‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 38 sur 53 · DE LA T F. 1 TV T IJ R E · texte numérisé non relu

DE LA T F. 1 TV T IJ R E

tivement dons le mordant et dans la matière colorante, est avantageuse pour avoir des couleurs unies , et de plus, elle présente de grandes facilités pour parvenir à une nuance deniandée , ou pour varier celles que l’on produit.

L’écorce de l’aune ( beiuïa alba ) donne une décoction d’un fauve clair, se trouble et brunit promptement à l’air : elle forme avec la dissolution d’alun un précipité jaune et assez abondant; avec la dissolution d’étain, un précipité abondant et d’un jaune clair : elle noircit les dissolutions de fer, et forme avec elles un précipité assez abondant ; de sorte qu’elle contient beaucoup de principe astringent : elle dissout une grande quantité d’oxide de fer ; de là vient l’usage qu’on en fait pour les cuves de noir destinées à la teinture des fils : cependant elle ne possède pas la propriété de dissoudre le fer au mérne degré que la décoction de brou de noix.

Daiis l’Orient on fait un grand usage , pour les étoffes ordinaires , des feuilles d’un arbrisseau que l’on appelé HhcJine , et qui est de la famille des salicaires : il était connu des anciens sous le nom de ciprus, et on en fesait usage pour teindre les enveloppes des momies, où l’on en reconnaît encore la couleur.

On broie les feuilles de cet arbrisseau , qui est encore cultivé en Egypte, après les avoir fait

seclier rapidement : on en fait ensuite une pâte , dont on se sert pour teindre en fauve rougeâtre les ongles et la paume des mains.

La poudre de ces feuilles a une couleur olive ; elle donne par l’ebullition avec l’eau un liquide d’un fauve orange très -fonce et très -charge de substance colorante.

Presque tous les végétaux contiennent plus ou moins , sur-tout dans leur écorc'c , des partiels colorantes propres à donner des nuances de fauve , qui tirent du jaune au brun , au rouge , au vert. Ces parties colorantes présentent des différences plus oii moins grandes entre elles , relativement à la quantité et à leurs qualités: elles varient encore , selon le climat et selon l’âge du végétal. On peut donc se procurer une grande variété de nuances en modifiant le fauve naturel aux végétaux parie moyen de différents mordants. C est ce qu’ont exécuté Siefferts(i) et sur-tout cl Ambourney (2). Aussi, dans le grand nombre d expériences cju’a faites le dernier en employant les parties de différents végétaux et en fesant usage de différents mordants , les couleurs qu’il a produites sont pour la plupart entre le jaune

(1) Versiirlie mit einfioimisclien farbe rriaterien.

(2) Recueil de procédés et a’expériences sur les teintures solides que nos végétaux indigènes communiquent aux iaiues Cl aux laiiia'ics.

et le brun, telles que les carmélites, les olives, les eanelles , les marrons.

La décoction de la plupart des végétaux , et particulièrement des écorces , donne non-seulement une couleur qui ne diffère que par des nuances, mais elle présente avec les réactifs des caractères qui s’éloignent peu ; elle forme un précipité jaune plus ou moins foncé avec Falim , et une couleur plus claire avec la dissolution d’étain ; elle agit avec les dissolutions de fer comme astringent : cependant la décoction de brou de noix produit un effet particulier avec les dissolutions de fer ; elle prend une couleur très-foncée , mais il ne s’y fait pas de précipité , même après deux ou trois jours : sa décoction , ainsi que celle de l’écorce de noyer , a une action puissante sur l’oxide de fer ; elle s’en sature et fait une liqueur noire , et même si l’on met de la limaille de fer dans cette décoction exposée à l’air, dans deux ou trois jours elle forme une liqueur noire par le moyen de l’oxigènç qu’elle attire de l’atmosphère ; mais si l’on fait bouillir la décoction à laquelle on a ajouté de la dissolution de sulfate de fer , il se précipite à l’instant un dépôt noir abondant. Ce n’est donc que par une petite circonstance que le brou de noix, ainsi quel écorce de noyer, diffèrent des autres substances qui colorent en fauve ; cependant sa partie extractive a particulièrement la propriété de noircir par l’ac-

tion de l’air ; et les pellicules qui se forment lorsqu’on la fait e'vaporer , prennent d’une manière très -marquée les apparences d’une substance cliarbonnèe.

