PÉRITONITE
L'inflammation du péritoine constitue le plus souvent une affection symptomatique ; mais cependant des observations irrécusables établissent que ceLte inflammation peut exister en l'alisence de tout autre état morbide, et constituer une maladie essentielle.
La péritonite essentielle se présente sous trois formes : la forme commune ; la forme bénigne ou circonscrite ; la forme foudroyante.
I. Forme commune. — Cette forme débute par un frisson, une douleur de ventre et des vomissements. Le frisson n'est pas violent ; c'est une sensation de froid avec pâleur et déjà sentiment de défaillance. Le pouls est petit, serré, fréquent. La chaleur qui succède au frisson est souvent encore interrompue par un retour de froid. La douleur très-aiguë, portant à la lipothymie, apparaît dans un point, se propage rapidement à tout le ventre; s'exaspère par le moindre mouvement, par l'attouchement le plus léger; elle immobilise les malades. Les vomissements manquent quelquefois chez les enfants ; mais habituellement ils sont répétés, bilieux, d'un vert porracé, extrêmement douloureux. La constipation est aussi un phénomène du début, au moins chez l'adulte.
La maladie, ainsi constituée dès le premier jour, augmente très-rapidement d'intensité. La douleur est plus aiguë, et s'accompagne de crampes dans les membres ; le ventre se ballonne considérablement; les intestins, dont la tunique musculaire est paralysée par suite de l'inflammation de la séreuse, se laissent distendre outre mesure, et se dessinent à travers les parois abdominales. Cette paralysie produit presque toujours
la constipation ; propagée à la vessie, elle détermine la rétention d'urine. La respiration est courte, accélérée, entièrement costale ; parce que les contractions du diaphragme sont empêchées par la paralysie due à l'inflammation de la séreuse, et par la douleur. Le mouvement fébrile est continu; la face pale, amaigrie, grippée. Si la maladie doit se terminer par la mort, le pouls faiblit de plus en plus, et finit par disparaître complètement; le faciès devient tout à fait hippocratique et prend une teinte asphyxique ; les malades se refroidissent et meurent avec l'aspect des cholériques. La douleur du ventre cesse habituellement dans les dernières heures.
Si la maladie doit se terminer par la guérison, ce qui est rare, les vomissements cessent, la douleur diminue, le faciès devient meilleur, le pouls se relève, le mouvement fébrile décroît, les selles et les urines se rétablissent, et, après le premier septénaire, les malades entrent en convalescence. Dans des cas extrêmement rares, mais dont il existe cependant des exemples authentiques, la guérison se produit après l'évacuation du pus à l'extérieur. Dans ce cas, il se produit une tumeur molle, réductible, sans changement de couleur à la peau; tumeur qui, dans un cas, a été prise pour une hernie ; puis, cette tumeur rougit, s'ulcère, et laisse écouler plusieurs litres de pus. Une fistule persiste pendant quelque temps, finit par se fermer et la guérison est complète.
IL Forme foudroyante. — La maladie débute subitement par les douleurs, la dépression du pouls, l'altération considérable des traits, le refroidissement et l'état lipothymique. La maladie marche très-rapidement; le pouls disparaît après six, douze ou dix-huit heures, et la mort arrive souvent dans la première journée, au plus tard dans la seconde. Cette forme est plus fréquente dans la première enfance.
III. Forme bénigne ou circonscrite. — La péritonite circonscrite est beaucoup moins grave que les deux formes précédentes ; elle débute par une douleur qui reste bornée à une région de l'abdomen ; la tympanite est circonscrite comme la douleur; le mouvement fébrile est plus franchement inflammatoire,
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et la face est rouge au lieu d'être pâle. — Les vomissements de bile verte et la constipation existent habituellement. La marche de la maladie est bien plus lente, elle se termine habituellement par un abcès qui s'ouvre au dehors ou dans l'intestin. C'est là une terminaison heureuse. Mais cet abcès peut s'ouvrir dans la cavité péritonéale,ou bien propager l'inflammation au reste du péritoine ; et, dans les deux cas, les malades succombent avec les symptômes des deux formes précédentes. La pelvi péritonite décrite par Bernuts est la forme la plus habituelle des péritonites circonscrites. (Voir ce chapitre)
Étiologie. — Les causes de la péritonite essentielle sont fort mal connues. — L'impression du froid, les boissons froides surtout, ont été considérées comme une condition favorable au développement de la péritonite. Cette maladie est fort rare, peut-être est-elle plus fréquente dans la première enfance.