‹ Éléments de littérature (volume 3)Chapitre 52 sur 69 · MÈRE SOTE · texte numérisé non relu

MÈRE SOTE

Prélats, debout ! alarme ! alarme !

{Combat de prélats et de princes.)

Le prince des Sots, dans le combat, démasque Mère Sole, et la fait connaître pour ce qu'elle est.

Stance. Kn parlant de l'ode moderne, stance et strophe sont synonymes. Mais comme dans l'article Strophe, je m'occuperai spécialement de la forme de l'ode antique, je distiugue ici sous le nom de stance la coupe de l'ode française.

La stance est une période poétique symétriquement composée. Il est bien vrai qu'assez souvent elle contient plusieurs sens finis, et qu'aussi quelquefois le sens n'en est que suspendu; mais je la prends, pour la déflnir, dans sa forme la plus régulière ; et au gré de l'oreille comme au gré de l'esprit, la stance la mieux arrondie est celle dont le cercle embrasse une pensée unique , et qui se termine comme elle et avec elle par un plein repos.

J'ai dit quelle était la mesure de la période oratoire {f'oyez PÉRIODE). Celle de la stance est à peu près la même; et comme la moindre étendue qu'elle ait pu se donner est celle de quatre j>etits vers, la plus grande est celle de dix vers de huit syllabes, ou de six vers alexandrins ( f^oyez Période).

320 ÉLSMEMS DE LITTERATURE.

Des distiques, accolés l'un à l'autre, ne sauraient former une stance harmonieuse ; et cet exemple de Malherbe,

11 n'est rien ici-bas d'éternelle durée. Une chose qui plaît n'est jamais assurée : L'épine suit la rose ; et ceux qui sont contents Ne le sont pas longtemps.

Cet exemple lui même fera sentirque la rime plate soutiendrait mal le ton de l'ode, et manquerait de grâce dans les stances légères. L'oreille y veut au moins quelque entrelacement de rimes , et permet tout au plus un distique isolé à la fm de la stance., comme dans l'octave italienne : encore l'essai qu'en a fait Malherbe u a-t-il rien de bien séduisant.

Laisse moi, raison importune ; Cesse d'affliger mon repos , Mn me faisant mal à propos, Désespérer de ma fortune.

Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.

Rousseau n*a pas laissé d'employer une fois celte forme de stance; mais, pour donner au distique final une cadence harmonieuse, il l'a formée de deux vers héroïques.

Seigneur, dans ta gloire adorable

Quel mortel est digne d'entrer ?

Qui pourra, grand Dieu, pénétrer

Ce sanctuaire impénétrable, Où les saints inclinés, d'un œil respectueux Contemplent de ton front l'éclat majestueux.

En indiquant le vers masculin par une m , et le féminin par une/, je vais figurer les diverses combinaisons dont est susceptible la stance.

Mais je dois faire observer d'abord que la clôture n'en est bien marquée que par un vers masculin , et qu'une désinence muette ne la termine jamais bien. Aussi, dans le haut ton de l'ode, nos poêles ont-ils évité cette cadence molle et faible. Rousseau, dans ses odes sacrées, se l'est permise une seule fois ;

Peuples, élevez vos concerts ; l'ousse/ des cris de joie et des cliauls de victoire.

Voici le roi de rmiivers, Qui vieol faire éclater son triomphe et sa gloire.

Kt une fois dans ses odes profanes :

Trop heureux qui du champ par ses pères laissé Peut parcourir au loin les limites antiques, Sans redouter les cris de l'orphelin chassé Du sein de ses dieux domestiques !

Ce n'est que dans l'ode familière et badine , dont la grâce est la nonchalance , qu'il sied de donner à la stance ce caractère de mollesse , comme dans l'ode à l'abbé de Chaulieu.

Je ne prends point pour vertu Les noirs accès de tristesse D'un loup garou revêtu Des habits de la Sagesse.

Plus légère que le vent, Klle fuit d'un faux savant La sombre mélancolie.

Et se sauve bien souvent Dans les bras de la Folie.

Je dois faire observer encore que les poésies régulières n'admettent guère, d'une stance à l'autre, la succession de deux vers masculins ou féminins de rime différente. C'est une dissonnance qui déplaît à l'oreille ; et si Malherbe se l'est permise dans des stances libres et négligées , comme dans celle-ci,

Tel qu'au soir on voit le soleil

Se jeter aux bras du sommeil ,

Tel au matin il sort de l'onde. Les affaires de l'homme ont un autre destin :

Après qu'il est parti du inonde, La nuit qui lui survient n'a jamais de malin.

