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, Nous pouvons définir la logique avec saint Thomas : « La science qui dirige l'acte propre de la raison ; ou tncoTQ. La science qui fait que l'homme, dans l'acte propre de sa raison, procède avec ordre et facilité et sans danger d'erreur (I). « Pour comprendre le sens de cette définition, il suffit de remarquer que notre âme a le pouvoir de se replier sur elle-même, au moyen de son intellect, ce qui lui permet, non-seulement de concevoir les choses,^ mais de connaître ses propres imellections et de se connaître ellemême Or, si rame connaît les opérations qui la conduisent à la connaissance des choses, elle peut sans aucun doute découvrir les lois d^après lesquelles il lui faut diriger ses opérations de connaître pour acquérir la science des choses et rechercher leurs diverses modifications et leur utilité pratique, il est donc possible de créer une science, dont Tobjet propre soit de diriger les opérations cognitives deTesprit humam,de telle sorte qu elles arrivent au vrai, dans les autres sciences, ai^ec méthode et facilité, et sans danger d'erreur. Telle est a science qui a recule nom de Logique. Saint Thomasl appe e aussi la science rationnelle, non-seulement « parce qu elle est conforme à la raison, mais encore parce quelle a pour matière Tacte même de la raison (2;. « Or, notre esprit parvient à la connaissance des choses par trois operations diverses : la notion, qui n'est que la simple apprehention des choses ; le jugement, par lequel Tesprit réunit on sépare deux notions qu il a comparées entre elles, sui-
(i) In lib. I Poster., lect. I.
(2) In lib.IV Met.,\tct.\V.
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vant qu'il a reconnu leur convenance ou leur dissemblance ; et le rai'sofinement^ au moyen duquel Tesprit déduit un jugement de deux autres jugements, en progressant du connu à la connaissance de Tinconnu. Ces trois opérations ont entre elles ce rapport singulier, que la première est contenue dans la suivante et lui est indispensable, en sorte que, suivant l'observation de saint Thomas (i), il n'est possible de réunir ou de séparer que les choses qui ont été précédemment Tobjet d'une appréhension simple, et Ton ne peut parvenir à Tinconnu qu'en prenant ce qui est connu pourpoint de départ.
2. De ces trois opérations de notre esprit, la troisième seule est Tobjet propre de la logique. Il nous est facile de le prouver, à l'encontre du philosophe écossais Hamilton (2). Le but de la logique est en effet de guider l'esprit, de manière qu'il puisse atteindre le vrai dans les sciences, sans erreur, facilement et d'après une méthode sûre. Or, notre esprit n'obtient ce résultat qu'en progressant du connu à l'inconnu, et cette progression n'est autre chose que le raisonnement. La logique a par conséquent pour but la direction de l'esprit dans le raisonnement (3). Celui-ci est partant l'objet propre delà logique, et Galluppi(4),avec plusieurs auteurs modernes, a pu justement définir la logique, à l'exemple de saint Augustin (5) : La science du i^aisonnement . Mais, le logicien ne pouvant acquérir une parfaite connaissance du raisonnement, sans connaître, chacun en particuHer, les éléments dont il se compose, il est nécessaire qu'il examine aussi la notion et le jugement, sinon pour eux-mêmes, du moins comme éléments indispensables du raisonnement.
3. La logique est-elle une science ou un art ? L'auteur de l'Ai't de penser (6) et quelques autres ont cru que la logique était un art et non une science, sous le prétexte qu'elle enseigne la manière de disposer le raisonnement. Mais c'est à tort. En effet, ainsi que nous le verrons ailleurs, les arts établis-
fi) In lib. I Poster., lect. cit.
(2) Fragments etc., Logique, p. 208 et 209, trad. par Peisse, Paris 1840.
(3) Cf. Alb. M.,D3 Prxdicam., lib. JI, tract. I, c. 4.
(4) Lejioni di Filas., lez. 10, vol. I, p. 58, Napoli i853. (3) DeCiv. Dei, lib. II, c. 7.
(6) Ars cogitandi, p. I, Lugduni 170?.
