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CHAPITRE V

La tumeur est formée parun kyste contenant, dans sa cavité, un liquide extrêmement limpide, dépourvu d'albumine, et dans lequel nage une quantité plus ou moins considérable de sphères transparentes, très-variables de volume, et contenant ellesmêmes un liquide analogue à celui du kyste : ce sont des hydatides.

Les travaux des naturalistes modernes ont démontré que les hydatides étaient des échinocoques. lÀéchinocoque est un teenia incomplètement développé.

Les hydatides siègent principalement dans le foie; elles se développent surtout de 20 à 40 ans. Cependant on peut en rencontrer à tous les âges. Cette maladie est rare chez les marins; elle est très- fréquente dans l'Allemagne cenlrale, plus fréquente encore en Hollande, où elle atteint un cinquième de la population.

Le début de cette maladie est toujours fort obscur. Une dou-

leur, ou plutôt un sentiment de gêne habituel dans l'hypochondre où siège la tumeur; douleur souvent plus marquée la nuit; une tumeur qui se prononce de plus en plus, occupe l'épigastre ou l'un des hypochondres, bien plus souvent le droit; tumeur arrondie, globuleuse, mate, élastique, fluctuante, donnant quelquefois la sensation d'une vibration particulière, frémissement hijdatique. Dans un cas, on a même pu entendre une sorte de tintement métallique très-distinct.

Quant l'hydatide siège sur la face convexe elle repousse le foie qui déborde les fausses côtes ; elle dilate la cage thoracique et repousse le poumon, quelquefois jusqu'à la clavicule. Il y a alors une matité absolue et très-circonscrite ; absence de souffle, de bronchophonie et d'égophonie. Ce dernier signe peut apparaître quand il y a un léger épanchement pleurétique concomitant.

La maladie marche lentement, avec des aggravations et des remissions ; mais après des années elle finit par arriver à une des terminaisons suivantes.

Ces terminaisons sont : a) mort par compression du poumon; b) guérison par atrophie de l'hydatide ; c) ouverture de l'hydatide : 1° à l'extérieur; 2° dans l'intestin; 3° dans l'estomac; 4° dans le péritoine; 5° dans les voies biliaires; 6° dans la cavité pleurale; 7° dans les bronches.

a) Mort par le développement excessif de l'hydatide.

— Ce genre de terminaison est fort rare ; nous ne l'avons jamais observé, et nous n'en connaissons qu'une seule observation ; le malade succomba asphyxié par la compression des poumons.

b) Guérison par atrophie de l'hydatide. — Dans ce mode de terminaison l'échinocoque meurt, le kyste devient de plus en plus épais, cartilagineux et osseux ; le liquide s'épaissit, prend l'appprence du lait de chaux ; plus tard, il ne reste plus qu'un magma crétacé, dans lequel on retrouve des débris d'hydatides.

c) Ouverture de l'hydatide. — 1° à l'extérieur. L'ouverture de l'hydatide à l'extérieur est, après la précédente, la terminaison la plus heureuse. L'ouverture spontanée des hydalides

est toujours précédée de l'inflammation du kyste ; c'est le mécanisme nécessaire; il n'y a pas rupture mais perforation, comme dans les abcès.

La poche se vide de son liquide et de ses hydatides, elle suppure et se rétrécit de jour en jour. Si la guérison doit avoir lieu, la suppuration diminue, les parois se rapprochent, et la cavité morbide disparaît comme après un abcès. Mais le malade peut succomber aux accidents qui suivent l'ouverture des grands abcès, ou encore à une seconde ouverture qui se fait en un lieu moins favorable. Car il est d'observation que, quand une collection s'ouvre en un point, le travail d'ulcération est déjà très-avancé dans deux ou trois endroits différents; et souvent, malgré l'évacuation du liquide, ce travail d'ulcération continue et les perforations deviennent multiples.

2° Ouverture dans F intestin, — Terminaison habituellement heureuse; elle s'accompagne de diarrhée abondante et d'évacuation des hydatides par les selles. La prolongation et l'abondance de la diarrhée peuvent amener la mort.

