RÉSUMÉ
Ainsi que l’on peut s’en convaincre par cet aperçu sommaire, la force vitale, partout mais inégalement répandue sur le globe, semble douée, aux Açores, d’une énergie relativement restreinte, ce qui doit être, en partie, attribué à la grande humidité du climat, jointe au peu d’élévation de la température. Toutes les classes du règne animal ont, à la vérité, dans cet archipel des représentants plus ou moins nombreux, mais toutes n’y ont pas, il s’en faut, le même degré d’importance ou d’intérêt. Sil’on n’examine que les animaux qui vivent sur le sol même de ces îles, on trouve que les mammifères, les reptiles, les poissons, y sont d’une pauvreté extrême; les oiseaux, plus nombreux et plus variés, mais doués d’organes particuliers de locomotion qui favorisent puissamment leur propagation, présentent aussi un degré supérieur d’intérêt. Les mollusques terrestres ou pulmonés, mieux étudiés il est vrai que les autres classes, sont de tous, proportion gardée, les animaux les plus abondants et les plus
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marquants de l’archipel; parmi eux seulement apparaît une série de types spéciaux, aborigènes, et doués d’une physionomie particulière. Les insectes, les arachnides, les crustacés, les annélides, ont besoin d’être soumis à une observation plus approfondie pourqu’il soit permis de portersur leur compte un jugement équitable; même remarque pour les échinodermes, les bryozoaires et les polypiers, qui sont peut-être avec les mollusques terrestres, les oiseaux et les poissons marins, les classes d’animaux les plus dignes, dans ces parages, de l’attention du naturaliste. Quels sont les traits généraux de cette faune? des formes minimes (1), une coloration peu brillante, parcimonie des espèces allant en décroissant, des vertébrés aux zoophyles, jointe à une certaine abondance d’individus, abstraction faite des espèces marines et des oiseaux.
On a remarqué que l’albinisme est fréquent aux Açores, et on l’a observé sur la classe des mammifères, sur celle des oiseaux, sur les poissons, et même sur des mollusques et les échinodermes. Le rat noir, la souris, le merle, l’étourneau, le cyprin doré, et quelques autres vertébrés, sont plus que les autres sujets à la manifestation de ce phénomène, également observé sur différents gastéropodes du genre bulime et chez des oursins.
Que conclure de tout ce qui précède au point de vue de la géographie? Rangerons-nous les Açores parmi les îles de l’Afrique, ainsi que le veulent la
(1) Cette môme circonstance de l'exiguité de la taille dans le règne animal reparaît dans l'île de Sardaigne (voyez Cantraine, Malacol. Médilerr. et lilt., p. 6).
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plupart des géographes? Les rattacherons-nous au continent d’Europe, ainsi que le proposent seulement un petit nombre d’auteurs ? Enfin les regarderons-nous comme un système indépendant, comme un centre particulier de création et de vitalité? Les bornes de cet écrit ne me permettent pas d’entrer à ce sujet dans les détails; mais, si l’on ne considère pas les îles des Açores comme un système indépendant, comme une sorte de microcosme, s’il est permis de s’exprimer ainsi, l’on ne pourra se refuser à reconnaître que cet archipel, par sa position astronomique et géographique, par son climat, par la nature et le relief du sol, enfin par l’ensemble des règnes organiques et notamment de sa faune, se relie plutôt au continent d’Europe qu’au continent africain.
Il est temps, ce nous semble, de clore cet exposé : un mot pourtant encore sur l’homme qui habite ces terres volcaniques, depuis le milieu du xv c siècle.
Ethnologie.
Colonisées par les Portugais d’abord, puis ensuite et pour partie par les Flamands, la population des Açores présente le caractère du mélange des deux races, caractère qui tend toutefois à s’effacer de plus en plus par la prédominance exclusive du sang portugais depuis près de trois siècles. Cependant San- Jorge, Fayal, Pico et Tcrceira, conservent encore sous ce rapport des traces de leur origine presque flamande, et la physionomie des hommes du nord, leurs traits, leur stature, la couleur de leurs cheveux,