‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 8 sur 68 · DE LA TET TV TU HE · texte numérisé non relu

DE LA TET TV TU HE

La dessication favorise la combinaison des bases qui ont de l’affinité avec 1 étoffe , parce que l’eau qui produisait la dissolution , s’opposait par son affinité , à l’action de l'étoffe qui tend à la réduire dans l’état solide.

Mais les circonstances auxquelles on doit s’assujettir, varient selon les qualités de letoffe qui , par une disposition dont on ne peut pas toujours assigner la cause , exige quelquefois le concours de la chaleur, pendant qu’une étoffe de nature différente se combine mieux à froid.

Enfin les procédés que doit recevoir successivement une étoffe, pour remplir le but que l’on se propose , déterminent quelquefois le choix de la dissolution du mordant et de la manière de 1 appliquer : ce que 1 ou observe sur-tout , par rapport aux toiles que 1 on soumet à l’impression , et qui doivent passer par plusieurs opérations qui ne se portent respectivement aucun dommage.

Ce bel art , qui ne fut transporté en Europe que dans le milieu du. siècle dernier, y a fait des progrès rapides, de sorte qu’il se trouve porté à une perfection non -seulement fort supérieure à l’état qu’il a conservé depuis tant de siècles clans, llndostan , mais qu’il est devenu l’un de ceux dont les procédés ont le plus, de précision, et peuvent recevoir l'explication îa plus complété*

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La perfection où il a été porté chez nous, principalement par l’industrie active et éclairée du célèbre Oberkampf , aujourd’hui secondée de celle de Widmer , est due en partie à la nécessité d’en isoler les procédés , pour parvenir non-seulement à varier les couleurs et à les nuancer , mais encore a leur assurer une solidité qui résiste aux opérations nécessaires , pour rendre la blancheur aux intervalles qui séparent les couleurs qui doivent rester empreintes ; ainsi les effets de chaque opération ont pu être observés et constatés , et chaque couleur a été soumise à la plus forte des épreuves , pendant que les autres procédés de teinture confondent souvent les différents effets, et en imposent par un éclat passager.

Comme les procédés de cet art sont propres à donner une idée exacte des eliets des mordants, et des différentes circonstances qui les modifient, nous allons en tracer un précis.

Les mordants qui on t une grande solubilité, et dont l’acide susceptible de volatilisation, n’est uni à sa base que par une faible affinité, sont préférés pour l’impression des toiles , parce que pouvant y être portés dans un état plus grand de concentration, et s’y décomposer plus complètement , on obtient des couleurs plus intenses et plus nourries. Leur solubilité leur donne encore l’avantage de ne point rendre, par l’effet de la cristallisation, le mordant grumeleux , lorsqu’on l’épaissit >

ou inégal, pendant sa dessication sur la toile.

L’acétate d’alumine et l’acétate de fer jouissent de ces propriétés, et suffisent pour produire, avec diverses substances colorantes , la plupart des nuances variées qu’on observe sur les toiles peintes.

Pour préparer l’acétate d’alumine , on dissout dans huit parties d’eau chaude, trois parties jxmde'rales d’alun et une d’acétate de plomb ; on y ajoute ensuite le huitième d’une partie de potasse et autant de craie. L’oxide de plomb contenu dans l’acétate forme , avec l’acide sulfurique de l’alun , un sel insoluble qui se précipite ,. et la base de l’alun ou l’alumine reste en dissolution, combinée avec l’acide acétique ; comme dans ce procédé généralement adopté , la proportion d’acétate de plomb n’est point assez grande , pour opérer l’enr tière décomposition du sulfate d’alumine, on ajoute la craie et la potasse , qui servent à décomposer une partie de ce sel dont la cristallisation , dans le mordant épaissi , eût rendu son emploi désavantageux : on produit , sans addition de craie ni de potasse , un acétate d’alumine qui n’a point cet inconvénient , en mettant , avec les proportions données d’eau et d’alun , trois parties et demie d’acétate de plomb»

On fait l’acétate de fer en dissolvant directement par l’acide acétique , vinaigre du corn ? merce , des morceaux de fer rouillé..