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sent certaines règles fondées sur Texpérience; le propre de la science est au contraire de déterminer la nature et les propriétés d'une chose d'après ses principes intrinsèques, et, si parfois elle prescrit des règles, elle les déduit des principes mêmes des choses qu'elles concernent (i). Or la logique détermine, d'après les principes qui constituent le raisonnement, de quelle manière les raisonnements doivent être disposés pour qu'il soit permis de dégager l'inconnu de la connaissance du connu ; la logique est par conséquent une science (2). Wathely (3), Bentham (4) et d'autres auteurs modernes tombent aussi dans une grave erreur, en soutenant que la logique est à la fois une science et un art. En eftet, l'art et la science étant très-distincts, comme nous l'expliquerons plus loin, il répugne absolument que ce qui est une science soit en même temps un art, et réciproquement.
4. Enfin d'autres philosophes, parmi lesquels plusieurs commentateurs grecs d'Aristote, enseignent que la logique n'est pas une science spéciale, mais qu^elle se confond avec toutes les sciences, attendu que chaque science s'en sert comme d'un instrument. Nous leur répondrons, avec Scot (5), que, bien quelle soit l'instrument des sciences, puisqu'elle traite du raisonnement, dont toutes les sciences font usage, la logique forme cependant une science spéciale. En eifet, les sciences, ainsi que nous le verrons en son lieu, se distinguent entre elles à raison de leur objet; or Tobjet de la logique se distingue des objets des autres sciences : la logique ne doit donc pas être confondue avec ces dernières. Car, si le logicien examine de quelle manière il faut progresser du connu à rinconnu, il considère cet examen, non tel qu'il s'accomplit
(1) V. Bossuet, De la conn. de Dieu et de soi-même, lib. 1, c. i5.
(2) Ilfautremarquercependant que les anciens philosophes, ainsi que les scolastiques, employaient parfois le nom d'art pour signifier la science. Cela suffit pour faire comprendre comment des auteurs qui regardaient la logique comme une science ont pu quelquefois l'appeler un art. Nous devons ajouter que la logique, comme l'observe S. Thomas {Super Boét., De Trin., lect. II, q. I, a. I ad 3), a quelque ressemblance avec un art ; parce que, ayant pour objet d'enseigner la manière de construire la proposition, le raisonnement et les autres formes de la pensée qui en dérivent ou en dépendent, ce que ne font pas les autres sciences, elle a pour objet, sous quelque rapport,une certaine œu* vre à réaliser.
(3) Eléments de logique (en angl.), p. i, Oxford 1S27.
{^) Compendium d'un nouveau système de logique etc. (en angl.), p. 12, Londres 1827.
(5) Super universalia Porphirii,q. II, n. 2.
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dans chaque science, mais en soi, c'est-à-dire, abstraction faite des choses qui forment Tobjet des différentes sciences. Par conséquent, l'objet de la logique ne doit pas être confondu avec les objets des autres sciences. Pour plus de clarté, observons encore que la logique ne compose pas les syllogismes, au moyen desquels chaque science progresse du connu à Tinconnu dans sa matière propre : elle se borne à enseigner en général la manière de les construire. On pourrait donc rappeler la science de V instrument des sciences^ plutôt que rinstrument même des sciences.
