Rég. des sommets, de 3200 à
M. Morelct (2) pense que cette distribution est
trop compliquée, et il propose de réduire à trois ces zones botaniques de la manière suivante :
1». Région inférieure ou maritime, jusqu’à 500 mètres;
2«. Région moyenne ou sylvatique, jusqu’à 1500 mètres :
3». Région supérieure, jusqu’à 2320 mètres : celle-ci n’existe qu’à Pico.
En rendant aux deux opinions toute la justice qui leur est due, et sans vouloir en rien critiquer leurs auteurs, je crois qu’il y a lieu de prendre un moyen
(1) Loc. cit. p.6.
(2) Notice sur l’hist. nat. des îles Açores, etc., p. 55.
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terme entre ces deux distributions. Je pense, en outre, que peut-être il y aurait lieu de ne point prendre pour base de ces délimitations le Pic, lequel, en raison de son élévation (2320 mètres), est une exception hypsomélrique. Il conviendrait mieux, ce semble, de considérer les hauteurs les plus ordinaires, celles des pics secondaires, par exemple, qui atteignent de 1000 à 1200 mètres environ, et de les prendre comme terme de comparaison pour établir les divisions. Ceci posé, je partagerai les Açores en quatre régions botaniques, ainsi qu’il suit :
1°. La région inférieure ou maritime, jusqu’à 500 mètres : elle comprend le bord de la mer, les vallées et la base des montagnes, c’est-à-dire, les jardins, les plantations et les cultures de toute nature; on y voit mûrir les fruits de la zone subtropicale, le bananier par exemple. A cette région appartient un certain nombre de plantes aborigènes, telles que le Solidago azorica, le Ceraslium azoricum, le Festuca petrea, Y Androsœmum Webbianum, et quelques autres.
2°. La région sylvatique, jusqu’à 1000 mètres : celle-ci est entrecoupée de bois et comprend la majeure partie des végétaux, ligneux ou herbacés, spéciaux à l’archipel. C’est là que l’on rencontre les bois de genévriers ( Juniperus oxycedrus), de lauriers ( Laurus indica , Persea azorica ), de myricas ( Myrica faya ), le Picconia excelsa, le Rhamnus lalifolius , et déjà aussi YErica azorica, qui prend les proportions d’un arbre. Là également se trouvent la plupart des fougères, parmi lesquelles dominent les Pleris, les Asplénium, les Aspidium, le Dih sonia culcila, et quelques autres.
3°. La région des bruyères, jusqu’à 1500 mètres :
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les arbres cèdent progressivement la place aux arbustes, à YErica azorica, au Callunavulgaris , d’abord, puis bientôt on n’aperçoit plus que les différents Vaccinium , le Myrsine relusa, le Ddboecia poly folia, et çà et là quelques rares spécimens du genévrier.
4°. La région des sommets ou des pâturages, qui vient immédiatement après, et que l’on trouve sur le Pic jusqu’à 2320 mètres, mais sur toutes les autres montagnes à une hauteur beaucoup moins considérable. Ici les bruyères ont fait place aux graminées; cependant on voit encore apparaître le Callunavulgaris, le Daboecia poly folia et môme VErica azorica. A cette zône appartiennent essentiellement le Daphné laureola et le Polygala vulgaris, que l’on ne rencontre guère d’ailleurs qu’à Pico.
Horticulture.
Maintenant, si des bois des montagnes on descend dans les jardins, qui sont nombreux et soignés, on est frappé de rencontrer tout à la fois les végétaux de la zône subtropicale et ceux de l’Europe méridionale et tempérée. Ainsi le bananier, le goyavier, le jambosier, le néflier du Japon, et plusieurs autres, mûrissent à côté du grenadier, du figuier, tous deux arbres énormes, et en compagnie du cédratier, du cognassier, de l'abricotier, du cerisier, du poirier. Cependant on peut affirmer que les fruits de l’Europe tempérée y réussissent moins bien et n’y sont pas d’aussi bonne qualité que ceux de la zône subtropicale. Le noisetlicr, en particulier, n’y porte pas de fruits. Les colocases, les patates, les
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pastèques, le manioc, croissent et prospèrent à côté des fèves, des lupins, des oignons, des pommes de terre, des choux, des potirons. On voit aussi le théier, le caféier, le camphrier, la canne à sucre, le tabac, et le lin de la Nouvelle-Zélande. Cependant les ananas ont besoin des serres pour atteindre leur complète maturité, et quelques dattiers, épars çà et là dans les jardins, ne donnent jamais leurs fruits. Les magnolias, les lauriers-roses, les camélias, deviennent de grands arbres, comme dans leur patrie, et les hortensias s’y développent vigoureusement avec des fleurs bleues, comme sur leur sol natal. Il n’est pas rare de voir un palmier, ou un dragonnier, à côté des pins, des chênes, des ailantes, du micocoulier. Depuis que quelques riches amateurs ont pris goût à l’horticulture et apportent à la direction de jardins vraiment magnifiques tout le soin et l’aptitude désirables, on a remarqué que le climat des Açores convient particulièrement aux myrtacées de la Nouvelle-Hollande et aux conifères de la Nouvelle-Calédonie; ainsi V Araucaria excelsa,el d’autres végétaux du même ordre, prospèrent dans les jardins de San-Miguel et de Fayal, et atteignent en peu d’années une taille gigantesque; même observation pour les Eucalyptus, les Melaleuca, les Melrosideros, et quelques autres, qui s’élèvent en moins de quinze ans à plus de vingt mètres de hauteur.
Citriculture.
L’oranger, le limonier, le citronnier, et leurs variétés, dont la culture est la source principale de la
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richesse des îles Açores, se plantent dans des vergers spéciaux appelés quinlas. Ce sont des terrains plus ou moins grands, ordinairement de forme à peu près carrée, entourés de murs de laves, et abrités en outre, intérieurement, par un rideau de Pittosporum undulalum, de Myrica faya, ou de Laurus canariensis, dont l’effet est d’atténuer la violence des vents régnants. Les orangers se reproduisent par semences ou par marcottes. Dans le mode par marcottes, on choisit une branche convenablement préparée, on pratique une légère incision annulaire à la partie inférieure, et on adapte un petit panier plein de bonne terre; cette opération se fait habituellement au mois de mai. Neuf ou dix mois après, c’est-à-dire en février ou mars suivant, les racines sont suffisamment développées. On détache alors la bouture et on la met en pleine terre : assez ordinairement l’arbuste donne des fruits au bout de deux ans. Les orangers se plantent en quinconce, à une distance de huit à dix mètres les uns des autres; on utilise le terrain intermédiaire en y plantant des lupins. Au bout de dix années, une quinta est en plein rapport; les arbres ont alors de huit à dix mètres de haut et produisent annuellement 2000 oranges, mais on en voit qui donnent 6, 8 et môme 10,000 oranges au bout de quinze années. L’ingénieur Borges da Silva cite un oranger de la quinta de Grimaneza, à San-Miguel, qui a produit 26,000 oranges dans la môme année : c’est un fait exceptionnel et extraordinaire, mais authentique. Une quinta de cinq cents pieds d’orangers rapporte, année commune, de quatre à cinq cenls piastres ; un homme est seul chargé de son entretien. Les oran-
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gers entrent en maturité dans le mois de novembre, cependant on ne les cueille guère avant le mois de janvier. II s’en exporte annuellement de San-Miguel 150,000 caisses et 50,000 caisses environ sortent des autres îles; cette exportation occupe plus de trois cents bâtiments de commerce, et s’est élevée en 1860 à 262,000 caisses. Une caisse de 800 oranges vaut, à San-Miguel, de 10 à 15 francs, quelquefois un peu plus, suivant les années. Les frais pour chaque caisse, depuis la récolte jusqu’à l’expédition, sont de 3 à k francs ; on voit que, pour le propriétaire, le bénéfice est encore considérable. Ajoutons que les orangers sont sujets à deux maladies particulières : le lagrima, sorte de suintement gommeux, que l’on guérit quelquefois en pratiquant sur l’écorce des incisions destinées à faciliter l’épanchement du liquide et en exposant les racines à l’air; et l’Aspidiolus conchiformis, hémiptère de la famille des coccinées, qui recouvre l’oranger, tronc, feuilles et fruits, de ses galles, mais qui tend heureusement à disparaître de l’archipel (1).
