‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 7 sur 68 · ENG^N^RAL · texte numérisé non relu

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a développer les observations générées que l’on vient de faire sur leur action.

Il y a des substances colorantes sur lesquelles les acides et les alcalis 11e paraissent avoir qu’une faible action , mais qui peuvent se dissoudre dans l’eau et se combiner immédiatement avec les étoffes , telles sont plusieurs couleurs fauves tirées des bois. et des racines , et le brou de noix : ces substances servent donc dans la teinture , sans aucun secours des mordants : il y en a qui ne se dissolvent que dans les alcalis , tel est en particulier le carthame ; sa partie colorante quitte les alcalis , et se fixe sur les étoffes lorsqu’on sature ceux-ci par un acide : le rocou , qui se dissout aussi par le moyen d’un alcali , l'abandonne pour se combiner avec l’étoffe , sans qu’on ait besoin d’employer un acide. L’indigo se dissout dans les alcalis en passant au jaune , lorsqu’il est privé d’oxigène : les étoffes peuvent aussi l'enlever aux alcalis , et alors il reprend sa couleur bleue par le moyen de l’oxigène ; les teintures faites par ces substances colorantes , n’ont pas besoin d’auxiliaires ; mais le plus grand nombre ne se combine qu’en petite quantité avec les étoffes , lorsqu’une base ne sert pas d’intermède à leur union •; elles y adhèrent faiblement et résistent beaucoup moins aux causes de destruction.

Les substances qui servent de mordants doi-

li A TEINTURE

vent donc fournir une base qui se fixe aux étoffés et aux parties colorantes, et qui s’oppose à leur dissolution et à leur destruction ; mais pour celles qui ne font qu’apporter quelques modifications dans les couleurs , il suffit qu elles soient retenues en petite quantité dans la combinaison qui se forme entre l’étoffe, le mordant et la partie colorante. Ainsi , quoique les altérants agissent également en se combinant , ils doivent cependant être distingués des mordants qui servent à fixer la combinaison.

Les acides peuvent en général dissoudre les substances colorantes, mais comme ils n’ont pas eux - mêmes la propriété de se combiner avec l’étoffe , ils ne peuvent servir de moyens d’union ; au contraire, ils enlèvent ordinairement les parties colorantes qui avaient été retenues par l’étoffe , et ils ne peuvent contribuer à la couleur qui se fixe , qu’en qualité d’ altérants , en s’unissant en petite quantité à la combinaison colorée.

Les alcalis dans lesquels il faut comprendre les terres qui produisent la saturation des acides , peuvent se combiner avec la plupart des substances colorantes ; mais pour reconnaître les effets qu’ils doivent produire selon leur différence, et les comparer à ceux qui sont dus aux acides , il faut porter son attention sur les propriétés des combinaisons, qui dépendent de celles de leurs éléments.

EN GÉNÉRA L.

Pendrmt que l’affinité réciproque produit une union , les dispositions des substances à la solidité ou à la liquidité , se conservent dans les combinaisons avec les différences qui proviennent de la condensation qu elles éprouvent (i).

Il résulte de là que les alcalis , qui ont beaucoup de solubilité, doivent former des combinaisons solubles avec les substances colorantes qui ont de l’affinité pour eux , mais ceux qui ont peu de solubilité , doivent au contraire produire des combinaisons insolubles.

Ces considérations , qui sont appuiées sur les résultats de faction réciproque des acides et des alcalis , et sur les propriétés des combinaisons en général , conduisent à distinguer les effets des différentes bases : la potasse , la soude et l’ammoniaque 11e peuvent servir d’intermède pour fixer les substances colorantes aux étoffes , mais elles doivent , ainsi que les acides , opérer la dissolution des substances colorantes sur lesquelles elles ont de Faction : leur affinité avec les étoffes doit aussi tendre à en opérer la dissolution : ce n’est que comme altérants que ces alcalis peuvent entrer dans les combinaisons colorées ; s ils produisent quelque précipitation dans des dissolutions de substances colorantes par l’eau , ce ne doit être qu’en séparant une substance

(0 Essai de statique chimique*

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beaucoup plus soluble d’une autre peu soluble par elle-uiëme , ou en occasionnant quelqu’altération dans une substance d’une composition peu stable.

