CHAPITRE II
Observations sur les -procédés de teinture en noir.
Nous nous sommes assez étendus sur l’action réciproque des astringents et de l’oxide de fer , et sur la production des molécules qui , en se» fixant sur les. étoffes, les teignent en noir ; jnais si la théorie peut conduire à des explications satisfesantes sur cet objet en général , elle doit
(i) Grundriss der Farbekunst.
TEIîTTURE
etre fort rëservee lorsqu’elle doit s’appliquer aux piocëdës de lart : des circonstances inaperçues, des propriétés faibles en apparence, peuvent avoir assez d’influence sur les résultats , pour leur donner quelques variëtës dont ou ne peut rendre raison, et pour inëriter la prëfërence à des pratiques qui ne sont encore qu’einpiriiiues , d autant plus que les ëpreuves en petit diffèrent assez par la rapidité de l’ëvaporation , par le degré de chaleur , par 1 action de l’air , pour ne pas craindre de conseiller des changements , dont le
succès lia pas ëtë vërifië par les operations en grand.
JS[ous nous bornons donc , dans la description des procèdes , à choisir ceux auxquels l’expërience ou le nom des auteurs paraissent donner de 1 autorité , et nous ne puisons dans la théorie , ou meme dans nos essais , que des conseils qui peuvent guider les artistes instruits , dans l’observation et dans le perfectionnement successif des procèdes dont ils font usage.
Les astringents diffèrent entre eux par la quantité du principe qui entre en combinaison avec 1 oxide de fer, de sorte que les proportions du sulfate , ou d un autre sel de fer , et celle des astringents , doivent varier selon les astringents dont on se sert, et selon leurs quantités respectives : la noix de galle est la substance qui contient le plus d’astringent; le sumac qui paraît
EWGÉWÉRAt.
la suivre flans cette qualité , ne précipité cependant que la moitié autant de sulfate de fer.
J. a proportion de sulfate de fer la plus convenable , paraît être celle qui correspond à la quantité du principe astringent , de manière que tout le fer qui peut être précipité par l’astringent , le soit , et que tout l’astringent soit absorbé par sa combinaison avec le fer ; cependant , comme il n est pas possible de parvenir à cette précision , il est préférable que ce soit le sulfate de fer qui domine , parce que l’astringent , lorsqu’il est surabondant , s oppose à la précipitation des parties colorantes noires , et qu’il a meme la propriété de les dissoudre.
Cette action de l’astringent est telle, que si 1 on fait bouillir un échantillon de drap noir avec la noix de galle , il peut être ramené au gris. On peut expliquer par là une observation de Lewis; c est que si 1 on jaasse à plusieurs reprises dans le bain colorant le drap, après qu’il a pris une bonne couleur noire , celle-ci , au lieu d'acquérir , s affaiblit et devient brunâtre, et qu’une quantité trop considérable d’ingrédients 2)roduit le même effet ; mais Facide sulfurique , qui est mis en liberté parla précipitation de Foxide de fer , concourt à cet effet.
Il n’y a que le sulfate qui est très - oxidé , qui soit décomposé par l’astringent , d’où il résulte que le sulfate doit produire un effet différent ,
LA TEIîTTTJRH
selon son état d’oxidation , et exiger d’antres^ proportions. Il convient donc de suivre le conseil de Proust en l’employant dans l’ëtat oxide; mais alors meme il n’est décompose qu’en partie , et une autre partie est réduite par l’action de l’astringent , en sulfate peu oxidé.
Les molécules que l’on précipite parle mélange d’un astringent et du sulfate de fer , n’ont d’abord qu’une couleur foncée ; mais elles passent au noir par le contact de l’air , pendant qu’elles sont humides.
On trouve dans ces observations la raison de deux pratiques que l’on observe : i(». on ne fait pas le noir dans une seule opération ; mais on interrompt la teinture , et on la partage en différentes parties : par là , le fer qui a été désoxidé j3eut reprendre une oxi dation suffisante pour la J3asse suivante , et le bain qui ne pouvait plus produire d’effet, acquiert de nouveau la propriété de donner des molécules noires; 20. on évente les étoffes pendant les repos de la teinture ; ]3ar là les molécules foncent leur couleur.
Nous avons remarqué dans la partie théorique, que le noir en teinture n’était qu’une couleur très-condensée , et qu’il prenait plus d’intensité par le mélange de diverses couleurs également foncées : il est avantageux par cette raison de réunir plusieurs astringents, dont chaque combinaison produit des nuances différentes; mais
engénéral.
le bleu paraît être la couleur la plus avantageuse pour cet effet , et il corrige la tendance au fauve que l’on remarque dans le noir qui est produit sur les e'toffes par les autres astringents.
