ICTÈRE. — FORME COMMUNE
I. Forme commune. — Le prodrome le plus habituel est l'anorexie] anorexie qui précède l'apparition de l'ictère pendant plusieurs semaines. Quelquefois on observe du malaise, des frissons, de la courbature, et un mouvement fébrile, peu intense, mais cependant bien caractérisé au début de la maladie. On doit noter, comme un prodrome fort important, la présence de la matière colorante de la bile dans l'urine plusieurs jours avant l'apparition de la coloration jaune de la peau et des conjonctives. D'autres fois, au contraire, l'ictère débute brusquement après une violente colère ou une grande [frayeur, et quelques heures suffisent pour que la coloration caractéristique ait envahi la face et la plus grande partie de la peau.
Que le début ait été brusque ou précédé de prodromes, la maladie se trouve constituée par lacolorationjaunedelapeau et des conjonctives ; une douleur dans l'hypochondre droit ou à l'épigastre; une anorexie complète; habituellement de la constipation, quelquefois de la diarrhée ; le ralentissement du pouls. Elle persiste en cet état pendant deux et trois septénaires, sans présenter de diminution; elle se prolonge quelquefois plus longtemps, surtout quand elle est mal traitée.
La coloration de la peau est d'un jaune plus ou moins foncé; elle débute d'abord à la face, vers les ailes du nez et le tour de la bouche ; elle gagne ensuite la poitrine et les bras, le cou et l'abdomen; enfin, les avant-bras et les membres inférieurs. Aux mains, la jaunisse apparaît sous les ongles. La jaunisse augmente chaque jour, et acquiert une coloration plus ou moins foncée. Les muqueuses sont aussi le siège de l'ictère ; la conjonctive et le voile du palais sont les deux sièges principaux de la coloration morbide. Il ne faut pas oublier qu'il n'y a jamais ictère véritable sans coloration jaune des sclérotiques. Les urines présentent une coloration rouge foncé; et, par l'addition de l'acide nitrique, on détermine une coloration vert foncé, due à la précipitation de la matière colorante de la bile, coloration qui devient ensuite de couleur pourpre par l'altération de cette matière colorante. La constipation est habituelle dans l'ictère; les matières sont blanches, décolorées. Quand il y a de la diar-
rh.ee, les matières sont quelquefois colorées, quelquefois décolorées»
Le pouls est habituellement ralenti; mais quelques malades présentent, au début, un petit mouvement fébrile de peu de durée et de peu d'intensité.
On observe encore du prurit à la peau ; quelquefois des vomissements. Les vomissements sont alimentaires ou composés d'un mucus filant et blanchâtre, quelquefois ils sont bilieux; mais on constate toujours une anorexie et une impossibilité de digérer, qui persiste autant que la maladie.
La guérison s'annonce par le retour de l'appétit et des digestions ; elle peut être considérée comme complète, quoique la coloration jaune des téguments persiste encore quelques jours. La coloration des urines par la bile précède habituellement de quelques jours la coloration de la peau, et peut faire prévoir l'ictère. Gomme aussi elle disparaît avant que la peau ait repris sa coloration normale.
IL Forme bénigne. — Caractérisée par la coloration de la peau, des sclérotiques et des urines. Cette forme s'accompagne d'une anorexie bien moindre et dure au plus un septénaire.
III. Forme maligne. — Cette forme est caractérisée par l'apparition d'hémorrhagies multiples et de symptômes cérébraux extrêmement graves ; et, le plus souvent, par la destruction des cellules hépatiques (atrophie aiguë du foie). Nous disons le plus souvent parce que cette lésion n'est pas constante. Trousseau affirme qu'elle manque quelquefois et Charcot enseigne positivement que l'atrophie jaune aiguë du foie n'est pas une lésion constante de l'ictère malin. Elle présente deux variétés : la première, plus longue, est composée de deux périodes distinctes; la seconde, extrêmement rapide dans sa marche, ne présente qu'une période.
Variété à deux périodes. — lrC période. — D'une durée de un à trois septénaires, cette période est caractérisée par des symptômes très-vagues : malaises, anorexie, courbature, doueurs articulaires et surtout une faiblesse qui va croissant ; puis