Jupiter, ami des mortels,

Ne rejette de ses autels

Ni re(|uêtes ni sacrifices, etc.

ni ce poète ni Piousseau n'ont pris souvent cette licence dans le style pompeux de l'ode. Ils ont bien senti l'un et l'autre que

la succession de deux finales du même genre et de différent son, comme matin et morteh, était déplaisante à l'oreille, et que, dans un poëme qui, par essence, doit être harmonieux , il fallait l'éviter.

Parmi les stances que je vais figurer on distinguera aisément celles qui n'ont aucun de ces deux vices , et ce seront les seules dont je donnerai des exemples.

Stance de quatre vers.

La première coupe est la seule qui convienne également à la poésie légère et à la poésie majestueuse.

Votre désert est sauvage ;

Dans un plus sauvaj^eencor,

Angélique, fière et sage ,

Rencontra le beau Médor. ( Desuoulières. )

Combien nous avons vu d'éloges unanimes Condamnés, démentis par un bonteux retour ; Et combien de béros glorieux, magnanimes,

Ont vécu trop d'un jour î (Rousseau.)

Stance de cinq vers.

Dans la stance de cinq vers l'une des deux nmes est triple , comme dans tous les nombres impairs,

M, 1, ni, m, I, M, f, f, m, f.

De ces combinaisons , les deux premières sont les seules conviennent à l'ode.

01) ! que ne puis-je, sur les ailes

Dont Dédale fut possesseur,

Voler aux lieux où tu m'appelles,

Et de tes chansons immortelles

Partager Taimable douceur ! ( Rousse\u. )

Pardonne, Dieu puissaut, pardonne à ma faiblesse. A l'aspect des méchants, confus, épouvanté, Le trouble m'a saisi, mes pas ont hésité ; Mon zèle m'a trahi, Seigneur, je le confesse , En voyant leur prospérité. ( Roosseau. )

Stance de six vers.

Elle se divise de deux en deux vers, rimes croisées ; ou en un quatrain et un distique, ou mieux encore en deux tercets.

Ce n'est point par effort qu'en aime ;

L'amour est jaloux de ses droits.

y ne dépend que de lui-même,

On ne l'obtient que par son choix :

Tout reconnaît sa loi suprême,

Lui seul ne connaît point de lois. ( Rousseau. )

Soit que de ses douces merveilles

Sa parole enchante les sens ,

Soit que sa voix, de ses accents,

Frappe les cœurs par les oreilles ;

A qui ne fait-elle avouer

Qu'on ne la peut assez louer? (Malherbe. )

Vous avez vu tomber les plus illustres têtes ;

Et vous pourriez encore, insensés que vous êtes ,

Ignorer le tribut que l'on doit à la mort!

Kou, non, tout doit franchir ce terrible passage :

Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage.

Sujets à même loi, subissent même soit. ( Rousseau. )

Cet enlacement est celui que Malherbe et Rousseau , dans Ja

324 ELEMENTS DE LITTÉRATUEE.

sta7ice des'ix vers, ont le plus fréquemment employé , coinni le plus harmonieux.

Les autres coupes du sixain ont été comme rebutées;

et la dernière est la seule qu'on trouve dans Rousseau , en( ore n'est-ce qu'une fois.

RenonçoDS au stérile appui

Des grands qu'on implore aujourd'hui.

Ne fondons point sur eux une espérance folle.

Leur pompe, indigne de nos vœux,

iN'est qu'un simulacre frivole; Et les solides biens ne dépendent pas d'eux.

Stance de sept vers.

La stance de sept vers est composée d'un quatrain et^'un tercet, en sorte que l'une des deux rimes de la première partie est redoublée dans la seconde.

L'hypocrite, en fraudes fertile , Dès l'enfance est pétri de fard :

Il sait colorer avec art Le fiel que sa bouche distille ; Et la morsure du serpent Est moins aiguë et moins subtile Que le venin caché que sa langue répand. (Rousse4u.

Dans la troisième et la huitième du troisième livre des Odes de Rousseau , l'entrelacement est encore le même ; et en effet c'est la seule façon de rendre harmonieuse la stance de sept vers.

Stance de huit vers.

f.es Italiens divisent leur octave en un sixain et un distique. La vei'fjinella è simile alla rosa, CK in bel giardin, sulla naliva sphia,

Mentre sota e sicura si riposa , iVè gregge nèpasfor sele arvicina ; /Mura soave e Valba rugiadosa , Vacqua e la terra al suo/avor sHnchina ; Giovani vaghi^ e donne innamorate Amano averne e scni e tempie ornatc.

