‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 30 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la gaude,

La gaiide ou v Aude (^l'eseda luteola ,Linn.)est une plante qui est fort commune aux environs de Paris , dans la plupart de nos départemens et dans une grande partie du reste de l’Europe.

Cette plante pousse des feuilles longues , étroites , d’un vert gai; du milieu de ses feuilles la tige s’élève d’environ un mètre; elle est souvent rameuse , garnie de feuilles étroites comme celles d en bas, et moins longues à mesure qu’elles approchent des fleurs qui sont disposées en épis longs. Toute la plante, excepté la racine , sert à teindre en jaune.

On distingue deux sortes de gaude , la gaude bâtarde ou sauvage , qui croît naturellement dans les campagnes, et la gaude cultivée, qui pousse des tiges moins hautes et moins grosses. Cette

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clernière est prëfere'e pour la teinture ; elle est Leaucoup plus abondante en parties colorantes : elle est d’autant plus estimée , que les tiges en sont plus fines.

Lorsque la gaude est mûre , on l’arrache , on la laisse sécher, et on la met en bottes : c’est ainsi qu’elle est employée.

Lorsque la décoction de gaude est bien chargée , elle a une couleur jaune tirant sur le brun ; si on l’étend de beaucoup d’eau , son jaune , plus ou moins clair , tire un peu sur le vert.

Si on ajoute à cette décoction un peu d’alcali, sa couleur se fonce , et il se fait , après un certain temps , un petit précipité cendré qui n’est pas soluble par les alcalis.

En général les acides rendent sa couleur plus pâle , et y occasionnent un petit précipité que les alcalis peuvent dissoudre en prenant une couleur jaune tirant sur le brun.

L’alun y forme un précipité jaunâtre ; la liqueur qui surnage retient une belle couleur citron. Si l’on verse une solution d’alcali sur cette liqueur, il se fait un précipité d’un jaune blanchâtre , soluble dans les alcalis , mais la liqueur reste toujours colorée.

La dissolution de muriate de soude et celle de inuriate d’ammoniaque troublent la liqueur, en rendent d’abord la couleur un peu plus foncée ; peu-à-peu il se forme un précipité d’un jaune

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fonce , et la liqueur qui surnage conserve une couleur jaune pâle tirant un peu sur le vert.

La dissolution d’ëtain produit un précipité abondant d’un jaune clair ; la liqueur reste lougtemps trouble , mais peu colorée.

Le sulfate de fer produit un précipité abondant dun gris-noir; la liqueur qui surnage retient une couleur brunâtre.

Le sulfate de cuivre forme un précipité vertbrunâtre ; la liqueur qui surnage conserve une couleur verte pâle. ,

La couleur jaune que la gaude communique à la laine a peu de solidité si la laine n’a été préparée auparavant par quelques mordants. C’est de l’alun et du tartre qu’on se sert, et par ce moyen cette plante donne le jaune le plus pur, et cette couleur a l’avantage d’étre solide.

Pour le bouillon qui s’exécute de la manière ordinaire, Hellot prescrit quatre parties d’alun pour seize de laine et seulement une de tartre ; cependant plusieurs teinturiers emploient la moitié autant de tartre que d’alun : le tartre rend la couleur plus claire , mais plus vive.

Pour le gaudage , c’est-à-dire, pour teindre avec la gaude, on fait bouillir dans un bain frais cette plante enfermée dans un sac de toile claire , qu’on charge d’une croix de bois pesant, pour qu’il ne s’élève pas au haut du bain ; quelques teinturiers la font bouillir jusqu’à ce qu’elle

se précipite au fond de la chaudière , après quoi ils abattent dessus une champagne ; d’autres enfin la retirent avec un rateau lorsqu’elle est cuite, et ils la jettent.

Tlellot prescrit cinq à six parties de gaude pour chaque partie de drap ; mais on emploie rarement une quantité aussi considérable , et l’on .se contente de trois ou quatre parties , ou meme de beaucoup moins : il est vrai que plusieurs teinturiers ajoutent à la gaude un peu de chaux vive et de cendre , qui favorisent l’extraction des parties colorantes et qui rehaussent leur couleur, lyiais qui en meme temps la rendent sujette à changer par l’action des acides : au reste , la quantité de gaude doit être proportionnée à la nuance plus ou moins foncée que l’on veut obtenir.

