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Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes

Lorsque T édition complète des Œuvres de Gaetano Sanseverino, si longtemps attendue, fut enfin terminée, les hommes versés dans Tétude des sciences philosophiques, se demandèrent, en les parcourant, ce qu^il fallait le plus admirer de la science profonde ou de la vaste érudition de Fauteur. Des félicitations et des éloges lui arrivèrent bientôt de toutes les villes d'Italie et de Rome surtout. Les lecteurs de La Scieu^a e la Fede savent quel en fut le nombre et quelle en fut Timportance !

Mais, si les éloges dont nous parlons empruntaient une grande valeur au mérite personnel de ceux qui les adressaient à r illustre écrivain, le plus glorieux pour lui, aux yeux de l'univers catholique, est sans contredit celui qu'il a reçu, au lendemain de sa mort, de la bouche m.ême de Pie IX, juge suprême de la doctrine et de la foi. Nous reproduisons ici la Lettre du Souverain Pontife au neveu du savant professeur comme la meilleure et la plus haute recommandation des Elementa Philosophiœ Christianœ cum antiqua et nova comparatœ dont nous offrons la première traduction française au public.

A NOTRE CHETi FILS JOSEPH SA NSE VERINO

à Naples

Plus P. P. IX.

<« Cher Fils, Salut et Bénédiction Apostolique. Les

•» grands travaux entrepris par votre très-docte parent

» pour la restauration de la vraie philosophie et son

» application à former le jeune clergé dans les principes

» de la saine doctrine religieuse sont connus de tout le

» monde ; Nous les apprécions Nous-méme d'autant

)• plus que Nous avions l'auteur en très-haute estime et

') que Nous déplorons sa mort comme une perte qui

» Nous affecte péniblement et dont l'avancement des

» fortes études aura particulièrement à souffrir. Ce qui

n apporte quelque adoucissement à Notre douleur, c'est

» que, joignant à une science solide et à une sollicitude

» incessante pour l'instruction de la jeunesse, cette

I) pénétration d'esprit et cette prudence qui savent dis-

» cerner la diversité des talents et des aptitudes, il a pu

» contribuer par ses élèves, non pas seulement au pro-

') grès de telle ou telle partie de la science, mais au

» progrès général de toutes les branches de la philoso-

» phie et des sciences théologiques, comme le prouvent

» les ouvrages publiés par ceux qui, formés à son école,

» sont aujourd'hui l'ornement du clergé napolitain.

» C'est pourquoi, bien que l'auteur Nous eût offert de

•' son vivant la plupart de ses écrits, Nous acceptons

» très-volontiers la collection de ses œuvres que vous

» Nous avez présentée -, d'autant plus que son grand )) traité sur la philosophie chrétienne, interrompu par sa » mort, paraît maintenant en entier, grâce aux soins de » Fun de ses anciens élèves, ajourd'hui professeur très- » distingué, le prêtre Nonzio Signoriello.En même temps » que Nous félicitons celui-ci de son dévouement et de » son affection pour son illustre maître^ Nous vous » témoignons à vous-même notre reconnaissance pour » un présent qui Nous a été très-agréable, soit à cause de » sa valeur propre, soit par le souvenir de son célèbre » auteur. Nous vous souhaitons toute sorte de prospé- » rites et, comme gage des faveurs célestes et de Notre » paternelle bienveillance. Nous vous accordons avec » tendresse la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome auprès de S. Pierre, le 22 janvier 1870, de Notre Pontificat Tannée XXIV (i).

Plus P. P. IX.