Mais la coupe la plus uaturelle de la staiice de huit vers est celle qui la divise en deux (luatrains, ou sur des rimes redoublées , comme dans ce chœur de Cyclopes ;

Travaillons, Vénus nous l'ordonne.

Excitons ces feux allumés,

Déchaînons ces vents enfermés;

Que la flamme nous environne ;

Que l'airain écume et bouillonne ;

Que mille dards en soient formés ;

Que sous nos marteaux enflammé^ ,

A grand bruit l'enclume raisonne. ( Rousseau. )

ou sur deux rimes différentes , comme dans ces vers.

La campagne a perdu les fleurs qui l'embellissent ; Les oiseaux ne font plus d'agréables concerts ; Les bois sont dépouillés de leurs feuillages verts : N'est-il point encor temps que mes craintes finissent .'

Qui peut empêcher le retour Do ce jeune héros, si cher à ma mémoire ? Hélas! n'a-t il donc point assez fait pour la gloire ?

Et ne doit-il rien à l'amour? ( Deshoulières. )

Stance de neuf vers.

Elle se divise en un quatrain et une stance de cinq vers.

De la veuve de Sichée L'histoire vous a fait peur :

Didon mourut attachée Au char d'un amant trompeur Mais l'imprudente immortelle N'eut à se plaindie que d'elle ; Ce fut sa faute, en un mot :

KLÉM. DE LITTÉB. — T IH. 19

126 ÉLÉMENTS DE LITTÉBATunft

A quoi songeait cette belle

De prendre un amant dévot ? ( Rolsseao. )

Homère adoucit mes mœurs Par ses riantes images ; Sénèque aigrit mes humeurs Par ses préceptes sauvages.

En vain, d'un ton de rhéteur, Épictète à son lecteur Prêciie le bonlieur suprême; J'y trouve un consolateur Plus affligé que moi-même. ( Rousse\u. )

Dans le genre gracieux et badin , cette forme a quelque chose de plus libre et de plus léger que le dixain , dont je vais parler tout à l'heure.

Stance de dix vers.

C'est ici la forme la plus harmonieuse de la stance française . elle se construit régulièrement de deux manières.

La première est en même temps la plus symétrique et la plumajestueuse.

Héros cruels et sanguinaires,

Cessez de vous enorgueillir

De ces lauriers imaginaires

Que Bellone vous fil cueillir.

En vain le destructeur rapide

De Marc-Antoine et de Lépide

Remplissait l'univers d'horreur;

Il n'eût point eu le nom d'Auguste

Sans cet empire heureux et Juste

Qui fit oublier ses fureurs. ( Rousseau. )

La seconde coupe est encore belle ; mais elle n'a ni la même

sTA^CE. 327

pompe ni Ja même impulsion. On en voit un exemple dans l'ode où ce même poète uous peiut les vertus d'un bon roi :

Sou trône deviendra l'asile De l'orphelin persécuté ; Son équitable austérité Soutiendra le faible pupille.

Le pauvre , sous ce défenseur, Ne craindra plus que l'oppresseur Lui ravisse sou héritage ; Et le champ qu'il aura semé ?îe deviendra plus le partage De l'usurpateur affamé.

Le vers qui donne le plus de nombre et de majesté à cette ,rande période , c'est le vers de huit syllabes ; et dans Malherbe on en voit des exemples que Rousseau n'a pas surpassés. Quel- (]uefois même le vieux poète a je ne sais quoi de plus antique dans ses tours et dans ses mouvements, et de plus approchant de la verve d'Horace.

La Discorde aux crins de couleuvre, Peste fatale aux potentats, Ne finit ses tragiques œuvres Qu'à la fin même des Etats.

D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie ; Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre.

Les deux frères de (|ui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.

C'est en la paix que toutes choses

Succèdent selon nos désirs.

Comme au printemps naissent les roses,

En la paix naissent les plaisirs.

Elle met les pompes aux villes,

Donne aux champs les moissons fertiles;

Et de la majesté des lois

Appuyant les pouvoirs suprêmes,

Fait demeurer les diadèmes

Fermes sur les têtes des rois.

328 ÉLÉMENTS DE UTTKRATUBE.

Ce fut encore Malherbe qui donna le moHpIe do, la sta7iceûi' dix vers de sept syllabes, et qui nous apprit quel noDie caractère le uombre pouvait lui imprimer, comme dans \ ode au roî Henri le Grand.

