CHAPITRE CINQUIÈME. — DE L'ESSENCE DE L'AME HUMAINE
f! 2G4. Nous avons expliqué la nature de l'union qui existe entre l'âme et le corps, nous avons prouvé l'identité du principe vital et du principe formel y nous allons déterminer dans ce chapitre ce qu'est Vâme elle-mcmc. ou ce qui constitue son essence. Pag . . . 204
Art. I. — Oii l'on examine si lame est une substance
gg 2G5. On est tombé dans une double erreur sur la nature de râmc: quelques-uns l'ont confondue avec le corps, d'autres ont nié sa substantiaiité. — 2O6. Dicéarque soutient que l'âme n'est rien, ou du moins qu'elle ne diflcre pas du corps vivant et animé; pour Aristoxcnc^ l'âme est l'harmonie du corps ; Galien semble partager cette dernière opinion. — 267. Après de longs siècles, le matérialisme mécanique fut renouvelé par Ilobbcs en Angleterre, par d'Hoir bacli et Lamettrie en l'rance ; de nos jours Auguste Comte h Paris cl liuch- MÉ"- en Allemagne ont inauguré une autre espèce de matérialisme, appelé dynamique.— 2(38.Molcschott le résume ainsi : La vie est circulaire, c'est pourquoi la matière se portc^ de sa propre nature, de la mort à la vie et de la vie à la mort : Rodolphe Wagner suivit Moleschott, et Bûchner a essayé de démontrer ce système par ces expériences physiologiques. — 269. Vers la même époque, Auguste Comte créait en France la méthode positive qui rejette l'existence de l'âme, comme unj hypothèse inutile ; Littré est aujourd'hui la plus haute personnification de ce système impie. — 270. Parmi ceux qui, tout en admettant qu'une certaine différence existe entre l'âme ei le corps, nient que l'âme soit une substance, nous citerons Protagoras, pour qui l'âme n'est autre chose que la sensation, et Stratoti de Lampsaque. — 271. Hume et Condillac ont renouvelé celte doctrine dans les temps modernes, en s'appuyant sur la fausse notion de la substance donnée pur Locke. — 272. D'après Condillac le moi se compose de l'ensemble des sensations qu'il éprouve actuellement, ou dont il conserve le souvenir. — 273. Cette doctrine fut ensuite défendue par de Tracy Qt par Vobiey ; Jaine la ressuscicait naguère ; enfin Ernest Renan, quoique panthéiste hégélien, la soutient aussi dans l'occasion.
Pag 203-2I2
Art. h. — OhVon établit, contre les r.iatérialisîes mécaniques et dynamiques ^ que l'âme se distingue du corps
g^. 274. Nous allons réfuter les deux variétés de matérialisme dont nousvevons de parler, nous expliquerons ensuite en quoi la substantiaiité que nous revendiquons pour l'âme diffère de celle adoptée par les Sensistcs. — 275. lo Le corps humain se meut d'un mouvement propre et intérieur que nous appel- Ions la vie : or cette vie lui vient d'un principe extérieur ; donc. — 270. 2" Il n'y a qu'une âme distincte du corps humain qui puisse l'empêcher de se dissoudre et produire des opérations vitales telles que la nutricn, la croisance etc. — 277. 3^ Le corps, comme corps, ne se meut pas s'il n'est mu, il faut donc distinguer dans tout corps en mouvement une partie mobile et une partie motrice que nous appelons l'âme. — 278. 4" Tout corps est composé d'une matière et d'une/orme; mais, dans le corpshumain, la forme n'est autre chose que l'âme. — 279. 5** Le corps, d'après les physiologistes, change insensiblement et se renouvelle en entier, mais si le principe de la vie n'était pas distinct du corps, nous perdrions notre identité personnelle. — 280, ô» Si l'âme se distingue du corps, elle ne consiste pas dans la complexion ou dans le tempérament de celui-ci ; la complexion ne regarde que la symétrie et la propor^ f/o« des qualités corporelles, tandis que l'âme produit la nutrition, les sensations, les intellections etc. — 281. 7* L'âme a le pouvoir de comprimer les mouvements qui s'élèvent dans l'appétit sensitif, la complexion en est au contraire la cause prédisposante ou provocatrice : donc l'âme ne doit pas être confondue avec la complexion du corps. — 282. 8" L'âme ne consiste pas non