(i^) Dilecto Filio Presbytero losepho Sanseverino

Neapolim PIVS PP. IX

Dilecte Fili, Salutem et Apostolicam Benedictionem. Quantum acilaboraverit doctissimus patruus tuus veras philosophia? restituendœ, quantasque curas impenderit iuveni Clero fingendo ad sanœ religiosœque scienticX principia ; sicuti ceteris, sicNohis adeo exploratum erat, ut eum plurimi faceremus, et doleamus adhu'c, ipsum Nobis et severiorum disciplinarum incrementis fuisse subreptum. Eo tamen solatio recreamur, quod, cum solidae doctnn?e accuratoque juventutis excolendae studio jungeret eam mentis aciem et prudentiam, qua variam ingeniorum indolem facile discerneret; non hujus tantum aut illius peculiaris partis, sed universae philosophicœ ac theologicae scientiœ provectui per alumnos sucs prospicere potuerit, uti patet ex illorum lucubrationibus, qui ab ipso instituti, Neapolitanum Clerum in prœsentiarum exornant. Qua de re, etsi ille, dum in liumanis agebat, pleraque sua scripta Nobis obtulerit acceptissimam habuimus omnium collectionem a te Nobis nuper exhibitam ; eo vcl magis, quod amplissima de christiana philosophia tractatio^ ab auctoris obitu intercepta nunc absoluta proferatur, opéra discipuli olim ejus, hodie vero meritissimi de scienta professoris sacerdotis Nuntii Signoriello. De quosane obsequii et amoris oificio erga praestantissimum prtEceptorem dum illi gratulamur, pcrgratum tibi profitemur animum ob niunus, cum pretio suc, tum prcL-clari auctoris memoria Nobis carissimum. Omnia vero tibi fausta adprecantes, cœlestium donorum auspicem, et paternae benevolenti=E Nostrae pignus Apostolicam Benedictionem tibi peramanterimpertimus.

Datum Roma; apud S. Petrum die 22 Januarii 1870.

Pontitîcatus Nostri Anno XXIV.

PIVS PP. IX.

On aura remarqué dans cette Lettre que le Souverain Pontife mêle Téloge du clergé de Naples à celui de Sanseverino. Le clergé de cette grande ville peut en effet,dit La Civil ta Ca//o//ca(i), revendiquer la gloire de n avoir jamais abandonné la doctrine de saint Thomas; car, même à Tépoque où des innovations dangereuses prévalaient presque partout, pendant que la science des plus profonds Docteurs du Moyen âge était universellement négligée, quand les ouvrages immortels qu'ils nous ont légués dormaient ensevelis dans la poussière des bibliothèques, les écrits du Docteur Angélique trouvaient encore des lecteurs sur le sol privilégié de Parthénope. Mais la restauration des fortes études philosophiques, dans la capitale du royaume des Deux-Siciles, est principalement due à Fauteur de la Philosophia Christania^ lequel, avant de publier ses doctes ouvrages, initiait, du haut de sa chaire de Métaphysique, les générations nouvelles aux grandes théories de F École, si peu connues des philosophes modernes et souvent si indignement travesties dans les analyses qu'ils prétendent nous en donner (2).

(1) LaCivilta Cattolica, série IX, vol. V, Firenze 1874.

(2) Veut-on une preuve de l'ignorance où l'on est généralement en Franc; sur les véritables doctrines des Docteurs scolastiques ? Qu'on lise les commentaires auxquels. la plupart de nos historiens de la philosophie se livrent à propos de la fameuse maxime : A7/n7 ^5^ in intellectti qitod prius non fiicrit in sensu; maxime dont les Docteurs du moyen âge, qui l'avaient puisée dans Aristote, firent, à l'exemple des Pères, la base de tout enseignement philosophique. On y verra qu'ils trouvent presque tous, dans l'adoption de cette maxime péripatéticienne, une profession ouverte de sensualisme. Comment des écrivains catholiques ont-ils pu se faire l'écho d'une accusation si grave et si contraire à toute justice?

