‹ Éléments de littérature (volume 3)Chapitre 36 sur 69 · URGANDE · texte numérisé non relu

URGANDE

Lorsque Amadis périt, une douleur profonde

Nous fît retirer dans ces lieux :

Un charme assoupissant devait fermer nos yeux Jusqu'aux temps fortunés que le destin du monde Dépendrait d'un héros encor plus glorieux.

ALQUIF.

Ce héros triomphant veut que tout soit tranquille. En vain mille envieux s'arment de toutes parts :

D'un mot, d'un seul de ses regards , Il sait rendre à son gré leur fureur inutile.

ENSEMBLE

C'est à lui d'enseigner AUX maîtres (le la terre Le grand art de la guerre; C'est à lui d'enseigner Le grand art de régner.

PROSAÏQLE. 2'1 l

J'ai recueilli ces traits, parce qu'ils sont mis en oubli, que s prologues n'ont plus lieu, et que personne ne s'avise guère tie les lire . persuadé, comme on l'est , qu'ils ne sont pleins que <le fades louanges et de petits airs doucereux. On y peut voir que de tous les flatteurs de Louis XIV Quinault a été le moins coupable, puisqu'en le louant à l'excès du côté de la gloire des armes , il n'a cessé de mettre au-dessus de cette gloire même la ma2nanimité,la clémence, la justice , et l'amour de la paix, et que les lui attribuer comme ses vertus favorites, c'était du moins les lui recommander.

Depuis qu'on a inventé l'opéra-ballet , c'est-à-dire un spectacle composé d'actes détachés quant à l'action, mais réunis sous une idée collective , comme les sens, les éléments, le prologue leur a servi de frontispice commun : c'est ainsi que le débrouillement du chaos fait le prologue du ballet des éléments ; et le début de ce prologue e^\. digne d'être cité pour modèle à côté de ceux de Quinault.

Les temps sont arrivés : cessez, triste chaos. Paraissez, éléments. Dieux, allez leur prescriie

Le mouvement et le repos.

Tenez-les enfermés chacun dans son empire. Coulez, ondes, coulez. Volez, rapides feux. Voile azuré des airs, embrassez la nature , Terre, enfante des fruits, couvre-toi de verdure ; Naissez , mortels, pour obéir aux dieux.

Prosaïque. Vers prosaïque. S\y\e prosaïque.

Dans la très-haute poésie, il est aisé de distinguer un vers prosaïque, et d'en indiquer le défaut. Le caractère de ce genre de poésie est si marqué par le coloris, l'harmonie, la pompe de l'expression , la hardiesse des tours , des mouvements et des images, que, lorsqu'elle descend au ton et au langage de la prose, c'est-à-dire lorsqu'elle emploie un style dénué d'harmonie et de couleur , faible d'expression , languissant , ou timide dans les tours ou dans les figures, on dit : C'est de la prose; et l'on s'y

trompe rarement.

Mois lorsque la poésie se rapproche du style familier, comme dans l'épître et dans la comédie, quel est son caractère distinctiN et à quoi reconnaître le vers qu'on peut appeler prosa^ue? Citons quelques vers sans couleur, sans inversions, sans hardiesse :

On platt moins par l'esprit que par le caractère. La honte est dans l'offense, et non pas dans l'excuse. Qui n'a point de désir est exempt de besoins. L'homme toujours lieureux sail-il s'il est aimé ? On affaiblit toujours ce que Ton exagère. Qui méprise sa vie est maître de la mienne. Le malheur n'avilit que les cœurs sans courage. Nous perdons par degrés les erreurs les plus chères. Il faut rendre meilleur le pauvre qu'on soulage. Les bêtes ne sont pas si bêtes que l'on pense. Chacun croit aisément ce qu'il craint ou désire. Qu'il est dur de haïr ce qu'on voudrait aimer !

Voilà certainement d'excellents vers et d'excellentes lignes de*, prose, à la mesure près : nulle image, nulle licence, nulle métaphore hardie, rien qui ne soit du style le plus naturel et le plus familier. C'est ainsi que Ton parle lorsqu'on parle bien; et cela même fait encore que ces vers sont meilleurs. Qu'est-ce donc qui distingue un vers prosaïque d'un vers qui ne l'est pas ? Un seul défaut. Lequel.^ Le manque d'harmonie? Non, pas encore. Il y a de très-bons vers dont l'harmonie n'est pas sensible.

Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison f el est devenu fat à force de lecture , Qui n'eût été qu'un sot en suivant la nature. Un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.

Nulle harmonie dans ces vers : le dernier même est pénible à l'oreille , et n'en est pas moins bon. Quel est donc le défaut qui fait qu'un vers est prosaïque? Le mot latin soluta oratio nous l'indique; et ces vers de Boileau nous le font sentir encore mieux.

Maudit soit le premier dont la verve insensée Lans les bornes d'un vers enferma sa pensée,

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