plus dans une certaine harmonie : comment l'harmonie produirait-elle la nutrition, les sensations et surtout les intcîlcctions ? — 283. 9" L'harmonie du corps en constitue la santc.^ la vigueur ou la beauté ; mais l'âme n'est rien de tout cela; c'est plutôt sa présence dans le corps qui procure ù celui-ci tous ces avantages. — 284. 10" Il y a, dansle corps humain, plusieurs espèces d'harmonies; mais l'âme est unique en chacun de nous ; donc. — 283. ii" L'âme domine le corps, elle lutte contre ses tendances ; l'harmonie au contraire résulte toujours de l'accord des parties entre elles. — i^G. 12" Tout corps composé otTre une certaine harmonie; si donc l'âme éiait une harmonie, tout corps composé serait animé et vivant. — 287. Les matérialistes dynamiques attribuent à la matière elle-même une force et une vertu capable de produire les composés substantiels et de rendre compte de tous les phénomènes de la vie. — 288. Littré prétend que Vexpérience, sur laquelle seule la méthode positive s'appuie, ne nous apprend rien sur l'âme. — 289. Supposons que laméihodt positive, ou l'expérience, soit seule cnpajble de nous conduire à la science ; Vexpérience ne nous apprend-elle pas de la manière la plus positive que les corps ne peuvent ni cire animés-, ni ùtvc formés par une force intérieure qui leur soit propre? — 290. Robert Grove prétend qu'il est possible de rendre compte de tous les phénomènes de lame par le mouvement seul; il faudrait pour cela que le mouvement fût lui même le premier moteur, or les physiciens comme les philosophes enseignent que le mouvement est un eJJ^et dont il faut chercher la cause; déplus les savants qui ont essayé de ramener en un seul tous les agents physiques de la nature n'ont pas songé un seul instant au mouvement de Grove. — 291. Lors même que l'essence de la matière serait placée dans une certaine force active, la matière n'en serait pas moins impuissante à produire les opérations vitales. — 292. Enfin on ne peut confondre sans absurdité les opérations de la nature vivante avec les opérations de la natwc morte. Pag 212-222.
Art. m. — Où Von établit contre les sensistes la substantialité de Vdme
g^.. 293. Prouvons contre les sensistes que l'âme est une vraie substance: i» Une forme capable de produire des effets aussi divers et aussi compliqués que ceux dont l'âme est évidemment la cause ne peut être une forme purement accidentelle; 2" les substances vivantes sont plus nobles que les substances non vivantes ; or ce n'est que par l'âme que vivent les choses qui jouissent de la vie; donc. —294. 3>^ L'accident n'appartient pas à l'essence des choses ; or l'âme appartient tellement à l'essence de l'être vivant qu'elle le constitue. — 295. Les sensistes anciens disent que l'âme n'est pas une substance, parce qu'elle est une chose qm passe et s'écoule sans interruption . 10 Cette maxime, entendue suivant les sensistes, irait à prouver que rien n'existe; 2° la vraie notion de changement suppose au contraire quelque chose qui subsiste et qui reste identique au milieu de cette succession ininterrompue d'accidents ; 3" notre esprit n'est pas la mesure des choses^ s'il varie, ce n'est pas une raison pour que la nature des choses varie comme lui ; 4° s'il n'y a de réel que ce qui tombe sous les sens, la sensation elle-même n'est rien puisqu'elle n'est pas sentie: 5" puisque la sensation est une modification de l'âme, comme ils en conviennent, donc l'âme en est le sujet ou la subtance. — 296. Quant aux sensites modernes, nous avons montré ailleurs combien leur doctrine s'éloigne de la vérité; ajoutons encore ces quelques observations : i' nous distinguons très-bien entre notre »?zo/, qui esi permanent, et sqs modifications, qu sont passagères; I0 si notre âme n'était qu'une co//ec^/on de modifications, où serait le sujet qui les perçoit, qui les compare et les collectionne? '5° l'âme produit en elle-même plusieurs modifications; or, si elle ne s'en distinguait pas, elle serait sa propre cause; ce qui est absurde. Pag 222-226.