Qu'on nous permette de résumer ici cette question capitale. La théorie des idées innées, quelle que soit l'explication qu'on en donne, conduit inévitablement à Vidéalismc. En effet, si nos idées sont innées, si elles n'ont aucun fondement dans l'expérience, elles se trouvent dépourvues de toute objectivité, elles sont par conséquent purement subjectives. Or, d'après les lois élémentaires de toute logique, la conclusi(m d'un raisonnement quelconque ne devant jamais être plus étendue que les prémisses, il s'ensuit rigoureusement que toute argumentation fondée sur des notions innées, c'est-à-dire sui" des propositions uniquement subjectives, à la formation desquelles notre esprit serait complètement étranger, ne peut fournir qu'une conclusion de même

Il ne faut donc point s'étonner si le centenaire de saint Thomas d'Aquin fut célébré à Naples, Tannée dernière, avec une telle solennité qu on n avait jamais rien vu de pareil dans aucune autre ville.

L'illustre métropole de Tltalie méridionale honorait par ces fêtes non-seulement un immortel concitoyen^ mais surtout son Docteur et son Maître dans la plus élevée des sciences, dans cette science de la religion dont Tarôme doit se répandre sur toutes les autres pour les empêcher de se corrompre et de corrompre avec elles les intelligences qui les cultivent.

Ce qui est à remarquer, c'est que les hautes classes de la société et le peuple lui-même prirent une grande part à ce pieux centenaire et rivalisèrent avec le clergé dans leurs témoignages d'affection et de respect pour la mémoire de ce grand Docteur, qui fut comme le soleil de la science dans le monde des intelligences créées. Mais, parmi toutes les démonstrations qui eurent lieu en l'honneur de l'Ange de l'Ecole, la plus mémorable

nature,laquelle est parconséquent privée àetoute réalité objective.Voilkpourquoi Kant et Berkeley, en s'appuyant sur les doctrines innéistes de Leibnitz et de Descartes, arrivent logiquement, l'un au scepticisme objectif et l'autre à l'idéalisme absolu.

L'école péripatético-scolastique a résolu au contraire de la manière la plus simple et la plus naturelle du monde cette grave question de l'origine des connaissances humaines, sur laquelle la philosophie moderne, depuis Descartes jusqu'à nos jours, a produit mille systèmes dont aucun n'a pu soutenir un sérieux examen.

Voici cette solution : L'entendement humain est d'abord comme une table rase, c'est-à-dire dépourvu de toute idée. Purement en puissance par luimême, il a besoin, atîn de passer en acte, de se tourner vers quelque objet qui lui vienne de l'extérieur. Cet objet consiste dans les fantômes que l'imagination lui fournit après les avoir puisés elle-même dans la perception des sens externes. Mais ces fantômes ou images se trouvent accompagnés de caractères individuels qui les rendent impropres à être appréhendés par l'entendement. Car cette faculté étant inorganique ne peut appréhender les objets matériels avant de les avoir dégagés de leurs conditions individuelles et sensibles. Or une pareille abstraction ne peut être l'œuvre que de l'entendement lui-même se portant directement vers l'essence des choses et laissant de coté, dans l'objet, tout ce qui présente quelque signe d'individualité ; ce qui permet à l'intelligence humaine d'appréhender d'une manière immatérielle le monde matériel et sensible. Ainsi cette maxime, Nihil est in intellectu qiiod prius nonfiierit in sensu, signifie que la connaissance intellective commence d'une

par les suites heureuses qu'elle peut avoir, ce fut certainement la fondation d^une Académie érigée sous le vocable de saint Thomas et dont le but spécial est de travailler à la propagation des saines doctrines en s'inspirantdes livres du plus grand des Docteurs deFÉcole. Si ces doctrines reprennent leur place dans renseignement public, comme tout nous le fait espérer, la restauration des sciences morales et politiques aura fait un pas immense ; car la philosophie étant le fondement de toutes les autres sciences et devant inévitablement régler remploi de nos facultés intellectuelles et les opérations de notre volonté, il est de la plus haute importance que la jeunesse, arrivée au couronnement de ses études, puise les principes de la première des sciences humaines aux sources très-pures de la tradition catholique. Sanseverino faisait remonter la cause principale des maux dont Tépoque actuelle est particulièrement affligée à renseignement faux et superficiel de la philosophie. Une bonne

certaine manière par les sens. Car « le mode de notre connaissance, dit S. Thomas (1. q. XII, a. 4 c), doit être conforme à notre nature». Or, bien que notre entendement soit immatériel, il est cependant uni à un corps et à des facultés sensitives. La connaissance intellective, pour correspondre à la nature de l'intellect, doit par conséquent atteindre rimmatériel qui est son objet propre, au moyen de quelque fantôme qui lui soit fourni par les sens.

