d’autres couleurs sont
dans le même cas. Si le verd des plantes était dû à deux substances dont l’une serait jaune et l’autre bleue , il serait extraordinaire qu’on ne pût les séparer ou du moins changer leurs proportions par quelque dissolvant : cependant il y a quelques substances qui contiennent des parties colorantes de différentes espèces , telles
DK LA TEINTURE
que la garance , comme on peut le voir au volume second.
Le verd que nous prenons pour exemple des couleurs de teinture réellement composées , fait voir que les molécules colorantes ne couvrent qu une partie de la surface de l’étoffe , quoique celle-ci paraisse d’une couleur pleine et uniforme ; car , après que l’étoffe a été teinte en bleu , les parties jaunes s’y fixent encore et produisent le verd ; et ce qui prouve que c’est sur les parties de l’étoffe et non sur celles de l’indigo qu’elles se sont fixées principalement , c’est que , quoiqu’on ait commencé la teinture par le jaune , si l’on a employé un jaune peu solide , il peut être détruit par l’air et sur-tout par des agents chimiques , et le bleu rester * presque sans être altéré.
L’on voit par là qu’il suffit que les rayons de différentes couleurs soient rapprochés pour nous donner l’idée d’une couleur simple. En effet , l’on peut produire une couleur uniforme par le mélange exact de laines de différentes couleurs ; et en peinture , l’on obtient des nuances simples par le mélange de différents ingrédients qui ne se combinent point entre eux.
Les parties colorantes forment différentes combinaisons , et elles s’appliquent , soit seules , soit combinées préliminairement avec d’autres
substances , à la laine, à la soie , au lin et au coton. L’art de la teinture consiste à se servir des affinités des parties colorantes , pour les extraire , les dissoudre , et ensuite les appliquer et les fixer aux substances que l’on teint , et que l’on désignera dans ce traité par le nom d "étoffes 9 quelles que soient leur nature et leur forme.
L’on a voulu classer les parties colorantes en extractives et résineuses ; mais cette division ne peut donner que des idées incomplètes et fausses de leurs propriétés ; car il y a des parties colorantes qui , ne se dissolvant pas dans l’eau , seraient regardées comme résineuses , et cependant elles ne se dissolvent pas dans l’alcool ; telles sont la partie rouge du carthame qui ne se dissout que par le moyen d’un alkali , et l’indigo , qui ne se dissout , ni dans l’eau , ni dans l'alcool , qui ne devient soluble par les alkalis qu’au moyen de quelques circonstances , et qui se dissout facilement dans l’acide sulfurique.
Les parties colorantes qui 6e dissolvent dans l’eau ne peuvent être comparées aux parties mucilagineuses et extractives des végétaux , puisque la propriété de se dissoudre dans l’eau , comme cessubstances, ne donne aucune idée des propriétés qu’il est essentiel d’y reconnaître , telles que leurs rapports avec les agents chimiques qui sont en usage dans la teinture , avec
Go DE LA TEINTURE
1 air , avec la lumière , avec les substances animales et végétales.
, C’est encore un abus nuisible aux progrès de la véritable théorie que de vouloir expliquer les propriétés des substances colorantes par les parties mucilagineuses , résineuses , terreuses , salines , huileuses , qu’on suppose entrer dans leur composition , ainsi qne le fait principalement îfoerner.
