‹ Élements de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · IV HISTOIRE · texte numérisé non relu

IV HISTOIRE

découvert par leur propre génie un grand nombre de vérités (i). Bien plus, quoique la doctrine révélée se fût conservée entière et sans mélange d'erreur chez les Patriarches et parmi le peuple hébreu qui leur devait son origine, il n'est pas douteux que les Patriarches et les sages de la nation durent aussi, par la réflexion et Tobscrvation, acquérir une certaine somme de connaissances (2).

7. Puisqu'il en est ainsi, personne ne peut le nier, avant que les Grecs se fussent livrés à Tétudede la philosophie, il existait au milieu des nations étrangères et dans la Grèce elle-même un ensemble de notions qui ne manquaient pas d'importance, soit que les hommes les aient acquises par leurs propres elforts, soit qu'ils les eussent reçues de la tradition primitive. Les anciens donnèrent à ces connaissances le nom de bay^- /?i2;T5 (3), parce que les Grecs, comme plus tard les Romains, appelaient barbares tous ceux qui parlaient une langue étrangère ou peu connue.

8. Toutefois les doctrines, qui de l'Orient pénétrèrent en Grèce, n'étaient pas assez coordonnées entre elles et suffisamment développées pour former un système complet de connaissances. Il 'faut louer les Grecs d'avoir soumis ces doctrines à leur examen, de les avoir classées dans un certain ordre et d'avoir combiné avec elles bon nombre de vérités qu'ils avaient découvertes par la lumière naturelle de leur

(i) Cf. s. Aug., De Dùct. Christ., lib. II, c. 19, n. 29. Il est extrêmement difficile de savoir au juste quelle fut l'étendue de la science de ces anciens peuples, science formée des lambeaux de la tradition primitive et des connaissances dues aux investigations des savants de chaque pays. Car, outre qu'il nous manque un grand nombre de monuments historiques qui ont péri, c'est un fait constant que les sages de l'antiquité, les pontifes surtout, avaient deux doctrines, l'un^ extérieure (s|a)Têiix»') qu'ils enseignaient publiquement , et Tautre intérieure ( s' s-arj^ix») qu'ils ne communiquaient qu'à un petit nombre d'initiés. S. Augustin témoigne, dans un grand nombre de passages, que cette science secrète existait chez tous les peuples ; De Civ. Dei, lib. IV, c. il et 32, lib. VI, c. 5, lib. VII, c. 5 et lib. IX, c. 7. Voir, parmi les auteurs profanes, Sainte-Croix, Recherches hist. et crit. sur les mystères dupananisme, 2°cdit. revue et corrig. par Sjivestre de Sacy, part. I, sect. v, art. 3, t. I. p. 39G et suiv. et psssim, Paris 1817.

(2) Sur la philosophie des Hébreux, il faut lire Thomassin : La méthode d'étudier et d'enseigner chrétiennement et solidement la philosophie, liv. I, c. 1-7. p. 28-H7, Paris 1693.

(3) On pc'.it voir sur la philosophie des peuples barbares Otto Huernius, Antiquitatum pliilosophix' barbarica; libri duo, Lugduni Batavorum 1600 et Brucla-r, Hist. crit. phil., period. I, pars I, t. I, p. 46-364, Lipsia; 1767.

propre raison. On peut dire par conséquent que les Grecs sont le premier peuple qui, à parler exactement, ait cultivé la philosophie.

0. D'après ce qui précède, on comprendra facilement que nous ne partageons pas le sentiment des auteurs juifs qui veulent, avec Aristobulefi), que les Grecs aient dérobé toute leur philosophie aux saintes Écritures, et que nous différons aussi de sentiment avec les écrivains grecs qui prétendaient, comme on le voit par les discussions que les anciens apologistes soutinrent contre eux, que leur philosophie était aiitnchtone, c est-cà-dire née avec les premiers habitants de la Grèce, de telle sorte que ni Pythagore. ni Platon, ni aucun philosophe de leur nation n'aurait rien appris des Juifs, ni des Barbares f2). Car, embrassant Topinion intermédiaire qui fut généralement suivie par les saints Pères, comme Fa solidement prouvé le P. Baltus de la Compagnie de Jésus (3), nous soutenons: i" que les philosophes grecs avaient reçu des sages de TOrient et surtout des Juifs les principales doctrines dont ils ont composé leurs différents systèmes; 2" qu ils ont découvert, par les seules forces de la raison, plusieurs vérités et que, mettant celles-ci d'accord avec renseignement traditionnel, ils ont fondé un système scientifique complet. 10. Etd'abord,pour ce qui regarde le premier point,il esttrèscertain que les Grecs ont appris beaucoup de choses des Bar-

(0 Cf. Lud. Gasp. Valkenaer, Diatribe de Aristobiilo juica philosopha p.: ripatetico, Lugduni Batav. 1806.

(2) Conformément à leurs divers principes, les traditionalistes détendent la première opinion et les rationalistes la seconde. En etfet, les traditionalistes, parmi lesquels, pour ne citer que les plus modernes, le P. Joachim Ventura {De methndo philosovhandi, Romae 1S2S) et Bonnéty [Annales de phil. chrétien. passim\ refusant à la raison humaine le pouvoir de découvrir par ses propres forces aucune vérité, ou du moins les vérités qui regardent la rehcion et la morale, essayent de prouver que tout ce que les philosophes grecs ont enseigné de bien et de sensé sur la religion et les moeurs, ils l'ont puise dans les traditions conservées par les peuples de l'Orient ou dans les livres de Moïse. Au contraire les rationalistes, comme Hegel {Leçons d'hist. de la phil. en allem., Œuvr. t. XIII, p. 40 et suiv., Berlin 1832-1843), Cousin (Fra^m^nts phil., t. I, p. 36, 37 et passim, Paris i838), Franck [Dictionn. des scienc. phil., art. Phil. des Grecs, t. II, p. 589-593, Paris 1840) et d'autres, rejetant toute révélation surnaturelle et extérieure et persuadas que la raison se suffit à elle-même pour connaître toutes les vérités, font des efforts analogues pour établir que les Grecs ont négligé les anciennes traditions et traite des matières philosophiques par les seules forces de leur génie.

(3) Cf. Défense des SS. Pères accusés de platonisme, Paris 171 1, et Jugement des SS. Pères sur la morale de la philosophie païenne, Strasbourg 1719.

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