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CHAPITRE VI

Ces calculs, de forme et d'apparence très-diverses, multiples ou isolés, peuvent se développer dans le canal hépatique et ses ramifications; mais ils prennent naissance le plus habituellement dans la vésicule biliaire; ils sont formés le plus souvent aux dépens de la cholestérine. On en trouve qui sont composés de substances calcaires, unis ou non aux acides spéciaux delà bile; les cholafes et les margarates de chaux sont surtout fréquents. Arrondis ou ovoïdes, quand ils sont uniques, à facettes el mûrifornies, quand ils sont multiples, habituellement 'l'un vert-brun, ils sont quelquefois entièrement noirs; d'autres fois blancs et transparents comme des morceaux de gomme ;ils peuvent êtrede couleurs mélangées et présenter des points bril- Jousset. 2° édit. t. h, | ;

lants comme le mica; à l'état frais, ils sont comme vernissés et deviennent mats par la dessication ; ils sont habituellement assez mous. Ces concrétions se forment habituellement chez les goutteux et coïncident souvent avec la gravelle urique. C'est après 50 ans qu'ils sont le plus fréquents. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes, et les enfants en sont quelquefois atteints, lisse développent principalement chez les hommes de cabinet. Une trop longue distance entre les repas est une circonstance étiologique favorable à leur développement.

Tout ce qui gêne et retarde la circulation de la bile dans ses voies d'excrétion est une cause de calculs ; l'inflammation catarrhale de la vésicule et des canaux cholédoque et hépatique est la cause la plus fréquente de la lithiase biliaire. Des corps étrangers: caillots sanguins, lombric, aiguille, etc., deviennent facilement le centre et la cause d'un calcul biliaire.

Très-souvent les calculs biliaires peuvent persister toute la vie sans déterminer d'accidents sérieux et sans que les souffrances vagues qu'ils occasionnent permettent d'en établir le diagnostic. Ceci arrive toutes les fois que les calculs, par leur petitesse, par leur situation dans la vésicule, ou par leur immobilité dans un recoin des voies biliaires, n'apportent aucun obstacle au cours de la bile.

Les accidents que peuvent déterminer les calculs biliaires sont très-nombreux. Ce sont, en première ligne, la colique hépatique, Yhépatiie, la rétention de la bile et la distension de la vésicule qui en est la suite; Y inflammation, Y ulcération et la perforation des voies biliaires, la péritonite, soit par suite de cette perforation, soit par extension de l'inflammation.

Colique hépatique. - Cet accident excessivement douloureux commence toujours pendant la digestion, deux à trois heures après le repas. Il débute brusquement par une douleur qui occupe d'abord l'épigastre, gagne l'hypochondre droit, s'irradie à l'abdomen et quelquefois à l'épaule droite, quelquefois au cœur. La douleur excessive arrache des cris aux malades s'accompagne d'angoisses et de tendance au refroidissement et à la syncope; les vomissements de matières alimentaires ou de

mucus accompagnent cette douleur; la constipation est opiniâtre. La colique hépatique peut se terminer en un seul accès au bout de quelques heures ; mais souvent elle présente plusieurs accès qui constituent une attaque. Chaque accès est habituellement suivi d'un ictère plus ou moins intense, avec coloralion pathognomonique de l'urine, décoloration des selles et démangeaison de la peau. S'il doit survenir d'autres accès, le malade reste dans l'angoisse et l'appréhension. Quand le dernier accès est terminé, la douleur cesse souvent brusquement, les selles se rétablissent en même temps que l'ictère diminue ra- ' pidement. Les coliques hépatiques s'accompagnent de refroidissements, de sueurs froides, et acquièrent quelquefois une telle intensité qu'on a vu survenir la mort par syncope (Portai).

Le retour des accès a quelquefois la régularité du retour d'accès de fièvre intermittente.

Le pouls est habituellement sans fréquence ; mais quand les accès très-douloureux se rapprochent, il devient petit, misérable et fréquent. Il n'est pas rare alors d'observer un mouvement fébrile rémittent d'une certaine durée.

Hépatite. — L'hépatite survient quelquefois comme conséquence d'accès très-répétés de colique hépatique et d'obstacle au cours de la bile. Elle est caractérisée par une douleur sourde, l'augmentation du volume du foie qui dépasse les fausses côtes de deux, trois et même quatre travers de doigt. Elle détermine des symptômes généraux très-graves quand elle se prolonge et peut passer à l'état chronique.

Rétention de la bile, accident d'acholie et distension des voies biliaires. — La rétention de la bile, indépendamment de l'ictère, détermine une distension des voies biliaires, qui est surtout bien appréciable pour la vésicule. Ce réservoir qui, dans des cas rares, atteint un volume tel qu'il remplit la plus grande partie de l'abdomen, est souvent de la grosseur d'un œuf ou du poing. Dans cet étal, la vésicule peut être sentie à travers les parois de l'abdomen au-dessous des fausses côtes où elle forme une tumeur molle et fluctuante ; tumeur qui suit les mouve---

ments du diaphragme el dans laquelle la palpa Lion, la percussion el l'auscultation permettent quelquefois de constater le bruit de collision dû à la présence de calculs biliaires. Quand la rétention de la bile est absolue on observe quelquefois des accidents convulsifs et comateux, dus à la rétention dans le sang des principes oxcrémentitiels destinés à cire éliminés par le foie.

