RAMOLLISSEMENT PAR OBLITÉRATION ARTÉRIELLE
L'étude des thromboses artérielles et des embolies a jeté un nouveau -jour sur l'histoire des ramollissements du cerveau, .jadis confondus avec les encéphalites. On doit donc aujourd'hui décrire sous le nom de ramollissement cérébral, une gangrène cérébrale par oblitération artérielle. Seulement, comme le travail de mortification se passe en dehors du 'contact de l'air, tout se borne à un ramollissement sans décomposition putride, une nècrobiose comme on dit aujourd'hui.
Division.— Le ramollissement du cerveau se présente sous deux formes : la forme apoplectique et la forme hémiplégique.
1. Forme apoplectique. -La maladie est ou non précédée jk Prpdromes.Quand l'oblitération artérielle est produite par une Çmbohe, d n'y a pas de prodromes, de prodromes cérébraux au -noms, car on peu! toujours constater les signes d'une affection pardiaque. Donc, dans le cas d'em W*M' apoplexie esl subite le fcalade tombe frappé comme d'un co.up de foudre avec perte'de la co.ii,a,ssa,uv. d„ mouvement et de ta sensibilité. 11 n'y a pa^
de fièvre,, et la température ne s'élève pas, signe diagnostique important pour distinguer le ramollissement de l'encéphalite.
Quand il y a des prodromes, et ils sont constants lorsqu'il existe des endartérites des artères du cerveau et que l'oblitération se fait par thromboses, ce sont des céphalalgies dans un point fixe, des vertiges, une diminution de la mémoire et dos facultés intellectuelles. Quelquefois des symptômes de paralysie incomplète : difficulté de la parole, engourdissement et faiblesse d'un membre ; quelquefois au contraire les malades présentent des signes d'excitation cérébrale. Après une durée plus ou moins longue de la période prodromique, les malades tombent toul à coup frappés d'apoplexie comme dans le cas précédent.
Les malades peuvent succomber dans le coma après 24 ou 48 heures. Plus rapidement encore si le ramollissement siège dans la protubérance. Mais le plus souvent après 12, 24 ou 48 heures la connaissance reparaît, mais ordinairement le malade reste hémiplégique et presque toujours aphasique, quand l'hémiplégie siège du côté droit, parce que la lésion atteint la 3e circonvolution frontale du côté gauche. Pendant la" première semaine le malade est exposé à un retour offensif, soit par suite des hémorrhagies qui se produisent par excès de pression dans les artères non oblitérées, soit par une encéphalite développée autour du foyer de ramollissement. S'il y a hémorrhagie la température s'abaisse ; si au contraire il y a encéphalite la température s'élève. Mais le résultat de l'hémorrhagie comme celui de l'encéphalite est un eaggravation de la paralysie et quelquefois un retour des symptômes d'apoplexie et la mort prématurée du malade.
Si le malade doil guérir complètement, cette terminaison heureuse se produit dans les huit premiers jours par destruction du caillot ou rétablissement périphérique de la circulalion, mais le plus souvent les malades restent hémiplégiques, vivant ainsi des mois et des années, et succombent, soit à de nouvelles attaques, soit à une maladie intercurrente.
IL Forme hémiplégique. — L'hémiplégie se produitsans perte de connaissant ; la paralysie n'est pas subite, comme dans l'hémorrhagie cérébrale, il lui faul souvenl plusieurs
H A M O L L I S S JEME NT CKRKBHAL. — ETIOLOGIE. 27
heures pour s'établir complètement. Elle s'accompagne presque toujours de vertiges, d'étourdissement et de céphalalgie.
Quand l'hémiplégie siège à droite, ce qui esUlehoaucoup le cas le plus fréquent, elle est due à une embolie ou à un caillot autochtone de l'artère sylvienne gauche, la circonvolution frontale esl ramollie et l'hémiplégie s'accompagne d'aphasie. L'aphasie esl la perte plus ou moins complète de la faculté de la parole sans paralysie de la langue. La concordance entre la pensée et certains mouvements coordonnés de la langue n'existe plus ; en sorte que le malade ne peut pas parler sa pensée. Cet état s'étend habituellement à la faculté d'écrire et le malade ne peut pas plus écrire sa pensée qu'il ne peut la parler. Presque toujours cet état se complique d'un certain degré d'amnésie et les malades oublient plus particulièrement les noms propres. L'aphasie présente de nombreux degrés ; depuis le malade qui ne parle pas du tout ou qui n'a qu'un mot à sa disposition, jusqu'à celui qui peut encore soutenir une conversation, mais avec quelques lacunes dans son discours.
L'évolution, la marche, les complications et la terminaison de la forme hémiplégique sont les mêmes que dans la forme apoplectique.
Anatomie pathologique. — Habituellement les artères cérébrales sont le siège d'une endartérite déformante; une ou plusieurs blanches sont oblitérées, et le département nerveux nourri parles artères est ramolli. Autour de ce ramollissement il est fréquent d'observer, soit les signes de l'oncéphalite, soit ceux de l'hémorrhagie cérébrale.
Étiologie. — Les lésions du cœur et des artères sont la condition pathogénique nécessaire au développement de cette affection. La goutte, le rhumatisme, les hémorrhoïdes, l'alcoolisme, l'empoisonnement par le plomb, sont donc les causes pathologiques du ramollissement cérébral par oblitération artérielle.
Les excès, 1rs émotions, les fatigues, sont les causes occasionnelles les plus habituelles.
Traitement.— Le ramollissement, la gangrène et la destruction de la substance cérébrale qui sont la suite de l'oblitération artérielle ne peuvent ôlre l'objet d'un traitement quelconque, ta thérapeutique doit seulement s'adresser aux complications. Nous renvoyons donc au traitement de l'encéphalite et de Y hémorrhagie oèrèèrale. Néanmoins nous devons indiquer un certain nombre de médicaments qui répondent au symptôme aphasie; les médicaments sont: Colchicum et Lycopodium. Cavslicurn. slramonium, aleander, conseillés par quelques auteurs, conviennenl plutôt à la paralysie de la langue.
Colchiéum, qui est aussi le médicament cle la goutté, présente les symptômes suivants: impossibilité de trouver certains mots; vains efforts pour les prononcer parce que l'intellect perd un peu de sa clarté ordinaire ; trouble delà compréhension et de l'association des idées ; il ne trouve pas les mots pour exprimer ses idées ; en écrivant, il oublie des syllabes, des mots entiers. (Roth.)
Lycopodium. — Ce médicament correspond à la goutte, aux anévrysm'es et par conséquent à l'endartérite, il offre des symptômes curieux d'aphasie; il ne peut trouver les mois pour exprimer ses idées ; il dit prune quand il veut dire poire; il confond les mots et les syllabes ; il ne peut pas lire parce qu'il ne se rappelle pas la signification des lettres ; il écrit correclemenl cependant et ne peut lire ce qu'il a écrit. (Roth.)