‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 15 sur 58 · ARIETTE · texte numérisé non relu

ARIETTE

inique ; et, quoique le goût eût décidé que les chants du Devin de F 'Mage étaient des airs, et non des ariettes, parce que le style en était simple et naturel, l'usage prévalut , et conserva le nom d'ariette pour tous les airs chantés sur le théâtre où Y ariette avait brillé. Ainsi, l'air de Ïom-Jone,

Amour, quelle est donc ta puissance?

l'air du Déserteur,

Mourir n'est rien, c'est notre dernière heure;

l'air de Silvain,

Je puis braver les coups rîu sort, Mais non pas les regards d'un père :

s'appelèrent des ariettes.

Ce n'est pas tout : lorsque la musique italienne, la plus simple, la plus noble, la plus pathétique, s'est établie sur le théâtre de l'Opéra, ceux qui, par goût, par opinion, par système, ont tâché de la dépriser, ont donné aussi le nom d'ariettes, non-seulement aux airs d'un caractère brillant et léger, mais indistinctement à tous les chants, même aux plus sublimes, aux plus passionnés de ce nouveau genre d'opéra; et de l'idée de légèreté, de frivolité, de comique , originairement attachée au mot d'ariette , ils ont tiré cette induction, que la musique italienne, la musique des ariettes, n'était pas digne de la tragédie. On aura cependant quelque peine à croire que l'air de Roland.

Que me veux-tu monstre effroyable ?

que l'air d'Atvs ,

Quel trouble agite mon cœur ?

que l'air de Cybèle,

Tremblez , ingrats, de me trahir; que l'air d'Oreste,

Cruel ! et tu dis que tu m'aimes!

et celui de Pylade ,

Oreste! au nom de la patrie,

soient de cette musique, ou légère ou comique, qu'on appelle ariettes, ou jolis petits airs.

En italien , le mot aria signifie un air en général ; ce n'est point un diminutif. Le mot ariette en est un ; il faut donc le garder pour l'espèce de chant la plus légère et la moins expressive, et ne pas faire servir l'abus des mots à donner le change aux idées. Voyez Air.

Arlequin. Personnage de la comédie italienne. Le caractère distinctif de l'ancienne comédie italienne est de jouer des ridicules, non pas personnels, mais nationaux. C'est une imitation grotesque des mœurs des différentes villes d'Italie ; et chacune d'elles est représentée par un personnage qui est toujours le même. Pantalon est vénitien, le Docteur est bolonais , Scopin est napolitain et Arlequin est bergamasque. Celui-ci est d'une singularité qui mérite d'être observée, et il a fait longtemps les plaisirs de Paris, joué par trois acteurs célèhres , Dominique , Thomassin, et Carlin. Il est vraisemblable qu'un esclave africain fut le premier modèle de ce personnage. Son caractère est un mélange d'ignorance, de naïveté, d'esprit , de bêtise et de grâce : c'est une espèce d'homme ébauché , un grand enfant, qui a des lueurs de raison et d'intelligence, et dont toutes les méprises ou les maladresses ont quelque chose de piquant. Le vrai modèle de son jeu est la souplesse, l'agilité, la gentillesse d'un jeune chat, avec une écorce de grossièreté qui rend son action plus plaisante; son rôle est celui d'un valet patient, fidèle, crédule, gourmand, toujours amoureux, toujours dans l'embarras, ou pour son maître, ou pour lui-même , qui s'afflige , qui se console avec la facilite d'un enfant, et dont la douleur est aussi amusante que la joie.

Ce rôle exige beaucoup de naturel et d'esprit, beaucoup de grâce et de souplesse.

Les Français l'ont employé quelquefois heureusement dans leurs comédies, comme de Lisse dans Arlequin sauvage, et dans Timon le misantrope ; mais en général la liberté du jeu de cet acteur naïf , et l'originalité de son langage s'accommo-

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