Tel qu'aux vagues éperdues Marche un fleuve impérieux , De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux.

Rien n'est sûr en son rivage :

Ce qu'il trouve, il le ravage ; Et traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons.

Tel et plus épouvantable S'en allait ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.

Son front avait une audace Telle que Mars en la Thrace ; Et les éclairs de ses yeux Étaient comme d'un tonnerre Qui gronde contre la terre, Quand elle a fâché les cieux.

Oi. voit que la marche de ce vers peut être à la fois rapide et ferme , lorsqu'on sait donner à ses nombres du poids et de l'impulsion ; mais il a une propriété qui le distingue du vers de huit syllabes : c'est sa légèreté dans les choses badines , lorsqu'il saisit le rhythme du vers d'Anacréon , dont la mesure est son modèle.

La division symétrique de la stance de dix vers est en un quatrain et 'i'*ux tercets ; et Rousseau l'a presque toujours observée. Mais Malherbe ne s'y était pas assujetti ; et dans les exemples que j'en ai cités , l'on peut voir ce qui lui arrive le plus souvent, savoir, de marquer le repos au sixième vers et de lier le septième avec les trois autres : quelquefois même il fait couler rapidement les six derniers sans aucune pause, comme dans l'ode à la régente.

STA?iCE. S29

Que saurait enseigner aux prince?

Le grand démon qui les conduit.

Dont la sagesse, en nos provinces, Chaque jour n'épaude le fruit ?

Et qui justenaent ne peut dire, A te voir régir cet empire, Que si Ion heur était pareil A tes admirables mérites, Tu ferais, dedans ses limites , Lever et coucher le soleil ?

Ce rhythme indécis et irréguiier peut trouver son excuse , en ce que d'une haleine on prononce aisément et sans fatigue six vers de huit syllabes ; mais les poètes qui auront l'oreille scrupuleuse préféreront la coupe de Rousseau.

Quelques poètes .ont fait le dixain en vers de douze mêlés de vers de huit ; mais la période me semble alors trop étendue , et sa marche pénible et lente. C'est à la siance de quatre ou de six vers au plus que convient le vers héroïque.

Pour qui compte les jours d'une vie uïutile- L'ùge du vieux Priam nasse celui d'ftêcrar Pour qui comote les faits, les ans du jeune Achille L'égalent à Nestor,

Le ciel nous vend toujours les biens qu'il nous prodigue Vainement un mortel se plaint et le fatigue De ses cris superflus :

L'âme d'un vrai héros, tranquille, courageuse, Sait comme il faut souffrir d'une vie orageuse Le flux et le reflux.

Tantôt vous tracerez la course de votre onde Tantôt d'un fer courbé dirigeant vos ormeaux , Vous ferez remonter leur sève vagabonde Dans de pJus utiles rameaux.

L'on voit dans ces exemples non-seulement l'art d'entremêler au gré de l'oreille les petits vers avec les grands , mais encore quels sont les petits vers que l'oreille a choisis pour bien assortir ce mélange. Le vers de six syllabes doit naturellement s'allier avec celui de douze , puisqu'il en est un hémisticlie. Celui de

sept, dont la mesure est tronquée , et le rhythme précipité, ne s'accommode pas de même au caractère du vers héroïque. Celui de huit syllabes, dont la marche est dIus ferme, lui est au contraire très-analogue ; et une chose remarquable . c'est que leur alliance répond à celle de l'asclépiade et du vers gliconique, dont Horace a formé une si belle strophe r

Ergo Quintilium perpetuus sopor Urget! Cui Pudor, et Justitiœ soror Incorrupta Fides, nudague Veritas, Quando ullum invenient parem P

Tant il est vrai que les principes de l'harmonie sont immuables en poésie comme en musique , et que dans tous les temps une oreille juste et sensible aura la même prédilection pour des nombres heureux que pour d'heureux accords.

Strophes. Dans la tragédie grecque , les personnages qui composaient le chœur exécutaient une espèce de marche d'abord à droite , et puis à gauche; et ces mouvements, qui figuraient, dit-on, ceux de la terre, d'un tropique à l'autre, se terminaient par une station. Or la partie du chant qui répondait au mouvement du chœur allant à droite s'appelait strophe; la partie du chant qui répondait à son retour s'appelait antistrophe , et la troisième, qui répondait à son repos , s'appelait épode ou clôture. 11 en était de même des chants religieux.

