‹ Éléments de littératureChapitre 11 sur 50 · ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME

Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ?

Et je le plains encore ! et pour comble d'ennui,

Mon cœur, mon làcbe cœur s'intéresse pour lui!

Je tremble au seul penser du coup qui te menace ;

Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce!

Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux;

Qu'il périsse : aussi bien il ne vil plus pour nous.

Le perfide triompbe et se rit de ma rage;

11 pense voir en pleurs dissiper cet orage;

Il croit que, toujours faible et d'un cœur incertain,

Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.

Il juge encor de moi par mes bontés passées ;

Mais plutôt le perfide a bien d'autres pensées ;

Triompbant dans le temple il ne s'informe pas

Si l'on soubaite ailleurs sa vie ou son trépas;

Il me laisse, l'ingrat ! cet embarras funeste.

Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste.

Qu'il meure, pufsque enfin il a dû le prévoir,

Lt puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir.

A le vouloir ! Eliquoi ! c'est donc moi qui l'ordonne?

Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione !

Ce prince, dont mon cœur se faisait autrefois

Avec tant de plaisir redire les exploits,

A qui même en secret je m'étais destinée

Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée!

Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États,

Que pour venir si loin préparer son trépas.

L'assassiner, le perdre? etc.

On semble avoir dans tous les temps réservé V enthousiasme à la poésie. Mais l'orateur n'a-t-il jamais lui-même aucune illusion à se faire, aucun personnage à revêtir qui ne soit pas le sien? Et lorsque chargé de la cause d'un malheureux, il va €xciter en sa faveur l'indignation , la compassion, ou d'un juge . ou de tout un peuple, est-il naturellement assez ému, Vest-ii comme il le veut paraître, et n'a-t-il jamais besoin lui-même de se transformer comme le poète, pour se mettre à la place de son client ? La péroraison pour Milon n'est-elle pas une scène aussi artificiellement conçue que celle de Priam aux pieds d'Achille .? et pour récrire avec tant d'éloquence, n'a-t-il pas fallu que Ci-

céron ait su s'affecter, s'émouvoir, se passionner ainsi qu'Homère? Éprouvait-il, dans l'état naturel de son esprit et de son âme, tous les mouvements qu'il exprime? et dans cette supposition si éloquente , oij il introduit Milon , s'écriant : « Oui, citoyens, c'est moi qui ai tué Clodius : ses fureurs que nous n'avions pu réprimer ni par nos lois , ni par la sévérité de nos jugements, ce fer et cette main les ont écartées de vos têtes. C'est »ar moi que le droit, l'équité, les lois, la liberté, la pudeur, /innocence sont en sûreté dans notre ville, etc. » ; lorsque, s'adressant aux choses saintes que Clodius avait violées, il s'écrie : « C'est vous que j'atteste et que j'implore, collines des Albains , bois sacrés, autels antiques et toujours révérés, que sa démence a renversés et détruits, pour élever sur vos ruines les monuments de son luxe insensé ; » lorsqu'il met en scène son client , et qu'il le fait parler avec une dignité si touchante , ou qu'il prend lui-même la place de Milon, et- semble vouloir se dévouer pour lui : Nunc me wia consolatio sustentât, quod tibi, T. Jnnij nullutn a me amoris , nullam studii ^ nullum pietatis officium defuit. Ego Î7iimicitias potentium pro te appetivi; ego meum sœpe corpus et vitam ohjeci armis inimicorum tuorum; ego me plurimîs pro te supplicem abjeci; bona , fortunas meas , ac liberorum meorum in communionem tuorum temporum contuli. Hoc denique ipso die^ si qua vis est parata, si qua dimicatio capitis futura, deposco. Quîd jam restât? quid habeo qîtod dicam , quod/aciani pro tuis in me meriiis^ nisi ut eam fortunam^ quxcumque erit tua, ducam meam ? Non recuso^ non abnuo ; vosque obsecro, Judices, ut vestra bénéficia^ quse in me co?itulistis, aut in hujus salute augeatis, aut in ejusdem exitio occasura esse videatis : peut-on dans ces images et dans ces mouvements méconnaître cette action de l'âme sur elle-même , et cette faculté qu elle a d'exalter ses sentiments et ses pensées, qui est le caractère de V enthousiasme.

Il est bien vrai que dans le poète il n'a qu'un objet fantastique, et qu'il suppose Tillusion, au lieu que dans l'orateur c'est la réalité, c'est la vérité qui l'anime; mais soit la vérité, soit la feinte , ni l'une ni l'autre ne produiraient dans la pensée et le

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