Art. IV. — Quelle substance dest que Vdme humaine
gg 297. L'âme est une subtance, nous l'avons prouvé, nous allons en déter- TOME III 56
miner VesscUce. — 298. Aristote nous a laisse une double définition de l'âme; voici la premicrc; L'dmc, dii-il, est l'acte premier d'un corps naturel organique qui a la vie en puissance. Ces mots, acte premier, signitient que l'âme est une forme substantielle et non une torme accidentelle. — 29».). Ces mots, d'un corps naturel orç^aniquc, expriment que ce corps est constitué par l'âme elle-même. — 'ioo. Entin ces paroles, qui a la vie en puissance, signifient que c'est par l'âme que le corps existe, qu'il est organisé, qu'il possède !a vie et qu'il est capable d'opcrer. — 3oi. Voici la seconde définition de l'âme que Ion trouve dans Aristote: L'dme^ dit-il, est ce principe qui nous communique immédiatement et par lui-même., la vie., la sensibilité, la puissance motrice et l'intelligence. Cette définition explique la première, car, outre qu'elle cnumère les opérations dont l'âme est le principe, elle exprime qu'elle en est le principe intrinsèque, le principe substantiel et radical. — 3o2. Nous ajoutons que cette définition démontre la première en même temps qu'elle Vexplique ; car, si l'âme est le principe qui nous fait vivre., sentir, concevoir, cic, il s'ensuit que la première définition, qui présente l'âme comme l'acte pronier du corps., est parfaitement exacte. — 3o3. Prouvons que y dme raisonnable peut faire partie de l'acte premier du corps: \° Les opérations dont le principe est inhérent à l'opérateur peuvent s'exercer de trois manières, par le moyen d'un organe corporel et d'une qualité corporelle, ou par le moyen d'un organe corporel seulement, ou enfin sans organe, ni qualité corporelle ; de là les trois espèces d'âmes, l'âme végétative., l'âme sensitive et l'âme intellective. — 304. 2^ Comme trois choses peuvent être considérées dans le mouvement, savoir: l'exécution, la forme et la Jîn : les corps nj/ormc'j par une âme peuvent se mouvoir de trois manières; il en est qui se meuvent vers une fin qu'ils ont eux-mêmes fixée à leur activité : or cette ^.va//o;i de sa propre fin est l'œuvre de la raison et de Vintclligence: donc. — 3o5. Réciproquement, il est nécessaire d'admettre un principe de vie intellectuelle qui soit la forme substantielle d'un corps. Kn effet la perfection de l'univers exige que ce degré d'être existe dans le monde, il est comme l'anneau qui unit le monde visible et corporel au monde intellectuel et invisible. — 3oô. Ainsi donc ce qui constitue l'essence de l'amc c'est d'être un principe intellectif en même temps que la forme substantielle d'un corps. — 307. L'dme humaine est, par conséquent, l'acte premier d'un corps organique qui a la vie raisonnable en puissance: ou, plus brièvement, l'àme est le principe intellectuel de l'homme. — 3o8. Deux importants corollaires dérivent de cette définition : 1° La substance de l'âme intellective., comme puissance végétative et sensitive, diffère de l'dme de la plainte et de l'dmc de la béte^ non-seulement suivant son essence propre d'âme intellective, mais encore en tant qu'elle est végétative et sensitive. — 309. 2^ L'dme humaine est justement placée au dernier rang parmi les substances intellectuelles, précisément parce qu'elle est la forme subtantielle d'un corps. — 3 10. S. Thomas tire de ce corollaire un nouvel argument pour établir que l'âme humaine doit être la forme substantielle du corps. — 3ii. L'âme humaine, qui est intellective et la forme du corps, mérite le nom de substance, parce qu'elle possède un être absolu qui ne dépend pas de la matière comme les autres formes. Pag 226-238.
Art. V. — Oii l'on réfute l'opinion de ceux qui placent l'essence de l'dme soi! dans la pensée soit dans la faculté de penser
g? 3 12. Nous ne pouvons passer outre sans discuter l'opinion de Descaries et de quelques autres philosophes. — 3 1 3. On sait que, d'après Descartes, l'essence de l'dme consisterait dans la pensée: Malebranche veut que ce soit /d pensée en général. — 314. Giobcrti et Rosmini paraissent d'accord sur ce point avec Descartes. — 3i5. 1° Cette opinion est absurbe en soi: en effet, la pensée étant \iv\e opération de l'âme présuppose un principe <\\i'\ la produise ; de plus, la pensée est produite par l'âme ; or rien n'est la c.iuse de sa propre essence; enfin, les pensées sont diverses et variées, tandis que l'essence d'une chose est toujours la même. — 3iG. On ne peut pas davantage la placer dans
la pensée en général, parce que celle-ci est quelque chose d\ibstrait, tandis que l'essence de l'âme estquelquc chose de réel. — Stj. 2" L'opinion de Descartes conduit à une conséquence particulièrement absurde; il en résulterait que notre âme serait Dieu même; car ce n'est qu'en Dieu que l'opération ne se distingue pas de Vessence. — lii8. Quelques philosophes, entre autres Lcibnitz, font consister l'essence de l'âme dans ïa/aculté de penser; d'autres, comme Storchenau et Galluppi, la placent dans la puissance générale de penser qui s'exerce par diverses facultés. — 3 19. Toutes ces opinions ont cic réfutées dans la Dynamilogie, ou dans YOntologie. — 32o. Udme pense -t-elle toujours? tous les philosophes que nous venons de citer soutiennent l'iT/^îrmativc. — lv2i. Si sous le nom de pensée on embrasse toutes les connaissances, même la connaissance purement sensitive, on peut dire que l'àmc pense toujours; mais, si on ne comprend sous ce nom que les opérations intellectuelles, il est certain que l'âme ne pense pas toujours. — 322. Si l'àme pensait toujours dans ce dernier sens, les enfants mêmes seraient responsables de leurs actes, car la liberté suit l'intelligence. — 323. L'âme intcllective peut très-bien vivre sans être actuellement en exercice. Pag. 238-244.
