CHAPITRE PREMIER
H YDARTHROSE
L'hydarthrose est une affection caractérisée par un épanchement séreux dans une articulation ; c'est l'hydropisie des synoviales.
Cette affection survient de préférence chez les scrofuleux, mais on l'observe aussi en dehors de cette maladie. L'impression du froid humide longtemps continué, est la cause la plus fréquente du développement des hydarthroses ; aussi les auteurs n'hésitent pas à faire de cette maladie une affection rhumatismale. Mais pour nous qui rejetons bien loin les virus, les vices et les fantaisies étiologiques, nous ne pouvons faire de l'hydarthrose une dépendance du rhumatisme et accepter une opinion fondée sur cette unique raison que le froid humide est une occasion de développement pour les deux maladies. Pour établir qu'il existe une hydarthrose rhumatismale, il faudrait
HYDARTHROSE. FORME BENIGNE. 505
démontrer qu'il y a un rapport quelconque entre cette affection et un rhumatisme articulaire aigu antécédent; or, c'est ce qui n'a jamais été fait. L'hydarthrose, par ses symptômes, par sa marche, par ses terminaisons et son étiologie, se rapproche bien plus de l'hydrothoraxque du rhumatisme articulaire. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à en faire une véritable hydropisie.
L'hydarthrose présente trois formes : une forme commune, une forme bénigne, et une forme périodique.
I. Forme commune. — C'est une maladie beaucoup plus sérieuse; elle débute d'une manière lente et fait des progrès peu sensibles; la douleur est souvent nulle et n'apparaît que lorsque la capsule articulaire est distendue par l'épanchement. L'absence de douleur est un signe diagnostic précieux pour distinguer l'hydarthrose de l'arthrite et de la tumeur blanche. L'épanchement met bien des semaines à se compléter; et les malades continuent à se servir du membre malade, quoique cependant ils ne puissent sans souffrance supporter ni un effort ni une fatigue.
La maladie reste ainsi stationnaire pendant un temps indéterminé, présentant de temps à autre des alternatives d'aggravation et d'amélioration ; elle se termine par résolution ou persiste indéfiniment. La rupture de la poche synoviale à la suite d'une violence extérieure est une terminaison rare et souvent heureuse. La luxation spontanée qui suit l'hydarthrose de la hanche est un mode très-fâcheux de guérison.
Après la guérison de cette forme, la jointure malade reste faible par suite du relâchement des ligaments. Cette maladie récidive souvent.
II. Forme bénigne. — Elle est caractérisée par une marche plus rapide et des symptômes plus accentués. L'épanchement se forme rapidement et est très-abondant; l'articulation se déforme, s'arrondit, et devient plus mobile. Dans les grandes articulations comme le genoù, il est facile de sentir la fluctualion. Quand l'articulation est distendue par l'épanchement, elle
aiïecle une position qui varie avec chaque jointure. Pour le genou, c'est la demi-flexion. En même temps, la jointure est le siège d'une douleur sourde qui augmente quand on veut changer le degré de flexion ou d'extension.
Après quinze jours, trois semaines, la résolution commence et la maladie disparaît complètement, laissant pendant quelque temps encore une certaine roideur de l'articulation.
III. Forme périodique. — Cette forme est caractérisée par la production rapide d'une hydarthrose qui dure quelques jours, et disparaît aussi rapidement qu'elle est venue. Pendant l'intervalle des attaques, l'articulation paraît tout à fait seine.
Cette forme est très-rare, et je ne l'ai vue signalée nulle part; mais, depuis quelques années, j'en ai observé deux cas survenus chez des femmes scrofuleuses et anémiées par des règles trop fortes. Chez ces malades, l'hydarthrose, qui siégeait au genou, parcourait toutes ses périodes entre cinq ou six jours, les attaques revenaient tous les douze ou quinze jours.
Traitement.— Au début, et quand il y a des symptômes un peu aigus, cantharis et apis meffifica sont les deux médicaments principaux. Nous prescrivons cantharis, 3e, 2°et lr0, 3 à 10 gouttes clans une potion de 200 grammes, 3 cuillerées par jour; apis à la 3° trituration. La clinique nous permet de recommander apis comme le plus fidèle de ces deux médicaments.
Dans la période d'état, sulfur, calcarea, mercurius, mais surtout ioclium; c'est avec ce dernier médicament que nous avons obtenu le plus de succès.
Dans les cas tout à fait rebelles, les frictions et même les injections iodées sont quelquefois nécessaires, et nous ont donné des guérisons radicales. Les injections doivent être faites avec de Veau iodée.
La compression qui maintient en rapport les surfaces articulaires est un moyen adjuvant fort utile; jointe à Vimmobikté, elle a suffi à guérir certains cas d'hydarlhrose.