‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 8 sur 53 · C II A P I T R E II · texte numérisé non relu

C II A P I T R E II

Du pastel et du vouëde.

E pastel est une plante de la famille des crueifères, dont le caractère distinctif est tiré de la forme de la silique qui est applatie comme le fruit du frêne , bordée d’une membrane mince et dans laquelle se trouvent deux semences alongées. On en distingue deux espèces qui ont des variétés; le pastel cultivé, isatis tinctoria, Linn.^ et le pastel de Portugal : isatis lusitanica , Linn., qui diffère du premier en ce qu’il est plus petit et que ses feuilles sont plus étroites. La première 'espèce

I>ELA Tf:iÿ^'TURE pousse des tiges liantes d’un mètre, de la grosseur du doigt, qui se divisent en quantité de rameaux chargés de beaucoiq) de feuilles grandes , lancéolées, garnies à leur bord de petites dentelures lisses , d une couleur verte bleuâtre. Les fleurs sont jaunes, disposées en pannicuîes au sommet des tiges. La racine est grosse , ligneuse, et pénétre profondément en terre.

Lette plante demande une bonne terre noire , légère, et bien amendée : on la sème au printeras^ après deux labours donnés en automne. On en fait trois ou quatre récoltes par an ; la première, lorsque les tiges commencent à jaunir et que les fleurs sont prêtes à paroitre ; les autres à six semaines ou plus d intervalles entre elles , selon le climat et la chaleur de la saison.

On fauche la plante , on la lave à la rivière et et on la fait sécher au soleil. Il faut avoir attention que la dessiccation soit prompte ; car si la saison n’est pas favorable ou s’il pleut, la plante court risque de s’altérer : une seule nuit suffit quelquefois pour la faire noircir.

On porte ensuite la plante au moulin pour la broyer et la réduire en pâte ; on en forme des tas qu’on couvre pour les garantir de la pluie. Après 1 5 jours , ou ouvre le monceau de pastel, on le broie , et on mêle ensemble l’intérieur et la croûte qui s’est formée à la surface; on en fait ensuite des pelotes rondes , que l’on porte danst

im endroit expose au vent et au soleil , afin de chasser de plus en plus l’humidité qui pourrait les faire putr éfier. Ces pelotes , entassées les unes sur les autres, s’éehauffent insensiblement, et exhalent une odeur d’ammoniaque , d’autant plus forte , qu’elles sont en plus grande quantité et que la saison est plus ehaude. On augmente la ehaleur qui s’est établie , en arrosant légèrement jusqu’à ce que le pastel soit réduit en poudre grossière : il est alors dans l’état dans lequel on le trouve dans le eommeree.

On cultive et on prépare le pastel dans plusieurs parties de la France : celui des départeniens méridionaux est le plus estimé ; on lui donne le nom de vouéde dans les déjrartemens du Nord ; le vouède ne diffère du pastel ordinaire qu’en ce qu’il en faut une plus grande quantité pour produire le même effet, ainsi que l’a éprouvé Hellot.

Le pastel donne sans indigo une couleur bleue qui n’a pas de Féclat , mais qui est très - solide. Comme il donne beaucoup moins de parties colorantes que l’indigo , et comme sa couleur est inférieure en beauté, la découverte de l’indigo a diminué considérablement la culture et le commerce du pastel.

Astruc rapporte , dans ses mémoires sur l’histoire naturelle du Languedoc , qu’ayant traité en petit du pastel, comme on traite l’anil pour en ob-

^4 î) E t A T E I JN f ü Pv Ë

tenir 1 indigo, il en a obtenu une poudre qui a pro-* (luit les mêmes effets que l’indigo. De là Hellot a conclu que le vert foncé de plusieurs plantes est dû à des parties jaunes et à des parties bleues, et que si par la fermentation on pouvait détruire le jaune , les parties bleues resleraient ; mais Lewis dit(r)qu’ayant fait putréfier dans Feau, des îierbes de différentes espèces , il n’a point obtenu de fécule bleue. Ce mélange de molécules bleues et jaunes, pour former le vert des plantes , est une supposition qui n’a pas de fondement. Mais quelques plantes d’espèces différentes paraissent aussi contenir des molécules colorantes , analogues à l’indigo , et la pulpe du fruit du genippa Americana , Linn. , en contient assez, selon Eancroft, pour teindre immédiatement en un bleu foncé , dont nous avons déjà fait mention.

On a fait dans différents endroits, plusituirs tentatives pour retirer un indigo du pastel : il paraît que le produit est trop faible pour que la substance colorante que l’on obtient puisse entrer en concurrence avec l’indigo ordinaire.

Dans quelques j^arties de l’Afrique , on se contente de donner aux feuilles de Findigo , une pré* paration semblable à celle que l’on fait subir au pastel ; mais pour retirer la fécule bleue du pastel,

(i) The cîiemical Works of Gaspar Neumann, by William Lewis.