GHAPITRL: sixième. - de l'immatérialité DE L'AME HUMAINE
^. 324. — Nous avons prouvé que l'âme diffère du corps, qu'elle en est substantiellement distincte: nous ajoutons qu'elle n'est rien de corporel , en d'autres termes qu'elle est une substance immatérielle et spirituelle, subsistante en soi-même. Pag 244.
Art. I. — Simplicité de l'dme humaine
§^ 323. — Parm.i les philosophes anciens qui mettaient une distinction entre l'âme et le corps et qui cependant faisaient de l'âme quelque chose de corporel, on doit citer 1° les philosophes d'Ionie; 20 les disciples de Démocrite et d'Epicure; 3» les Stoïciens. — 326. Si l'âme est la forme substantielle du corps, il s'ensuit déjà qu'elle n'est ni un corps, ni une subîance divisible ; mais nous démontrerons la simplicité de l'âme par d'autres arguments. — 327. I. Le premier genre d'argument se fonde sur la nature desopérations de l'âme que l'on comprend sous le nom de pensées. — 328. 1° L'âme perçoit par un seul acte les choses composées; or, si l'âme était corporelle, il lui serait impossible de former de telles notions. — 329. Cet argument, qui est fondé sur y unité de la perception et sur la divisibilité de la matière, se trouve déjà dans Eusèbe et dans S. Augustin. — 33o. Les philosophes d'Ionie disaient : Le semblable est connu par le semblable : donc l'âme est matérielle; nous répondrons: Cette ressemblance entre la pensée et son objet n'est requise que dans la connaissance y c'est-à-dire entre l'esprit et l'espèce sensible qui représente l'objet matériel, — 33 i. Bien plus, si l'âme possédait en elle-même les principes des objets corporels, elle serait incapable de percevoir ces objets. — 332. En supposant qu'une substance corporelle fût capable d'acquérir les notions des choses composées, elle ne pourrait jamais percevoir les choses sitiiples et les choses abstraites. — 2 33. Si la faculté de connaître appartenait à une âme corporelle, elle percevrait au moyen d'organes corporels; mais ce qui est un et simple ne peut être perçu par de tels organes. — 334. Enfin l'âme est capable de percevoir simultanément les contraires; ce qui prouve aussi sa simplicité. — 335. 2» Ce que nous avons dit des notions convient à fortiori au jugement : car tout jugement renferme la comparaison de deux notions; or celte comparaison ne peut être faite à moins que les deux notions n'existent dans un même sujet. — 336. Bien que l'action de juger soit complexe, elle n'a cependant qu'un objet simple, savoir la relation de convenance ou de disconvenance entre deux notions; elle ne peut donc provenir que d'un principe simple. — 337. 3o L'âme a également le pouvoir de raisonner; or l'acte par lequel l'intellect perçoit que la conclusion est renfermée dans les prémisses est un acte simple : donc. — 338. 40 L'âme a conscience d'elle-même et de ses connaissances; or pour cela il est nécessaire qu'elle se
^5.S TABLH ANALYTIQUE
replie sur elle-même cl sur ses opérations: ce qui ne peut convenir à une substance composée. — 33q. L'âme acquiert la connaissance d'clle-mcme d'une autre manicre que la connaissance des corps; si donc l'âme éiait une espèce de corps, elle percevrait ce corps autrement qu'elle ne perçoit les autres: ce qui est absurde; donc l'âme n'est pas corporelle. — 340. 5o Les diverses opérations de l'âme dépendent les unes des autres; en outre plus l'opération d'une faculté est intense, plus les opérations des autres sont fjiibles ; or rien de semblable n'aurait lieu, si ces diverses opérations ne partaient pas d'un principe unique. — 341 . La conscience nous dit que toutes ces opérations appartiennent à un seul et même sujet ; que c'est le même tnoi qui sent, qui perçoit, qui veut, qui se souvient, etc.; donc. — 342. II. La manicre dont s'exercent les opérations de l'âme va nous fournir de nouvelles preuves de sa simplicité. — 343. lo Toutes les opérations des choses corporelles peuvent se ramener au mouvement; or la pensée ne peut s'expliquer par le mouvement; donc. — 344. 2o L'âme est capable de percevoir simultanément les contraires, la connaissance de Vun facilita même beaucoup la connaissance ilc l'autre; mais il est impossible qu'un corps se meuve dans des directions contraires; donc la perception ditlcre du mouvement, — 345. 