HISTOIRE
présence de phénomènes dont ils ignoraient les causes, ont appliqué leur esprit à les découvrir. Or, la science étant le résultat,comme nous l'avons dit, de la connaissance des choses par leurs causes, les diverses sciences naquirent peu à peu de ces investigations et la Philosophie^ qui chez les anciens désignait Tensemble de toutes les sciences, fut enfin constituée. Cela explique pourquoi Platon (i) et Aristote (2) assurent également que la philosophie doit sa première origine à Vad~ miration. Ce sentiment est en effet le premier qu'éprouve celui qui rencontre un phénomène dont il ignore la cause ; si donc il se met en devoir de découvrir cette cause, c'est à ce mouvement de surprise qu'il en est redevable (3).
■3. Cependant il ne faudrait pas s'imaginer que l'admiration a été la cause unique de la philosophie. Nous savons par l'histoire très-ancienne que nous a laissée Moïse de la condition primitive du genre humain (4), et par les autres livres des saintes Écritures (5), que notre premier père reçut de Dieu la science infuse ■ naturelle et surnaturelle des choses (6). L'histoire mosaïque raconte aussi que les hommes, pendant ce premier âge du monde, entendaient souvent la voix de Dieu et qu'ils conversaient familièrement avec les anges ; c'est pourquoi l'opinion constante des anciens écrivains ecclésiastiques fut que les premiers hommes se trouvèrent sous la tutelle visible de Dieu et des anges ses messagers (7).
4. Cette riche connaissance des choses divines et humaines que rhomme avait surnaturellement reçue fut certainement transmise par les enfants de Noë, Sem, Cham et Japhet, (lesquels après le déluge se dispersèrent dans les diverses parties du monde, et y jetèrent les fondements des premiers empires), aux peuples qui tirèrent d'eux leur origine ; avec cette différence toutefois, que la race de Sem, qui forma le
(i) Theœt.,y<. i55 A, éd. H. Stephanus, Parisiis 1733.
(2) Met., lib. I, c. 2, edit. Bonizt, Bonnœ 1848.
(3) Cf. S. Thom., Cotitr. Cent., lib. III, c. 25, n. 8.
(4) Gènes., c. [I, v. 19.
(3) Eccli., c. XVII, v.'ô.
(6) La raison elle aussi, comme nous le dirons plus tard, prouve que Dieu lui-même a dû instruire le premier homme.
(7) Cf. Cric;., Contr. Cels., lib. IV, c. 79 et 80, 0pp., éd. cit., et S. Aug., De Civ. Dei, lib. X, c. 25. La nécessité de cette divine éducation est enfin reconnue par plusieurs rationalistes. Nous en parlerons ailleurs.
peuple hébreux, la conserva pure et intacte, tandis qu^elle s'altéra par la suite chez les descendants de Cham et de Japhet, à cause de la grande dépravation de leurs mœurs. 5. Cependant cette altération de renseignement révélé n'a pas été telle que les nations en aient absolument perdu le souvenir. Nous connaissons en effet, par les documents authentiques de l'histoire ancienne, que Ton a trouvé des vestiges de la tradition primitive sur Tunité de Dieu et la Trinité des personnes divines, sur la création du monde et la justice originelle et sur la chute du genre humain, chez les anciens peuples de llnde et de la Chine, chez les Égyptiens et les Perses, chez les anciens Grecs et les anciens Romains, ainsi que chez les peuples germains et Scandinaves (i). En outre, par la dispersion des dix tribus dlsraël, par la longue captivité du peuple de Juda à Babylone et par les migrations des Juifs en Asie, en Egypte et en Europe, migrations qui devinrent fréquentes dans les années qui suivirent la captivité (2), les peuples de ces pays purent apprendre beaucoup de choses de leur commerce avec les Hébreux (3). Ainsi, ce qui nous porte à croire que les peuples defantiquité ont connu les principaux points de doctrine révélés à Adam et aux saints Patriarches, ce sont les restes de la primitive révélation qui se conservèrent parmi ces peuples et les relations que plusieurs d'entre eux entretinrent avec le peuple juif.
6. Mais, si ce fait est incontestable, on ne peut douter non plus que les anciens sages d'entre les Gentils, poussés par la curiosité, fille de Vadmiration que Platon et Aristote regardent comme la cause primitive de la philosophie, n'aient
(i) Outre les ouvrages que nous avons cités dans un autre livre (/ princivali sistemi difil. sul criterio, c. i, l G, p. 227, not. i, éd. 2, Napoli i858) et qui tont connaître les traditions de quelques-uns de ces peuples, on peut consulter F. Schlegel, Filosophia dell'istoria etc., lez. V, pp. 88 seqq., i vers. ital. Napoh, Bibhoteca cattoUca i858 ; Riambourg, Rationalisme et Traditional Œuvr.phil., t. III, p. 7, 429, Paris 1837, et, pour n'en pas citer d'autres Nonz. Signonello, De/ ;?rog're550 religioso del gen. umano. dans la Revue La Saenjae la Fede, vol. IX, p. 93, seqq., Napoli i8i5.
(2) A raison de leur incertitude, nous passons sous silence les voyages chez les Hébreux de Pythagore, de Lao-Tseu et de quelques autres sages de l'antiquité. -1 t o
(3) Cf. Theodoret.,Serm.I De curandis grœc.affect.,\nQ\uiOpp.,&à.Schultz etiVoêise//., t. IV, HalœSaxon. 17Ô9.1774. -^ ' ' ''^ ' 1