L’on vient de voir que , pour expliquer la cause des couleurs et la nature des parties colorantes , l’on était tombé dans deux inconvénients ; l’un , de vouloir expliquer l’action que les molécules des substances colorantes exercent sur les rayons de la lumière par leur densité et leur épaisseur , sans avoir aucun moyen de les déterminer , et sans aucune considération pour l’affinité qui est due à leur composition chimique ; l’autre , de comparer sur quelques faibles rapports les parties colorantes avec les mucilages et les résines , et de vouloir expliquer leurs propriétés par les parties qu’on suppose entrer dans leur composition , pendant que leurs propriétés colorantes doivent être déterminées par des expériences directes , plutôt qu’expliquées par une composition imaginaire. L’on s’est encore éloigné de la véritable théorie , de celle qui n’est que le résultat de l’observation , en attribuant aux lois purement méca-
eft général. 6i
niques , l’adhésion des parties colorantes aux substances que l’on teint , l’action des mordants, la différence des couleurs de bon et de faux teint. Hellot, auquel nous sommes d’ailleurs redevables du meilleur traité pratique, qui existe sur les teintures en laines , s’est lait une illusion complète sur cet objet , et ses idées théoriques ont souvent influé sur ses observations et sur les principes qu’il a établis , comme on peut s’en assurer par la lecture de son ouvrage. L’on va juger de sa théorie par le passage suivant. « Je crois qu’on peut dire , comme un principe « général de l’art dont je traite , que toute la mé- « canique invisible de la teinture consiste à dilate ter les pores du corps à teindre , à y déposer « des particules d’une matière étrangère , et à les « y retenir par une espèce d’enduit , que ni l’eau, « ni la pluie , ni les rayons du soleil ne puissent « altérer ; à choisir les molécules colorantes d’une u telle ténuité quelles puissent être retenues , « suffisamment enchâssées dans les pores du su- « jet , ouverts par la chaleur de l’eau bouillante , « puis resserrés par le froid , et de plus enduits « de l’espèce de mastic que laissent dans les « mêmes pores les sels choisis pour les préparer. « d’où il suit que les pores des fibres de la laine , « dont on a fabriqué ou dont on doit fabriquer « des étoffes , doivent être nettoyés , agrandis , c<; enduits, puis resserrés, pour que l’atome colo-
« rant y soit retenu à-peu-près comme un dia- « mant dans le chaton d’une bague (i)».
L’on a lieu d’être surpris que Macquer ait adopté les idées de Hellot. « Ce serait ici lieu « (dit-il) (2) d’expliquer la manière dont les « mordants agissent dans la teinture , et de dé- « velopper la cause du bon et du faux teint ; ce mais ces objets ont été traités avec tant de « sagacité par M. Hellot , que je crois devoir y « renvoyer le lecteur ».
Cependant Dufay (3) avait déjà aperçu que les parties colorantes étaient disposées par leur nature à contracter une adhésion plus ou moins forte avec les filaments qui les reçoivent : il remarque fort bien que , sans cette disposition , les étoffes ne devraient prendre qu’une couleur pareille à celle du bain de teinture , et partager également avec lui les parties colorantes ; au lieu . que la liqueur du bain devient quelquefois claire comme de l’eau , et cède toutes les parties colorantes à l’étoffe : « ce qui semble (dit-il) indice quer que les ingrédients ont moins d’adhé- « rence avec l’eau qu’avec les parties de la laine ». Il ajoute qu’on rendrait raison de la même ma-
(j) L’art de la teinture des laines , p. \ 2.
(2) L’art de la teinture en soie, avant-propos, p. 8.
(3) Observations physiques sur le mélange de quelques couleurs dans la teinture, Mém. de l’académ. 1737.
nière de plusieurs autres observations ; mais qu’une pareille explication laisse encore beaucoup à desirer , et qu’il l’abandonnerait sans peine , si on en proposait une plus vraisemblable.
Bergman paraît être le premier qui ait complètement rapporté aux principes chimiques les phénomènes de la teinture (i) : ayant teint de la laine et de la soie dans une dissolution d’indigo par l’acide sulfurique fort étendu d’eau , il explique les effets qu’il a observés dans cette opération ; il les attribue à la précipitation causée par l’affinité plus grande qui se trouve entre la laine , et la soie , et les molécules bleues , qu’entre ces mêmes molécules et l’eau aéidule : il remarque que cette affinité de la laine est assez puissante pour dépouiller entièrement la liqueur des parties colorantes ; mais que l’affinité plus faible de la soie ne peut que diminuer la proportion de ces parties dans le bain ; et il fait voir que , de ces affinités différentes , dépendent , et la solidité de la couleur , et l’intensité qu’elle peut prendre.
C’est effectivement là la manière légitime d’envisager les phénomènes de la teinture qui sont de véritables phénomènes chimiques.
(1) Analyse de l’indigo, Mém. des Sav. étr. tome 9, Mém. envoyé pour le prix proposé en 1776 , et dans les notes sur le traité de Soheffer.
Peu de temps après , Macquer adopta cette théorie, et en fit de justes applications à Faction des mordants, et particulièrement de l’alumine (i).