1^» Un autre fait qui montre que la perception ne doit pas être confondue avec le mouvement des organes, c'est que tel mot distinctement prononcé devant des personnes de divers pays communique la même impression à l'organe auditif de chacun sans être compris par tous. — 346. III. Si nous comparons avec le mouvement la perception des idées universelles, les jugements et les raisonnements, la différence paraît encore plus grande: i^ Les mouvements corporels sont circonscrits par le temps et le lieu, les idées uni\cvse\\cs sont indépenda)ites de toute condition de tenîps et d'espace; 2oh'unitc synthétique^ qui est nécessaire tians tout jugement et dans tout raisonnement, ne peut s'expliquer par la combinaison de deux ou de trois mouvements; 3o Si la conscience, ou l'aperception de nos perceptions, consistait dans un certain mouvement, elle résulterait de deux motions se rapportant l'une à l'autre : or il répugne qu'une motion se rapporte à une autre motion; 4° Lnfin, pour se rappeler une chose passée, l'âme a besoin de reconnaitre la chose qu'elle a précédemment connue: or cette recoymaissance csi impossible à expliquer dans l'hypothèse des matérialistes.— 347. Lusèbe dit: Si le corps est ce qui sent en nous, l'action de sentir doit ressembler aux empreintes gravées sur la cire par un sceau ; mais alors la mémoire est inexplicable; car si l'empreinte primitive reste, elle exclut toute autre einpreinte ; si elle est effacée par les suivantes, le souvenir est impossible. — 34S. Signalons encore quelques différences: i" Les corps ne se meuvent pas eux-mêmes, tandis que l'âme pense spontanément ; 2., Les pensées sont des actions immanentes^ au contraire le mouvement corporel est une action transitive : 3" La force motrice des substances corporelles va s'affaiblissant d'une façon continue; mais l'intelligence auf^mente et acquiert de nouvelles forces par l'exercice; ^to Knfin la rapidité de la pensée est telle que les mouvements corporels ne sauraient en approcher. — 34(), Lucrèce et Hobbej avaient eux-mêmes compris que la pensée ne peut s'expliquer par le mouvement. Pag 244-263.
Art. 11. — Réponse aux objections des matérialistes
'0, 33o. I rr Objection. Quoique les parties de la matière soient incapables de penser, pourquoi la faculté de penser ne pourrait-elle pas naître de leurs combinaisons r — 35i. Réponse: Les parties combinées sont cjuelqucfois capables de produire tel effet que les parties séparées sont incapables de produire, mais au moins faut-il qu'elles ne soient pas incompatibles avec Icfl'et en (]ucsli^;n ; or les parties de la matière étant étendues sont incompatibles avec la pensée. — 3 32. 2'' Objection. La substance corporelle possède des qualités indivisibles, telles que la gravité, là force motrice: par conséquent de ce que la pensée est indivisible, on ne peut conclure qu'elle ne peut convenir à la substince corporelle. — 333. Réponse : Les qualités dont on parle sont indi-
TABLE ANALYTIQUE Sbc)
visibles considérées en elles-mêmes-, mais elles ne le sont pas si on les considère dans le co^ps qu'elles modifient: ainsi la pesanteur est proportionnelle k la masse du corps. — 354. 3^ Objection. Tout ce qui est reçu dans une chose prend la forme de cette chose', or l'âme est reçue dans le corps; donc. — .^55. Réponse : Cette maxime doit s'entendre de la capacité et non do la nature: l'eau prend la forme du vase qui la contient, elle n'en prend pas la nature; entre l'âme et le corps, il y a cette proportion de convenance qui doit exister entre une matière et sc\ forme. — 35G. 4c Objection. L'âme ne peut mouvoir le corps sans le toucher: mais le contact n'est possible qu'entre les corps; donc. — 357. Réponse: 11 y a deux sortes de contact, le contact corporel qui ne peut s'exercer qu'en'.re les corps et le contact de vertu qui est particulier aux esprits ; cette objection prouverait, si elle prouvait quelque chose, que Dieu, qui est esprit, ne pourrait mouvoir les corps. — 3 38. Instance. Si l'âme était capable de mouvoir les corps à la manière des esprits, elle triompherait de toutes les résistances que les corps pourraient lui opposer; mais l'expérience prouve le contraire; donc. — 359. Réponse : D'abord il est faux que toute substance immatérielle soit capable de vaincre toutes les résistances corporelles; pour ce qui regarde en particulier Vdme humaine, non-seulement le pouvoir qu'elle exerce sur le corps est limité^ il est en outre réglé et modéré par la disposition même de son organisme corporel. — 36o. 5c Objection. Pourquoi la pensée ne serait-elle pas élaborée