Agriculture.
Dans les champs, généralement bien cultivés et entourés le plus souvent d’une haie d’agaves, ou de roseaux et de balisiers, jaunissent le maïs, le froment, l’orge, et en général toutes les céréales de l’Europe méridionale et tempérée. La culture du lin
(1) Voir, pour de plus amples détails, la note insérée par M. Morelet, dans son ouvrage cité, pp. 102 et suiv.
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est aussi très- répandue et très-prospère. Sait-Miguel, qui possède une Société d’agriculture (Sociedade promotora da Âgricultura Mickaelense), Fayal et Graciosa, paraissent être les îles où l’agriculture est le plus en honneur et la plus avancée, ce qui doit tenir vraisemblablement à la nature du sol d’abord, et ensuite à une impulsion dès longtemps imprimée par les premiers colons.
Viticulture.
A la base des montagnes, sur la lave pour ainsi dire, croît une vigne produisant un vin estimé, connu sous le nom de Fayal, et analogue à celui de Madère. Pico, Fayal et Graciosa, sont les seules îles de l’archipel qui produisent pour l’exportation; les meilleurs vignobles sont, assure-t-on, ceux de Magdalena, à Pico, et de Urselina, à San-Jorge. Les premiers plants de vigne apportés aux Açores seraient venus de Chypre, suivant les uns, de Madère selon d’autres, et même de Bourgogne, suivant une troisième version. 11 est plus probable de supposer que ces plants ont été tirés de Portugal, vers la fin du xv e siècle. Avant l’apparition de Voïdium, qui s’est manifesté pour la première fois, aux Açores, en 1853, la production du vin était annuellement de 50,000 pipes, dont un petit nombre seulement était livré à l’exportation. Depuis que cette moisissure exerce ses ravages, non-seulement il ne s’exporte plus de vin, mais l’archipel est loin d’en produire assez pour sa propre consommation ; de façon qu’une pipe de 500 bouteilles de vin de Pico, qui se
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vendait à Fayal, il y a dix ans, 30 piastres ou un peu plus de 150 francs, vaut aujourd’hui cent piastres, ou prèsde550 francs, et d’une qualité très-inférieure. Tant que ce fléau n’aura pas disparu, on peut donc dire que cette branche de commerce n’existe plus aux Açores (1).
Faune.
Sous un ciel aussi doux et aussi égal, sur un sol aussi fertile et au milieu d’une flore riche de plusieurs espèces indigènes et suffisamment variée, le naturaliste est surpris de ne rencontrer qu’un petit nombre d’espèces animales appartenant presque toutes au continent européen. Bien que la végétation indigène n’affecte pas, ainsi qu’on la vu, ces formes grandioses qu’elle se plaît à revêtir sous les tropiques, et déjà même à Madère, en contemplant cette flore, un peu monotone peut-être dans son ensemble, mais gracieuse dans les détails, abondamment répandue, et qui tend chaque jour à s’enrichir par l’acclimatation continuelle d’espèces étrangères, le zoologiste peut croire à l’existence d’une faune spéciale, analogue et diversifiée; un examen un peu approfondi lui démontre bientôt que la vie animale est peu développée sur ces terres isolées, ou plutôt peu variée, et que la faune y est encore, s’il est permis de s’exprimer ainsi, à l'état d’installation ou d’organisation. Attribuera-t-on ce fait, qui ne
(1) Pour de plus amples détails, voir la note insérée par M. Morelet, dans son ouvrage cité, pp. 109 et suiv.
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peut manquer de frapper un observateur un peu attentif, à la formation peut-être relativement récente de la plupart de ces terres volcaniques ; aux phénomènes si terribles et si multipliés dont elles ont été le théâtre; au manque ou à la destruction des forêts et des grands bois; à leur situation au milieu de l’Océan, où elles gisent reléguées loin des terres continentales et formant comme une station intermédiaire entre l’ancien et le nouveau monde?... Je laisse cette question, ainsi que celle de l’origine de ces îles, à l’appréciation des savants, et je me hâte d’abandonner le champ des hypothèses, quelque séduisant qu’il soit, pour le terrain plus solide des faits constatés.
Vertébrés.
Mammifères.
Tous les mammifères des Açores sont de l’Europe tempérée, et paraissent, pour la plupart, avoir été introduits par les colons portugais et flamands. Le plus intéressant des carnassiers est la chauve-souris ( Vespcrlilio Leisleri), espèce de l’Allemagne et du nord-ouest de l’Europe, qu’il est assez bizarre de retrouver dans cet archipel. Comment y est-elle venue? Est-ce, comme le suppose M. Morelet, par le fait des colons flamands? 11 est évident, quoiqu’il en soit, qu’elle a dû être amenée, comme il arrive souvent, par quelque bâtiment venant d’Europe. Aux Canaries, on voit aussi deux chauves-souris, les Vcsperlilio pipistrellus et barbaslellus , espèces de l’Eu-
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rops méridionale et centrale. Les îles Bermudes ont de même les Vespertilio pruinosus et noctivagans, qui appartiennent à l’Amérique du Nord. Madère aurait une espèce qui lui est propre, le Nyclalus verrucosus, suivant Bowdich (1). Quant au furet et à la belette, il ne peut pas y avoir de doute à leur égard, et leur apparition dans l’archipel remonte incontestablement à l’époque de la colonisation.
Même observation pour la souris, pour le rat noir, pour le surmulot et pour le lapin, les seuls rongeurs qui aient été observés. En ce qui touche notamment le surmulot, son apparition est assez récente; elle ne date que du commencement du siècle, et déjà ce rat tend, comme partout, à déposséder le rat noir, qu’il expulse et confine le plus souvent dans les habitations rurales.
11 n’y a pas de chameaux aux Açores, comme aux Madères et aux Canaries. Les seules bêtes de somme et de trait employées sont l’âne, le mulet, le cheval et le bœuf. Parmi ces derniers animaux, la race dite de Corvo est fort remarquable par sa petite taille : il en sera question en son lieu, ainsi que du bouc et du mouton.
Pour arriver à la connaissance exacte des animaux de l’ordre des cétacés qui fréquentent habituellement la mer des Açores, il serait necessaire d abord de faire dans cet archipel un séjour prolongé, ensuite de suivre les baleiniers américains ou portugais dans leurs expéditions maritimes. L’on ne possède encore
(t) Excursions dans lesisles de Madère et de Porlo-Santo, p.55. Paris, 1826; 1 vol. in-8“ et atlas.
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que des données assez vagues sur ce sujet. Cependant on peut assurer qu’il se capture fréquemment plusieurs espèces de dauphins, plusieurs marsouins, et peut-être aussi plusieurs cachalots. Quant à la baleine, son apparition dans ces parages est extrêmement rare et exceptionnelle; c’est tout au plus si l’on peut citer, avec quelque certitude, deux ou trois captures de ce géant des mers, et l’on ne saurait préciser à quelle espèce il appartient. Mais la chasse et la pêche du cachalot forment aux Açores l’objet d’une industrie étendue, sur laquelle je donnerai plus loin quelques détails (voir appendice A, Pêche du cachalot).
