‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 60 sur 68 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des Eaux.

La qualité des eaux est un objet essentiel pour les teintures ; mais il est peut-être moins important de faire connaître les effets nuisibles quelles

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peuvent produire , que de détruire les préjugés auxquels elles donnent souvent lieu ; ainsi I on a attribué des propriétés particulières à l’eau de la Bièvre, qui sert à la manufacture des gobelins ; mais Guillaumot remarque , que lorsque les eaux de cette petite rivière sont trop basses , on fait venir de l’eau de la Seine , sans apercevoir que son usage rende les teintures moins belles.

Il est inutile de dire que les eaux qui servent à la teinture ne doivent pas être limoneuses ni contenir des substances corrompues ; que l’on ne doit pas se servir de celles qui sont assez chargées de principes étrangers pour être placées au nombre des eaux minérales , et que leur saveur fait distinguer assez facilement. Ces exceptions faites, les eaux agissent sur les parties colorantes , principalement par les sels à base terreuse qu’elles contiennent, et qui rendent en général les couleurs plus ternes et plus foncées.

Le carbonate de chaux et celui de magnésie , ont de plus 1 inconvénient de se précipiter par l’ébullition , qui chasse l’excès de l’acide carbonique qui les tenait en dissolution , de sorte que ces terres s’appliquent sur les étoiles , les ternissent , et empêchent les parties colorantes d’y pénétrer.

Il est donc important de reconnaître ces espèces d’eaux qu’on appelle dures ou crues pour

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les éviter dans la plupart des teintures. Les chimistes ont des moyens non-seulement pour déterminer les différents principes qui sont contenus dans les eaux , mais meme pour assigner avec précision la quantité de chacun ; mais les procédés nécessaires pour cette analyse exigent souvent des connaissances approfondies , et une habitude d’expérience qu’on ne doit pas supposer dans ceux qui s’occupent de l’art des teintures : heureusement une épreuve triviale et facile est suffisante pour faire connaître si une eau contient une quantité nuisible de ces sels; c’est la dissolution du savon.

.Tous les sels à base terreuse décomposent le sasavon par un échange de bases : leur terre s’unit avec 1 huile , pendant que leur acide se combine avec l’alcali du savon ; et de la combinaison de 1 huile et de la terre , résulte un savon à base terreuse , qui , étant insoluble dans l’eau , forme les caillots qu’on observe alors.

Lors donc qu’une eau est claire , quelle se renouvelle , qu’elle n’a point de saveur sensible , et qu elle dissout bien le savon ; on peut la regarder comme très-propre aux teintures, et toutes celles qui ont ces qualités y sont également propres.

Mais comme l’on n’est pas toujours maître du choix des eaux, 1 on a cherché les moyens de cor»

riger celles qui étaient mauvaises, du moins jusqu à un certain point , particulièrement pour le9 teintures des couleurs délicates. Pour cela, on fait principalement usage de l’eau dans laquelle on a fait aigrir du son et qu’on appelle eau sure*

Il parait que l’eau sure agit en décomposant les carbonates de chaux et de magnésie , et que son acide chasse l’acide carbonique : par là l’on évite le dépôt de la terre , que l’on a dit se former par l’ébullition.

L’on fait aussi bouillir des plantes mucilagineuses avec Peau que l’on veut corriger, et il se forme une écume que l’on enlève. Le mucilage se coagule , et entraîne avec lui les terres qui se se* parent par la volatilisation de l’acide carbonique, ainsi que celles qui pouvaient se trouver simplement mêlées avec l’eau et la troubler.

Les sels à base terreuse , qui sont en général nuisibles dans la teinture, peuvent dans quelques cas lui être utiles, et servir à modifier les cou-

leurs , lorsque l’on a l’intention d’obtenir des nuances foncées.

Comme l’eau d’une rivière peut contenir plus on moins de sels à base terreuse , selon que son lit se trouve plus ou moins elevé, il arrive quelquefois qu’en suivant exactement le même pro* cédé , on n’obtient la même nuance qu’à certaines époques, ou qu’on est obligé de faire quelques

modifications au procédé pour en obtenir le meme résultat, selon l’état où se trouve la rivière.

Les eaux qui décomposent le savon et qui forment du savon calcaire, sont désavantageuses pour le blanchiment , non-seulement par la perte du savon qui se décompose inutilement , mais principalement , parce que le savon calcaire qui est insoluble dans l’eau , se fixe sur l’étoffe , lui donne un toucher gras, jaunit même avec le temps et se détache par la percussion en petites écailles. O11 prévient cet inconvénient en décomposant les sels à base terreuse, par le moyen d’un peu de carbonate de soude ou de potasse.

Fin de la première partie.

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