par le cerveau, comme le sang et les chairs sont élaborés par la digestion et la nutrition? — 36i. Réponse: D'abord les impressions produites sur le cerveau par les objets extérieurs se réduisent à divers ébranlements ou à diverses commotions du cerveau luimême ; or, comment s'y prendrait le cerveau pour digérer des commotions et les transformer en pensées? De plus la digestion ne transforme pas les aliments en substances simples, tandis que le cerveau devrait transformer des commotions naturelles en certaines notions simples. Enfin, admettons que le cerveau convertisse les impressions en idées., il faut un sujet qui les perçoive ; ce sujet sera simple ou matériel: s'il est simple, nous avons gain de cause, s'il est matériel ;7 ne peut percevoir la pensée qui est simple. — 3G2. 6^ Objection. L'âme subit les mêmes vicissitudes que le corps; donc elle ne diffère pas du corps, ou du moins elle est matérielle comme lui. — 363. Réponse : Elle subit, si l'on veut, les mêmes vicissitudes, mais elle ne les subit pas de la mcmc manière : le corps est plus ou moins vigoureux suivant l'âge, mais l'âme est plus ou moins savante, plus ou moins sage, plus ou moins vertueuse; cette diversité de perfection indique la diversité de leurs natures ; quant à la vigueur même de l'esprit, elle s'affaiblit d'ordinaire avec les forces du corps, parce que l'esprit se sert des opérations sensitives, qui ne peuvent s'exercer sans les organes du corps. — 364. Instance. Les opérations de l'intelligence se troublent, si les organes du corps viennent à se troubler; donc elle est de même nature que le corps. — 365. RépoJise: Les opérations de l'intelligence exigent l'exercice des facultés sensitives qui dépendent des organes ; cela explique pourquoi le trouble survenu dans les organes du corps peut causer indirectement un trouble analogue dans l'intelligence ; ce fait prouve l'influence du corps sur l'intelligence, il ne prouve ni lidentité, ni la ressemblance de leur nature. — 366. yc Objection. La plupart des Pères disent que l'âme est corporelle^ TertuUien, S. Justin, S. Hilaire, S. Grégoire de Nysse, etc.; donc. — 367. Réponse: Ces Pères, comme les autres, soutiennent que l'âme est distincte du corps, qu'elle est simple et spirituelle; ils la nomment quelquefois corporelle: mais les uns entendent par là que l'âme 'isi quelques chose de réel ou de substantiel par opposition au néant et au vide; d'autres entendent par cor- , porcl ce qui est variable et changeant., en ce sens Dieu seul est incorporel ; d'autres veulent dire par laque l'âme n'est pas impassible. Pag... 263-279.
Art. III. — Réfutation de l'hypothèse de Locke
i'i 368. L'essence de la matière et toutes ses propriétés ne nous étant pas entièrement connues, Locke se demande si parmi les propriétés de la matière
86o TABLE ANALYTIQUE
qui nous sont inconnues ne se trouverait pas la faculté de penser, (m, du moins, si Dieu ne pourrait Vaccùrdcr à la matière. — 36(). Ce doute csi/utile Cl sans fondement: pour juger que tel attribut répugne à telle substance, il n'est pts nécessaire de connaître tous les attributs de celle-ci, il nous suffit d'en connaître un qui répugne évidemment avec lui. — 370. Ainsi la pciise'e est inconciliable, I" avec /V/j«JMe ,• 20 avec la solidité; > avec l'iiiertie ; 4' avccla fii^ure. — 371. Mais, dit-on. Dieu pourrait ou bien créer la malicrc s?ns ses propriétés ordinaires et lui communiquer ensuite la pensée ; ou bien supprimer, dans la maticrc, les propriétés contraires à la pensée et mettre la faculté de penser à leur place : \a première hypothcse est absurde, parce que la matière ne peut exister sans ses propriétés ordinaires, ou, du moins, sans l'exigence de ces propriétés; donc sa répugnance avec la pensée subsiste toujours. — 372. La seconde hypothèse est fausse, ou se confond avec ce qui se présente dans la réalité. Car la faculté de penser ne pouvant sortir de l'essuncc de la matière, serait une substance créée et formerait avec la matière un composé pensant semblable au composé humain. — 3y'5. D'ailleurs Locke se contredit \u\-mcmc, car il admet la simplicité cl la spiritualité de Dieu sans pouvoir se vanter de connaître parfaitement l'essence et la nature de Dieu ; il prouve l'existence des substances immatérielles par la perception et les autres opérations de l'âme, mais si la matière était capable de penser elle serait capable de percevoir. Pag 279-283.
