CHAPITRE XIV
LUPUS VORAX
C'est la dartre rongeante- des anciens ; elle est caractérisée par la formation d'ulcérations phagédéniques , c'est-à-dire d'ulcérations qui ont delà tendance à s'étendre d'un côté, tandis qu'elles guérissent de l'autre. Cette affection siège habituellement à la face et surtout au nez ; elle présente de nombreuses variétés. Les principales sont : le lupus à ulcération superficielle, le lupus à ulcération profonde et le lupus hypertrophique, dans lequel la peau subit une altération analogue à celle que nous avons décrite à propos de la lèpre ; enfin, quelquefois les tubercules du lupus subissent la transformation graisseuse et sont résorbés, sans s'être ulcérés; en sorte que la peau s'exfolie peu à peu, adhère aux parties, devient transparente et présente tous les caractères des cicatrices du lupus sans avoir offert ni suppuration ni ulcération : c'est le lupus non excedens.
Le lupus est toujours une affection scrofuleuse ; il présente une forme commune et une forme maligne. Les variétés que nous avons indiquées ci-dessus peuvent coexister ou se succéder chez le même individu et ne constituent pas des formes naturelles.
I. Forme commune. — Le lupus débute habituellement par des tubercules d'un rouge violacé et fort rares, d'autres fois par de simples taches érythémateuses. L'ulcération apparaît sur ces points; elle est superficielle, mais a de la tendance à s'étendre; elle se recouvre d'une croûte brunâtre extrêmement adhérente. Pendant que l'ulcération s'étend d'un côté, elle se guérit de l'autre et présente des cicatrices comparables à celles des brûlures profondes ; c'est un mélange de brides blanchâtres, de cicatrices minces et rosées, de nodus, qui donne à cette lésion un caractère tout spécial ; bien des fois les cicatrices sont envahies de nouveau par l'ulcération, et la maladie est interminable,
Dans certains cas, -les tubercules sont très-nombreux, se touchent par la base et constituent la variété hypertrophique • dans d'autres points, le lupus non excédent détruit les parties sans ulcérations apparentes.
Le nez est détruit en tout ou en partie; quelquefois il est seulement diminué de grosseur sans perte de substance notable. La paupière inférieure peut être détruite, d'où épiphora, inflammation et destruction de l'œil.
La santé générale est bonne, et il est rare que les malades succombent, même dans les cas les plus rebelles. Après la guérison, il reste des cicatrices indélébiles et souvent de véritables mutilations.
II. Forme maligne. — L'ulcération s'étend souvent en profondeur, s'accompagne de douleurs excessives et marche avec une grande rapidité : trois semaines, un mois suffisent pour la destruction du nez, d'une partie des lèvres, de la paupière inférieure.
Etiologie.— C'est surtout de 10 à 20 ans que sévit le lupus. Rarement il apparaît avant la dixième année, plus rarement encore après 40 ans. Les femmes y sont plus souvent exposées que les hommes et les pauvres plus que les riches.
Traitement. — Arsenicum à l'intérieur et à l'extérieur constitue pour nous le traitement du lupus. A l'extérieur, nous appliquons un mélange d'amidon et d'arsenic au 1000e; et, dans la forme maligne, nous croyons qu'il ne faut pas hésiter à attaquer l'ulcération avec la poudre arsenicale, dont nous avons donné la formule à propos du traitement du cancer épithélial.
Staphysagria, aurum, silicea, ammonium ont été indiqués dans le traitement de la dartre rongeante. Kali bichromicum qui produit des ulcérai ions et des destructions analogues à celles du lupus devrait être essayé dans cette affection. Aurum nous a donné quelques succès.
Il ne faut pas confondre les ulcérations scrpigineuses de nature syphilitique avec le lupus, car le traitement est tout diffé-
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renl. Les ulcérations syphilitiques guérissent bien plus facilement et cèdent à mercurius, iodium, nitri acidum et aurum.
Jhjdrastis canadensis à la 3° dilution et en teinture rhère à l'intérieur nous a procuré plusieurs guérisons dans des cas extrêmement avancés. Nous n'hésiterons pas à employer le même médicament à l'extérieur au 20e, au 10e et au 5e si l'affection résistait à son usage interne. Aujourd'hui nous préférons ce médicament à l'arsenic.