Quoi qu’il en soit de la cause physique des couleurs , les parties colorantes que l’art de la teinture a pour objet d’appliquer aux étoffes, ont des propriétés chimiques qui les distinguent des autres substances , et qui dépendent des affinités que leurs parties exercent collectivement , de Faction réciproque de ces parties , et de leur constitution , par laquelle elles sont plus ou moins disposées à 1 état solide ou à la liquidité.
En raison de ces propriétés , elles se dissolvent dans différents liquides, elles se combinent avec les acides , les alcalis , les oxides , avec quelques terres , et principalement avec l’alumine ; souvent elles précipitent les oxides et l’alumine des acides qui les tenaient en dissolution ; dans d’autres circonstances , elles forment des sur-compositions meme avec les sels : quelquefois elles s’unissent immédiatement aux étoffes ; le plus souvent elles forment , avec ces substances , une combinaison beaucoup plus intime , par un intermède , ou même elles ne se combinent avec elles que par un intermède;
(i) Dict. de cliim. 2e. édition , au mot teinture, 1778/
îintermède modifie plus ou moins leur couleur i leurs autres propriétés et meme leur composition.
La différence de l’affinité des parties colorantes avec la laine , la soie et le coton , est
quelquefois telle , qu’elles refusent de se combiner avec l’une de ces substances , pendant qu’elles se combinent fort bien avec une autre; ainsi le coton ne prend point de couleur dans le bain qui teint la laine en écarlate. Dufay fit faire une étoffe dont la chaîne était de laine , et la trame de coton ; il fit passer cette étoffe au foulon, pour être bien sur que la laine et le coton recevaient exactement la meme préparation ; mais la laine prit la couleur d’écarlate et le coton resta blanc. C’est cette différence d’affinité qui oblige à varier les préparations et les procédés, suivant la nature de la substance que l’on veut teindre d’une couleur.
Si les effets des intermèdes qu’on emploie en teinture, et si la fixation des parties colorantes sur une étoffe, par elle-même ou par le moyen d’un intermède , sont dus aux combinaisons qui se forment , c’est encore à la combinaison chimique qu’il faut rapporter les changements produits par les acides et les alcalis , dans plusieurs couleurs végétales, et dont les chimistes font un grand usage pour s’assurer de la nature de différentes substances. On peut comparer les corn?
poses qui en résultent aux sels neutres qui ont des qualités distinctes de celles de leur composants , mais dans lesquels l’un des composants peut être surabondant , et faire dominer ses propriétés. On observe cet état de combinaison entre les parties colorantes de la cochenille et le tartre acidulé de potasse , ou crème de tartre : en fesant évaporer lentement une dissolution de ce sel dans une décoction de cochenille, il se forme des cristaux qui conservent une belle couleur de rubis , beaucoup plus intense et plus vive que celle de la liqueur dans laquelle ils se sont formés.
L’action réciproque des acides et des alcalis étant beaucoup plus grande que celle qu’ils exercent en particulier sur les parties colorantes , ils peuvent se saturer mutuellement , et alors le composé qui en résulte conserve peu d’effet sur les parties colorantes , de sorte que les changemens qui avaient été produits par l’une de ces substances , disparaissent lorsqu elle est neutralisée par une substance antagoniste.
Les couleurs bleues ne sont pas les seules qui puissent passer au rouge par le concours des acides, et au vert par celui des alcalis : la plupart des couleurs rouges, celle de la rose, par exemple , sont exaltées par les acides , et passent au vert par les alcalis , et quelques couleurs vertes f telles que celle de la décoction de
bardane, selon le témoignage de Nose (i), et le suc vert des baies de nerprun ( rhamnus catharticus ) , selon l’observation de Becher , rougissent aussi par les acides.
Cette propriété , commune aux couleurs les plus ordinaires des végétaux, paraît prouver qu’il y a une grande analogie entre la plupart de leurs parties colorantes; et ce n’est pas sans fondement que Linnéus (2) a pensé que la couleur rouge , dans les végétaux , était due à un acide , et en attestait l’existence ; mais il y a aussi plusieurs végétaux qui contiennent un acide développé , sans avoir une couleur rouge (3).
Dans la combinaison que les molécules colorantes forment avec 1 étoffe , elles ne conservent qu’une partie de leurs propriétés primitives : en s’alliant avec l’alumine , les oxides et quelques
(1) Versuch einiger Beytrage zur cliemie.
