‹ Éléments de littérature (volume 2)Chapitre 33 sur 58 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Tendres plaisirs qui faites les beaux jours, Vous seuls rendez heureux, mais vous ne durez guère. Bacchus , de mes regrets ne sois point en courroux ;

Regarde l'Amour qui s'envole.

Quel ti iomphe pour toi , si ton jus me console

De la perte d'un bien si doux.

Un autre plus passionné :

Venge-moi d'une ingrate maîtresse, Dieu du ^ in , j'implore ton ivresse ; Un amant se sauve entre tes bras.

Hâte toi, j'aime encor, le temps presse ; C'en est fait si je vois ses appas.

Que d'attraits! ô dieux ! qu'elle était belle !

Vole , Amour, vole après elle , Et ramène avec toi l'infidèle.

C'est en général la philosophie d'Anacréon renouvelée et mise en chant.

L'amour du vin et de la table est commun à tous les états ; c'est donc quelquefois les moeurs et le langage du peuple de la ville on de la campagne qu'on a imités dans les chansons à boire, comme dans cdle-ci :

Parbleu, cousin , je suis en grand souci ! Câlin me dit que j'aime tant à boire,

Qu'elle a bien de la peine à croire

Que je puisse l'aimer aussi ;

Qu'il faut choisir du vin ou d'elle.

Comment sortir d'un si grand embarras?

Déjà le vin , je ne le quitte pas; Et la quitter! elle est, ma foi, trop belle.

Dufréni en a fait une où un buveur s'enivre en pleurant la mort de sa femme. Le son des bouteilles et des verres lui rappelle celui des cloches. Hélas ! dit-il à ses amis :

Il me souvient toujours qu'hier ma femme est morte. Le temps n'affaiblit point une douleur si forte. Elle redouble à ce lugubre son :

Bin bon

282 ÉLÉMENTS DE LTTTÉBATURE.

Voudriez- vous de ce jambon ?

Il est bin bon, etc.

Dans une chanson du même genre , un buveur ivre, en rentrant chez lui, croit voir sa femme double, et s'écrie : 0 ciel !

Je n'avais qu'une femme, et j'étais malheureux :

Par quel forfait épouvantable Ai-je donc mérité que vous m'en donniez deux ?

La chanson n'a point de caractère fixe , mais elle prend tour à tour celui de l'épigramme, du madrigal , de l'élégie , de la pastorale , de l'ode même.

Il y a des chansons personnellement satiriques dont je ne parlerai point; il yen a qui censurent les mœurs sans attaquer les personnes : c'est ce qu'on appelle vaudevilles.

On en voit des exemples sans nombre dans le Recueil des Œuvres de Panard. Une extrême facilité dans le style, la gêne des rimes redoublées et des petits vers, déguisée sous l'air d'une rencontre heureuse, une morale populaire, assaisonnée d'un sel agréable , souvent la naïveté de la Fontaine , caractérisent ce poëte : j'en vais rappeler quelques traits.

Dans ma jeunesse , Les papas , les mamans , sévères, vigilants, En dépit des amants , De leurs tendrons charmants Conservaient la sagesse.

Aujourd'hui ce n'est plus cela :

L'amant est habile, La fille docile. , La mère facile , Le père imbécile ; Et l'honneur va Cahin caha.

Les regrets avec la vieillesse

Les erreurs avec la jeunesse

La folie avec les amours ,

C'est ce que l'on voit tous les jours :

L'enjouement avec les affaires,

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