5. Nous diviserons la logique en trois parties. Dans la première, nous traiterons de ce qui a rapport à Idi forme ou à la structure du s3dlogisme ; pour cela, nous étudierons d'abord les éléments du syllogisme, en d'autres termes, les notions et les jugements ; nous expliquerons ensuite les lois suivant lesquelles tout syllogisme doit être disposé pour qu'il soit possible de déduire, par son moyen, l'inconnu de ce qui est connu. Nous exposerons, dans la seconde partie, les diverses espèces de syllogismes, d'après la diversité de leur matière. Pour bien comprendre l'objet de cette partie, il faut observer que, du côté de. la matière, un raisonnement peut être ou sophistique, ce qui a lieu s'il conduit à une conclusion fausse et engendre l'erreur, ou dialectique^ si la conclusion n'est pas nécessairement certaine et laisse par conséquent des doutes sur sa vérité, ou apodictique^ c'est-à-dire démonstratif, ce qui se rencontre lorsqu'il produit la connaissance certaine et nécessaire que nous nommons la science. Pour connaître le degré particulier de connaissance que le raisonnement est capable de produire dans l'esprit humain, il est donc nécessaire que la logique examine aussi le raisonnement du côté de la matière. C'est pourquoi, dans cette seconde partie, nous indiquerons d'abord la manière de réfuter les sophismes, ou faux raisonnements, afin que Ton nlgnore pas contre quelles erreurs, il faut savoir se prémunir dans l'emploi du syllogisme, soit démonstratif, soit dialectique ; nous énumèrerons ensuite les lieux des arguments pour la construction du syllogisme dialectique, c'est-à-dire pour l'invention des arguments probables, qui préparent la voie au syllogisme démonstratif ; nous traiterons en dernier lieu, de la démonstration elle-même, ou du syllogisme démonstratif et de la
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science qui en est le résultat. Enfin, dans la troisième partie, que nous appellerons Méthodologie^ nous rechercherons par quels principes doit débuter Thomme d'étude dans chaque science particulière et suivant quel ordre il doit progresser dans Targumentation, pour atteindre Tobjet de la science qu'il poursuit (i).
6. Il nous reste à dire quelques mots sur Fimportance de la logique. Observons d'abord qu'il y a deux sortes de logique : la logique natiœelle et la logique scientifique. La logique naturelle est une connaissance ébauchée et imparfaite des instruments des sciences ; elle tire son origine d'une disposition native de l'âme, qui la porte à se servir à propos de ses facultés de connaître. La logique scientifique est la connaissance complète et absolue de ces mêmes instruments, telle que nous l'avons expliquée ci-dessus. Nous ne partageons pas l'opinion de ceux qui veulent que la logique scientifique soit tellement nécessaire qu'on ne puisse, sans elle, faire aucun progrès dans la connaissance des choses ; car on ne peut douter que les sciences, avec le seul secours de la logique naturelle, n'eussent fait de véritables progrès, avant qu'il existât des préceptes de logique formant un corps de doctrine (2). Nous sommes néanmoins d'avis qu'elle est d'une immense utilité dans l'étude des autres sciences. De même qu'un ouvrier est d'autant plus capable de perfectionner son œuvre qu'il connait mieux les instruments de son art : de même, l'homme fera d'autant plus de progrès dans les
(i) Peut-être Aristote avait-il traité de cette partie de lalogique dans un ouvrage qui a péri et qu'il avait intitulé Miâodtxa ; il en parle dans sa Rhétorique, liv. I, c. 2. Dans les ouvrages qui nous restent de lui, le mot méthode se trouve employé plusieurs fois, mais avec des significations diverses. Tantôt il signifie doctrine, science, discipline, tantôt moyen et raison. Néanmoins, dans les œuvres de ce savant philosophe, on trouve une foule de choses qui regardent cette partie de lalogique, et les mots o'Jû'c {Anal. Post., lib. I, c. 3o) et rp^TTcç [Meteor., lib. I, c. i ; Ethic Nicom., lib. II, c. 7 ; Polit., lib. I, c. 8), qui ont beaucoup de rapport avec celui de méthode, s'y rencontrent souvent.
(2) Quoique plusieurs parties de la logique eussent été expliquées avant Aristote, il est certain que ce philosophe y a beaucoup ajouté, et les a disposées de manière à former un corps de doctrine. C'est lui qui le premier, dans son Organum, a ramené la masse grossière et indigeste des préceptes de logique à des principes fixes et déterminés, et qui a tranché et résolu les questions dialectiques et les sophismes que l'on proposait de son temps. Cf. J. G. Buhlc,De philosophontm grœcorumante Aristotelem de arte logica invenienda et perficienda cona^.iinibus,\nteT Comm. Societ. Gotting., t. XI, p. 234 seqq., Gottingae 1791.