On peut conclure de là que les s^ns présentent à l'entendement la matière sur laquelle il exerce si puissance de connaître ; maison ne saurait en déduire, comme le veulent les seniistes, que les sens sont la cause totale et parfaite de toute connaissance intellectuelle; caries fantômes de l'imagination ne deviennent intelligibles e»! acte qu'en vertu d'une force intellective particulière dont le rôle est de produire l'abstraction dont nous avons parlé ci -dessus. Partant, l'intellect appréhende, dans les choses, non ce que les sens y perçoivent, c'est-àdire les accidents extérieurs et les qualités matérielles, mais leur essence intime. « La connaissance sensible, dit le Docieur Angélique (Ibid., q. LXXXIV, a. 6 ad 3), n'est pas la cause totale de la connaissance intellectuelle. Il n'est donc pas étonnant que celL-ci s'étende au delà, n II avait déjà exposé ailleurs la même doctrine {Ibid., q. Xll, a. 4) : « Il nous est connaturel de connaître par l'intelligence les natures qui n'ont leur être que dans la matière individuelle ; toutefois nous ne les connaissons pas, en tant qu'elles sont dans la matière individuelle, mais en tant que l'intellect les en a séparées par son opération. C'est pourquoi par l'entendement nous pouvons connaître les choses en général, opération qui dépasse les facultés sensitives. » Ce qui fait que l'intellect appréhende dans les êtres matériels plusieurs choses que les sens ne peuvent percevoir, comme les proportions, les relations, les rapports de cause

et solide métaphysique, disait-il, peut seule préserver les classes lettrées et dirigeantes du virus révolutionnaire et libéral. Les trois cents pages du second volume que l'auteur consacre à cette partie capitale de la philosophie, ordinairement si négligée aujourd'hui, sont d'une incomparable beauté. Les intelligences qui ne craindront pas d'aborder ces hautes questions éprouveront, en parcourant ces pages pleines de lumière et de vie, une joie supérieure à toutes les joies de ce monde.

Il n'existe aucune autorité capable d'ajouter un plus grand crédit à l'affirmation si nette du savant professeur, que celle du Souverain Pontife. Dans le Bref en réponse à l'adresse que les membres de la nouvelle Acadcmie lui avaient présentée pour lui exposer leur projet et pour implorer sa bénédiction. Pie IX. s'exprime ainsi (i) :

et d"etfet etc. Bien plus, une fois constitué en acte et mis en possession delà connaissance de l"ob)et proportionné à sa vertu propre, c'est-à-dire de l'essence des choses qui ont leur être dans la nature, l'intellect peut s"élever jusqu'à la connaissance des choses spirituelles qui sont prive'es de tout tantôme. Néanmoins, pour qu'il y ait toujours une certaine proportion entre l'intellect qui est uni à un corpset les objets purement intellectuels qu'il connaît, l'intellect se forme, des objets spirituels, divei-ses images empruntées aux objets corporels. « Lorsqu'on essaie de concevoir quelque chose, dit S. Thomas, oii s'en forme d'abord quelque image par manière d'exemple. De là vient que si nous voulons faire comprendre à quelqu'un une chose (ditËcile à saisir) nous lui proposons des exemples qui, par les images qu'ils présentent à son imagination, peuvent lui en faciliter rintelligence [Ibid., q. LXXVI, a. 7 c). »

ri) Plus PP. IX

Dilecti Fi'.ii, Salutem et Avostolicam Benedictionem.