Oiseaux.
Les oiseaux, dont les moyens de transport et de locomotion se prêtent efficacement à leur dispersion à la surface du globe, les oiseaux sont plus nombreux que les mammifères, et quelques espèces sont dignes de tout l’intérêt du naturaliste. On ne peut qu’engager les zoologistes qui visiteront cet archipel à diriger leurs observations de ce côté : avec les poissons, c’est la classe du règne animal qui devra le mieux répondre à leur attente et les dédommager le plus amplement de leurs labeurs.
Des deux rapaces actuellement connus, la buse {Buteo vulgaris), aujourd’hui comme à l’époque de la découverte, est extrêmement abondante. Tout d’abord on pouvait se demander si cet oiseau de proie n’était point l’espèce propre à l’Amérique du Nord, le Buteo Swainsoni ; mais un examen suffisant fait bientôt reconnaître dans l’açor des Portugais de
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la découverte et dans le mühafre des Açoréens actuels la buse commune d’Europe. Il est aisé d’ailleurs de se convaincre que l’archipel açoréen ne reçoit aucun des oiseaux propres à l’Amérique du Nord, et que toutes les espèces qui y nichent ou y séjournent sont, en majeure partie, ou de l’Europe méridionale, ou du nord de l’Afrique, ces dernières en petit nombre. Quant à la chouette (Strix flammea), quoiqu’elle ne soit pas un oiseau rare, elle est loin d’être aussi commune que la buse, que tout le monde connaît, et que l’on voit planer sans cesse autour des côtes et des caldeiras. La cresserelle ( Falco tinnunculus), qui fréquente Madère et les Canaries, paraît inconnue aux Açores (1). Parmi les grimpeurs, le pic épeiche ( Picus major) est le seul qui est été observé : il niche, comme aux Canaries et au Maroc.
Les passereaux sont, avec les palmipèdes, les oiseaux les plus nombreux de ces contrées. L’un des plus intéressants est sans contredit le bouvreuil ponceau ( Pyrrhula coccinea ) , que l’on rencontre une partie de l’année, quoiqu’il ne niche pas (?) et que quelques auteurs regardent comme une variété, ou du moins comme une race bien tranchée du bouvreuil commun d’Europe. Il est certain que l’on ne voit aux Açores que cette seule forme, et je serais
(1) Sur les oiseaux de Madère, voir Jardine, Edinb. Journ. of nat. and geogr. science, I, p. 241 ; Heinecken, in Zoological Journal, V, p. 70; Jardine etSelby, Illustrât, of ornithology, p. 80; Harcourt, Proceed. ofthe zool. soc. of Lond. 1851, p. 142, et a sketch of Madeira, pp. 116. et 165. — Sur les oiseaux des Canaries, voir Moquin-Tandon, Ornithologie canarienne ( Hist . nat. des îles Canaries, par Wcbb et Berthelot), et Bolle in Journal d’ Ornithologie, de Cabanis, 1858, passim.
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assez tenté de lui conserver le rang d’espèce distincte. Le genre bouvreuil ne se trouvant ni aux Madères, ni aux Canaries, la constatation de la présence du Pyrrhula coccinea aux Açores est un fait intéressant au double point de vue de la distribution géographique du genre et de l’espèce. Mais le plus commun de tous les passereaux açoréens, est le cini (Fringilla serinus ), que les habitants connaissent sous le nom de canario, et qu’ils redoutent à l’égal de notre moineau commun. II paraît qu’autrefois ces oiseaux étaient fort recherchés en Portugal et que, chaque année, deux bâtiments en prenaient à San- Miguel un nombre considérable, en môme temps que leur cargaison de patates; les registres de la douane de Ponta-Delgada font mention de ce fait singulier, dont l’explication est assez difficile à donner, à moins de croire que l’on ait confondu cet oiseau avec le serin de Canarie (1). Non moins abondant peut-être, mais à coup sûr plus digne de remarque, est le pinson lintillon ou de Ténériffe (Fringilla canariensis ), qui fut observé d’abord aux îles Canaries, et qui niche également aux Madères. Voilà donc une espèce répandue dans les trois archipels, dans lesquels d’ailleurs elle est confinée, et qui paraît être pour eux l’analogue de notre pinson commun. Le serin de Canarie ( Fringilla canaria) est élevé en cage pour son chant, comme en Europe; mais il n’existe pas aux Açores à l’état de liberté, non plus qu’à Madère : l’espèce est donc absolument propre à l’archipel canarien. Le roitelet (Re-
(1) Senna-Freitas, Viagem ao valle das Fumas, p. 67.
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gulus cris talus)) l’étourneau ( Sturnus vulgaris ), le merle ( Turdus merula), nichent également dans notre archipel et y sont très-communs ; le merle notamment abonde dans les bois de lauriers, de genévriers, de myricas, et il est fort apprécié des indigènes comme oiseau chanteur. Il y a certainement aux Açores plusieurs espèces de fauvettes, et quelques-unes y ont déjà reçu des noms vulgaires; mais elles ne sont pas encore suffisamment connues, et ce genre demanderait à être étudié de nouveau. La bergeronnette jaune ( Motacilla boarula), le bec-fin rouge-gorge ( Sylvia rubccula ), et quelques autres, sont communs et paraissent répandus dans les trois archipels. Quant à l’hirondelle commune ( Hirundo domeslica), elle ne niche pas; elle est seulement de passage en hiver.
Les pigeons ont, au moins, deux beaux représentants aux Açores. L’espèce la plus répandue est celle qui est connue dans le pays sous le nom de pombo bravo ou pombo de rocha ( Columba lurricola ) et qui niche, par bandes nombreuses, dans les anfractuosités des rochers, sur les côtes, sur les îlots, et même dans les cavernes des caldeiras. Les chroniqueurs rapportent qu’au temps de la découverte des îles, les pigeons étaient si abondants et surtout si peu sauvages qu’ils venaient se poser sur les épaules des hommes. Aujourd’hui, s’ils sont nombreux encore, leur naturel, il faut le dire, est devenu plus farouche : ils fuient invariablement la présence de l’homme, qui du reste leur fait une guerre acharnée, et ils ne fréquentent plus que les retraites les plus sauvages, les escarpements les plus inaccessibles. L’espèce la plus belle et la plus rare est celle
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que l’on nomme pombo irocaz ( Columba trocaz), laquelle existe plus communément à Madère et aux Canaries. Quelques couples seulement de cette grande espèce nichent encore à San-Miguel et à Santa-Maria, dans les bois de lauriers, dont elle recherche les drupes.
Les gallinacés n’ offrent rien de remarquable; la perdrix rouge ( Perdix rubra) et la caille ( Perdix coturnix) sont très-communes partout, et c'est à peu près avec le lapin, les pigeons et la bécasse, le seul gibier qui serve à exercer l’adresse des chasseurs.
Les échassiers sont plus variés, mais leurs espèces ne sont pas encore suffisamment connues. On voit plusieurs hérons (Ardea purpurea, cinerea) autour des lacs des montagnes, tandis que dans les bois et au milieu des bruyères vivent la bécasse ( Scolopax rusticola ) et la bécassine ( Scolopax gallmago), ces deux dernières assez rares. On connaît aussi une espèce de chevalier ( Totanus fuscus); mais peut-être y en at-il davantage. Quant à la poule d’eau ordinaire ( Gallinula chloropus ), elle est de passage en hiver, époque à laquelle on la rencontre autour des lacs, dans les caldeiras, comme à Madère et aux Canaries.