Les mordants sont épaissis avec les différentes espèces de gomme , l’amidon ou la farine ; ils doivent fetre assez pour conserver sur la toile où on les a imprimés , les contours de l’objet gravé sur la planche , et ne pas 1 être au point de ne pouvoir plus quitter également la planche pour s'appliquer sur la toile. Celle-ci reçoit autant d impressions quelle doit porter de mordants différents ; mais on n’imprime d’abord que ceux qui doivent être colorés dans un même bain de teinture.

Lorsque la toile est en cet état , on la laisse pendant plusieurs jours étendue dans un attelier , où l’on entretient une chaleur modérée , et que l’on nomme, dans les manufactures de toiles peintes, chambre chaude : cette chaleur, en favorisant la volatilisation de l’acide acétique, accélère et complète la décomposition des mordants, ainsi que la combinaison de leurs bases avec la toile. En sortant de cette chambre, elle

est passée dans une chaudière qui contient de la bouze de vaches, délayée dans de l’eau tiède : l’effet de cette opération est de dissoudre la substance dont on s’est servi pour épaissir le mordant , ainsi que la partie de ce mordant qui , n’ayant pu se combiner avec l’étoffe , et étant répandue dans le bain de teinture , le salirait , tant par la combinaison qu’elle formerait avec la matière colorante , que par

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l’action de l’acide qu’elle pourrait y déposer : ce qui porterait aux toiles le double préjudice d’appauvrir le bain de teinture, et de couvrir les parties qui doivent rester blanches, de la combinaison difficilement attaquable du mordant superflu , avec la matière colorante. Widmer pense qu’il se forme en outre , d»ans le bouzage , une combinaison triple de la matière animale avec l’alumine et la toile , qui ajoute à la beauté des couleurs. Cette opinion est d’autant plus vraisemblable , que l’eau seule ne produit point l’effet de la bouze , dans laquelle un examen, à la vérité, peu approfondi, ne nous a laissé apercevoir d’autre substance capable d’agir , qu’une matière analogue à la bile.

Avant d’être teintes, les toiles doivent encore être lavées et battues avec soin, afin qu’on soit sûr d’avoir enlevé tout mordant non combiné, par l’effet réuni de l’eau et de l’action mécanique du battage : on les introduit alors dans le bain de teinture ; toute la surface s’y colore ; mais la couleur est beaucoup plus foncée sur les parties qui sont empreintes de mordant : ici la matière colorante entre en combinaison triple avec le mordant et l’étoffe, et acquiert ainsi la faculté de résister aux agents extérieurs , beaucoup plus que lorsqu’elle est isolée ou combinée avec l’étoffe, sans intermède.

C’est sur cette propriété que sont fondés les

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procédés que l'on emploie pour rendre aux parties de la toile qui n’ont point reçu de mordants, la couleur blanche quelles avaient avant la teinture; pour y parvenir , on les fait bouillir avec du son, dans de l’eau, puis on les expose sur le pré , en ayant attention de tourner du coté du pré la surface de la toile qui porte les couleurs. En répétant alternativement ces opérations, les parties colorantes qui ne sont point unies avec des mordants, sont altérées dans leur composition, dissoutes et séparées, tandis que celles qui s’y trouvent combinées, loin d’éprouver de l’altération , acquièrent plus d’éclat , et par là , le dessin reste seul coloré.

Cette destruction des- parties colorantes, par l'exposition sur le pré, et l’ébullition avec le son s’opère de la même manière que celle des parties colorantes du lin , et s’explique de même. La différence dans le procédé consiste seulement en ce que l’on substitue le son aux alcalis ; parce que ceux - ci dissoudraient une partie de la substance colorante , qui est fixée par le mordant , et qu’ils en altéreraient la couleur , au lieu que le son ayant , sur cette substance , une action beaucoup plus faible, n’agit que sur les parties colorantes , qui ont été disposées , par l’action de l’air, à se dissoudre plus facilement. L’identité des effets de ce procédé , avec ceux du blanchiment, a conduit Widmer à

substituer à cette méthode l’emploi de l'acide muriatique oxigéné , modifie' par une dissolution alcaline. Haussmann s’en est servi avec succès , et l’on sait qu’on l’a pratiqué dans plusieurs fabriques anglaises (i).

