II. Il nous paraît également certain, malgré l'opinion con
(i) Outre qu'il fait souvent mention d'une divine parole (Tn Phœd., p. 85, éd. H. S.) qu'il appelle tantôt parole ancienne, tantôt opinion survenue {De leg., lib, III, éd. cit.), Platon affirme ouvertement que les Grecs ont reçu des Barbares leur langue et leur littérature {Cratyl., p. 425, éd. cit.) et qu'ils ont appris beaucoup de choses de ces peuples, qui étaient meilleurs qu'eux-mêmes, dit-il, et plus rapprochés de la Divinité (Plileb., p. 17, éd. cit.) On peut voir encore ce qu'il dit dans le Phédon, p. 59 et dans le Timée, p. 22.
(2) C'est une opinion accréditée qu'Aristote ne faisait aucun cas des traditions anciennes, mais un remarquable passage de sa Métaphysique (Lib. XI, c. 8, g i3, Opp.,t. II, p. 608, éd. Didot) prouve combien cette opinion est erronée.On y lit en effet: «Certaines choses sont venues par tradition de nos ancêtres les plus reculés, qui les transmirent à leurs descendants sous le voile de la fiction... Et, suivant toute vraisemblance, ces opinions anciennes, ou du moins quelques lambeaux, sont parvenus jusqu'à nous au milieu des vicissitudes des sciences, des arts et delà philosophie qui naissent et périssent plusieurs fois.» Cf. Laert., de vitis Philosophorum, lib. I, proem., segm. i.
(-■!) Nous disons pour la seconde fois, parce que la Grèce a passé deux fois de la civilisation à la barbarie. Cf. Heeren, Idées sur la politique, le commerce et le trafic des peuples de l'antiquité, trad. de l'allem., t. III, Paris 1842.
(4) Cf. Raoul-Rochette. Histoire critique de l'établissement des colonies grecques, t. III, Paris 181 5.
''^) Cf. Brucker, Op. cit., Period. I, part. 11, lib. I, c. I, § i, vol. I, p. 364 et
^. cit. Cela est si vrai que Cousin kii-même qui prétend, comme
<^ dit (p. V, note i), que la philosophie grecque fut autochtone, re-
■ —^ VavOli.
traire de quelques auteurs protestants( i ),que les Grecs apprirent beaucoup de choses des Juifs en courersant avec eux ^ comme dit saint Augustin (2). En effet, sans parler de leurs voj^ages dans les pays où Ton rencontrait un grand nombre de Juifs, sans parler des migrations de ces derniers dans les diverses contrées de TAsie et de la Grèce, Taccord surprenant de plusieurs points de doctrine de la philosophie grecque avec les doctrines hébraïques donne à ce fait une si grande probabilité, qu'il peut être admis sans aucune hésitation (3).
12. Quant au second point, il est tout à fait incroyable, disons-nous,que les Grecs aient importé de TOrient dans la Grèce les systèmes tout formés de leur philosophie. Qui pourrait en effet se persuader que Pythagore avait appris des sages de rOrient tout ce qu'il enseigne sur les nombres et sur leur rôle dans l'organisation de Tunivers ? que Platon avait puisé à la même source les belles et sublimes considérations sur la nature du vrai, du bien et du beau qu'il expose avec tant de subtilité et d'élégance ? ou que Aristote leur avait eniprunté, entre autres choses, ses catégories et ces règles ingénieuses et sûres auxquelles Pesprit humain doit se conformer soit qu'il veuille découvrir ou perfectionner la vérité, soit qu'il veuille l'enseigner aux autres ? Il faut joindre à cela que les philosophes grecs, comme leurs livres le témoignent, n'embrassèrent pas les traditions des peuples orientaux avec un aveugle respect pour leur autorité, mais essayèrent de les expliquer, chacun d'après les forces de son propre génie : ce qui fait qu'ils ont souvent altéré par orgueil les doctrines pures
garde ces anciennes traditions comme autant de pièces de rapport dans la philosophie grecque, sans prendre garde à la contradiction: voir Œuvres de Platon, trad. par Cousin, vol. VI, p. 465, Paris i83i.
(i) Brucker les approuve fortement; Op. cit., Period. I, part. 17, lib. II, c. 6, g 6, p. 635 seqq., et c. 10, g 6, p. ioo3.
(2) De Civ. Dei. lib. XVIII, c. 41. Nous jugeons peu probable, avec S. Augustin (De Civ. Dei, lib. VIII, c. 11, et De Doct. Christ., c. 2S, n. 43), que Platon, ou quelque autre ancien philosophe grec ait lu les livres des Hébreux. Cf. J.B. Glaire, Introd. Itist. et crit. aux Livres de l'Ane, et du N. Testament., part., I, sect. II, q. 5, t. I.
(3) Voir en particulier Huet, Demonst. Evang., Prop. IV, c. 2, g i3, p. 4O, Parisiis 1679; Thomassin, Op. cit., lib. I, c. i5, g i3, p. 173, éd. cit.; Baltus, Défense des'SS. Pères etc., lib. IV, c. 22, p. 607 et suiv., éd. cit., et Lami, De recta Christianorum in eo, quod mystcrium Trinitatis attinct, scntentia, Florentias 1733.