L’ordre des palmipèdes, celui de tous peut-être qui renferme le plus d’espèces, est sans doute aussi le moins bien connu. L’oiseau le plus répandu de cet ordre est le sterne pierre-garin ( Sterna hirundo), que l’on voit voler sans cesse près des côtes, aux abords des rochers où il niche. Le goéland cendré ( Larus argentatus ) est son compagnon habituel ; il est de même extrêmement commun. Quant aux espèces encore peu connues et recherchées des ornithologistes du genre Thalassidroma, nul doute qu’il
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y en ait plusieurs dans l’archipel açoréen, et l’on ne peut qu’inviter les zoologistes à porter leur attention de ce côté.
Suivant M. Maury (1), le grand batara ou baratra ( Thamnophilus magnus) ne se rencontrerait qu’aux Açores : je n’ai point entendu parler de cet oiseau et n’ai pas même ouï dire qu’il y en eût de sa famille dans l’archipel. Je soupçonne fort quelque erreur dans l’indication de l’habitat, qu’il paraît prudent de reporter avec les auteurs à certaines régions de l’Amérique méridionale (2).
En somme, la faune ornithologique açoréenne, telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est-à-dire, encore superficiellement, comprend environ trentecinq à quarante espèces, dont les plus intéressantes sont le Pyrrhula coccinea, le Fringilla canariensis, les Colomba trocaz et turricola, le Thalassidroma Bulweri, et les plus répandues, les Buleo vulgaris , Fringilla serinus, Turdus merula, Motacilla boarula, Perdix rubra, Sterna liirundo et Larus argentatus. Sans aucun doute, des observations ultérieures augmenteront le nombre des espèces, surtout dans les oiseaux rares ou peu abondants, mais elle ne devront pas modifier d’une manière sensible l’état des connaissances actuelles en ce qui touche les espèces vulgaires et dominantes.
(1) La terre et l’homme, p. 308.
(2) Voyez Lesson, Manuel d’ Ornithologie, II, p. 131.
FAUNE AÇOREENNE.
Reptiles.
Trois reptiles seulement sont connus aux Açores, et aucun d’eux n'est propre à cet archipel. La tortue franche ( Chelonia Midas), qui fréquente communément les côtes de ces parages et qui est recherchée des indigènes comme aliment, se retrouve aux Madères, aux Canaries, aux Bermudes, et paraît habiter la majeure partie de l’océan Atlantique. Le lézard de Dugès ( Lacerta Dugesii ), dont j’ai constaté la présence à Graciosa, fut primitivement découvert à Madère, où il est fort commun : il est à présumer qu’il sera venu aux Açores à la suite de l’homme, à une époque très-récente. Ce qui le fait supposer, c’est que ce lézard, à l’époque de notre voyage, n’était connu qu’à Graciosa, et que personne, dans les autres îles, ne paraissait môme en soupçonner 1 existence. Or, dans un pays circonscrit dans des limites étroites et où le règne animal est aussi restreint, la la présence d’un reptile, si elle était de longue date, n’eût pas manqué de frapper l’attention des habitants. Quant à la grenouille commune ( Rana esculenta ) qui pullule aujourd’hui dans les lacs de San- Miguel, il est de notoriété publique qu’elle a été apportée de Lisbonne il n’y a pas plus de trente ans. A Fayal, on a tenté d’introniser un crapaud des Etats-Unis; mais cet essai d’acclimatation aurait échoué. Sous ce rapport, les archipels voisins sont plus favorisés et sont en possession de reptiles, peu nombreux également, à la vérité, mais spéciaux et vraiment remarquables. C’est ainsi que l’on trouve
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aux Canaries le Scincus oeellatus, le Lacerla Galloli, le Gecko Delalandii, le Hyla arborea. Madère possède aussi le Gecko Delalandii , le Scincus ocellalus, et de plus les Lacerla muralis et Dugesii. Indépendamment des Chelonia Midas et imbricala , qui fréquentent leurs côtes, les Bermudes ont aussi une espèce de scinque ( Scincus fascialus) (1). Ainsi, tandis que ce dernier genre apparaît dans les divers archipels environnants et dans toute l’Afrique septentrionale et occidentale, les Açores seules en sont dépourvues.
Poissons.
De toutes les classes du règne animal, nous arrivons avec les poissons à celle qui est peut-être la plus riche et la plus variée, mais aussi la plus imparfaitement connue au point de vue zoologique. En effet, pour arriver à connaître dans son ensemble la faune ichthyologique de la mer des Açores, il serait indispensable de faire dans cet archipel un séjour prolongé, de se mettre en rapport avec les pêcheurs, de ne pas négliger surtout de les accompagner dans leurs pêches afin de pouvoir visiter surle-champ leurs filets. Or, rien de cela n’a été jusqu’à présent réalisé; des nombreux et délicieux poissons qui hantent ces parages et qui forment la base de la nourriture quotidienne de l’açoréen, l’on ne connaît encore que les espèces édules les plus communes sous leur nom vulgaire, et le plus souvent ce n’est
(1) Jones, The naturalist in Bermuda, p. 98.
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pas sans peine que l’on peut mettre la dénomination scientifique à côté de celle des pêcheurs. En ce qui me concerne, je n’ai guère signalé que les poissons édules les plus répandus autour de San-Miguel, et parmi eux encore ceux principalement qui ont figuré à notre table pendant notre séjour dans cette île, et pour lesquels M. Morelet avait pris le soin de faire des croquis ; c’est-à-dire, qu’en mettant en dehors les Anguilla canariensis et Cyprinus auratus, dont il va être bientôt question, et qui sont les seuls poissons d’eau douce de l’archipel, l’on n’a point eu ici la prétention de donner un aperçu, même sommaire, de l’ichthyologie des mers açoréennes, si poissonneuses. Le lecteur trouvera, dans l’appendice, une liste des noms populaires des espèces les plus connues et les plus communes de San-Miguel, comprenant environ cinquante dénominations distinctes : ce n’est assurément pas la moitié du nombre des poissons qui fréquentent habituellement les côtes des Açores. (Voir appendice B, Noms populaires des poissons.)
L’ordre des acanthoptérygiens comprend les espèces les plus nombreuses et les plus répandues. Les muges, les serrans, les cerniers, les scombres, les thons, les daurades, les pagels, les sphyrènes, les carangues, les coryphènes, paraissent être les genres dominants ou tout au moins très-abondants. Parmi ces derniers, une espèce, le Coryphœna azorica, a été découverte dans ces parages et leur est peutêtre particulière.
Les malacoptérygiens abdominaux n’ont, aux Açores, qu’un seul représentant, le cyprin doré ( Cyprinus auratus), que l’on est assez surpris de ren-
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contrer dans tous les lacs des montagnes et des caldeiras de San-Miguel. Mais il ne faut voir là qu’un fait déjà ancien d’introduction volontaire et d’acclimatation consommée. On sait que ce sont les Portugais qui, les premiers, ont apporté ce cyprin de Chine au Cap, puis du Cap à Lisbonne ; il n’est pas étonnant qu’ils aient également songé à en doter une de leurs colonies les plus voisines et les plus prospères. L’on peut davantage se demander comment il se fait que l’espèce, d’abord donnée aux bassins des parcs et aux réservoirs des jardins, a fini par se propager dans tous les lacs, d’un bout à l’autre de l’île, où elle pullule aujourd’hui. Sans doute il faut voir dans ce fait un résultat de la propagation naturelle, indépendant du concours de l’homme ; les oiseaux sont, comme on sait, dans ce cas, l’un des agents les plus ordinaires et les plus efficaces. Ce poisson, rencontrant dans les lacs de San-Miguel des conditions climatériques et hydrologiques favorables à son existence, une tranquillité parfaite assurée par l’absence de tout ennemi de son ordre, a dû s’acclimater et se perpétuer ; ce qui est effectivement arrivé.