Art. IV. — De la spiritualité de l'dme humaine
^,'i 374. L'àme humaine n'est pas seulement simple, elle est de plus spirituelle ; en d'autre termes, outre qu'elle informe le corps, elle subsiste en ellemême et ne dépend pas du corps pour ce qui regarde son être. — 375. Comme, en chaque chose, l'opération ressemble à l'être, nous démontrerons que l'âme est spirituelle d'après la nature même de ses opérations. — 376. i» Les opérations intellectivcs s'exercent sans le secours d'aucun organe corporel ; en effet les facultés de connaître qui sont organiques perçoivent telle nature corporelle , déterminée , singulière , et ne se connaissent pas elles-mêmes; au contraire, l'intellect connaît toutes les natures corporelles, il connaît leurs ruMons universelles et se connaît lui-même par la réflexion. — 377, S. Thomas fait ce raisonnement: Ce qui possède une opération absolue, doit avoir un être absolu: or l'opération de l'iniellcct appartient absolument à l'âme; donc son être est absolu. — 378. Les opérations cognitives qui dépendent d'un organe ne perçoivent que les choses corporelles et leurs formes sensibles : une impression trop forte peut les altérer : mais les opérations de l'intellect atteignent l'essence cachée sous les formes sensibles, elles appréhendent les choses sensibles d'une connaissance immatérielle, universelle et nécessaire: enfin la grande intelligibilité des objets accroit sa puissance au lieu de l'altérer. — 379. S. Augustin observe ceci: L'intellect perçoit les nombres et leurs opérations, il perçoit la ligne comme une quantité sans largeur ni profondeur, la surface comme une quantité sans profondeur, quoique rien de pareil ne soit jamais tombé sous les sens ; parfois les facultés organiques nous trompent sans pouvoir se redresser elles-mêmes, tandis que l'intellect peut contrôler ses propres opérations, grâce à la réflexion dont il jouit. — 38o. Kn outre, par l'intellect nous remontons aux principes et aux causes, nous conjecturons /'nvcM/r, nous sommes capables d'inventer [es sciences elles arts, de les apprendre et de les exercer: rien de semblable ne convient aux sens; donc l'àmc est indépendante du corps, elle est donc spirituelle. — 38 1. 20 La volonté aussi exerce ses actes sans aucun organe : elle désire le bien intellectuel ci universel qui ne peut affecter les organes du corps; elle peut librement se porter vers tout objet qui présente une raison de bien, tandis que les facultés organiques poursuivent chacune un objet particulier et déterminé , enfin elle n'est pas gouvernée par le corps, elle en est indcpcn Jante, elle le gouverne cl réprime ses appétits, et, comme l'intellect, elle est capable de se replier sur elle-même. — 382. Némésius prouve la noblesse de l'homme par
ses facultés inlellectuelles. — 383. Object. L'âme ne comprend rien sans le secours des sens ; donc râmc dépend des. organes, mcme dans ses opérations intellectives, et partant l'âme n'est pas spirituelle. — 384. Réponse: Les sens ne concourent pas intrinsèquement diUin opérations intellectives, mais ils fournissent à l'intellect Itsfantômes sur lesquels il exerce son action. Pag. 283-293.
Art. V, — De quelle manière certains philosophes expliquent la spiritualité
de l'dme
gg 385. Quelques philosophes, tout en admettant que l'âme subsiste par ellemême, ont prétendu que l'âme était cependant unie à un principe matériel. — 386. Avicébron, auteur de cette opinion, disait: Toute chose est composée d'un genre et d'une différence; or le genre indique la matière et la différence indique la forme. — 387. Nous avons prouvé que l'union de l'âme avec le corps était naturelle et immédiate : or, d'après l'opinion qui précède, cette union ne serait ni immédiate, ni naturelle. — 388. On peut réfuter le sentiment d'Avicébron par les deux preuves suivantes. — 389. i» Si rame était composée d'une matière et d'une forme, comment s'y prendrait-elle pour informer le corps humain ? elle ne pourrait l'informer ni par elle-même toute entière, ni par quelqu'une de ses parties. — 390. 20 Si l'âme était composée de matière et de forme elle ne pourrait ni s'élever par son opération au-dessus du composé, ni contempler les choses spirituelles et universelles. — 391. Enfin il est impossible de concevoir quelle est cette matière qui serait en dehors de l'étendue, à l'abri de toute corruption, et qu'ils nomment matière spirituelle. — 392. Par conséquent l'âme n'est pas composée de matière, cl subsiste en ellemême. — 393, Quant à l'argument d'Avicébron, il n'a rien à faire ici, parce que l'âme étant seulement une partie de l'espèce humaine, elle n'est pas contenue dans un genre à la manière d'une espèce. — 394. Cependant, comme l'âme n'est pas un acte pur., on pourrait dire, dans un sens large, qu'elle est composée d'une matière et d'une forme, c'est-à-dire qu'elle est composée de puissance et d'acte. Pag 293-298.