ENGÉiy:éRA.t..

on imite la préparation de l’indigo : nous allons donner une description des operations que l’on suivait dans une manuf acture, selon la’description que Gren en a publiées (i). On jirend des feuilles fraîches de pastel , qu’on lave pour en séparer les saletés et la terre , dans une cuve de forme oblongue , qu’on remplit à-p.eu-près aux trois quarts ; pour éviter que l’eau ne les élève, on assujettit des pièces de bois en travers ; on verse sur ces feuilles assez d’eau pure pour les recouvrir entièrement, et on place le vase à une clialeur tempérée ; il se forme, suivant la température de l’atmosphère, en pinson moins de temps , une écume copieuse à la surface de l’eau , qui indique le commencement de la fermentation. La surface se couvre peu a peu en entier d’une peau bleue qui présente à 1 œil des nuances de couleur de cuivre. Lorsqu’il y a une certaine quantité de cette écume , on soutire la liqueur , qui se trouve teinte en vert foncé, dans une autre cuve oblongue , par un robinet placé immédiatement au-dessus de son fond, ou bien l’on puise l’eau pour la mettre dans l’autro cuve. Dans l’un et dans l’autre cas , il est nécessaire de faire couler l’eau par une toile dans l’autre vase , pour séparer les saletés ou les petites portions de feuilles qui pourraient passer. On lave

(0 Crell neneste entcleckungen. On en trouve la traJuction dans la BiblioÜiètiue médico-physicpie du Nord , tom. III.

T>E LA TEirrTURE

les feuilles avec un peu d’eau froide , pour en détacher les portions de peau colorée qui pourraient s’y être attachées , et l’on mêle cette eau de lavage avec celle qu’on a soutirée. Gela fait , on verse dans la liqueur de pastel fermentée, de l’eau de chaux , à raison de deux ou trois livres, sur dix livres de feuilles , et l’on agite fortement pendant quelque temps cette liqueur, pour faciliter la séparation de l’indigo , qui se dépose par le repos. Pour savoir si on a continué pendant assez de temps l’agitation , on prend une portion de la liqueur jaunâtre claire dans une bouteille ordinaire , et on essaie si en l’agitant fortement , il se sépare encore du bleu , et dans ce cas on agite de nouveau la liqueur. Lorsqu’enfîn tout l’indigo s’est séparé et s’est déposé , on soutire l’eau claire , par un robinet placé à quelque distance au - dessus du fond de la cuve , ou au moyen d’un siphon , ce qu’on doit faire sans perdre de temps. Pour faciliter la séparation de l’eau , on peut incliner la cuve du côté du robinet , dès qu’on a cessé de remuer l’eau. On verse la couleur bleue qui reste , dans des filtres coniques de toile de lin , ou dans des chausses d’Hippocrate. Mais comme , dans le commencement, il passe toujours un peu de couleur, on doit la recevoir dans un vase qu’on place dessous, et la reverser dans le filtre jusqu’à ce que l’eau en sorte claire. On édulcore l’indigo contenu dans les fil-

très avec wne suffisante quantité d’eau , et on le fait st'clier à l’ombre ou aune légère chaleur arti* flcielle , ayant soin de le couvrir.

On obtient de l’indigo , sans l’addition de l’eau de chaux, mais beaucouj) moins. Si on ajoute une plus grande quantité d’eau de chaux , ou augmente, il est vrai, la quantité de l’indigo, mais il en devient d’une qualité inférieure , parce que le surplus de la terre calcaire s’unit à l’indigo. Les sels alcalis facilitent aussi la séparation de la couleur bleue : mais il n’est pas avantageux de les employer, parce qu’ensuite ils en dissolvent une partie. Par l’addition d’un acide, il ne se fait point de précipité.

Il faut qu’il s’écoule un certain temps avant de pouvoir soutirer l’eau qui a fermenté avec les feuilles de pastel ; si on la soutire trop tôt , on n obtient que peu d indigo ; si au contraire on laisse les feuilles trop long-temps ei» inf usion avec 1 eau , elles entrent facilement en putréfaction, et répandent une odeur putride et volatile qui leur est propre ; dès lors on n’en peut plus séparer de précipité et l’eau reste constamment verte. Il en est de meme de l’eau soutirée, si on l’abandonne, et même lorsque l’indigo s’est déjà séparé de la liqueur, on doit éviter que celte derniere entre en putréfaction, si l’on ne veut

pas perdre 1 indigo entièrement, ou au moins en partie.

1) E L A T y I ÎV T U 11 E

On ne doit cependant pas trop se hâter de faire passer l’eau dans la cuve où l’on doit 1 agiter , à la première apparence de peau bleue chatoyante, puisque c’est dans ce moment que l’eau se charge le plus d’indigo.

, Quand le degré de la chaleur de l’atmosphère est considérable, la fermentation s’établit trèspromptement , et souvent quinze à dix - huit heures suffisent. C’est alors sur-tout qu’il faut être bien attentif pour ne pas la laisser passer à une putréfaction totale. Si la chaleur de l’atmosphère est trop faible, on n’aperçoit ni beaucoup d’écume, ni pollicule bleue , mais la liqueur penche insensiblement à la putréfaction , sans présenter de phénomènes bien marqués avant qu’elle commence.

Les plantes pilées ou leur suc entrent plus vite en fermentation, mais elles ne fournissent qu’un bleu sale.

Il faut sécher l’indigo, tiré du pastel, àl’ombre, parce que le soleil détruit sa couleur.

D’Ambourney , qui paraît n’avoir pas eu connaissance des expériences précédentes , s est aussi occupé des moyens de former de 1 indigo avec le pastel (i). Il a réussi en laissant fermenter les feuilles fraîches de pastel dans une certaine quantité d’eau ; il a retiré les feuilles , et a versé de la

(i) Supplément au recueil des procédés d’expériences , etc.

K N G y N ]'; R A L. Cq

dissolution d’alcali caustique dans la li([ueur ÿ après quoi il l’a filtrée : il est resté sur le filtre une fécule qu’il compare à l’indigo de la Caroline. Les feuilles fraîches et mures de pastel ont donné ^ de féeule.

Page 1