Parmi les malacoptérygiens subrachiens, les gades paraissent sinon riches en espèces, du moins abondants en individus. Il se fait, dans tout l’archipel, une grande consommation de morue sèche, sous le nom de bacalhao. Un autre poisson du même ordre, connu sous le nom d’aùroZea ( Phycis furcalus), est très-abondant dans ces parages.
L’ordre des malacoptérygiens apodes fournit l’un des animaux vertébrés les plus intéressants de l’archipel açoréen. Les rivières torrentueuses de San-
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Miguel et de Florès nourrissent, dans la partie supérieure comme dans la partie basse de leur cours, une anguille ( Anguilla canariensis ), d’abord découverte à Ténériffe, puis retrouvée ensuite à Madère; l’espèce est donc commune aux trois archipels, elle y vit dans les mômes conditions, et jusqu’à présent on ne l’a pas observée ailleurs (1). Doit-on voir dans la présence de Y Anguilla canariensis aux Açores le résultat d’une importation volontaire de l’homme? Faut-il y voir le fait d’une propagation libre par les voies ordinaires employées par la nature? Ou bien doit-on voir dans ce poisson, comme le suppose M. Morelet (2), une espèce aborigène pour chacun des trois archipels canarien, madérien et açoréen?... 11 est bien difficile, ce nous semble, de résoudre ce problème ; mais, laissant de côté la question d’origine qu’il est quelquefois téméraire d’aborder, je pencherais volontiers à admettre que l’espèce s’est propagée librement et naturellement, comme il arrive pour tant d’autres dans ces différents archipels. Quoiqu’il en soit, je le répète, l’anguille des Canaries est sans contredit l’un des vertébrés les plus remarquables de l’archipel qui nous occupe; les espèces de cet embranchement dont l’aire est très-bornée, dont le rayonnement s’est arrêté à de faibles distances, et dont les régions originelles sont nettement tracées, étant fort propres à caractériser les différentes zones zoologiques. En at-
(1) Aux Bermudes on trouve aussi une anguille, laquelle ressemble, dit M. Jones, à Y Anguilla vulgaris d’Europe (The naturalist in Bermuda, p. 104).
(2) Loe. cit. pp. 58 et suiv.
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tendant, et tant que Ton ne connaîtra pas mieux les poissons des mers açoréennes, il ne sera guère possible de comparer cette partie de la faune avec celles des Canaries et des Madères, si bien étudiées, l’une par M. Lowe (1), l’autre par MM. Webb et Berthelot (2).
Mollusques.
Si des animaux vertébrés, qui ne paraissent avoir aucun type spécial à l’archipel qui nous occupe, puisque toutes les formes que l’on y rencontre se retrouvent, soit sur les continents d’Europe et d’Afrique, soit dans les archipels voisins, l’on passe aux animaux invertébrés, on trouve au contraire dans les divers embranchements de cette division du règne animal des types nouveaux, en petit nombre à la vérité, mais particuliers à ce groupe d’îles et propres, par cette circonstance, à lui imprimer un caractère d’originalité. L’embranchement des animaux mollusques, en particulier, présentera plus que tout autre ce caractère des types locaux, et dès lors, plus que tout autre aussi, il excitera à un haut degré l’intérêt des naturalistes.
(1) History of the fishcs of Madeira; with original figures. London, 1843-1844; 4 fasc. in-8°. av. 20 pl.
(2) Valenciennes, Ichthyologie canarienne; in : Hist. ml. des îles Canaries, par Webb et Berthelot.
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Céphalopodes.
Rien toutefois de particulier dans la classe des céphalopodes. L’argonaute ( Argonauta argo), le poulpe ( Octopus vulgaris), le calmar ( Loligo vulgaris), la seiche ( Sepra officinalis), que l’on voit apparaître fréquemment sur les côtes, se retrouvent aux Madères, aux Canaries, aux îles du Cap-Vert, et dans toute la zone intertropicale et tempérée de l’Océan atlantique. La présence de la spirule ( Spirula Peroniï) mérite seule d’être signalée. Pendant longtemps ce céphalopode a été regardé comme propre aux mers australes et à l’Océan des Moluques. Depuis, A. d’Orbigny l’a rencontré en grande abondance aux Canaries (1), et M. Dunker l’indique comme ayant été recueilli dans les parages des îles du Cap-Vert (2). Accidentellement, cette coquille est même poussée quelquefois par les vents et les courants jusque sur les côtes d’Europe. Ainsi l’aire de cette espèce est plus étendue qu’on ne le supposait. L’on ne sait rien encore concernant les mollusques de la classe des ptéropodes qui fréquentent ces côtes ; il est indubitable que l’on y reconnaîtra plusieurs espèces des genres hyale et cléodore, lesquels habitent la mer qui baigne les Canaries et la Méditerranée.
(1) D’Orbigny, Mollusques des îles Canaries, pp. 24 et 25.
(2) Dunker, Index mollusc. itin. ad Guineam infer., p.
Gastéropodes.
La classe des gastéropodes est de toutes la plus nombreuse; c’est là qu’apparaissent les types nouveaux, les formes les plus intéressantes, et des êtres qui jusqu’à présent n’ont été rencontrés sur aucun autre point du globe. A la vérité, l’ordre des hétéropodes n’offre qu’une seule espèce, la carinaire fragile ( Carinaria fragilis ), laquelle se capture accidentellement et très-rarement dans ces parages, et celui des teclibranches une seule aussi, la bulle striée ( Butta striata), également très-rare, qui n’a été vue ni à Madère ni aux Canaries, mais qui se retrouve cependant sur la côte d’Afrique, dans la Méditerranée, et jusqu’aux Antilles.
Mais l’ordre des pulmonés (mollusques terrestres), qui a été l’objet d’une étude spéciale et approfondie, et qui peut aisément passer pour le mieux connu de l’archipel, se recommande par des particularités dignes d’attention. Au milieu de quelques limaciens vulgaires de l’Europe méridionale et tempérée, tels que des arions et des limaces, apparaît un genre trèssingulier, propre à l’archipel açoréen et à l’Inde : la viquesnélie ( Viguesnelia allanlica). Avant la découverte qui en fut faite, en 1857, aux Açores, ce limacien n’était encore connu que par des rudiments testacés fossiles, recueillis en Roumélie et dans les Pyrénées, ayant appartenu à une espèce du même genre; tout récemment, une espèce vivante a été décrite comme provenant de l’Inde : avec le mollusque açoréen, c’est là tout ce que l’on sait encore
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de ce genre particulier, lequel n’a été vu ni aux Madères, ni aux Canaries, ni en Portugal, et qui forme un nouveau chaînon dans cette famille si répandue des mollusques nus ou limaciformes. A ce double point de vue, la viquesnélie est l’un des êtres les plus remarquables et les plus intéressants de l’archipel. Mais il est à noter que l’on ne voit pas, aux Açores, le genre parmacelle, qui existe cependant sur toute les terres environnantes, aux Canaries, aux Madères, au Maroc et en Portugal (1).