(2) Armænitatum acacL tom. 4.
(3) Il y a des fleurs dont la couleur paraît naturellement modifiée par un acide très-faible , sans être décidément rouge j telle est la fleur de violette , dont le suc violet devient bleu , lorsqu’on le laisse séjourner quelque temps dans un vase «l’étain , probablement parce que l’acide qu’il contenait se combine avec la partie oxidée qni se trouve à la surface de 1 étain ; telle est encore la fleur de mauve , qui devient bleue par la simple exsiccation. L’on rend la couleur primitive avec une très-petite quantité d’acide. Observ. phy-
sico - chim. sur les couleurs , par Opoix y journal dé phys . tom . &
autres substances , elles sont déjà modifiées ; mais les propriétés de ces dernières combinaisons le sont encore lorsqu'elles se surcomposent avec l’étoffe.
Ces modifications sont analogues à ce qu’on observe dans les autres combinaisons chimiques ; mais elles sont sujettes à une dégradation particulière , par l’action de l’air et de la lumière ; quelquefois , au contraire , elles en reçoivent un éclat nouveau , ou une nuance différente : il y a aussi des agents qui, après s’ètre unis avec les parties colorantes , altèrent la couleur qu’ils ont d’abord produite , la font passer au jaune et la détruisent ; tel est particulièrement l’acide muriatique oxigéné , il agit alors par l’oxigène qu il abandonne , et par conséquent son action ne diffère que par l intensité , de celle de l’air atmosphérique.
Il résulte de ce qui précède, i°. que les molécules colorantes ont des affinités qui produisent leur dissolution et leur combinaison , et dont les effets se combinant avec ceux de leur constitution, forment les différences qui les distinguent entre elles ;
2°. Qu elles s’unissent directement avec l’étoffe, ou seulement par le secours d’un intermède ; mais l’étoffe a des rapports différents avec elles, selon sa nature ;
3°. Qu’en se combinant avec une substance *
elles éprouvent une altération qui modifie leur couleur, outre la modification qui résulte de la nuance propre à la substance avec laquelle elles s’unissent.
4°. Que les molécules colorantes varient nonseulement entre elles, par ces dispositions différentes , mais encore par les changements ultérieurs quelles peuvent subir, par l’action des autres substances, et particulièrement par celles de F air et de la lumière.
Pour établir, sur ces considérations , les principes de l’art de la teinture , par le moyen desquels 011 puisse expliquer les phénomènes particuliers qu’il présente , et se guider dans la pratique, de manière à obtenir les procédés les plus surs , les plus faciles et les plus économiques, soit pour exécuter des opérations connues, soit pour parvenir à remplir les demandes des consommateurs , et perfectionner l’art , nous allons, dans cette section, examiner plus particulièrement les effets qui sont dus à l’action des substances qui servent d’intermèdes , et ceux que produisent les agents qui peuvent dénaturer les couleurs.
Mais les étoffes ont des rapports différents avec les parties colorantes, et elles doivent recevoir ues préparations préliminaires aux opérations de la teinture : nous les examinerons, sous ce rapport, dans la seconde section.
La troisième section sera consacrée à l’art du
blanchiment du lin et du coton , par l’acid® muriatique oxigéné.
Nous nous occuperons , dans la quatrième , des manipulations de la teinture en général % et des moyens par lesquels on peut reconnaître la bonté des couleurs.
Nous donnerons, dans la cinquième , une connaissance sommaire des principaux ingrédiens qui sont employés en teinture , dans la vue de dissoudre, de modifier et de fixer les parties colorantes.
Après avoir présenté ainsi , dans la première partie de cet ouvrage , les connaissances générales qui doivent s’appliquer aux opérations particulières , nous exposerons , dans la seconde partie , les procédés de teinture , en les classant par genres et par espèces de couleur : là , nous examinerons chaque substance colorante ; nous appliquerons aux différentes teintures les principes établis dans la première partie ; nous exposerons les procédés de l’art , et indépendamment des explications, nous chercherons à les perfectionner par des expériences directes : nous tâcherons donc de co-ordonner les résultats de l’expérience , par les principes de chimie ; mais nous nous arrêterons , lorsque ces principes ne pourront nous conduire à des explications satisfesantes, ou nous nous bornerons à des conjectures qui seront confiées aux progrès ultérieurs de la science.
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