Si l’on compare la couleur jaune que produisent plusieurs substances végétales avec le fauve que la plupart donnent , on trouvera un grand rapport entre ces couleurs ; il y en a meme qui peuvent se rapporter également au jaune et au fauve : il y en a qui sont fauves , mais qui , par le moyen de l’alun et de la dissolution d’étain , passent au jaune , et ces jaunes sont trèssolides. L’on peut établir cette différence : les jaunes sont en général plus mobiles, plus sujets à donner des couleurs fugitives; et c’est pour cela qu’on est obligé de fixer la couleur des substances jaunes par le moyen des mordants , au lieu que la pliqjart des substances fauves donnent par elles-mêmes une couleur assez solide.

Comme les nuances fauves, qu’on obtient de différentes substances , varient , meme dans une grande latitude , on mêle quelquefois plusieurs de ces substances pour obtenir une couleur particulière , et cela en proportions différentes; on les mêle aussi aux autres ingrédients pour modifier la couleur qu’on en obtient et pour la rendre plus fixe.

Parmi ces substances , il y en a encore une qui

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I>E LA. teinture

mente de fixer l’attention , c’est le santal ou s and al.

On distingue trois sortes de bois de santal ; le santal blanc, le citron et le roiu^e ; le dernier seul est employé en teinture; c'est un bois solide , compacte , pesant, cpie l’on nous apporte de la cote de Coromandel , et qui brunit en restant exposé à 1 air : on 1 emploie ordinairement moulu en poudre tres-fine ; il donne une couleur fauve , brune , tirant sur le rouge ; par lui-mème il fournit peu de couleur , et on lui reproche de durcir la laine; mais sa partie colorante se dissout mieux lorsqu’il est mêlé avec d’autres substances , telles que le brou de noix , le sumac , la noix de galle ; d’aHleurs la couleur qu’il donne est solide et modifie d’une manière avantageuse celles des substances avec lesquelles on le mcle.

Vogler ayant observé que l’alcool délayé ou l'eau- de-vie dissolvait beaucoup mieux que l’eau la partie colorante du santal , s’est servi de cette dissolution, soit seule , soit mêlée avec six à dix parties d’eau pour teindre des échantillons de laine, de soie , de coton et de lin , qu’il avait auparavant préparés en les imprégnant de dissolution d’étain , les lavant et les lésant sécher. Ces échantillons ont pris également une couleur rouge de ponceau. Des échantillons préparés de

même avec l’alun ont pris une couleur d’écarlate

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satiirp'e ; préparés avec le siiUale de cuivre, une belle couleur cramoisi clair ; préparés avec le sulfate de fer, une belle couleur violette foncée (I ). Il a teint à froid dans la liqueur sj^iritueuse, mais il a employé une légère ébullition dans celle qui était mêlée avec l’eau. Ce mélange se fait sans que la transparence soit troublée.

On se sert encore de la suie pour donner à la laine une couleur fauve ou brune plus ou moins foncée , selon les proportions de cet ingrédient ; mais la suie ne donne qu’une couleur fugitive , parce qu’elle s’attache faiblement k la laine au lieu de s’y combiner; elle la durcit et lui laisse une mauvaise odeur : cependant on l’emploie dans quelques manufactures qui ont de la réputation , pour brunir quelques couleurs ; sans doute parce qu’on obtient par -là des nuances qu’on aurait difficilement par d’autres moyens.

(i) Crell, ann. 1790.

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