En tête de la famille des colimacés figure un genre très-répandu, très-abondant en individus, et ne présentant pas moins de sept formes distinctes, toutes propres à l'archipel : le genre vitrine. Parmi ces sept espèces, les Viirina laxala et finitima sont assurément fort remarquables par leur taille, par la coloration agréable de l’animal et par d’autres particularités du test. Le genre zonite, voisin des hélices, se distingue aussi par trois types marquants, spéciaux à ce groupe d’iles : les Zonites miguelinus, valut ella, atlanlicus . Les hélices, au nombre de vingttrois, ont également plusieurs formes originales et dignes d’intérêt, entre lesquelles on peut citer les Hélix azorica, Terceirana, Caldeirarutn, Drouetiana , et encore les Hélix horripila et vesperlina. Deux espèces n’ont été rencontrées qu’à l’état semi-fossile dans les tufs volcaniques de Sanla-Maria, ce sont les Hélix velusta et obrula. Quelques types proviennent de Madère ou des Canaries; les autres appartiennent à l’Eu-
(1) Voyez Morelet, Description des mollusques du Portugal, pp. 40 et suiv.
FAUNE AÇORF.ENNE.
rope méridionale et tempérée. A côté de ce groupe, relativement restreint, il est assez frappant de découvrir dix bulimes, dont plus de moitié est propre aux Açores. Parmi eux, le Bulimus pruninus est un mollusque hors ligne et recommandable, entre autres choses, par l’épaisseur et la solidité de son lest, et le Bulimus Santa- Marianus par sa physionomie locale et particulière. Les maillots sont tous, à la vérité, fort petits, mais ils se distinguent par leur aspect spécial et par leur péristome multidenté; sur huit espèces, cinq sont exclusivement açoréennes, et l’on ne peut se dispenser de citer le Pupci tessclala, comme possédant un faciès singulier et digne de remarque.
La famille des auriculacés comprend quatre espèces, parmi lesquelles deux appartiennent en propre à l’archipel açoréen, une, YAuricula Vulcani, réapparaît aux Canaries, et la quatrième, le Pedipes afer , sur les côtes occidentales du continent africain. Les cyclostomacés, traités plus parcimonieusement encore, n’ont qu’un représentant indigène, le Cy~ closloma hespericum, et un canarien, YHydrocena gutla.
Au total, cet ordre des pulmonés est de tous le plus riche en espèces locales, petites il est vrai pour la plupart, mais douées d’une physionomie originale, éminemment propre à caractériser la région qui nous occupe. Au point de vue de leur distribution géographique, sur soixante-dix mollusques compris dans cet ordre, neuf sont répandus sur le littoral de l’Europe méridionale voisin de l’Atlantique ( Umax gagates , Teslacella Maugei, Hélix barbula, apicina, lenlicula, lactea, Pisana, Bulimus dccollalus, venlrosus ),
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cinq se rattachent à la faune des îles Madères ( Hélix erubescens, ar millala, paupercula, Pupa microspora, Auricula vespertina) , quatre à celle des Canaries (Hélix servilis, liulimus varialus, Auricula Vulcani, Hydrocena gulta ), un au continent africain (le Pedipes afer), trente-quatre sont propres aux Açores, et le reste appartient à l’Europe moyenne et tempérée (1).
Il n’y a pas, aux Açores, un seul représentant de l’ordre des pulmobranches, et ce fait est d’autant plus étrange que d’une part des eaux douces assez variées et nombreuses, lacs, rivières, sources, torrents, offriraient à ces animaux des conditions d’existence très-favorables, et que d’autre part les archipels voisins, moins bien partagés sous le rapport des stations hydrologiques, ont cependant quelques espèces appartenant aux genres limnée, physe, ancyle, néritine et cyclade.
L’ordre des pectinibranches est moins riche que celui des pulmonés; il ne renferme en outre que peu de formes dignes d’attention. Les Liltorina striata., Janlhina commuais, Purpura hæmasloma , Columbella ruslica, Cyprœa lurida, qui sont les plus communes, se retrouvent dans la majeure partie de l’océan Atlantique et dans plusieurs autres mers. Cependant les Scalaria pseudoscalaris, Nassa asperula, Murex imbricatus, Fusus corallinus , et quelques autres, se re-
(1) Voir, pour de plus amples détails, Morelet, Notice sur l’histoire naturelle des Açores, suivie d'une Description des mollusques terrestres de cet archipel, pp. 63 et suiv. Et comme comparaison : Albers , Malacographia madercnsis ; d'Orbigny, Mollusques des îles Canaries, etc.
FAUNE AÇORÉENNE.
lient à la faune méditerranéenne, et les litiopes sont propres, en général, aux mers tropicales. Le seul Nassa Deshayesii paraît spécial, jusqu’ici, à ces parages, avec une variété légèrement striée de la colombelle étoilée.
Les scutibranches ne renferment que des espèces du genre Haliotis, communes dans la plupart des mers, et notamment dans l’océan Atlantique et la Méditerranée.
Les cyclobranches, au contraire, sont fort abondants, passablement variés en espèces, et ils paraissent être les mollusques dominants sur les côtes açoréennes. Solidement attachés aux rochers, sur lesquels ils pullulent quelquefois d’une manière étonnante, ces gastéropodes résistent mieux que les autres à la violence des vagues et aux tourmentes qui visitent ces parages. Les Patella Gomesii, liaudonii , Moreleti, n’ont encore été vus que dans notre archipel, tandis que les Palella Loicci et Candei se retrouvent aux Canaries, les Patella spectabilis et nigrosquamosa aux îles du Cap-Vert, et le Palella crenata à peu près partout.
Acéphales.
La classe des acéphales comprend, dans l’ordre des lamellibranches, un certain nombre d’espèces communes à l’océan Atlantique et à la Méditerranée : la plus grande et la plus belle est le Pinna rudis, dont on capture de temps à autre quelques exemplaires sur les côtes de San-Miguel et de Pico. La plupart de ces coquilles se retrouvent également sur les côtes de France et d’Angleterre. Parmi les cir-
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rhopodes on voit deux espèces abondamment répandues dans les mers européennes : l’analife commune (Analifa lœvis), la balane tulipe (Bal anus tintirmabulum), et de plus une seconde espèce de ce dernier genre, beaucoup plus petite (1).
Mollusques fossiles.
Enfin, l’on ne peut passer en revue l’embranchement des mollusques des Açores sans parler de ceux dont on trouve les restes fossiles dans l’île de Santa- Maria, dans un terrain calcaire de formation relativement récente, mais extrêmement dur et compact. M. Bronn a reconnu que les plus abondants de ces fossiles, ceux surtout qui apparaissent dans les couches supérieures de cette formation, composent une série d’une trentaine d’espèces se rattachant à vingt-trois genres, la plupart de la classe des acéphales. Parmi les gastéropodes, qui sont peu nombreux, deux Trochus, un Dyspolœa ont paru inédits, et une coquille voisine des janthines a même présenté des caractères assez particuliers pour motiver la création d’un genre nouveau ( Hartungia ). Plusieurs formes ont, en outre, semblé originales dans les genres Solen, Cardium, Area, Spondylus (2). La présence du Peclen lalissimus, propre jusqu’ici au terrain tertiaire supérieur de l’Italie et des autres
(1) Voir, pour plus de détails, Drouël, Mollusques marins des îles Açores, pp. 7 et suiv.
(2) Voir Hartung, Die Azoren nach ihrer geognoslischen Nalur geschildert, pp. 116 et suiv., et l’atlas, pl. xix.
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points du littoral méditerranéen, semble indiquer une corrélation d’àge, ou tout au moins une certaine analogie entre la formation calcaire de Santa-Maria et le terrain subapennin. Bien qu’aucun de ces mollusques n’ait été retrouvé à l’état vivant dans la mer des Açores, en considérant ces formes dans leur ensemble on reconnaît aisément qu’elles appartiennent à des espèces récentes, et que le terrain où elles gisent doit être assez moderne; elles semblent appartenir aux couches supérieures de 1 étage miocène, et leur ensemble caractérise une formation tertiaire analogue à celle de Bordeaux (Deshayes, in litl.).