3° Dans l'estomac. — Cette terminaison est moins favorable que la précédente, les hydatides sont rendues par le vomissement.

•4° Dans les voies biliaires. — Cette terminaison n'est pas très-rare. Les hydatides s'évacuent par le canal cholédoque. Cette évacuation est difficile, donne lieu aux symptômes de la rétention biliaire; ictère et colique hépatique.

Celte terminaison se complique d'hépatite et d'abcès du foie.

5° Dans le péritoine. — Terminaison mortelle en quelques heures par le développement d'une péritonite suraiguë.

6° Dans le thorax. — Quand les hytatides sont situées à la face convexe du foie et que le kyste vient à s'enflammer, cette inflammation se propage au diaphragme et détermine des adhérences intimes entre la tumeur et le diaphragme; delà l'inflammation se propage à la plèvre; et, suivant qu'elle est intense ou modérée, elle produit deux effets bien différents :

intense elle détermine un épanchement qui s'oppose à l'adhérence du diaphragme et du poumon, et quand l'ulcération a perforé le diaphragme, le kyste hydatique se vide dans la cavité pieurale et aggrave considérablement la pleurésie qui suppure et détermine habituellement la mort. Mais, si, au contraire, l'inflammation qui du péritoine et du diaphragme gagne la plèvre pariétale est modérée, des adhérences solides s'établissent entre le poumon et le diaphragme, et par une succession de petits abcès, qui tous communiquent ensemble, la poche hydatique finit par se vider dans les bronches. Cette terminaison peut ammener la guérison ou la mort. Quelquefois l'abondance du liquide suffoque le malade ; d'autres fois il succombe épuisé par une longue suppuration. Quand la guérison a lieu, ce qui n'est pas très-rare, le malade crache pendant longtemps du pus coloré par la bile et mélangé du débris d'hydatide. Puis, quand la poche est vidée, elle se cicatrise et la guérison est définitive.

Traitement. — Nous ne possédons aucun renseignement clinique sur le traitement pharmaceutique des hydatides; la matière médicale nous offre très-peu de renseignements.

Dans un cas terminé par l'ouverture du kyste dans les bronches et la guérison du malade, j'ai employé le natrum muriaticum sans toutetois pouvoir affirmer que ce médicament ait eu une action sur la marche de la maladie.

Si le kyste est ouvert à l'extérieur, il sera bon de faire des injections iodées (eau distillée et teinture d'iode par parties égales). C'est le traitement qui réussit le mieux après l'ouverture des grands abcès.

Si la tumeur n'est pas ouverte et que son volume soit déjà considérable, on l'attaque par le procédé Récamier. Ce procédé est sûr, pourvu qu'on ne veuille pas aller trop vite. Premier jour, application de potasse caustique qui doit détruire le derme dans une longueur d'au moins 4 à 6 centimètres ; deux jours après on fend l'eschare, on l'enlève et on attaque le tissu musculaire par des cautérisations successives; on maintient les parois abdominales aussi immobiles que possible. Arrive au

péritoine il faut encore attendre quelques jours avant d'ouvrir. L'opération totale demande au moins quinze jours pour être conduite à bonne fin. Le procédé de Bégin, celui de Trousseau peuvent être également employés.

■Les adhérences étant établies, on pratique une ponction avecuntrocart ordinaire, suivie d'une injection avec Veau iodée. Si ce traitement ne suffît pas, ou s'il survient une inflammation du kyste avec suppuration, on ouvre largement et on pratique des injections fortement iodées ; un tiers, moitié, trois quarts de teinture d'iode ; puis enfin la teinture d'iode pure.

Les injections dans la proportion d'un gramme de la 1" trituration de nitrate d'argent pour 200 grammes d'eau qui m'ont été indiquées par le Dr Teste pour le traitement des abcès froids et qui m'ont réussi plusieurs fois, pourraient être essayées si la teinture d'iode ne réussissait pas. La simple ponction avec l'appareil de Dieulafoy a dans plusieurs cas amené une guérison radicale. Cette opération est habituellement exemple de dangers, elle devra donc être tentée la première.

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