CHAPITRE II
ÉPISTAXIS
Celle affection constituée par l'hémorrhagie de la membrane muqueuse des fosses nasales, apparaît dans des circonstances bien diverses. Tantôt elle existe indépendamment de toute maladie actuelle, c'est alors Yépistaxis essentielle; d'autres fois elle constitue un symptôme commun à des maladies très-nombreuses, dont les principales sont: le purpura hœmorrhagica, les fièvres continues et éruptives; elle constitue quelquefois une variété de fièvre intermittente; c'est un symptôme fréquent de Y insuffisance des valvules aortiques. L'épistaxis est encore symptomatique de Y état cachectique ; elle peut remplacer les règles supprimées. Enfin Y hémorrhagie nasale est un phénomène critique extrêmement fréquent dans les fièvres et dans les phlegmasies.
Epistaxis essentielle. — Il sera peut-être démontré un jour que l'épistaxis est toujours liée à la maladie hémorrhoïdaire, soit comme affection concomitante, soit comme atïection antécédente. Mais affection ou maladie, l'épistaxis dont nous traitons devait avant tout être nettement séparée de l'épistaxis symptomalique accidentelle, et de l'épistaxis critique.
L'épistaxis présente des degrés très-nombreux et peut être divisée en plusieurs variétés, d'après l'abondance de l'écoulement sanguin.
Etiologie. — Cette maladie est surtout fréquente pendant la seconde enfance et au commencement de l'âge adulte ; vers 40 ans, elle est souvent remplacée par un flux hémorrhoïdaire. Les personnes sujettes à l'épistaxis présentent en général une peau fine et très-vasculaire ; les femmes ont en même temps des règles très-abondantes. Le printemps et Tété sont les deux saisons pendant lesquelles la maladie sévit le plus frequeni-
Tes émotions morales, les pleurs, l'insolation, un travail
KPISTAX1S. TRAITEMENT. 225
intellectuel assidu, des boissons alcooliques, les coups sur le nez, sont les causes occasionnelles les plus fréquentes.
Description. — L'épistaxis est souvent annoncée par de la céphalalgie, de la chaleur et de la rougeur à la face, un chatouillement dans les fosses nasales, et, si l'hémorrhagie doit être abondante, un pouls grand et dicrote ; le sang coule habituellement d'une seule narine, par gouttes précipitées ou par jet continu; habituellement l'hémorrhagie s'arrête d'ellcmôme, pour reprendre après quelques minutes. Le plus sou vent elle se termine complètement, après avoir fait perdre au malade de 100 à 120 gr. de sang. Alors la céphalalgie et la chaleur delà tête cessent, et les malades se trouvent tout à fait bien.
Mais, dans quelques cas, les hémorrhagies se succèdentà de très-courts intervalles pendant douze, vingt-quatre, quarantehuit heures, et amènent une perte de sang considérable : d'où pâleur, faiblesse du pouls, état lipothymique et syncope. La mort surviendrait si l'art n'intervenait point en temps opportun.
Quand les malades sont couchés, le sang s'écoule par l'ouverture des fosses nasales et est ensuite rejeté par la bouche.
Si l'épistaxis survient pendant le sommeil, le sang peut être avalé, et il est ensuite rendu par le vomissement et simule Yhrmatémèse. Le même phénomène se produit chez les enfants qui avalent le sang, au lieu de le cracher. La maladie procède par attaques revenant habituellement plusieurs fois par an, et chaque attaque se compose de plusieurs accès.
Traitement. — Il se divise en traitement de la disposition au saignement du nez et traitement de l'accès.
Nux vomica est le médicament qui est le plus souvent indiqué contre la disposition au saignement du nez ; il réussit presque à coup sûr si l'épistaxis est précédée de céphalalgie avec sentiment de chaleur à la tête, si elle survient habituellement la nuit. Si nux vomica ne sufusait pas, il faudrait administrer sulfur ou calcarea. Ce dernier convient principalement quand les hémorrhagies sont extrêmement abondantes.
Lachesis est plus particulièrement indiqué chez la femme et Jousset, 2° edit. i t t ,K
pendant la ménopause ; avant cet âge il convient encore quand l'épistaxis survient quelques jours avant les règles. Hamamelis de la lr° à la 3e dilution est très-indiqué par une hémorrhagie abondante.
Pendant l'accès, aconitum, arnica, crocus, moschus,phosphorus, china, pulsatilla. ferrum perchloricum, sont principalement indiqués.
Crocus convient contre les hémorrhagies violentes. Le caractère des hémorrhagies du crocus est de fournir un sang noir et visqueux.
Moschus aurait, d'après Hartmann, fait cesser en quelques minutes des hémorrhagies les plus violentes, accompagnées d'un état lipothymique.
Phosphoi'us m'a réussi dans un cas d'épistaxis qui durait depuis plusieurs heures avec violence chez un homme atteint d'une affection du cœur.
China est indiqué aussi contre les hémorrhagies opiniâtres.
Pulsatilla, quand l'hémorrhagie est liée à un retard des règles.
Arnica pour l'hémorrhagie traumatique.
Ferrum perchloricum est un bon moyen dans les hémorrhagies ; il m'a souvent réussi à la 3e dilution en gouttes ; il n'y aurait aucun inconvénient à prescrire quelques gouttes de la teinture mère.
Quand les hémorrhagies se répètent fréquemment et sont fort abondantes, il ne faut pas hésiter à seconder l'action des médicaments par des moyens extérieurs : les principaux son l'élévation du bras du côté où se fait l'épistaxis; lacompressiont de la narine; l'action vive et subiLc du froid, soit sous forme d'affusion, soit appliqué sur le front, sur le scrotum, sur les mamelles et dans le dos ; la vaporisation de l'éther appliqué sur le front a réussi dans un cas très-rebelle. La compression de la carotide primitive du côté malade est un moyen fort efficace.
Mentionnons enfin l'aspiration d'une eau mélangée de perchlorure par parties égales ; l'application de bourdonnets de charpie imbibés de perchlorurc dans les mômes proportions e
OZÈNE.
le tamponnement. Ce dernier moyen, qui est une ressource si précieuse dans les cas graves, se pratique de la manière suivante: on fait suivre à la sonde de Belloc le plancher des fosses nasales ; quand l'instrument est arrivé derrière le voile du palais, on lâche le ressort qui porte dans la bouche le bouton terminal de cet instrument ; on introduit dans le chas de ce bouton un fil double assez long et très-fort comprenant dans son anse un tampon de charpie suffisamment volumineux pour oblitérer l'ouverture postérieure des fosses nasales. A ce tampon est fixé un fil simple destiné à empêcher sa chute clans l'arrièregorge lorsqu'on voudra enlever l'appareil. Le tampon de charpie est porté derrière le voile du palais et fixé fortement clans l'ouverture postérieure des fosses nasales à l'aide du fil double qui a été entraîné par la sonde de Belloc à travers les fosses nasales ; puis des bourdonnets de charpie sont placés dans l'écarlement des deux fils et fixés à l'ouverture extérieure des fosses nasales, et le fil double noué solidement sur ce tampon extérieur. Les fosses nasales se trouvent complètement fermées par ce procédé. Quand on veut enlever cet appareil, on coupe le fil qui retient le tampon antérieur et on retire le tampon postérieur à l'aide du fil simple resLé dans la bouche.