Quod vos praesîare proposuistis, Dilecti Filii, id Nos per Litteras Nostras saepe commendavimus. Sicut enim omnia quibus premimur mala manare perspicimus adiuturno sacrae doctrinae neglectu et desertione ; sic ambigendum non esse ducimus, quin illa in honorem revocata et in peculiares vitae usus traducta radicem ipsam malorum plene sit extirpatura. Id vero nec aptius perhci posse patet nec efficacius, quam per Sancti Thomae doctrinam, qui scientiam universam ab inconcussis derivatam principiis in unum cumpegit corpus, et lucidissime digestam ita explicavit et exposuit, ut nuUum occurrat verum quod non attigerit, nullus error cui protiigando idonea non suppeditaverit arma. Quocirca, dum vos huic doctrinae asserendas, tradendae, propagandas sedulam operam navarc decrevistis, non minus acceptum Angelico Doctori honorem detulisse putamus, quam offîcium religion], veritati, scientiae, reipublicïc plane pretiosum. Vos igitur quorum zelum et scientiam tantci

« Ce que vous avez projeté, Nos très-chers Fils, » Nous Tavons nous-mème maintefois recommandé » dans Nos Lettres ; car, ayant pleinement reconnu que » tous les maux dont nous sommes accablés provien- » nent d\ine longue négligence et de Fabandon déjà

> ancien de renseignement sacré, Nous ne doutons ') point que cet enseignement, une fois remis en hon- » neur et traduit dans la pratique de la vie, ne fasse » entièrement disparaître la racine même de ces maux. » Or il est manifeste qu^il n'existe pas de moyen plus apï proprié et plus efficace pour atteindre ce but que la doc- » trine de saint Thomas ; car ce grand Docteur, a formé » un corps si compact de toutes les sciences en les rat- V tachant à des principes inébranlables, il les a si claire-

> ment expliquées, et les a exposées dans un si bel ordre » quil n'y a pas de vérité qu'il n'ait abordée, pas d'er- » reur contre laquelle il n'ait fourni des armes ca- » pables de la terrasser. C'est pourquoi, la résolution » que vous avez prise d'employer tous vos soins à » soutenir, à enseigner et à propager cette doctrine, » sera non moins agréable, croyons-Nous, au Docteur » Angélique, qu'utile à la religion, à la vérité, à la » science et à la société civile. Vos actes et vos écrits » nous étant un sûr garant que cette tâche n'est pas au- " dessus de votre zèle, ni au-dessus de votre science, ») Nous vous exhortons vivement à poursuivre allégre-

proposito parem facta et édita quoquc scripta testantui", eliam atque etiam hortamur ut alacriter incatis opus, omncsque intendatis int^cnii vires ad instituendas, Sancto Thoma duce, sacra solidaque perceptione mentis, prtevextcndaquc sic exitiosissima faisa; scicnnas pcricu'.a et dctrimenta Superam ad hoc lucem et copiosa gratia; cœlcslis auxilia vobis adprecamur, atque intérim superni favoris auspicem et paternae bcncvoientia; Nostra; testcm Apostolicam Bcnedictioncm unicuique vcstrum, Diicct Filii, peramanier impertimus.

Datum Roma; apud S. Petrum die ii maii an. MDCCCLXXIV Pontificatus nostri an. XXVIII.

Plus PP. IX.

— i3 — » ment cette œuvre et à consacrer toutes les forces de » votre génie à former les esprits, sous les auspices de » saint Thomas, d'après une méthode aussi solide qu elle 9 est sacrée, afin que vous puissiez les prémunir contre » les dangers et les défections si funestes de la fausse » science.

Ce serait une grande présomption de notre part d'ajouter un seul mot à une si noble, si solide et si exprès, sive exhortation du chef suprême de TEglise de Dieu. Nous ferons seulement deux courtes réflexions : La première, c'est que le Souverain Pontife, dont personne ne saurait méconnaître la compétence ici, affirme qu'il n'est pas de remède plus opportun et plus efficace contre les maux qui affligent présentement l'Eglise et la société, que de remettre en honneur et de propager la doctrine de saint Thomas ( i j , éloge du Saint Docteur et de sa doctrine qui est d'une valeur incomparable, soit à cause de l'affirmadon catégorique qui l'accompagne, soit à raison de l'autorité qu'il emprunte à la dignité de celui dont elle émane (2).

