‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 29 sur 53 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du bois d’Inde.

Le bois d’Inde , de c'am pêche , delà Jamaïque a reçu ces différents noms des endroits où il croît le plus abondamment ; il est très-commun à la Jamaïque et sur la côte orientale de la baie de Campêche; on le trouve aussi à Sainte-Croix , à la Martinique et à la Grenade.

Lianeus le nomme hœmatoxylum campechiaiium. C’est un arbre qui s’élève très-haut et devient très-gros dans les bons terrains ; son écorce est mince, unie, d’un gris brillant et quelquefois jaunâtre \ sa tige est droite , garnie d’épines >

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ses feuilles ont quelque ressemblance avec celle» du laurier, dont elles se rapprochent encore par leur qualité aromatique , ce qui lui a fait donner le nom de laurier aromatique ou laurier d'Inde ; on donne improprement à ses semences le nom de graine de girofle , parce qu’elles en ont la saveur : les Anglais les nomment poivre de la Jamaïque ou graine des quatre épiçes.

Le bois d’Inde est pesant , il s’enfonce dans l’eau ; il est dur, compacte , d’un grain fin , susceptible de poli et presqu’incorruptible ; sa couleur dominante est le rouge avec des teintes d’orange , de jaune et de noir.

Pour l’employer, on en tire ordinairement le jus comme du bois de Brésil : il donne sa cou^» leur aux menstrues aqueux et spiritueux. L’alcool l’extrait plus facilement et plus abondamment que l’eau. La couleur de ses teintures est d’un beau rouge tirant un peu au violet ou au pourpre , ce qui s’observe principalement dans sa décoction à l’eau : celle-ci, abandonnée à. elle-même , devient par la suite jaunâtre et finit par être noire ; les acides la font passer au jaune et les alcalis foncent sa couleur et l’amènent au pourpre ou violet ; les acides sulfurique , nitrique ou muriatique , y occasionnent un petit précipité , qui est assez long-temps à se séparer,^ qui est rouge -brun avec le sulfurique, feuille morte avec le nitrique, et rouge plus clair avec

LA ÏEITfTUÏlE

îe muriatique ; la liqueur qui surnage est transparente, d’un rouge foncé avec les acides sulfurique et muriatique , et jaunâtre avec l’acide nitrique. L’acide oxalique forme un précipité marron clair ; la liqueur reste transparente , d’un rouge-jaunâtre. L’acide acétique se eompdrte à- ’peu-prés de meme, si ce n’est que la couleur du précipité est un peu plus foncée. læ tartre donne lin précipité comme le vinaigre, mais la liqueur reste trouble et tire plus au jaune ; l’alcali fixe ne forme point de précipité , mais fait passer la dissolution au violet foncé , qui par la suite devient presque brun. L’alun occasionne un précipité assez abondant , d’un violet clair ; la liqueur reste violette et presque transparente. Ifalun et le tartre y occasionnent un précipité rouge-brun assez abondant ; la liqueur reste transparente , d’un rouge-jaunâtre. Le sulfate de fer lui donne sur-le-champ une couleur noire-bleuâ- ’ire comme celle de l’encre \ il s y forme un précipité de même couleur : la liqueur reste longtemps trouble ; mais si elle est assez étendue , et «ur-tout s’il y a un petit excès de sulfate, toute ia partie noire finit par se déposer. Le sulfate de cuivre produit un précipité trè.s-abondant , d’un noir plus brun et moins éclatant que le précédent ; la liqueur reste transparente , d’un rouge jaunâtre ou brunâtre très-foncé. L acétate de plomb y occasionne sur-le-champ im précipité

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îloir avec une faible teinte rougeâtre ; la liqueur reste transparente, d’une couleur de bière blanche et très-claire. Enfin l’étain, dissous par l’acide nitro-muriatique , y forme à l’instant un précipité d’un fort beau violet ou pourpre presque prune de monsieur ; la liqueur qui surnage est très -claire et totalement décolorée.

Les étoffes ne prendraient dans la décoction, de bois d’Inde qu’une couleur faible et fugitive, si on ne les préparait auparavant avec l’alun et le tartre : on ajoute aussi un peu d’alun dans le bain ; elles prennent par ce moyen un assez beau violet.

On peut obtenir une couleur bleue par le moyen du bois d’Inde , en mêlant du vert-degris dans le bain et y passant le drap jusqu’à ce qu’il ait pris la nuance qu’on desire.

Ces usages du bois de campêche lui ont fait donner les noms de bois violet et de bois bleu. On s’étendra davantage sur ces couleurs en traitant des couleurs composées.

Le grand emploi du bois d’Inde est pour les noirs , auxquels il donne du lustre et du velouté , et pour les gris auxquels on veut donner certaines nuances. On en fait aussi un usa^e très-

étendu pour dillérentes couleurs composées, qu’il serait difficile d’obtenir aussi belles et aussi variées par des ingrédients dont la teinture serait pi-c <;oIidew

T)E LA TEI^fTURK

On niele souvent le jus du campéclie au ju# de brësil , pour rendre les couleurs plus foncées , selon les proportions dans lesquelles on fait ce mélange.

On se sert du bois d’Inde pour teindre la soie en violet ; pour cela il faut qu’elle soit cuite , alunée et lavée, parce que sans alunage elle ne ferait que prendre une teinte rougeâtre qui s’en irait à l’eau. Cette teinture doit s’exécuter en lisant les soies à froid dans la décoction du bois d’Inde jusqu’à ce qu’elles aient acquis la couleur qu’elles doivent avoir , parce qu’à chaud l’on n’obtient qu’une couleur vergetée et mal unie.

Bergman a déjà remarqué que l’on pouvait former un violet plus beau et plus solide par le moyen du bois d’Inde, en imprégnant la soie de dissolution d’étain, comme on l’a dit dans le chapitre précédent : on obtient effectivement par-là , sur-tout en mêlant le campéche au Brésil en différentes proportions, un grand nombre de belles nuances tirant plus ou moins sur le rouge depuis le lilas jusqu’au violet.

Si l’on eiîi])loie la décoction de bois d’Inde au lieu de celle du brésil dans le procédé communiqué par Brown , on obtient une belle couleur violette, et si l’on mêle ensemble les deux décoctions , on aura des nuances de puce , prune de monsieur , qui tireront plus le rouge.

ou moins sur

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Les observations que l’on a données sur le bois de Brésil , s’appliquent au bois d’Inde , dont les parties colorantes présentent des propriétés analogues. Nous ajouterons que pour déterminer les différences qui peuvent résulter de l’état d’oxidation de l’étain > lorsque l’on fait usage de ses dissolutions , nous avons précipité une décoction de fernambouc et une décoction de campéche avec le muriate d’étain peu oxidé et avec celui qui est très-oxidé. Les laques précipitées avec le premier ont eu d’abord moins d’éclat ; mais par l’exposition à l’air , elles ont bientôt acquis le même ton que celle qui était due à un sel trèsoxidé. Nous avons pareillement imprégné de la soie de dissolution des mêmes sels, puis nous l’avons teinte avec du fernambouc et avec du campéche , et l’avantage de la couleur a été pour les échantillons qui avaient reçu le sel le moins oxidé.

Lorsque dans un procédé on a employé du ’ campéche sans dissolution d’étain, il peut être reconnu par la couleur rouge que l’étoffe teinte reçoit d’un acide.

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