Art.
VI. — Où Von réfute V erreur des Monopsychites qui faisaient de l'intellect une dme universelle
gg 395. Averroès, se fondant sur ce que l'âme est une forme immatérielle qui exclut toute espèce de matière, enseigna qu'elle était la même pour tout les hommes — 396. Sa doctrine se résume ainsi : 1° Il faut admettre deux intellects jP055/è/e5; l'un séparé, et l'autre qui est en iiousci qui s'unit ou se continue avec l'intellect séparé; 20 l'homme conçoit par le moyen de ce dernier intellect. — 397. Quoique l'âme soit immatérielle, elle n'exige nullement son unité dans tous les hommes ; car, bien qu'elle ne dépende pas de la matière, néanmoins elle incline naturellement vers le corps, comme vers le complément de son espèce ; ce qui constitue son principe d'individuaiion. — 398. En outre, l'opinion des Monopsychites est contraire à la raison : en effet, l'homme reçoit son unité de l'âme qui est sa forme; mais, si l'homme est un, il est indivisible en soi et divisé de tout autre ; donc il y a autant d'âmes que d'hommes. — 399. Cette même opinion est opposée à l'expérience : car la conscience me dit que je suis le vrai sujet de mes intellections, tandis que, d'après les Monopsychites, l'intellection devrait être attribuée â l'intellect séparé. — 400. Pour parer à cette difficulté, ces philosophes disent que les fantômes par lesquels les âmes se continuent avec î'intellect séparé sont cause que les intellections nous sont personnelles ; mais cette explication est insuffisante : i" parce qu'il ne peut se faire que chaque 'nomme s'unisse ou se continue avec l'intellect possible au moyen de l'espèce qui est dans le fantôme. — 401. 2° En supposant que l'union s'établisse pa.r continuité entre l'homme et l'intellect ;?055/d/e, les Averroistcs sont encore impuissants à rendre comptent' la manière dont chaque homme obtient la connaissance intellective des choses. — 402. L'espèce intellective sera dans l'homme, si l'on veut, mais non la puissance intel-
lective; donc l'homme sera la chose connue-, il ne sera pas un sujet capable Je connaître. — 40K. Enfin celle opinion sur l'unité d'dmc pour lous les hommes est contraire à la foi. Pag 299-304.
Art. VII. — Du Phrénologisnie
'0, 40^. — L.C phrénologisme-, comme dit Forichon, cr.t une ceriaine métamorphose du viatérialisme. — 4o3. Dès la plus haute antiquité on a cherché à connaître les qualités de l'âme par les traits du visage et par la forme extérieure du corps; celle science reçut plus tard le nom de yhysiognomonie. — 406. Le napolitain Jean-Baptiste Porta fut très-versé dans cette science dans le XVI* siècle, ainsi qu'un autre italien nommé Cornélius Ghirardelli; on trouve aussi diverses réflexions sur ce sujet dans AJontaignc, Bacon, Leibnit:^, Lachanibrc, etc. — 407. Sur la fin du XVIIl" siècle, Lavater essaya d'élever la physiognomonic à la hauteur d'une science ; Camper voulut fonder cette même science sur la connaissance de Vangle facial, et Blw.nenbach sur le développement plus ou moins considérable du crdne. — 40S. Au commencement de ce siècle, Gj// cl Spur^heipi substituent la phrénologie aux systèmes précédents. — 409. La science fhysiognomonique des anciens présente un certain nombre de règles assez bien établies, mais cette science est la plupart du temps ^wrcment conjecturale ; parce que l'homme étant libre peut réagir sur son caractère et le dompter on \c vicier. — 410. Le système phénologiste est contredit par \ts observations les plus certaines de Vanalomie. — 411. La correspondance parfaite que les phrénologistes supposent exister entre les proéminences du crâne elles circonvolutions du cerveau, qui seraient le siège des organes, n^est nullement démontrée. — 412. D'ailleurs les phrénologistes ne s'accordent pas entre eux, lorsqu'il s'agit de préciser le nombre cl la nature des organes et des facultés. — 41 3. Cette maxime des phrénologistes que la vigueur de la faculté est toujours en rapport direct avec la masse de Vorgane qui en est le siège souffre trop d'exceptions pour être adoptée comme principe scientifique. — 414. La phrénologie est contredite également par les observations de \a psychologie ; ce sysicmc favorise le matérialisme en ce qu'il suppose que toutes les facultés de l'âme sont organiques; Ubaghs et Rostfiini ont eu le tort de ne pas voir cette conséquence funeste du système phrénologique. Pag 3o5-3i 3.