VIII HISTOIRE
et sans mélange d'erreur qu'ils avaient reçues de source hébraïque (0-
I 3. Après la propagation admirable de la religion chrétienne, on vit descendre dansTarène contre les philosophes grecs de cette époque les Pères et les autres écrivains ecclésiastiques qui florissaicntau second siècle et dans les siècles suivants (2). Car ces philosophes aj^ant entrepris une guerre acharnée contre le christianisme avec les armes qu'ils empruntaient à la philosophie grecque, les Pères de TEglise soumirent à un examen rigoureux les dogmes de cette philosophie et en discutèrent avec soin les préceptes moraux, pour montrer combien la religion chrétienne l'emportait, sous tous les rapports, sur les différentes sectes philosophiques et sur toutes les superstitions du paganisme. Cependant tous les Pères conviennent que les diverses écoles grecques avaient enseigné un certain nombre de vérités spéculatives et de préceptes moraux ; ils se sont même servis plus d'une fois des opinions philosophiques des Grecs pour confirmer les enseignements de la religion chrétienne qui ne surpassent point les forces de l'esprit humain (3). Mais on n'en citerait aucun qui n'ait longuement et clairement relevé les erreurs nombreuses et grossières
(i) Cf. Tertull., De Anim., c. 2 ; Lactant., Div. Inst., lib. VII, c. 7 ; S. Aug., De Civ. Dci, lib. II, c. 7.
(2) Nous avons dit au second siècle, car les Pères du premier siècle, comme on peut le vérifier par leurs Epîtres qui ont été publiées par Gotelier {Patrum qui temporibus apostolicis floriienint, Barnabce, démentis, Hermiœ, Ignatii, Polrcarpi, opéra vera et supposita, Amstelaîdami 1724), et dans ces derniers temps par Héfélé [Patrum ApostoUcorum opéra, éd. 3, Tubingas 1847), "^ soutinrent aucune controverse contre les philosophes grecs et ne firent point appel à leur philosophie soit pour propager la religion chrétienne, soit pour reprendre les mœurs des gentils. Cela eut lieu, comme l'observe Origène {Contr .Celsum, lib. III, c. 3r)), par une disposition très-sage de Jésus-Christ, afin que la religion divine, qu'il a établie parmi les hommes pour leur procurer le salut éternel, ne parût s'appuyer sur des arguments fondés sur la sagesse humaine. Hauréau tombe par conséquent dans une erreur grossière lorsqu'il ose f''crire,comme l'avait fait Leclerc {Bibliothèque universelle, p.401- 404, et Epist. crit., lïpist. VII, Ars crit., t. III, p. 177 seqq., Amstelœdami 1730), que non-seulement les Pères des premiers siècles, mais encore Jésus- Christ et les Apôtres avaient entretenu des relations avec les philosophes. [De la phil. sculast., c. i, p. 2, Paris i85o). C'est là d'ailleurs une vieille calomnie des adversaires de la religion chrétienne déjà réfutée par Origène [Contr. Celsum, lib. VI, c. 7) et par S. Augustin, Contr. Crcscentium Donatistam, lib. l, c. 14, n. 17 ; DeCiv.Dei, lib. II,"^c. 14, lib. XVIII, c. 39 ; De Doct. Christ., lib. II, c. 28, n. 43.
(3) « Si les gentils eux-mêmes, disait S. Augustin, ont su mettre dans leurs doctrines quelque chose de divin et de conforme à la droite raison, nos pères
dont la philosophie grecque fourmille (i). Ainsi, bien que les Pères reconnaissent qu'un certain nombre de vérités se rencontrent chez les différentes écoles philosophiques, Topinion qu'ils adoptent généralement c'est que aucune d'entre elles n'avait composé un S3'stème complet de vérités qui fut exempt de toute erreur. D'où ils tiraient cette conclusion que, si les philosophes ne s'étaient réfugiés dans le port de la religion chrétienne, ils n'auraient janiais pu atteindre à la pure vérité (2).
14. D'après le jugement que les écrivains ecclésiastiques anciens portaient sur la philosophie grecque et que nous venons d'indiquer, il est facile de conjecturer quelle fut la méthode philosophique qu'ils adoptèrent. Car ce que nous disions cidessus montre suffisamment que ces écrivains se livrèrent à l'étude de la philosophie et cultivèrent cette science avec beaucoup de soin, non dans le dessein de fonder quelque nouvelle école ou de choisir entre les écoles grecques existantes, mais dans la pensée de convaincre les païens de la divinité et de la nécessité de la religion chrétienne et de démontrer que les dogmes que ces derniers croyaient opposés à la raison humaine pouvaient très-bien se concilier avec elle. C'est pourquoi ils prirent pour règle de n'embrasser aucune école à l'exclusion des autres, mais de s'approprier ce qui, dans chacune d'elles, se trouvait conforme aux dogmes et aux préceptes de la religion chrétienne et de rejeter tout ce qu'ils jugeaient leur être opposé. Voici, à l'appui de notre sentiment,
ne Font point repoussé. » (De baptism. contr. Donatistas, lib. VI, c. 43, n. 87; Cf. De Doct. Christ, lib. III, c. 40, n. 61 et 62). On peut voir en outre ce que S. Grégoire de Néocésarée a écrit d'O.'^igène {Orat. panegyr. in Origenem, g 13, Opp. ad Orig. spectantia, p. 72, ad cdXc.Opp. Orig.,\.\W, éd. cit.) Ainsi, au jugement des Pères, la philosophie fut pour les Grecs ce que la Loi était pour les Juifs, un guide qui les conduisait à Jésus-Christ, car, au moyen des vérités nombreuses éparses dans les différentes écoles philosophiques, elle disposait les cœurs des Gentils à reconnaître la vérité et la divinité de la religion chrétienne. Cf. Clem. Alex., Stroin., lib. I, c. 3, et lib. VI, c. 3 et 6, etS.Aug., De bapt. contr. Donatistas, loc. cit.
(1) Clément d'Alexandie (5/)-0HZ. lib. VI, c. 5 et passim), Origcne [Contr. Celsum, lib. VI, passim) et, sans en nommer d'autres, S. Augustin {De Civ. Dei, lib. XVIII, c. 41, n. 2) l'ont fait non en passant et par occasion, mais en examinant chacune en particulier les différentes écoles de philosophie. On peut lire là-dessus Degérando qui ne peut être suspect de partialité, Hist. compar. des syst- de phil., c. 22, t. IV, p. lô, éd. 2, Paris 1S22.
(2) Cf. Lactant., Div. Inst., lib. VII, c. 7, et S. Aug., Epist. ad Dioscorum. n. 21.