‹ Éléments de littératureChapitre 49 sur 50 · NASALE · texte numérisé non relu

NASALE

laissons retentir le son des nôtres jusqu'à ce qu'il expire, et l'articulation qui le termine est presque insensible à l'oreille. Ceux qui nous en fout un reproche supposent que le son ?iasal est un vilain son , et en effet ce sou est désagréable à l'oreille lorsqu'il n'a pas un timbre pur; sur quoi l'on peut faire une observation assez singulière : c'est qu'un homme à qui l'on reproche de parler ou de chanter du nez fait précisément tout le contraire , je veux dire qu'il a dans le nez quelque difficulté habituelle ou accidentelle qui s'oppose au passage du son fiasal, et qui le rend pénible et dur.

Le son nasal, de sa nature, ressemble au retentissement du métal; et quand l'organe est bien disposé, ce timbre de la voix ne la rend que plus harmonieuse. Mais alors on confond ce retentissement pur de la voix avec la voix même : il ne fait qu'un son avec elle; au lieu que, s'il est pénible, obscur, et en un mot déplaisant à l'oreille, on aperçoit ce vice, qui n'est pas dans la voix, mais dans l'organe auxiliaire , et pour en désigner la cause on appelle cela parle?' du nez, chanter du nez. Mais autant le son de \a?iasale est déplaisant lorsqu'il est altéré par quelque vice de l'organe, autant il est agréable lorsqu'il est pur; et l'on verra dans Varticle Harmonie , qu'il contribue sensiblement à rendre une langue sonore, et que la nôtre lui doit, en partie, l'avantage d'être moins monotone, plus mâle et plus majestueuse que celle des Italiens.

A l'égard des consonnes na^a/^s m, n^ il me semble qu'on n'a pas assez distingué les deux sons qu'elles font entendre : l'un, qui précède l'articulation et qui retentit dans le nez; l'autre, qui accompagne l'articulation et qui est le son pur de la voyelle. Que la langue appliquée au palais, ou que les lèvres jointes ensemble interceptent le son , et qu'il s'échappe par le nez , vous entendez le son nasal, le bruit confus ou de Vn ou de Vm-^ et ce bruit diffère de celui qui précède l'articulation de 1'/, en ce que celui-ci s'échappe par la bouche et ne passe point par le nez. Mais que la langue se détache du palais, ou que les lèvres se séparent, le même souffle qui passait par le nez sort par la bouche , et devient le son pur de la voyelle articulée. Ainsi le son nasal n'esl pas le son produit par l'articulation, mais le son occasionné par

la position de la langue ou des lèvres pour articuler Ym ou r;i ; et M. l'abbé de Dangeau s'est trompé lorsqu'il a dit que l'm n'était qu'un b qui passait par le nez. Qu'on intercepte absolument le son du nez, et qu'on articule les deux syllables ma et ba, on entendra les deux consonnes très-distinctes l'une de l'autre. La cause en est que l'application des deux lèvres n'est pas la même : pour le b, la lèvre supérieure prend son appui au-dessous de l'inférieure ; et pour l'm , les deux lèvres , d'un mouvement égal , ne font que s'unir et se détacher. L'??i et l'w à la fin d'un mot ne modifient point la voyelle précédente ; mais après avoir intercepté le son nasal, elles donnent une articulation faible, qui est celle de Ve muet. {Examen-e, deum-e.)

\ Noblesse. Il y a trois mille ans qu'Homère a défini mieux que personne la noblesse politique, son objet, ses titres, sa fin, lorsque dans Y Iliade (lib. XII) Sarpédon dit à Glaucus : « Ami, pourquoi sommes-nous révérés comme des dieux dans la Lycie? pourquoi possédons-nous les plus fertiles terres, et recevonsnous les premiers honneurs dans les festins? C'est pour braver les plus grands périls et pour occuper au champ de Mars les premières places ; c'est pour faire dire à nos soldats : De tels princes sont dignes de commander à la Lycie. »

C'est d'après cette idée d'élévation dans les sentiments, et d'après les habitudes qu'elle suppose, que s'est formée l'idée de noblesse dans le langage. Des âmes sans cesse nourries de gloire et de vertu doivent naturellement avoir une façon de s'exprimer analogue à l'élévation de leurs pensées. Les objets vils et populaires ne leur sont pas assez familiers pour que les termes qui les représentent soient de la langue qu'ils ont apprise. Ou ces objets ne leur viennent pas dans l'esprit, ou si quelque circonstance leur en présente l'idée , et les oblige à l'exprimer, ie mot propre qui les désigne est censé leur être inconnu , et c'est par un mot de leur langue habituelle qu'ils y suppléent. Voilà le caractère primitif du langage et du style noble. On sent bien qu'il a dû varier dans ses degrés et dans ses nuances, selon les temps , les lieux, les mœurs et les usages ; qu'il a -dû même recevoir et

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