On peut teindre à la suite des premières mises pour obtenir des nuances de plus en plus faibles , en ajoutant de l’eau à chaque mise et en tenant le bain bouillant ; mais les nuances claires que l’on obtient par ce moyen n’ont pas autant de vivacité que lorsqu’on s’est servi des bains frais, en proportionnant la quantité de gaude à la nuance que l’on veut obtenir.

Si l’on ajoute du inuriate de soude dans le bain de gaude, sa couleur eja devient plus saturée et plus foncée : le sulfate de chaux ou gypse la rend aussi plus foncée 9 mais l’alun la rend plus claire

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et plus vive , le tartre plus pâle. Le sulfate cU fer ou vitriol la fait tirer au brun. On peut modifier les nuances qu’on obtient de la gaude par de semblables additions , par les proportions de gaude , par la duree de l’operation et par les mordants que 1 on a employés pour la préparation de 1 étoffe. Ainsi Scheiler dit qu’en fesant bouillir la laine pendant deux heures avec un quart de dissolution d’étain et un quart de tartre , en la lavant et en la fesant bouillir i5 minutes avec une égale quantité de gaude , elle prend une belle couleur, mais qui ne pénètre pas dans I intérieur. Poerner prescrit aussi de préparer le drap comme pour la teinture en écarlate : par ce moyen on donne plus d’éclat et de solidité à la couleur ,.qui , toutes choses égales , est aussi plus claire.

On peut encore modifier la couleur , en pas- -sant le drap , au sortir de la teinture , dans un autre bain ; ainsi , pour faire un jaune doré , on passe le drap qui sort du gaudage dans un bain léger de garance ; et pour lui donner une couleur tannée , on le passe dans un bain que l’on a fait avec un peu de suie. On parlera de ces moyens en traitant des brunitures.

Pour teindre la soie en jaune franc , l’on n’emtiloie pas ordinairement d’autre ingrédient que la gaude : la soie doit être cuite à raison de vingt parties de savon sur cent, ensuite alunée et

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rafraîchie , c’est-à-dire , lavee après l’alunrtgé.

On fait un bain avec deux parties de gaude pour la quantité de soie , et a])i ès un l)on quartd’heure d’el^ullition , on le filtre à travers un tamis ou une toile dans une barcpie : lorsque ce bain est assez refroidi pour pouvoir y tenir la main , on y plonge la soie et on la lise jusqu’à ce qu’elle soit unie; pendant cette opération on fait bouillir la gaude une seconde fois dans de iioOvelîe eau; on rejette environ la moitié du premier bain , et çn la remplace par le second bouillon. Ce nouveau bain peut être employé un peu plus chaud que le premier ; cependant il faut éviter une trop grande chaleur , par laquelle une partie de la couleur qui s’est déjà fixée se dissoudrait : on lise comme la première fois , et pendant ce temps-là on fait dissoudre de la cendre gravelée dans une partie du second bouillon ; on retire la soie du bain pour y ajouter plus ou moins de cette dissolution , suivant la nuance que l’on desire. Après quelques lises , on tord nn matteau sur la cheville , pour voir si la cou- " leur est assez pleine et assez dorée. Si elle ne l’est pas assez , on ajoute encore nu peu de lessive alcaline , dont la propriété est de foncer la couleur et de lui donner une nuance dorée. L’on continue de procéder comme auparavant jusqu’à ce que la soie soit parvenue à la nuance qu’on veut lui donner ; on peut aussi ajouter la Ics^

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sive alcaline dans le temps qu’on ajoute le second bouillon de gaude , ayant toujours l’attention que le bain ne soit pas trop chaud.

Si l’on veut faire des jaunes plus dore's et tirant sur le jonquille , il faut , en meme temps que l’on met la cendre dans le bain , y ajouter du rocou à proportion de la nuance que l’on veut avoir.

Pour les nuances claires de jaune , comme citron pâle ou couleur de serin , la soie doit être cuite comme pour le bleu , parce que ces nuances sont d’autant plus belles et plus transparentes , qu’elles sont mises sur un fond plus blanc : on proportionne la force du bain à la nuance que l’on veut obtenir ; et si l’on veut que le jaune ait un œil tirant sur le vert , on y ajoute plus ou moins du bain de la cuve , si la soie a été cuite sans azur. Pour e'viter que ces nuances ne soient trop foncées , on peut donner à la soie un alunage plus léger que celui dont on se sert ordinairement.