Les autres alcalis , c’est-à-dire , la chaux , la baryte , la strontiane et la magnésie , qui ont peu de solubilité , ou une disposition beaucoup plus grande à la solidité , paraissent plus propres à servir de mordant : en effet , ces terres alcalines ont assez d’affinité pour former , avec les substances colorantes , des combinaisons qui se précipitent de leur dissolution , mais elles altèrent considérablement leurs couleurs , par leurs propriétés alcalines; elles ont trop peu d’affinité pour entrer en combinaison insoluble avec les étoffes , de sorte que loin de favoriser l’union des parties colorantes , elles l’empêchent au contraire et forment des précipitations isolées.

La magnésie qui est insoluble , présentait l’espérance de pouvoir servir utilement de mordant : pour l'éprouver on a mêlé de l’acétate de magnésie avec une dissolution de bois de fernambouc ; il s’est fait un précipité de couleur •violette terne : après s’être assuré de la faculté qu elle a de se précipiter avec les substances colorantes , on a imprégné le coton de ce sel , comme on fait avec l’acétate d’alumine , mais ce coton n’a pas pris plus de couleur que s’il n avait point reçu de mordant : la laine , traitée avec

J’acétate de magnésie , n’en a pas reçu la propriété de fixer la couleur de la garance , non plus que la soie : il paraît donc que les alcalis en général ne peuvent servir que comme dissolvants ou comme altérants ; mais en cette dernière qualité , ceux qui ont le moins de solubilité doivent être les plus efficaces : ce qu’on remarque aussi dans les acides ; de là vient l’utilité du tartre acidulé de potasse, dansplusieursprocédés.

Une substance qui possède à un haut point les propriétés convenables à un mordant, c’est l’alumine : insoluble lorsqu’elle n’éprouve pasl’action des acides et des alcalis , elle a beaucoup de disposition à se combiner avec les parties colorantes, elle n’agit point sur leurs couleurs comme les alcalis , mais elle conserve , à - peu - près , leur nuance naturelle ; elle se sépare beaucoup plus facilement des acides qui la tiennent en dissolution , que les bases alcalines.

Pour se convaincre de la propriété que possède 1 alumine , de se combiner avec les parties colorantes, Ion n’a qu’à agiter de l’alumine précipitée du sulfate d’alumine par un alcali, dans une infusion de bois de fernambouc , toutes les parties colorantes se séparent de l’eau et restent fixées avec 1 alumine; c’est cette combinaison qui forme quelques laques , et sur-tout les stils de grain (i). Cependant ce n’est pas ce moyen

(1) Tiaité théorique et pratique sur l’art de faire et d’appliquer les vernis , etc. par Tingri } tom. 2.

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qui est employé' immédiatument pour la composition de la plupart des laques.

On mêle une décoction de la substance colorante dont on veut obtenir une laque avec une dissolution de sulfate d’alumine : ordinairement il se forme un précipite qui entraîne une portion de la substance colorante , mais avec quelques substances colorantes , il n’y a pas de précipité. Pour l’obtenir ou pour le compléter , on sature l’acide avec un alcali , alors 1 alumine se précipite, et retient en combinaison avec elle la substance colorante. C’est ce précipité, dont la couleur varie selon la substance que l’on emploie , qui forme les laques , après des lotions suffisantes pour en séparer les parties salines : pour les stils de grains , on passe quelquefois la décoction à laquelle on a mêlé du sulfate d’alumine à travers un carbonate calcaire , qui sert , au moins en partie , à décomposer le sulfate d’alumine , ou à travers une argile dont l'action sur l’acide sulfurique , concourt aussi à la décomposition du sulfate d’alumine et à la précipitation de la laque. Ce qui se fait ici par faction de l’alcali ou de l’argile qui tend à s’emparer de l’acide, s’exécute dans la teinture par une action opposée , par l’affinité de l’étoffe pour l’alumine colorée.

L’affinité de l’alumine , pour les différentes étoffes , peut facilement être prouvée. Si l’on

dissout une substance animale par un alcali et si on mêle à cette dissolution du sulfate d’alumine , la substance animale se précipite avec l’alumine avec laquelle elle reste combinée : la même combinaison se forme lorsqu’après avoir mêlé de la gélatine à la dissolution du sulfate d’alumine , on y verse un alcali.