C'est vraisemblablement de là que la poésie lyrique avait pris le nom de .strophe , qu'elle a donné à ces couplets de vers dont l'ode ancienne était composée, au moins le plus souvent, comme on le voit dans celles de Pindare et dans les deux qui restent dt Sapho.

Lorsque j'ai dit que dans la poésie lyrique des anciens la période poétique, ou la sfropJœ, avait été moulée sur la période musicale , je n'ai pas entendu que chaque poète n'eût jamais qu'un chant et qu'une même coupe de vers , ni que l'ode eût toujours cette structure symétrique. Le vers d'Anacréon est toujours le même; mais on n'aperçoit dans ses odes aucune coupe

STl^OPHE. 331

régulière , aucune égalité d'intervalle entre les repos. Peut-être eu était-il de même d'Alcman, d'Alcée , etc.

Horace, dans ses odes, semble s'être joué non-seulement à les imiter tour à tour, en employant les vers qu'ils avaient inventés, mais à mêler ces vers de vingt manières différentes , en leur associant tantôt l'ïambe et tantôt l'héroïque : il les a même décom- ()Osés ; et de leurs éléments il a fLiit à son gré de nouvelles com- Itiuaisons , pour en varier l'harmonie.

Cependant, ni toutes les odes d'Horace ne sont écrites en vers mêles , ni elles ne sont toutes divisées eu strophes.

Il y eu a trois en vers asclépiades sans mélange, et sans autres ilivisions que les repos même du sens. 11 y en a trois encore en une espèce de vers alcaïques, qui ne diffèrent de l'asclépiade que par un choriambe -'-"^-, intercalé après la césure.

Comme cet article est expressément destiné aux jeunes gens curieux de connaître le mécanisme de la poésie ancienne, je crois devoir pour eux en Ogurer les éléments.

f^ers asclépiade.

Gens Itûmâna rùit pêr vëlïtûm nëfâs.

Grand alcaïque.

Seû plûrës hïëinës, seû trïbùit Jûpïlër ûltïmâm.

Horace a de plus un grand nombre d'odes qui semblent coupées en distiques , et qui cependant ne le sont pas. Elles sont composées chacune de deux espèces de vers, alternativement croisés et comme accouplés l'un à l'autre; mais vainement y chercherait-on des divisions régulières et marquées par des repos.

Il est bien vrai que par la coupe du dialogue l'ode Donecgratus eram tibi est divisée en parties égales; il est vrai aussi que dans les odes : Mater sœva cupidinum; Intermissa yenusdiu; et dans quelques autres encore, la même coupe est observée, mais dans les odes : Sic te diva potens Cypri; Quem tu, Melpomene, semet; Quantum distetab Inacho; Intactis opulentior; Quo me Bacche, rapis , etc. , les espaces et les repos n'ont plus aucune symétrie.

332 ÉLÉMENTS DE LITféHATUUE.

Quem tu, Melpomene, semel yascentem placido luminc videris,

lllum non labor isthmius C larabit pugilem ; non equiis impiger

Curru ducet Achaïco Vïclorem; neque res bellica Deliis

Ornatumfoliis ducem^ Quod regum tumidas contuderit minas,

Ostendet Capitolio :

Sed quœ Tibur aquœ fertile prœ/luunt.

Et spissœ nemorum comœ, Fmgent JEolio carminé nobilem.

Dans cette continuité de sens , dont le repos n'est qu'au douzième vers , on voit une période soutenue et développée , mais nullement cette coupe en distiques dont les érudits ont parlé.

Dans Horace, les seules de ses odes qui soient réellement divisées en strophes y sont celles où la période est composée de (juatre vers d'espèce différente, mais les mêmes dans leur retour , et toujours combinés de même. Ces odes sont au nombre de soixante-dix-neuf, et de quatre formes diverses.

Dans les unes, la strophe est celle de Sapho, composée de trois saphiques et du petit versadonique.

O dëcûs Phôebi , ëtdâpïbûs sûprëmi Grâiri tëstûdô Jôvïs, ô lâbôrûm DQIcë lëiiimën , mtbï cQnqûe sâlvë Rite vôcânlî.

Celles-là sont au nombre de vingt-six , et c'est le rhythme du Carmen, sœculare.

Dans quelques autres, ce sont deux vers asclépiades, un vers hérnihexamètre et un gliconique.

Vilâs liînndlCô më sïmtlïs, Chlôë, QQaerënt! pâvYdâm môntïbûs uivïis Mâlrëm, non sYiië vânô AQrârum ël silùâe iiiëlQ.

Celles-ci sont au nombre de sept ; et le rliylhme en est agréable]

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