ÉLÉM. DE LITTÉR. — T. II
sur ses droits et plus ferme à les soutenir. Mais plus cette instruction sera commune, moins elle aura l'effet qu'on appréhende : c'est un don précieux que celui de la parole^ et personne ne s'en glorifie ni ne songe à s'en prévaloir.
C'est une institution digne d'un siècle philosophique et d'une nation policée, que celle des écoles pour les enfants aveugles et pour les sourds et muets de naissance. Il est à souhaiter qu'on en réduise les exercices au nécessaire et à l'utile. Ce qu'on y donnerait à la simple curiosité serait du temps perdu et cruellement dérobé à ces jeunes infortunés que l'on se propose d'instruire. Il s'agit de leur procurer les vrais moyens d'exister doucement par l'industrie et le travail ; et c'en est bien assez pour leur intelligence , sans la fatiguer vainement.
Les arts qu'on appelle libéraux ne sauraient fleurir sans écoles. La peinture , la sculpture, l'architecture, la musique, ont des éléments , des méthodes , des procédés , qu'il faut avoir appris. Ceci n'a pas besoin de preuve.
Dans la Grèce , chaque artiste célèbre tenait école dans son atelier : on s'y formait à son exemple , et il y joignait ses leçons.
En Italie , la peinture n'a été si florissante que parce qu'elle a eu des écoles ; et de tous les peintres fameux qu'elle a produits , le Corrége est le seul qui n'ait pris les leçons et la manière d'aucun maître ; mais dans un pays où un art est cultivé avec ardeur, un homme de génie n'a pas besoin de guide : son école est partout ; et instruit par tous les exemples , il ne s'asservit à aucun.
En France , les arts ne prospèrent que par l'institution vraiment royale de leurs écoles , soit à Paris , soit au centre de l'Italie. Osons le dire, si on avait donné le même soin à cultiver, à former les talents d'un ordre encore plus élevé que ceux de la peinture , de la sculpture et de l'architecture, la France abonderait en hommes distingués dans tous les états. Les écoles &q ces trois arts sont des modèles de l'émulation dont on pourrait animer tous les autres. Lorsque le roi de Suède vint à Paris pour la première fois , ce prince , qui voyageait en philosophe et qui observait en homme d'État , en voyant dans les salles de nos académies les chefs-d'œuvre de nos artistes , en parut vivement frappé. « Sire, lui dit le directeur de cette partie de l'administration, votre ma-