En résumé, la faune malacologique açoréenne est plus riche, proportionnellement, en espèces terrestres qu’en espèce marines, et c’est surtout dans les premières que l’on observe des types spéciaux propres à l’archipel. Ces types, en général d’une taille exiguë, mais agréablement colorés, sont en parfaite harmonie avec un climat temperé, égal, humide, avec un sol formé le plus souvent de coulées de laves, et surtout avec une végétation gracieuse, mais peu développée. Les formes saillantes et caractéristiques sont dans les genres Viquesnelia, Vilrina , Zonites, llelix , Bulimus, Pupa. La faune marine, analogue à celles de la Corse, de la Sicile, ou du golfe de Naples, analogue aussi à celles des Madères et des Canaries, bien que moins riche qu’elles, peut être regardée comme une station intermédiaire entre la mer Méditerranée et la mer des Antilles. A quoi attribuer le peu de développement de la vie malacologique dans l’océan qui baigne ces rivages ?. . . 11 est permis de supposer que la nature accore des
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côtes, la profondeur des eaux, l’absence ou la rareté des plages sablonneuses, l’éloignement des continents, mais surtout la violence et l’agitation des vagues qui battent sans cesse les rochers avec une fureur extrême, sont un obstacle à la fixité des mollusques et à leur propagation. Les balanes, les haliotides, les patelles, peuvent seuls, par leur mode de support ou d’attache, trouver dans ces parages tourmentés des conditions biologiques à leur convenance. Il faut attribuer aux courants, et notamment au Gulf-slream, dont on a constaté le passage dans la partie occidentale de l’archipel, aux environs de Flores et de Corvo (1), et même quelquefois plus à l’est (2), la présence accidentelle de certaines espèces propres à des latitudes plus basses et plus chaudes. L’on est également frappé de l’absence du genre huître, lequel a deux représentants, au moins, sur les côtes du Portugal, et deux aussi aux îles Canaries. En visitant les bancs de sargasso, qui apparaissent fréquemment dans ces parages vers l’ouest et le sud-ouest, poussés par les vents et les courants (3), le zoologiste peut avoir l’assurance de découvrir plusieurs animaux qui trouvent dans ces prairies de la mer un support, un abri, la nourri-
(t) DeHumboldt, Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, t. I ; Tableaux de la nature, t. I, pp. 187 et suiv.
(2) Nous avons recueilli, sur les côtes de Santa-Maria,des graines de Mimosa scandens charriées par les courants depuis l’Amérique tropicale.
(3) Entre les tropiques, les sargasses forment d'immenses prairies flottantes. Au delà du 30 e degré de latitude, on ne les trouve plus que par groupes ou éparses. Rarement elles dépassent le 42 e
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ture, et qui jusqu’à présent ont échappé aux investigations des observateurs.
Annelés.
L’embranchement des animaux annelés conduit à une série d’êtres organisés que l’on pourrait s’attendre à trouver plus marquants qu’ils ne le sont en réalité. Ces animaux, il faut le dire, n’ont point été jusqu’ici l’objet d’études spéciales et de recherches assidues; cependant, déjà 1 on en sait assez pourqu il soit permis d’avancer que là, plus qu’ailleurs, la nature se montre avare de formes originales et de types nouveaux. Des investigations ultérieures enrichiront infailliblement cette partie de la faune açoréenne ; mais elles devront peu modifier, ce nous semble, les inductions générales que l’on peut dés à présent tirer de l’ensemble connu.
Insectes.
Parmi les insectes, dont tous les ordres paraissent avoir aux Açores des représentants plus ou moins nombreux, mais en général peu brillants, les coléoptères fournissent un catalogue plus étendu que les autres, mais qui ne se recommande que par un
degré de latitude (Lamouroux, Mémoire sur la géographie des piaules marines, in Ann. des scienc. natur., t. VII, 1826, p. 60. Voyez aussi De Humboldt, Tableaux de la nature, t. I, pp. 74 et suiv.)
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nombre bien restreint de formes locales. Sur soixante espèces observées, espèces que l’on peut regarder comme les plus vulgaires de l’archipel, cinq seulement n’avaient point encore figuré sur les inventaires des entomologistes ; ce sont les Anchomenus aptinoides, Oophorus azoricus, Æolus Moreleli, Attalus miniaticollis, et Laparocerus azoricus, cette dernière étant la plus répandue et peut-être aussi la plus remarquable. En dehors de ces types indigènes, le Calosoma Olivieri, le Pristonyclius alalus et Yllegeter elonqalus, sont les seuls liens qui rattachent cette faune à celles des Madères et des Canaries; quatre espèces habitent nos départements méridionaux; tout le reste appartient à la France centrale et môme à la majeure partie de l’Europe tempérée. Au milieu de cet ensemble tout à fait européen, un seul longicorne, le Tœnioles scalaris, originaire du Brésil, forme un disparate étrange que l’entomologiste est surpris de constater. Mais évidemment il s’agit là d’une importation accidentelle, dont l’homme a été l’agent involontaire, et à l’initiative de laquelle la nature est demeurée étrangère. Apporté soit à l’état d’œuf, soit à l’état de larve, avec quelque plante brésilienne ce coléoptère s’est acclimaté à San-Miguel, où il vit sur le figuier. Cette introduction résistera-t-elle, ainsi que M. Morelet paraît en douter, à l’épreuve du temps? C’est ce que l’avenir apprendra. Il n’en est pas moins vrai qu’en présence de ce fait, unique dans son genre, l’on peut se demander pourquoi cet isolement, et comment au milieu d’un nombre déjà grand de plantes exotiques, depuis longtemps introduites et acclimatées, il ne se rencontre pas plus d’insectes étrangers. Sans doute il faut y voir, avec
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M. Morelet une preuve delà stabilité avec laquelle se maintient sur le globe la distribution primordiale des êtres vivants, quand l’homme ne trouble point par une intervention directe l’ordre établi par la nature (1).
Les orthoptères, en général peu nombreux, paraissent appartenir pour la plupart à l’Europe méridionale et tempérée. La navigation a répandu la blatte américaine ( Kakerlac americana ), originaire de l’Amérique du Sud, dans toutes les parties du monde; aussi rencontre-t-on fréquemment cet insecte aux Açores dans les habitations et jusque sur les bâtiments du commerce, mais je ne crois pas qu’on y trouve la blatte orientale. La sauterelle voyageuse ( OEdipoda migraloria) est assez commune à Santa- Maria, où elle est apportée des côtes du Maroc par les vents.
Il y a dans notre archipel plusieurs hémiptères en tête desquels il faut placer, malheureusement, YAspidiotus conchiformis , fléau des orangers. Autrefois on tirait à ce qu’il paraît parti, dans ces îles, surtout à Santa-Maria, de la cocciculture; aujourd’hui l’on paraît avoir renoncé à cette source de richesse. On élève bien encore quelques cochenilles ( Coccus cacti), mais comme simple objet de curiosité et sans en tirer profit. On peut en dire autant, en passant, du pastel, plante tinctoriale dont la culture
(1) Voyez Morelet, Notice sur l'histoire naturelle des Açores, etc., p. 87. Drouet, Coléoptères açoréens , pp. 10 et suiv. — Voyez aussi Wollaston, Coléoptères de Madère; et pour ceux des îles Canaries, la partie entomologique du voyage de Webb et Berthelot.
