ECZÉMA DARTREUX
l'ordre qu'elles suivent dans leur propagation, s'étendant, en général, de la tête et des parLies supérieures du corps, aux parties inférieures ; leur prompte dissémination sur les diverses parties du corps ; la modalité particulière du travail inflammatoire, qui est essentiellement sécrétant et suppuratif; la participation des follicules et des glandes, et souvent aussi du tissu cellulaire sous-cutané à ce travail inflammatoire ; le retentissement sur les ganglions lymphatiques de voisinage ; l'absence de douleur et de prurit, au moins de ce prurit violent et permanent qui augmente par la chaleur du lit, et porte souvent le malade à se déchirer la peau avec les ongles ; enfin les traces qu'elles laissent après elles. » (Leçon sur la scrofule, p. 176.)
En résumé, l'humidité considérable de l'éruption, un prurit relativement moindre, et principalement l'engorgement des * ganglions lymphatiques, constituent des caractères suffisamment tranchés pour constituer l'eczéma scrofuleux.
Vcczéma dartreux et V eczéma arthritique sont beaucoup plus difficiles à distinguer l'un de l'autre, et les caractères séméiotiques donnés par M. Bazin, caractères que nous allons reproduire, ont été très-sérieusement contestés par des dermatologistes autorisés. Nonobstant, voici les caractères assignés par M. Bazin à ces deux variétés d'eczéma.
II. L'eczéma dartreux, que Bazin appelle herpétique, a pour caractère propre de présenter des éléments anatomiques plus nefs que les autres, c'est-à-dire qu'ici la lésion élémentaire est caractérisée uniquement par une vésicule sur un fond enflammé. De plus, il est habituellement symétrique. Il ne faut pas accepter ce caractère dans sa rigueur mathématique : quand l'eczéma se manifeste sur les deux oreilles ou sur les deux pieds, par exemple, il est presque toujours plus développé d'un coté que de l'autre ; ajoutons que nous avons observé des cas d'eczéma des oreilles, parfaitement symétriques, chez des goutteux et chez des scrofuleux. Le troisième caractère de l'eczéma dartreux, et celui-là est plus spécial que la symétrie de l'éruption, est la nature du liquide.
O^b MALADIES ET AFFECTIONS DE LA PEAU.
L'eczéma dartreux donne lieu, pendant une de ses périodes, à un écoulement séreux extrêmement abondant. Cet écoulement tache le linge en gris et l'empèse d'une manière toute particulière ; ajoutons que ce caractère n'est pas constant, qu'il n'appartient qu'à une période delà maladie ; mais enfin, quand il existe, il a une valeur séméiotique réelle.
L'eczéma dartreux est celui qui donne les démangeaisons les plus atroces de tous les eczémas ; il a tendance à récidiver et à se généraliser.
III. L'eczéma arthritique se distingue du précédent parce qu'il se compose d'éléments moins nets, moins bien délimités ; les papules s'y trouvent mélangées aux vésicules ; il est habituellement arrondi ; il est asymétrique ; il repose sur un fond violacé et s'accompagne d'un état variqueux de la peau. L'eczéma arthritique est beaucoup plus sec que les autres espèces d'eczéma; il est très-persistant, il ne se généralise jamais comme l'eczéma herpétique; souvent, quand il disparaît, il est remplacé par une autre affection goutteuse, affection du cœur, des gros vaisseaux, de l'estomac, etc.; enfin il laisse quelquefois des cicatrices, ce qui n'arrive pas habituellement dans les autres variétés d'eczéma.
Des caractères donnés par Bazin, aucun n'est absolu. Ainsi nous avons vu des eczémas symétriques chez les goutteux; ajoutons que le fond violacé et l'état variqueux de la peau s'observent surtout dans l'eczéma des membres inférieurs et est plutôt le signe d'une variété de siège que d'une variété nosologique.
Traitement. — Le rhus loxicodendron est une des substances qui reproduit le plus exactement chez l'homme sain 1rs symptômes de l'eczéma. « Le résultat de l'absorption des émanations du sumac a lien au bout de peu d'heures, et parfois après plusieurs jours seulement ; il consiste en démangeaisons, gonflement, rougeur, douleurs et pustules plus ou moins vésiculeuses sur la région qui a été en contact avec les parties du végétal et même sur celles où il n'y a nul attouchement, comme le visage, le scrotum, les paupières, » etc<
ECZEMA. TRAITEMENT.