Scheffer prescrit de macérer la soie pendant vingt-quatre heures dans une dissolution d’étain préparée avec quatre parties d’acjde nitrique , une de muriate de soude et une d’étain , et saturée par le tartre ; de la laver et de la faire bouillir une demi-heure avec une égale portion de fleurs de gaude. Il dit qu’on obtient par-là une belle couleur de paille , qui a l’avantage de

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bien résister aux acides. En suivant ce proce'de' , il doit ne rester que très-peu d’ëtain en dissolution , parce que l’acidç tartareux le précipite. On peut appliquer ici à l’usage de la dissolution d’étain les observations que nous avons faites précédemment.

Pour teindre le coton en jaune , on commence par le décreuser dans un bain préparé avec une. lessive de cendre de bois neuf, ensuite on le lave et on le fait sécher ; on l’alune avec le quart de son poids d’alun : après vingt-quatre heures- on le tire de cet- alunage et on le fait sécher sans le laver. On prépare ensuite un bain de gaude à raison d’une partie et quart de gaude par,par-f tie de coton ; on y teint le coton en le lisant et le maniant jusqu’à ce qu’il ait acquis la nuance que l’on desire ; on le retire de ce bain pour le frire macérer pendant une heure et demie dans une dissolution de sulfate de cuivre ou vitriol bleu , dans la proportion d’un quart de ce sel contre le poids du coton ; on le jette ensuite , sans le laver, dans une dissolution bouillante dô savon blanc , faite dans les memes proportions : après l’avoir bien agité , on l’y fait bouillir pendant près d’une heure , après quoi il faut bien le laver et le faire sécher.

Si l’on veut un jaune plus foncé qui tire sur la couleur de jonquille , on ne passe point le cioton à l’alunage , mais on emploie deux parties

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çt demie de gaude pour la quantité de coton / et l’on y ajoute un peu de vert-de-gris délayé dans une portion du bain ; on y plonge le coton et on l’y travaille jusqu’à ce qu’il ait pris une couleur unie ; on le relève de dessus le bain pour y verser un peu de lessive de soude ; on le replonge et on le passe' sur ce bain pendant un bon quart-d’heure ; on le retire , on le tord et on le fait sécher» •

On fait le jaune citron par le mèrrie procédé^ excepté qu’on n’emploie qu’une partie de gaude , et qu’on peut diminuer à proportion la quantilé du vert-de-gris ou meme le retrancher entièrement en y substituant Falunage. On peut varier ainsi de plusieurs manières les nuances du jaune. Les opérations sur le fil de lin sont les mêmes.

Pour les couleurs jaunes qu’on imprime sur les toiles de coton , on imprègne ces toiles par le moyen des planches gravées , du mordant qu’on a décrit en traitant de la garance , et que l’on forme par le mélange de l’acétate de plomb et de l’alun ; ensuite on détruit par Faction du son et par l’exposition sur le pré, la couleur jaune qui s’est fixée sur les parties qui n’ont pas été imprégnées d’acétate d’alumine. On peut employer avec succès le même mordant pour le coton et le lin qu’on veut teindre en jaune.

' Pour obtenir de la gaude toute la couleur quelle peut fournir, il faut quelle ait bouilli

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trois quorts-cVheure; ou retire du bain les bottes de gaude , après quoi on y passe les toiles à une température un peu inférieure à eelle de l’ébullilion : elles ne doivent y rester qu’environ vingt minutes.

Lorsqu’on doit avoir sur la meme toile des couleurs produites par la garanee et par la gaude , il fiuit commencer par le garançage et n’imjjrimer le mordant destiné à la gaude, que lorsque les opérations de la garance sont terminées : ce qui est fondé sur la propriété que la garance possède de se fixer à la place du jaune de la gaude ; en sorte que si l’on prolonge le garançage après avoir teint avec la gaude , la bouleur de celle-ci disparaît entièrement. La gaude , au contraire , n’altère pas la couleur produite par la garance , pourvu que le mordant ait été saturé de la dernière ; car , sans cette condition , il se produirait une couleur mixte.

Les opérations nécessaires pour rétablir le blanc sont beaucoup moins longues , et demandent beaucoup plus de ménagement après le gaudage qu’après le garançage.

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