CHAPITRE PREMIER
Du brou de noix.
U N sait que le brou de noix est blanc dans son intérieur, et que, lorsqu'on l’expose à lair, il brunit et se noircit , d’où vient que lorsque la peau a été imprégnée de sou suc , elle prend bientôt une couleur brune et jiresque noire.
Si l’on plonge dans racide muiiati(jiie oxigénc très-faible , l’intérieur du brou de noix récent , il s’y- brunit également.
r N GÉNÉRA L.
T.a décoction filtrëe prend à l’air une couleur brune foncëe ; elle donne , par l’évaporation , des pellicules qui , étant séparées , bien lavées et séchées, sont presque noires; la liqueur dégagée de ces pellicules donne un extrait brun , qui se redissout complètement dans l’eau , mais qui , par une nouvelle évaporation , donne encore des pellicules semblables aux premières.
Ces pellicules , qui se forment dans plusieurs autres évaporations , sont dues à la substance colorante dont les propriétés ont été changées, ])arce que la proportion du carbone s’y trouve augmentée par un effet dont on a donné l’explication ailleurs.
L’alcool précipite les parties colorantes de la décoction de brou de noix sous la forme d’une substance brune qui peut se redissoudre dans l’eau.
La d i ssol u l ion de potasse n e prodiii t pas d’abord de changement sensible dans la décoction de brou de noix ; peu-à-peu la couleur se trouble un peu et sa couleur se fonce.
L’acide muriatique en a éclairci la couleur , l’a amenée au jaune ; il s’est formé un petit précipité brun et la liqueur est restée d’un jaune clair.
La dissolution d’étain a produit dans la décoction un précipité abondant , fauve cendré ; là liqueur lia retenu qu’une faible couleur jaune.
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La dissolution d’alun a faiblement troublé la liqueur ; il s’est formé un très-petit dépôt fauve brun ; la liqueur a conservé une couleur plus claire , mais encore fauve.
La dissolution de» sulfate de cuivre n’a troublé la liqueur que lentement ; il s’est formé un dépôt peu abondant d’un vert-brun ; la liqueur surnageante est restée verte.
L’acétate de plomb a formé promptement un dépôt abondant d’une couleur fauve foncée.
La dissolution de sulfate de fer a rendu la couleur beaucoup plus foncée et même noire; en la délayant d’eau , elle passait par le brun au fauve verdâtre, mais elle n’a point fait de dépôt.
La dissolution de sulfate de zinc pur n’a fait que troubler un peu la liqueur et en rendre parla la couleur un peu plus foncée.
La décoction de racine de noyer a présenté , à peu de chose près , les mêmes propriétés : en séparant l’écorce de la substance ligneuse de cette racine , la première a donné , à poids égal , une liqueur beaucoup plus chargée de couleur. L’écorce du bois de noyer a encore présenté des propriétés qui se rapprochaient de celles du brou de noix, mais sa décoction a formé un précipité noirâtre avec le sulfate de fer.
Le brou de noix exerce une action vive sur l’oxide de fer; il le dissout et il forme une liqueur noire comme l’encre : si on le fait bouillir
E Tî
avec la limaille pure, il ne l’attaque pas; mais si on le laisse expose à lair, la liqueur devient Lien tôt noire.
Les parties colorantes du brou de noix ont une grande disposition à se conibineî’ avec la laine ; elles lui donnent une couleur noisette ou fauve très-solide , et les mordants paraissent ajouter j^eu à sa solidité ; mais ils peuvent varier ses nuance's et leur donner plus d’éclat. On obtient sur-tout , pai’ le moyen de iaiun avec lequel on donne un apprêt à l’étoffe , une couleur plus saturée et plus vive.
J.e brou de noix est d’un excellent usage , parce qu’d donne des nuances assez agréables et trèssolides, et parce qu étant employé sans mordant ^ il conserve à la laine sa douceur, et qu’il n’exige •qu une opération simple et peu dispendieuse.
On ramasse le brou de noix lorsque les noix sont entièrement mûres ; on en remplit de grandes cuves ou tonneaux, et on y met assez d’eau pour qu’il en soit recouvert : on le conserve en cet état une année et plus. Aux Gobelins , où l’on fait un usage très- étendu et très -varié de cet ingrédient , on le conserve deux ans avant de s’en servir : on trouve qu’alors il fournit beaucoup plus de couleur. Il a une odeur putride très-désagréable.
On peut au*ssi se servir du brou qu’on enlève
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aux noix avant qu’elles soient mûres, mais il sf conserve moins long-temps.
Quand on veut teindre avec le brou de noix, on en fait bouillir pendant un bon quart-d’ heure dans une chaudière une quantité proportionnée
à la quantité d’étoffe et à la nuance plus ou moins foncée qu’on veut lui donner. Pour les draps , on commence ordinairement par les nuances les plus foncées , en finissant par les plus claires ; mais pour les laines filées, c’est ordinairement par les nuances les plus claires , que Ton commence et l’on finit par les plus foncées, en ajoutant du brou de noix à chaque mise. Le drap et la laine filée doivent être simplement humectés d’eau tiède avant d’être plongés dans la chaudière , où on les retourne avec soin jusqu à ce qu’ils aient pris la nuance qu’on desire , à moins qu on ne donne un alunage préliminaire.
La racine de noyer donne les mêmes nuances, mais il faut pour cela en augmenter la quantité , il faut quelle soit réduite en copeaux, et il confient de l’enfermer dans un sac pour que les petits copeaux ne s’attachent pas à Fétoffe. H arrive facilement que la couleur est inégale et qu d s’y forme des taches ; pour éviter cet inconvénient , il fhcit ménager le feu dans les commencements, afin que les parties colorantes puissent se distribuer dans le bain à mesure qu’elles sont
extraites
de la racine. Si quelques parties se trou-
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vent teintes ine'galement , comme la couleur est solide , il n’y a pas d’autre moyen de remedier à cet accident que de réserver l’étoffe pour des couleurs plus foncées.