‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 59 sur 68 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du soufre .

Lk soufre exposé à une certaine chaleur se volatilise , et reprend l’état solide par le contact des corps froids ; c’est ainsi qu’on le réduit en molécules subtiles qu’on appelle fleurs de soufre . On fait cette préparation dans de petits appareils de laboratoire , ou en grand dans des espèces de cheminées ou de chambres où il se fixe contre les murs refroidis.

Lorsque le soufre est exposé à une température plus élevée , il se combine avec l’oxigène , et passe par-là à l’état d’acide ; mais cet acide diffère selon l’élévation de la température , ou selon la vivacité de la combustion : lorque la température n’est pas assez élevée , c’est de l’acide sulfureux que l’on obtient.

L’acide sulfureux diffère de l'acide sulfurique, i°. en ce que l’oxigène y est moins condensé , de sorte que la combinaison conserve une disposition à l’élasticité assez grande, et quelle ne se dissout qu’en quantité médiocre dans l’eau ; 2°. en ce que la proportion (l’oxigène y est moins grande que dans l’acide sulfurique ; mais

en meme -temps elle éprouvé une action beaucoup moins forte de la part du soufre , et cette dernière circonstance influe beaucoup plus sur ses propriétés caractéristiques.

L’oxigène est donc retenu beaucoup plus faiblement dans l’acide sulfureux que dans l’acide sulfurique : aussi plusieurs substances qui n’enlèvent pas l’oxigène à l’acide sulfurique , peuvent décomposer l’acide sulfureux. Il tient par -là aux propriétés de 1 acide muriatique oxigéné , quoiqu’il ne cède pas si facilement son oxigène , et qu’il enlève au contraire celui de l’acide muriatique oxigéné , pour passer à l’état d’acide sulfurique, de même qu’à celles de l’acide nitrique.

L’acide sulfureux, ou la combinaison du gaz sulfureux avec l’eau , n’est pas employé dans les procédés de teinture ; mais on se sert de la vapeur que l’on forme immédiatement par la combustion du soufre. Dans cet état de gaz , il exerce une action plus vive ; car il blanchit des fleurs qu'il fait passer au rouge , comme les autres acides , lorsqu’il est dans l’état liquide ; on se tromperait donc si l’on voulait substituer l’acide sulfureux aux vapeurs du soufre , comme on l’a proposé ; cependant il y a des circonstances où l’on voudrait obtenir un effet différent ou plus modéré , et où il serait avantageux de l’employer dans l’état liquide : nous en avons vu un exemple dans le procédé de Giobert sur le blanchiment de la soie ccrue.

Pour l’obtenir dans cet état , on a un moyen plus commode et plus facile que celui de la combustion du soufre : l’on n’a qu'à mêler avec l’acide sulfurique une substance végétale qui contienne de l'hydrogène , telle que le sucre , et distiller en recevant la vapeur qui se dégage, par le moyen d’un tube, au fond d’un récipient. La chaleur qui tend à produire des combinaisons élastiques , détermine une formation d’eau, aux dépens de l’hydrogène du sucre , et une production d’acide sulfureux qui va se combiner dans l’eau froide; mais il se forme en même-temps un peu d’acide carbonique, qui est indifférent pour les opérations auxquelles on destine l’acide ; d’ailleurs lorsque l’acide sulfureux acquiert une certaine condensation , il chasse l’acide carbonique de l’eau.

O11 se sert du soufrage, ou de l’exposition aux vapeurs du soufre , pour donner aux soies qui sont destinées aux étoffes blanches , ainsi qu’aux étoffes de laine , le plus grand degré de blancheur auquel on puisse les amener.

Pour le soufrage, on choisit une chambre isolée et sans cheminée, où l’on puisse, dans le besoin , donner un courant d’air.

On met, pour 5o kilogrammes de soies étendues sur des perches , placées à un peu plus de deux mètres de hauteur , à-peu-près un kilogramme de soufre , réduit en poudre grossière, dans une •

terrine ou marmite de fer , au fond de laaueïîe on a mis un peu de cendre : on allume en plusieurs endroits cette poudre; on ferme bien la chambre pour empêcher cpie la vapeur du soufre ne se dissipe : le lendemain on ouvre les fenêtres pour la laisser dissiper et faire sécher la soie ; mais en hiver , après que l’odeur du soufre est passée , on referme les fenêtres , et on met de la braise allumée dans des réchaux pour faire sécher la soie.

Cette opération procure non -seulement une grande blancheur à la soie , mais elle lui donne en même-temps du cri ou du maniement , c’est-àdire une espèce de trémoussement élastique , qui se fait apercevoir lorsqu’on la presse entre les doigts.

Comme le maniement donne une certaine roideur aux soies , on ne doit pas soufrer celles qui sont destinées à faire de la moire , parce qu’elles résisteraient trop aux impressions de la calandre, sous laquelle on fait passer les étoffes pour les moirer.

On ne peut également employer le soufrage pour les soies destinées à la bonneterie, parce qu’elles corroderaient le fer et l’acier des métiers où on les travaille, et quelles produiraient de la rouille.

La soie qui a été soufrée prend mal la plupart des teintures , et si on veut la teindre , il faut

en GÉNÉRAL.

auparavant la désoufrer en la trempant , et en la lisant à plusieurs reprises dans l’eau chaude.

Quand la soie est soufrée , si l’on remarque quelle n’a point assez d’azur pour la nuance qu’on desire , il faut lui en donner une seconde fois sur de l’eau claire , sans y mêler de savon , et après cela la soufrer une seconde fois.

Ces propriétés de la soie qui a été soufrée sont dues à l’acide sulfureux qui s’est combiné avec elle , et dont on rend sensible l’existence par le moyen de l’acide sulfurique ; car il en dégage aussitôt des vapeurs sulfureuses. Le soufrage des draps de laine s’exécute à - peu - près de la meme manière que celui de la soie ; mais il faut remarquer que si cette opération ne s’exécute pas avec précaution , et que si la combustion du soufre se fait avec trop de rapidité , il se forme de l’acide sulfurique , qui se déposant en gouttelettes, corrode le drap , inconvénient qu’il est difficile d’éviter entièrement.

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