Inflammation, ulcération et perforation des voies biliaires, péritonite. — La rétention cle la bile, d'autres fois la présence seule des calculs détermine une inflammation des voies "biliaires et à la suite l'ulcération et la perforation de ces voies. Quand l'inflammation marche lentement, des adhérences s'établissent entre la partie ulcérée et la partie voisine ; et la vésicule, par exemple, peut s'ouvrir dans l'intestin, dans les calices du rein, ou déterminer un abcès qui s'ouvre à l'extérieur; mais, quand ces adhérences ne se forment pas, ou quand elles sont peu solides et incomplètes, la perforation détermine une communication entre les voies biliaires et la cavité péritonéale et une péritonite suraiguë et sans espoir. Il existe malheureusement trop d'exemples de cette fâcheuse terminaison. D'autres fois la péritonite se produit sans perforation, et par la seule propagation de l'inflammation.

Traitement. — Calcarea carbonica, hepar sulfuris, lachesîs, silicea, sulfur, sont indiqués par les auteurs pour détruire les calculs biliaires; mais ni la matière médicale, ni la clinique ne permettent d'accorder une grande confiance à ces différents médicaments, ou de préciser l'indication de chacun d'eux.

En dehors des médicaments hoimcopalhiques, les eaux de Garlsbad, celles de Pougues et celles de Vichy sont les plus indiquées.

Traitement de la colique hépatique. — Belladona convient à la douleur excessive qui force à se plier en deux, douleur Accompagnée de ballonnement considérable et de vomissement. Ce médicament m'a souvent réussi à la 3° dilution, une cuillèreè toutes les demi-heures ou toutes les trois heures suivant l intensité des douleurs.

Chamomilla est indiquée aussi par des douleurs excessives et quelquefois on se trouve bien de l'alterner avec belladona. 11 est indiqué par une angoisse allant jusqu'à la jaclitalion; il correspond à l'ictère.

Digitalis est le médicament principal quand il y a douleur violente avec sensation comme si la vie allait s'éteindre; état lipothymique. Ce médicament est encore indiqué par l'ictère. Hartmann en a retiré de bons effets; mêmes doses que pour belladona.

Arsenicum est aussi le médicament de la colique hépatique avec syncope. « Le malade est sans connaissance, sa face est d'une pâleur mortelle et recouverte d'une sueur froide ; syncope, efforts de vomissements qui restent infructueux. » Hartmann a fait disparaître cet état si grave par une seule dose d'arsenic; il n'indique par la dilution. Ce médicament m'a souvent réussi.

Il est aussi indiqué au début quand il y a douleur brûlante, vomissements fréquents, grande faiblesse, expression de douleur sur la figure.

Bryonia 3e, puis 2°, puis lr° m'a donné de bons résultats : coliques hépatiques avec aggravation des douleurs par le moindre mouvement.

Nux vomica comme prophylaxie chez les malades sujets à des accès fréquents de coliques hépatiques. On le donne pendant quatre jours, tous les quinze jours, puis tous les mois. C'est à la 12e dilution qu'il m'a réussi.

Lachesis 3e et 0e m'a été utile dans des cas de coliques hépatiques d'une durée de plusieurs jours accompagnées d'un mouvement fébrile rémittent avec des signes d'hépatite.

Vipera torva (3° dil.) m'a réussi dans un cas d'hépatite avec gonflement très -no table du foie.

Le Dr Emery (de Lyon) recommande ricinm 8° dilution contre la colique hépatique. Depuis plusieurs années j'ai souvent employé ce médicament et toujours avec succès.

Régime. — On ignore quels sont les aliments qui favorisent la formation des calculs biliaires (Valleix). Nous ne saurions donc prescrire un régime dans cette maladie. Trousseau ron-

seille un régime à la fois animal et végétal, mais plus particulièrement l'usage des végétaux herbacés. 11 veut qu'on évite la graisse, l'huile et le beurre.

Traitement de V hépatite. — Lachesis, vipera, solubilis, china, sont les principaux médicaments. Nous reviendrons sur ce traitement à propos cle Vabcès du foie.

Traitement cle rétention de la bile et dilatation des voies biliaires. — Il n'y a pas d'autres traitements pharmaceutiques que celui dirigé contre les calculs biliaires ; mais la dilatation excessive de la vésicule demande quelquefois un traitement chirurgical. Des adhérences étant préalablement établies à l'aide du procédé Récamier, ou Bégin, ou môme à l'aide de l'acupuncture de Trousseau, on pénètre dans la tumeur par une large incision; habituellement elle contient un liquide visqueux incolore, avec un nombre cle calculs plus ou moins considérable. Cette opération a quelquefois amené la guérison radicale cle la maladie.

Traitement des abcès de la vésicule. — Le traitement est le même que pour la dilatation de la vésicule.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit ailleurs du traitement des perforations et de la péritonite.

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