On peut sur-composer la combinaison d’alumine et de substance animale , avec une substance colorante ; par exemple , lorsque dans l’expérience précédente , on mêle à la dissolution de sulfate d’alumine et de gélatine , la décoction d’une substance colorante , comme du bois de fernambouc : le précipité coloré qu’on obtient ainsi , représente la combinaison qui se forme avec les étoffes , dans les teintures dans lesquelles on fait usage d’un mordant.

Quoiqu’on ne puisse prouver de la même manière que 1 alumine entre en combinaison avec le lin et le coton t les effets que produisent les mordants alumineux sur ces substances , ne laissent aucun doute sur la combinaison de l’alumine qui se forme ; ainsi , par le moyen de 1 alunage , des substances colorantes qui ne s’y seraient pas fixées ou qui s’y seraient promptement détruites, abandonnent leur dissolvant , y forment des couleurs beaucoup plus saturées et pins durables , et lors même que la couleur a enfin disparu , 1 étoffe retient encore l’alumine

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qui peut fixer cle nouvelles substances colorantes et lui communiquer les propriétés qui lui sont dues. Bancroft rapporte qu’ayant imprégné d’acétate d’alumine une partie d’une toile de coton, pendant que le reste n’avait point de mordant , et ayant teint cette toile avec du safran , il l’exposa sur le pré ; la couleur disparut bientôt sur la partie qui n’avait pas reçu de mor- . dant ; elle disparut quelque temps après sur la portion qui en avait été imprégnée ; alors il teignit de nouveau cette toile avec le safran , et l’exposition sur le pré produisit le meme effet; enfin , après une troisième teinture , le mordant procura encore la meme propriété à la partie de la toile sur laquelle il avait été appliqué ; de sorte que l’alumine resta fixe malgré les trois opérations de teinture.

Il faut donc que lorsqu’une étoffe acquiert , par le moyen d’un sel alumineux , les propriétés qui dépendent de l’alumine , elle puisse décomposer ce sel et se combiner avec son alumine , pendant que l’acide qui la tenait en dissolution se sépare et reste dans le;j bain ; mais il ne faudrait pas conclure de là qu’aucune portion de l’acide ne reste dans la combinaison de l’étoffe où elle peut avoir quelqu’influence sur la couleur.

Les oxides métalliques ont avec plusieurs parties colorantes , une telle affinité qu’ils aban-

en général. 8f

donnent les acides qui les tenaient en dissolution , pour se précipiter, en se combinant avec

elles.

D’un autre coté , tous les oxides ont la propriété de se combiner avec les substances animales , et l’on peut former ces différentes combinaisons , en mêlant un alcali saturé de substance animale avec les dissolutions métalliques (1).

Il n’est donc pas surprenant que les oxides puissent servir de moyen d’union entre les parties colorantes et les substances animales ; mais ils diffèrent beaucoup à cet égard : examinons à quelles propriétés tiennent ces différences.

Quoique tous les oxides ayent une disposition à se combiner avec les substances animales , ils diffèrent cependant beaucoup à cet égard ; de sorte que, sur -tout lorsque les substances animales forment un tissu solide , il est des oxides auxquels elles peuvent à peine s’unir : en supposant la même affinité , les oxides qui forment une combinaison plus forte avec les acides , doivent les abandonner plus difficilement , enfin le même oxide doit être précipité plus facilement des acides faibles , que de ceux qui agissent avec plus d’énergie : il n’est donc pas surprenant qu il ny ait que quelques dissolutions métalliques , qui puissent etre employées comme

(i) Mém. de l’acad. 1784.

mordants , et cela , selon le but qu’on. se propose.

Quelques substances métalliques ne portent , dans les combinaisons , qu’une base blanche et décolorée; d’autres modifient, par l’alliance de leur couleur , celle qui est propre aux parties colorantes ; mais dans plusieurs oxides la couleur varie , selon la proportion de l’oxigène qui s’y trouve fixée , ou selon d’autres circonstances indéterminées : ces derniers oxides ne peuvent servir de base à des couleurs solides et dont l’éclat serait promptement altéré par ces changements faciles , à moins que ce ne soit des couleurs rembrunies , dont les faibles mutations ne Seraient pas sensibles.

L’oxide d’étain l’emporte sur tous les autres par la propriété de se fixer avec les étoffes de laine et de soie ; mais particulièrement avec les premières; il abandonne facilement l’acide qui le tient en dissolution , pour se combiner avec elles , de sorte qu’il suffit d’imprégner la laine ou la soie de dissolution d’étain , quoiqu’après cela on la lave avec soin ; ce qui n’arrive pas avec quelques autres dissolutions métalliques.

