‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigénéChapitre 9 sur 53 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la teinture en bleu de cuve par b indigo et le

Oi\ se sert de différents procédés pour teindre en bleu par le moyen de l’indigo. Nous allons 2)arcourir ces j:>rocédés , sans entrer dans les détails qui sont bien eonnus dans les ateliers, et que l’on trouve la j^lupart décrits avec beaucou^r de soin dans l’ouvrage de Hellot.

La pré^îaration j)our teindre en bleu ne se fait 2)as dans les chaudières comme pour les autres couleurs , mais dans de grands vaisseaux de bois auxquels on donne le nom de cuves. On enfonce les cuves dans la terre , de façon qu elles n’en sortent qu’à hauteur d’a2)2Hii. Comme il est im- |)ortant d’entretenir la chaleur des cuves', on ne les jdace j)as dans le meme endroit que les chaudières , 2^our lesquelles on a besoin d’une circulation libre de l’air , mais dans un endroit voisin ^

construit dune manière propre à conserver la clialeur ; on donne le nom de guesdres à cet emplacement, et Ion y\ovc\^ixiÇL guesdi'ons les ouvriers c|ui doivent etre instruits par une longue exj)ërience pour prévenir les accidents auxquels les cuves sont sujettes.

On pourrait teindre en bleu avec le pastel ou le vouéde; Ton ferait un bleu solide, mais il ne serait pas foncé , et l’on n’obtiendrait qu’une petite quantité de couleur, comme on l’a dit en traitant de ces substances; mais en les mêlant avec 1 indigo , on obtient des cuves qui sont trèsriches en couleur, et qui sont presque les seules en usage pour la laine et les étoffes de laine : on les distingue sous le nom de cuves de pastel.

Hellot n’a pas désigné avec précision les proportions des substances qui sont employées à la cuve de pastel : on empruntera du mémoire de Quatremere la description d’une cuve de cette espèce. Il faut cependant remarquer que les quantités varient non-seulement dans les différents ateliers, mais encore selon les nuances que l’on desire d’obtenir.

Pour une cuve qui a près de 6 de profon deur , et ^ (j de diamètre, on jette dans le fond deux balles de pastel pesant ensemble 200 kilogrammes; mais on les divise auparavant.

On fait bouillir dans une chaudière, pendant trois heures, i5 kilogrammes degaude dans une

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. quantité d’eau suffisante pour remplir cette cuve. Lorsque cette décoction est faite , on y ajoute 1 5 kilogrammes de garance, et une corbeillée de son ; on laisse encore bouillir pendant une demi-heure, on rafraîchit ensuite avec 20 seaux d’eau ; on laisse rasseoir le bain ; on retire la gaude ; on transvase ce bain dans la cuve ; enfin on fait pallier pendant tout le temps de la transvasion , et même un quart-d’heure de plus.

Toutes ces opérations faites , on couvre bien chaudement la cuve ; on la laisse 6 heures dans cet état , après quoi on la découvre et on la pallie pendant une demi-heure; on en fait autant de trois heures en trois heures.

Lorsqu’on aperçoit des veines bleues à la surface de la cuve , on lui donne ce qu’on appelé son pied y c’est-à-dire à-peu-près 4 kilogrammes de chaux vive. Dès que cette substance est introduite, on aperçoit des caractères nouveaux. La couleur de la cuve devient d’un bleu plus noir et plus foncé , et ses exhalaisons deviennent beaucoup plus âcres.

C’est immédiatement après avoir mis la chaux, ou en même temps, qu’on introduit l’indigo dans la cuve , après l’avoir broyé dans un moulin avec la plus petite quantité d’eau possible. Lorsqu’il est délayé en forme d’une bouillie épaisse , on le soutire par le moyen d’un robinet placé à la par lie inférieure du moulin, et on le jette sans autre pré*

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paration dans la cuve. La quantité d’indigo qu’il faut mettre dans une cuve est dëterniinëe par la nuance à laquelle on veut amener le drap ou la laine : sur une cuve composëe dans les proportions ënoncëes ci-dessus , on peut employer sans inconvénient depuis 5 jusqu’à i5 Idlogrammes d’indigo.