FAUNE AÇOREENNE.
formait une branche importante de commerce au temps de la colonisation flamande : ces deux sources de prospérité sont aujourd’hui remplacées par le commerce des oranges, du vin et de l’orseille. Le Pyrrhocoris aplerus, si abondant à Lisbonne et dans tout le Portugal, sur les murs, ne se trouve pas aux Açores.
Rien de particulier à signaler dans l’ordre des hyménoptères, encore inconnu, si ce n’est que le climat des Açores paraît convenir aux abeilles (Apis mellifîca ) : il y en a à l’état sauvage, à San-Miguel.
La plupart des lépidoptères se rattachent à l’Europe tempérée, et le petit nombre d’espèces dont on a pu constater la présence dans les différentes familles fait présumer que pour cet ordre, comme pour celui des coléoptères, l’ensemble de la faune présente un caractère européen. On élève quelques vers à soie (larve du Bombyx mori), mais plutôt comme objet de curiosité qu’autrement et sans en tirer profit.
Les diptères paraissent assez nombreux et assez variés. Les cousins (Culex pipiens) et quelques autres moustiques sont quelquefois d’une incommodité extrême, surtout à l’approche des orages et des rafales.
Parmi les névroptéres, quelques libellules, vivant soit dans les lieux cultivés autour des habitations, soit près des lacs dans les montagnes, ont frappé mon attention ; mais je n’en ai pas capturé et je ne saurais dire à quels genres elles se rapportent.
Enfin parmi les myriapodes, qui paraissent assez abondamment répandus dans notre archipel et dont es formes bizarres rappellent les types spécifiques de la France méridionale ou centrale, un iule parti-
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culier ( Iulus Moreleti ) tient la place de 1 ’Iulus terrestris , près duquel il vient se ranger dans la classification.
Au résumé, la classe des insectes, encore imparfaitement connue, a une physionomie européenne très-prononcée et qui ne peut soutenir la comparaison avec les faunes entomologiques des Madères et des Canaries (1), tous ses principes constitutifs, sauf quelques types açoréens et un petit nombre d’éléments hétérogènes, paraissant puisés sur le continent d’Europe. Même remarque pour la classe des arachnides, qui m’ont paru nombreux et assez variés, mais sur laquelle d’ailleurs on manque encore de documents précis. Les araignées ainsi que les scolopendres peuvent inoculer, au moyen d’organes spéciaux (des antennes-pinces, ou des piedsmâchoires), une humeur toxique dont la présence est le plus souvent accompagnée de tuméfaction, de phlyctène et d’une douleur locale plus ou moins vive (2), et sous ce rapport il est toujours prudent d’éviter la morsure de ces animaux. Mais il est peu probable qu’il existe aux Açores des espèces de ces ordres réellement dangereuses et douées d’un venin capable d’occasionner chez l’homme des désordres sérieux et généraux.
(1) Voyez Iïïst. natur. des îles Canaries, par Webb et Berthelot, Insectes; et, pour Madère, les travaux de Woliaston, Lowe, Bowdich, etc.
(2) Voyez Moquin-Tandon, Eléments de zoologie médicale, pp. 234 et 239.
FAUNE AÇOREENNE.
Crustacés.
La classe des crustacés, dans l’état actuel des connaissances, ne renferme qu’un petit nombre de représentants dignes de l’intérêt du zoologiste, la plupart de ces animaux étant également disséminés dans toute l’Europe méridionale et occidentale, soit dans la Méditerranée, soit dans l’Atlantique, et sur les terres du littoral. Dans l’ordre des décapodes, si varié en espèces, les crabes, les grapses, les scyllares, les palémons, sont tous communs aux deux mers, ainsi que les homards et les langoustes. Des stomapodes, on ne connaît encore qu’une espèce, le Phyllosoma spinosum, qui paraît propre à ces régions de l’Atlantique; de même pour les amphipodes, dont on n’a jusqu’à présent observé qu’un seul représentant, le Phronima sedentaria. Ce crustacé à mœurs singulières s’empare le plus souvent d’un béroé ou de quelque autre acalèphe, s’introduit dans la cavité médiane et poursuit ainsi le cours de son existence dans cet abri translucide et gélatineux ; on le voit également dans la Méditerranée. L’ordre des isopodes ne comprend que des espèces communes de l’Europe tempérée.
Pas plus que des arachnides, l’on ne sait rien encore des êtres de la classe des annélides, terrestres ou marins, qui vivent dans ces parages, non plus que des helminthes qui habitent en parasites, soit sur l’homme, soit sur les autres animaux.
FAUNE AÇORÉENNE.
ïtadiés.
Echinodermes.
L’on n’a jusqu’à présent recueilli, dans l’embranchement des animaux radiés, qu’un nombre restreint d’espèces de la classe des échinodermes. Parmi elles, les échinides paraissent plus abondants et plus variés que les stellérides. Du premier de ces ordres, les Echinus brevispinosus, lividus, œquiluberculatus, qui hantent l’archipel, reparaissent dans la Méditerranée, tandis que V Echinocyamus anguJosus est commun dans tout le nord de l’océan Atlantique. Parmi les stellérides, les Asterias glacialis et lœvigata, extrêmement abondants sur les côtes açoréennes, sont de même des rayonnés appartenant tout à la fois à l’Atlantique et à la Méditerranée. On ne connaît donc pas encore de type spécifique de cette classe qui soit exclusivement propre à la mer des Açores.
Zoophytes.
L’embranchement des zoophytes comprend un nombre considérable d’animaux, encore insuffisamment étudiés à la vérité, mais dont les espèces présentement connues peuvent servir à donner une idée sommaire.
Acalèphes.
La classe des acalèphes , à laquelle la mer doit en partie, et en partie aussi à celle des infusoires,
94 FAUNE AÇORÉENNE.
sa phosphorescence (i), a présenté quelques formes remarquables, lesquelles se rencontrent dans les autres parties tempérées de l’océan Atlantique, mais plus particulièrement cependant dans les parages açoréens : elles appartiennent aux ordres des béroïdes, des médusaires et des physalies. Des recherches spéciales et assidues amèneraient infailliblement la constatation de plusieurs autres êtres de la même classe, et pourraient ajouter des faits intéressants à l’histoire encore obscure de formes animales que les naturalistes regardent aujourd’hui comme des larves de polypiers.
Polypiers.
La classe des polypiers, non moins digne de remarque et non moins variée, comprend plusieurs espèces propres aux parties tempérées de l’Atlantique, et dont les formes élégantes et le plus souvent phytoïdes ne peuvent manquer d’attirer l’attention. Ainsi les Gorgonia verlicillaris, Antipalhes larix, Oculina proliféra, Dendrophyllia ramea et plusieurs autres décorent agréablement les rochers submergés des rivages açoréens, et leurs rameaux flexibles ou rigides résistent bien à l’effort des vagues. Le Serlularia Gerbeana, découvert sur la côte occidentale de Pico, parait propre à ces parages. Des observations
(1) Sur la phosphorescence de la mer, voyez de Humboldt, Tableaux de la nature, t. II, pp. 60 et suiv.; Ehrenberg, Ueber dus Leuchlen des Meeres, pp. 110 et suiv.; Quoy et Gaimard, Observ. sur quelques mollusques et zoophyles envisagés comme causes de la phosphorescence de la mer ; Ann. se. nat. t. IV, p. 7 ; etc.
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sérieuses dirigées de ce côté devront être couronnées de succès, et pourront amener la découverte de quelques types spécifiques encore inédits.
Spongiaires.
Enfin les derniers êtres du règne animal, la classe des spongiaires, ont également aux Açores quelques représentants, communs à la Méditerranée et à l’Atlantique.