Le rhus toxicodendron est donc un remède homœopathique par excellence de Y eczéma rubrum, et plus cel eczéma se rapprochera par son effet de l'érysipèle et plus le rhus sera indiqué.
L'éruption de vésicules sur un point rouge avec prurit interne, suivi de douleurs de cuisson, après que le malade s'est gratté, telle est l'indication formelle du rhus toxicodendron, quelle que soit du reste la nature goutteuse ou clartreuse de l'eczéma. De l'agitation et un état fébrile est une confirmation de plus de cette indication.
Le rhus radicans, qui, suivant Bosc, n'est que le rhus toxicodendron plus âgé, et le rhus vemix ont les mêmes propriétés que le rhus toxicodendron. M. le D1' Crétin a beaucoup contribué à vulgariser l'emploi du rhus vemix dans le traitement de l'eczéma ; il le prescrit à la dose de 20 gouttes de teinture mère par jour.
Caniharis, qui, d'après Richard Hughes, pourrait, par sa seule action dynamique, produire des pustules à la peau, est un médicament très-analogue au rhus. Je l'ai surtout employé dans l'eczéma dartreux pendant la période inflammatoire, et je lui dois de nombreuses guérisons. Je prescris ce médicament de la 6e à la 12e dilution.
L'arsenic est encore un médicament de l'eczéma, comme le prouverait au besoin ce passage de Hahnemann : « Boulons blanchâtres, pointus, contenant un liquide aqueux au sommet, qui se développent avec prurit ardent comme des piqûres de cousin, aux mains, entre les doigts, au, bas-ventre ; se gratter fait échapper le liquide et cesser le prurit. » (Symptôme 1046.) Le prurit ardent et la desquamation sont les autres symptômes notés par Hahnemann. Imbert-Gourbeyre a publié, sur les éruptions arsenicales, un mémoire que je vous engage à consulter et qui démontre la propriété eczématogène de l'arsenic.
Quant aux propriétés eczématofuges de ce médicament, il n'y a qu'à consulter la pratique de tous les médecins allopathes pour s'assurer que Y arsenic et les eaux arsenicales sont consi* dérés par eux comme une espèce de spécifique.
Les indications qui nous font préférer Yarsenic aux autres médicaments de l'eczéma sont : la chronicité, la période de des^
• luamation sèche et le prurit brûlant. L'arsenic est donc pour nous un médicament à employer après rhus ou cantharis.
Mon ami, le D' Frédault, a appelé l'attention des médecins sur l'emploi du plumbago dans le traitement des eczémas humides, et ce médicament a donné quelques succès ; ses indications ne sont pas bien précises.
D'après Gazin, le plumbago ou dentelure jouit d'une action rubéfiante et vésicante des plus marquées ; employé contre la gale,il produit quelquefois des éruptions générales, et une jeune fille qui en avait fait usage inconsidérément était pour ainsi dire écorchée vive.
Ce médicament nous conduit à vous parler du mezereum, de dulcamara et de viola tricolor, qui sont surtont indiqués dans X eczéma impétigineux, si fréquent chez les scrofuleux; il en est de même de la sépia.
Le mezereum, daphne mezereum, bois gentil, faux garou, sain bois, etc., a été étudié par Hahnemann, mais il était employé traditionnellement contre la scrofule, et son usage externe était et est encore très-répandu pour établir des vésicatoires. Voici, d'après Cazin, l'action de ce médicament sur la peau. « Son action est lente, il ne produit la rubéfaction qu'au bout de 24 heures, et le vésicatoire qu'après 48 heures. Il occasionne une démangeaison insupportable, une éruption boutonneuse et une inflammation autour de la partie où il est appliqué. Gel exutoire mouille deux lois par jour, et abondamment, jusqu'à huit ou dix compresses doubles. La sécrétion est vraiment merveilleuse et d'une abondance même incompréhensible. La surface attaquée se gonfle et forme une foule de pelites saillies par lesquelles s'écoule la sérosité. Un des avantages de ces exutoires, c'est que la peau revient à son état normal et ne laisse de cicatrices d'aucune sorte. (Cazin, loc. cit., p. 370.) Hahnemann signale un prurit qui augmente après s'êlre gratté el en se déshabillant, et une éruption de pustules et de boutons pruriteux généralisée ainsi que la desquamation de tout le corps {Maladies chroniques, t, II, p. 563). L'extrême abondance du liquide séreux produit par le mezereum indiquerait encore ce médicament dans la période aiguë de l'eczéma dartreux.