L’étain peu oxidé n’a , à la vérité , qu’une couleur cendrée ; mais comme il a une grande affinité pour l’oxigène , il en prend assez dans ses dissolutions ordinaires pour passer à la couleur blanche , ou il peut finir de s’oxider peu-

dant l’operation même de teinture : il retient I oxigène avec force , en sorte que lorsqu’il est très-oxidé , son oxigène n’exerce que peu d’action sur une partie colorante. L’oxide de zinc parait avoir des propriétés analogues ; mais il a beaucoup moins d affinité avec les étoffes et a\ec les parties colorantes ; d’un autre côté , il retient plus fortement les acides, et par -là il est beaucoup moins propre à servir de mordant.

L affinité des Oxides pour les substances de nature végétale, parait beaucoup moins forte que cebe qu ils ont pour les substances animales , don vient que les dissolutions métalliques sont peu propres à servir de mordant aux couleurs du coton et du lin. Il faut cependant en excepter 1 oxide de fer, qui peut s’appliquer d’une manière très-solide a ees substances, même lorsqu’il est précipité de ses dissolutions. Chaptal fait, à cet égard , une observation intéressante (i) : il remarque que lorsqu’on agite du coton dans une •dissolution de fer troublée par la précipitation , on 1 éclaircit en y promenant du coton et du lin ; mais il faut remarquer que l’oxide de fer a une couleur différente selon son état d’oxidation , et que faction qu'il exerce sur la substance colorante, comme on le verra , varie selon cet état. L’oxide

(i) Mém. de l’inslit. tom. Fi t.

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de cuivre a aussi de l’affinité avec le lin et le coton , de sorte que ses dissolutions peuvent être employées dans quelques procédés : l’oxide de manganèse annonce une pareille disposition.

Il suit de ce qui précède : i .» que les acides et les alcalis ne sont pas propres à servir de mordant, c’est-à-dire, d’intermède ou de moyen d’union entre les étoffes et les substances colorantes, quoique ceux qui sont peu solubles puissent produire avec les substances colorantes des espèces de laques. 2°. Que de toutes les substances terreuses , c’est l’alumine qui a éminemment les propriétés des mordants , par son affinité avec les substances colorantes et avec les étoffes , et par sa faible adhérence aux acides; 3°. que parmi les substances métalliques , il faut distinguer celles qui prêtent une base blanche aux substances colorantes , et celles qui influent sur les substances colorantes , par leur propre couleur : entre les premières , qui peuvent servir aux couleurs claires et éclatantes, les dissolutions d’étain tiennent le premier rang par l’affinité de l’oxide, pour les étoffes de nature animale, et pour les substances colorantes , et par sa faible adhérence aux acides : la force avec laquelle il retient l’oxigène contribue à ses qualités; parmi les substances métalliques dont la couleur produit des modifications , le fer est de l’usage le

plus étendu , mais ses effets varient selon l’état de son oxidation.

Lorsque les parties colorantes ont précipité un oxide de son dissolvant , celui-ci a ordinairement le pouvoir de dissoudre une portion de la combinaison de la substance coloranteavec l’oxide , et la liqueur reste colorée , quoique la précipitation soit facilitée et rendue plus complète par la présence de l’étoffe. Les effets dépendent donc en partie , non - seulement des proportions , mais encore de l’espèce d’acide qui sert de dissolvant à l’oxide : Cette observation s’applique aux acides qui tiennent l’alumine en dissolution ; mais les acides, les alcalis, les dissolutions métalliques , et même les sels neutres peuvent servir d’altérants.

On voit qu’en variant les mordants , on peut beaucoup multiplier les nuances que l’on peut obtenir d’une même substance , sur -tout en fesant coopérer les altérants ; il suffit même de varier la méthode par laquelle on les applique ; ainsi l’on obtiendra différents effets en imprégnant l’étoffe d’un mordant , ou en mêlant le mordant dans le bain de teinture , en fesant l’opération à chaud ou à froid , avec le contact prolongé de l’air , ou sans son intervention , au moyen d’une dissolution dont l’acide est énergique , ou d’une autre , dont l’acide est plus faible ou plus volatil.

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