‹ Éléments de la grammaire françiaseChapitre 52 sur 55 · ANALYSE LOGIQUE · texte numérisé non relu

ANALYSE LOGIQUE

1°. Nous appelons idée la simple vue des choses qui se présentent à notre esprit ; si nous pensons à un livre, à une table, à un jet d’oau, à la vertu, à la méchanceté, nous avons Vidée d’un livre, d’une table, d’un jet d’eau , de la vertu , de la méchanceté.

Pour exprimer une idée nous formons des sons qui ont cette signification ; ces sons s’appellent des mots : ainsi , un mot est l’e£pression d’une idée par la parole, ou, plus simplement, Y expression d’une idée.

Un jugement est la comparaison de deux idées ; en les comparant, nous voyons en elTet qu'elles se conviennent ou ne se conviennent pas ;* c#’cst ce qu’on appelle juger : quand je vois, par exemple,

(t) Nous ne pouvons donner ici nue des notions très-abréçées d’analyse logique. Voyez, pour de plus amples details, le Petit Traité d’analyse logique, par M. II. Jullien, 1 vol. grand in— 1 8 ; prix, 25 c. Paris, librairie ac Hachette et O.

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une fenêtre, je compare dans mon esprit les idées que j ai de la fenêtre et d 'ouvert; je trouve qu’elles se conviennent; et je juge que la fenêtre est ouverte ; ou qu’elles ne se conviennent pas , et je juge que la fenêtre nest pas ouverte.

Pour énoncer un jugement , il faut former une proposition avec les mots qui expriment déjà les idées que nous comparons ; ainsi une proposition est Y expression d’un jugement.

L 'analyse logique a pour objet de déterminer les propositions qui entrent dans un discours , et les parties qui les composent.

Ces parties sont au nombre de trois , on les appelle les termes de la proposition : ces termes sont le sujet , qui exprime i’obj et principal de notre jugement ; Y attribut, qui exprime la qualité que nous comparons actuellement au sujet ; et le verbe , qui indique si l’attribut appartient. ou n’appartient pas au sujet. Ex. Votre livre est déchiré. — Votre livre , voilà l'objet principal de ma pensée ; c’est le sujet; — déchiré est la qualité , la manière d’être que je lui compare en ce moment : c’est Y attribut ; — est est le verbe ; il indique que , dans mon esprit , la qualité représentée par le mot déchiré appartient au sujet votre livre.

Si l’attribut me paraissait ne pas appartenir au sujet, j’ajouterais une formule négative, qui, dans notre manière de parler ordinaire , enveloppe le verbe, et je dirais : Votre livre nest pas déchiré. Le sujet et Y attribut sont restés ce qu’ils étaient ; le verbe seul a été modifié par la négation.

Outre ces termes , il y a quelquefois dans une proposition un ou plusieurs mots qui servent à appeler l’attention des auditeurs ; c’est ce qu’on appelle un vocatif ou une formule vocative ; ces mots ne font pas partie de la proposition , pas plus que les exclamations ou interjections qu’on y entremêle : aussi peut-on les mettre au commencement , au milieu , à la fin , ou même les supprimer , sans altérer la proposition.

Quelquefois aussi il y entre une conjonction ; la conjonction servant à lier deux propositions entre elles ne fait , à parler rigoureusement , partie ni de l’une ni de l’autre ; on la place dans l’analyse au commencement de la phrase qu’elle précède , en énonçant que c’est une conjonction , après laquelle doivent se trouver les trois termes nécessaires.

^Dans cette phrase de Massillon : « Dieu seul est grand , mes frères. » Dieu seul est le sujet ; est est le verbe ; grand est Y attribut. Mes frères est une formule vocative ou plus simplement un vocatif , par lequel l’orateur appelle ses auditeurs pour obtenir leur attention ; en le supprimant , il serait resté Dieu seul est grand ; et la proposition est complète comme auparavant.

Un pourra s’exercer sur les exemples suivants à trouver les propositions , leurs sujets , leurs verbes et leurs attributs.

(( Différentes espèces de grains furent confiées à la terre ; l’olivier fut transporté de l’Égypte dans l’Attique... Mais l’ Athénien n’était

pas encore remué par des intérêts assez puissants pour adoucir ses peines et t'animer dans ses travaux. Le mariage fut soumis à des lois , bientôt les biens des époux et des pères ne leur furent plus personnels , et les maux des autres ne leur furent plus étrangers. »

Il y a dans ce texte six propositions.

1 Sujet : différentes espèces de

grains.

Verbe : furent.

Attribut : confiées à la terre.

2 Sujet : l’olivier.

Verbe : fu#

Attribut : transporté de l’Egypte dans l’Attique.

3 Sujet : l’ Athénien.

Verbe avec Négation : n’était pas.

Attribut : remué encore par des intérêts assez puissants pour adoucir ses peines et l’animer dans ses travaux.

fi Sujet : le mariage.

Verbe : fut.

Attribut : soumis à des lois.

5 Sujet : les liens des époux et des

pères bientôt.

Verbe et Négation : ne furent plus.

Attribut : personnels à eux [représenté par Leur].

6 Sujet : les maux des autres.

Verbe et Négation : ne furent

plus.

Attribut : étrangers à eux [représenté par Leur comme précédemment].

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