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EXPOSITION

pour fixer l'attention , mais sans orgueil et sans aucune emphase, en sorte qu'au lieu de promettre de grandes choses, elle en fasse espérer. " Muse, dis-moi la colère d'Achille, cette colère si fatale aux Grecs, et qui précipita dans le noir empire de Pluton les âmes de tant de héros. » Voilà le modèle du début ou de y exposition épique. Elle est comme la pierre de touche du sujet du poëme. Si Faction eu est simple , grande , intéressante, il sera facile de l'annoncer, et deux mots en feront sentir l'unité, la grandeur, l'importance. Si, au contraire, le sujet se présente vaguement ou confusément, ou ne promet rien qui d'avance nous intéresse et nous attache , c'est une marque qu'il est ingrat, et un avis pour l'abandonner.

Dans le poëme dramatique, V exposition est plus difficile, parce qu'elle doit être en action , et que les personnages euxmêmes, occupés de leurs intérêts et de l'état présent des choses, doivent en instruire les spectateurs, sans autre intention apparente que de se dire l'un à l'autre ce qu'ils se diraient s'ils étaient sans témoins.

L'art de Vexposition dramatique consiste donc à la rendre si naturelle, qu'il n'y ait pas même le soupçon de l'art : pour cela, il faut qu'elle réunisse les trois convenances du lieu, du temps, et des personnes.

Eschyle, inventeur de la tragédie, est peut-être de tous les poètes grecs celui qui expose ses sujets de la manière la plus simple et la plus frappante. Quoi de plus imposant en effet, que de voir dans les Euménides , à l'ouverture de la scène, Oreste environné des furies endormies par Apollon ; de le voir, la tête ceinte du bandeau des supphants , tenant une branche d'olivier d'une main, et de l'autre une épée encore teinte du sang de sa mère ? Quoi de plus imposant , que de voir dans les Perses une assemblée de vieillards attendre avec inquiétude des nouvelles de leur roi et de cette armée innombrable qu'il a menée dans la Grèce , et s'entretenir de la grandeur et des hasards de cette entreprise ? Dans la tragédie des Sept Chefs , le début est encore plus en action. Étéocle, au moment de voir sa ville assiégée, paraît entouré de son peuple, hommes, femmes, enfants; il leur annonce l'arrivée d'une armée nombreuse qui les menace , et il

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exhorte les uns à bien défendre la ville, les autres à faire des sacrifices et des prières aux dieux. Arrive un de ses espions, qui a reconnu l'armée des Argiens : « Témoin , dit-il , de ce que je viens vous raconter, j'ai vu leurs sept chefs immoler un taureau sur un bouclier , tremper leurs mains dans le sang , et faire d'horribles serments par le dieu Mars et par Bellone , ou qu'ils détruiront de fond en comble la ville de Cadmus , ou qu'ils périront sous ses murs ; la pitié est bannie de leur bouche et de leur cœur ; leur courage s'enflamme comme celui des lions à l'approche du combat. »

Sophocle avait pris la manière d'Eschyle dans l'art d'exposer en action: les deux OEclipe, ï Electre, VJntigone, en sont des exemples. Euripide expose aussi quelquefois avec le même art que Sophocle: ainsi, dans VAndromaque on voit cette princesse, au pied d'un autel, ouvrir la scène en rappelant et en déplorant ses malheurs : ainsi dans VOreste, on voit Electre assise à côté du lit de son frère endormi, et pour un moment délivré du tourment de ses remords ; on la voit, dis-je , verser des larmes , et se retracer , depuis Tantale jusqu'à Oreste , tous les désastres de sa famille, tous les crimes de ses parents. Vexposition de Vlphigénie en Aidide est la même que dans Racine; et par ces exemples l'on voit que si Euripide a trop souvent négligé Tartdes expositions, comme dans V Hippolyte , Y Electre, Vlphigénie en Tauride, VHécube, les Phéniciennes ^ la Médée, les Troyennes, les HéraclideSjV Hercule furieux, etc., ce n'était pas qu'il ne connût bien cet art où Sophocle excellait ; mais, soit que les spectateurs en tinssent peu de compte, soit que le poëte lui-même se fût persuadé qu'il était inutile , il est certain qu'il en a laissé presque toute la gloire à Sophocle; et c'est avec raison la manière de celui-ci que nos poètes ont préférée.

Le théâtre moderne a peu d'expositions aussi touchantes que celles que je viens de citer pour modèles; mais en cela même qu'elles sont moins pathétiques , elles sont plus adroites ; car une des premières règles du théâtre est que l'intérêt aille en croissant , et après une exposition qui arracherait des larmes ou qui saisirait de terreur, il serait difficile, durant cinq actes , de graduer les situations. Ainsi nos poètes , au lieu de jeter Tinté-

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