(i) La pensée du Saint-Siège sur cette grave question de l'enseignement philosophique dans les écoles, et ses préférences pour la doctrine de S. Thomas ne sont un mystère pour personne. Parmi les nombreux documents que nous pourrions citer, contentons nous d'en choisir deux des plus récents.

« Ce serait une grande joie pour les Pères Eminentissimes d'apprendre que « dans l'enseignement des sciences philosophiques.... on suivît pas à pas la

« route frayée par saint Thomas, car la doctrine de cet incomparable

«maître est non -seulement saine, mais encore particulièrement excellente « pour aiguiser les esprits, découvrir et extirper les erreurs. » {Lettre du Cardinal Préfet de la Congrégation du Concile de Trente à Mgr de Nantes, 20 janvier iSyS.)

L'Eminentissime préfet de la même Congrégation avait écrit dans des termes non moins explicites aux Pères du dernier Concib Provincial de Bordeaux, tenu à Poitiers: « Ou attend les plus grands fruits du rétablissement et du « maintien des études dans le sens que vous indiquez. La philosophie ensei- « gnée d'après la méthode scolastique et suivant les principes de saint Thomas, « n'aura plus pour unique résultat de donner un simple vernis scientifique à « la jeunesse des écoles, elle communiquera à leur intelligence l'agilité et la « fermeté nécessaires pour approfondir la vérité, acquérir une solide doctrine « et lui rendre facile la réfutation des erreurs. »

(2) LaCivilta C'ttolica, Ibidem.

Là seconde, c'est que

Il serait à désirer que, dans chaque province ecclésiastique de France, il se format, sous la présidence honoraire du Métropolitain de la province, des Académies catholiques sur le modèle de l'Académie de Naples. Elles auraient pour but de favoriser la culture des sciences et des lettres en général, mais plus particulièrement Tétiide de la Théologie et de la Philosophie selon les doctrines du grand Docteur de FÉcole, qu'elles choisiraient pour protecteur. Nous avons Fintime conviction qu'il se formerait en peu d'années, dans le sein de ces modestes Académies, comme une pépinière d'esprits trèsinstruits, où nos futures Universités catholiques trouveraient facilement à se recruter. Nos Seigneurs les Evêques, et les Chefs de l'État eux-mêmes, trouveraient dans cette sage institution ce qui leur manque quelquefois pour mettre à l'abri leur responsabilité personnelle dans les choix qu'ils ont à faire^ afin de pourvoir aux fonctions les plus considérables de l'Église et de l'État.

Le célèbre jurisconsulte allemand Julius Stahl écrivait, il y a vingt ans : « Nous avons un besoin absolu » de quelque ouvrage qui, à l'exemple de la Somme * théologique de saint Thomas, embrasse toutes les » sciences de notre époque et les éclaire avec le flam- » beau de la vérité chrétienne (i) ». L'œuvre magistrale du chanoine Sanseverino paraît, au jugement des hommes les plus éclairés (2), avoir le mieux réalisé jusqu'ici

{i) Philosophie du droit, t. II, Préf., Berlin 1854.

(2) Nous pourrions citer particulièrement un nom que le clergé de ce dioccse vénère entre tous.

la pensée du savant jurisconsulte. En effet, l'auteur des Éléments de la Philosophie chrétienne fait un long parallèle, dans cet ouvrage, entre renseignement des Pères et des Docteurs scolastiques et les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes et prouve, jusqu'à l'évidence, que ces grands génies avaient élevé à- la gloire du Très-Haut un monument scientifique qui surpasse autant les monuments les plus remarquables de la science profane, que la coupole majestueuse de St-Pierre de Rome surpasse les autres édifices, d'ailleurs si somptueux, de la capitale du monde chrétien.

2g Juin 18^5, Fête des Apôtres S. Pierre et S. Paul.

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