Lorsqu’en heurtant la cuve avec le rable , on obtient une belle ëcume bleue qu’on appelé fleurëe , il ne s’agit plus pour teindre , que de la pallier deux fois dans l’espace de six heures , abn de mëlanger parfaitement les matières ; il est aussi quelquefois necessaire d’ajouter un peu de chaux.

Le bain qu’on a d’abord jetë sur le pastel , ëtait à l ëtat d eau bouillante , et l’on a soin de ne laisser la cuve exposëe à l’air libre que le temps nëcessaire pour la pallier. Aussitôt que cette opëration est faite , on ferme son ouverture avec un grand couvercle de bois sur lequel on ëtend encore d’ëpaisses couvertures , et on rëunit tous les moyens pour maintenir la chaleur de la cuve sans l’intermède du feu ; mais malgré ces précautions, favorisées par la disposition des guesdres , la chaleur ne peut se conserver qu’un certain espace de lemjis ; au bout de huit ou dix jours elle se trouve fort affaiblie, et elle se dissiperait entièrement, si 071 ne réchauffait la liqueur.

Celte opération consiste à transvaser la plus

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grande partie du bain de la cuve dans la chaudière, sous laquelle on allume un grand feu. Lorsque le bain a reçu une chaleur suffisante , on le fait repasser dans la cuve de la même manière, et on la recouvre avec soin.

cuve de pastel est principalement sujette à éprouver deux accidents ; le premier a lieu lorsqu'elle devient roide ou rebutée , selon le langage <les giiesdrons : on s’aperçoit de cet accident lorsqu’on découvrant une cuve qui a déjà donné des belles nuances de bleu , on la trouve noire , sans aucune apparence de veines bleues, sansfleurée; si on la pallie , on n’aperçoit qu’une couleur d’un noir de plus en plus foncé , et l’odeur du bain , au lieu d’avoir quelque chose de douçâtre , comme lorsque la cuve est en bon état, affecte au contraire l’odorat d’une manière très-piquante. Si on essaie de teindre sur une cuve qui offre ces caractères, l’étoffe ne prend aucune couleur ou sort d un gris sale : ces mauvaises qualités dépendent dun excès de chaux, et Quatremere rapporte qu’il les a communiquées à une cuve , en la surchargeant de chaux.

Les guesdrons employent différents moyens pour rétablir une cuve rebutée ; quelques-uns y mettent du tartre , d’autres du son , de l’urine, de la garance ; d’autres se contentent de réchauffer la cuve. Selon Ilellot, le meilleur remède, c est d y mettre du son et de la garance à discrë-

ï: la t e I Pf t u r e

tion ; et si elle n’est qu’un peu trop garnie de chaux, il suffit de la laisser reposer cinq ou six heures ou plus , en y mettant seulement une certaine quantité de son , et trois ou quatre livres de garance qu’on distribue sur la cuve; ensuite on la couvre et on 1 essaie après un intervalle convenable. Si elle est rebutée au point qu’elle ne donne du bleu que quand elle est froide , il faut la laisser revenir sans la tourmenter , et quelquefois laisser passer des journées entières sajis la pallier. Quand elle commencera à faire un échantillon passable, il faudra réchauffer le bain ; ordinairement la fermentation se ranime alors ; on peut l’exciter avec du son et de la garance , et meme avec un panier ou deux de pastel neuf.

Hecquet d’Orval et Ribaucourt conseillent , si la cuve n’est que légèrement rebutée , de se contenter de ne la pas pallier; mais si le mal a fait plus de progrès , d’y mettre quelques livres de son enfermé dans un sac et d’y répandre en meme temps trois ou quatre livres de tartre en poudre ; on retire le sac qui vient surnager après cinq à six heures, et l’on pallie ; si la cuve n’est pas encore rétablie , on répète la meme opération.

Quatremere dit qu’il a rétabli une cuve qu’il avait rebutée en la surchargeant de chaux , et que pour cela il s’est contenté de la réchauffer deux

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