On obtient de la garance avec l’acétate d’alumine , plus ou moins étendu d’eau , les rouges foncés et leurs dégradations jusqu’au rose tendre; avec l’aeétate de fer , depuis le noir jusqu’au lilas, en parcourant toutes les nuances intermédiaires de violet; enfin avec le mélange de ceâ deux mordants , à différentes proportions , les amaranthes , les mordorés , les bruns et les puces : eu substituant la gaude à la garance, on se procure , avec le premier de ces mordants , les jaunes ; le second ne donne que des olives ternes , mais avec leurs différents mélanges, on a des couleurs agréables , olive et bronze : si l’on réunit ensuite l’action de ces deux substances tinctoriales , sur chacun de ces mordants, on aura des nuances mixtes très-variées. En traitant des procédés particuliers de la teinture , on donnera plus de détails sur ceux qui concernent la teinture des toiles imprimées.

Telle est , en général , la marche des opérations de cet art. Porter sur la toile les mordants les plus solubles et les plus facilement décom-

(1) Voyez Section III..

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posables ; favoriser la dessication etleur décomposition ; enlever , en animalisant l’étoffe , tout ce qui n’a pu s’en combiner, teindre et rendre aux parties non imprimées le blanc qu elles doivent avoir : voilà à quoi elles se réduisent. Elles prouvent évidemment que le lin et le coton $ont susceptibles de combinaison avec les bases des mordants , que cette combinaison jouit d’une grande affinité pour les matières colorantes , et qu’elle leur communique la propriété d’ètre beaucoup plus inaltérables par les agents ordinaires de leur destruction.

Quelques couleurs , cependant , peuvent être imprimées sur les toiles, et avoir toute la solidité et tout l'éclat dont elles sont susceptibles : telles sont , par exemple , celle produite par la dissolution d'indigo , connue sous le nom de bleu de pinceau , parce que c’est ordinairement avec cet instrument qu’on l’applique ; celle qu’on appèle jaune de rouille , et qu’on obtient en imprimant un acétate de fer peu oxidé , résultant de la décomposition de deux parties de sulfate de fer, par une partie d’acétate de plomb , dans huit parties d’eau : on nomme ces couleurs, couleurs cl application; elles ont le grand avantage de n’entraîner d autres opérations que celles de 1 impression et du lavage : celles' qu’on vient de citer, employées depuis long-tems, sont trèssolides , et d’autant plus simples, qu’ei[es n’ont

pas besoin de mordant; mais le nombre de celles qui ont cette propriété est très- limité ; Dans les autres , il faut porter à-la-fois sur 1 étoffe un mordant et une matière colorante, qui puissent se combiner ensemble , et s’unir ainsi à b étoffe. Cette méthode , analogue à celle qui est si usitée pour la laine et la soie , de teindre dans un bain composé du mordant et de la substance colorante , n’a pu encore être appliquée que dans très-peu de cas, par la faible affinité que le lin et le coton ont pour les substances colorantes unies aux mordants.

Il est encore une méthode peu connue, de produire , sur toiles , à peu de frais , des couleurs variées. Elle consiste à appliquer sur les toiles déjà imprégnées de mordants et teintes , des substances qui, servant elles-mêmes de mordants , modifient la nuance que la matière colorante a donnée avec celui qui existe déjà sur la toile , ou à en appliquer d’autres qui , portant avec eux un acide capable de dissoudre celui-ci, et déjà combinés avec une matière colorante, substituent ainsi un nouveau mordant à celui qui est sur le reste de la toile, et ajoutent une matière colorante à celle qui y était. Par un procédé semblable, on peut produire du blanc sur une étoffe teinte : Oberkampf avait employé, anciennement, et abandonné ce procédé ; Widmer l’a , depuis , beaucoup perfec-

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