C’est sur cette propriété qu’est fondée la pratique de donner un pied de bleu aux draps noirs qui acquièrent d’autant plus de beauté et de solidité , que ce bleu est plus foncé : un autre avantage de cette pratique , est de diminuer par-là la quantité d’acide sulfurique qui doit être dégagée par la précipitation des molécules noires , et qui non-seulement s’opposerait à leur fixation ; mais
encore affaiblirait l’étoffe et lui donnerait de la rudesse.
Pour les étoffes communes , on produit une partie de l’effet du pied de bleu par le racinage.
Le mélange du campêche aux astringents , paraît contribuer à la beauté du noir par un double effet : il produit des molécules d’une nuance différente que les astringents; mais sur- tout des molécules bleues avec l’oxide de cuivre , que l’on emploie ordinairement dans les teintures en noir , et qui paraît d’autant plus utile que le vert-de-gris dont on fait usage contient plus d’acétate.
Le bouillon de gaude , par lequel on finit souvent la teinture des draps noirs , peut aussi contribuer à sa beauté par la nuance particulière
qui appartient à sa combinaison : il a de plus 1 avantage de donner de la douceur aux étoffes.
L A teinture
Les procédés dont on fait usage pour la laine , ne donnent, selon l’observation de Lewis, qu'un noir rouille a la soie , et le coton se teint à peine par les procédés qui conviennent à la laine et à la 5oie : tachons de fixer quelles sont les conditions qu’exigent ces trois espèces de teinture.
La laine a une grande tendance à se combiner avec les substances colorantes ; mais ses dis230sitioris physiques exigent en general que ses combinaisons se fassent à une haute température *. ou peut donc faire immédiatement dans un bain la coml^inaison des molécules noires à mesure qu elles se forment , et si l’on prolonge l’opération en la divisant , ce n’est que pour changer l’oxidation nécessaire du sulfate , et pour augmenter celle des parties colorantes meme.
La soie a peu de disposition à se combiner avec les molécules noires : il paraît que ce n’est qu’à la faveur du tannin dont elle est imprégnée auparavant , que ces molécules peuvent s’y fixer , surtout lorsqu’elle a été dégommée : une condition essentielle pour ses bains paraît être par cette raison , qu’ils soient vieux , et que les parties colorantes y soient accumulées , mais suspendues si faiblement , qu’elles puissent céder à une faible affinité ; on s’oppose à leur préci])itation , par l’addition de la gomme ou des substances mucilagineuses ; on détruit l’obstacle qui naîtrait de l'acide sulfiiri<[ue mis en liberté par la limaille d@
ENG^KÉRAL 2Q
fer , OU d’autres J^ases qui peuvent se combiner avec lui. Ainsi , des bains d’une composition trèsdifférente, mais dont la condition essentielle est la vétusté , conviennent à cette teinture.
Le coton et le lin ont une grande propension à se combiner avec l’oxide de fer , en sorte qu’ils en enlèvent une partie meme à ses dissolutions par les acides : si l’on considère les procédés qui sont employés dans l’art des toiles peintes , et qui sont propres à guider dans la teinture du coton et du lin , on voit que l’on commence à y appliquer le mordant , de sorte que la toile est d’abord combinée avec l’oxide de fer ; après cela on la passe dans le bain de teinture.
Quand on veut avoir en même-tems du noir du rouge et du violet , on se sert d’un bain de garance qui donne ces trois couleurs en même-tems, selon la base qui fixe les molécules colorantes dans les différentes parties de la toile : le noir que l’on obtient par-là , n’est réellement qu’un violet très-foncé , mais très-solide ; c’est le procédé le plus ordinaire : si l’on veut avoir des jaunes ou des gris avec le noir , on se sert du sumac.
Lorsque les toiles ne doivent avoir que du noir et du blanc , on emploie une décoction de campêche , qui donne un noir plus beau et moins cher , mais qui est un peu moins solide.
Nous nous sommes assurés qu’en imitant ces
l'A TEIIfTURE
procédés , en ajoutant nn peu d’acétate de cuivrCj en fesant un mélange de différens astringents, et en substituant 1 acide pyroligneux à l’acide ordinaire, on parvenait a faire facilement des noirs dune beauté satisfesante , dont on augmente la vivacité en diminuant la rudesse que donne la teinture, par le moyen de 1 huile dont on imprègne l’étoffe.