CHAPITRE PREMIER
STOMATITE
Les inflammations de la bouche sont extrêmement fréquentes clans le cours des maladies. J. Davasse a fort bien décrit la stomatite symptomatique des maladies fébriles : rougeur et enduit pu 1 Lacé des gencives ; rougeur de la muqueuse buccale; enduits prétendus bilieux et saburraux de la langue ; douleur plus ou moins vive ; chaleur de la cavité buccale; salivation ou sécheresse, tels sont les principaux symptômes de l'inflammation de la bouche. Cette affection se montre encore comme symptôme de divers empoisonnements par des substances acres et corrosives ; elle est l'affection la plus caractéristique des inluxications mercurielles ; enfin elle constitue un accident fréquent de la dentition.
La stomatite essentielle revêt deux formes : la stomatite bénigne ou érythémateuse et la stomatite ulcéreuse, qui elle-même présente deux degrés : Yaphthe et la stomatite ulcéreuse proprement dite. Le muguet, bien que s'accompagnant toujours de l'inflammation de la muqueuse bucccale, constitue une espèce morbide distincte ; il en est de même de la gangrène.
I. Forme érythématjsusi. - Elle survient presque toujours à la suiied'unc cause occasionnelle évidente, aliments trop épieés.abus de la fumée de tabac, lésions traumatiques diverses. Elle
ne présente pas d'autres symptômes que ceux que nous avons énumérés plus haut, et nous n'insisterons pas davantage sur son histoire.
II. Stomatite aphtheuse. — Autrefois on confondait sous le nom cVaphthe la plupart des affections de la bouche ; aujourd'hui l'histoire du muguet et de la stomatite ulcéreuse a permis de préciser et de limiter le domaine de Vaphthe. Cette affection, quand elle ne constitue pas le degré le plus bénin de la stomatite ulcéreuse, survient à titre de symptôme ou de crise dans les fièvres continues ou dans des maladies constitutionnelles : la goutte et la dartre.
Le début de la maladie est souvent marqué par du malaise et un mouvement fébrile qui a été très-peu étudié: puis l'affection locale débute par une vésicule ayant pour base une papule trèsrouge et marquée à son centre d'un point plus sombre. La vésicule s'élargit, se crève et laisse échapper un liquide blanchâtre et bientôt puriforme. L'ulcération succède à la rupture de la vésicule; elle est arrondie; ses bords rouges et tuméfiés sont taillés à pic; le fond de l'ulcère est grisâtre ; mais elle ne présente jamais d'induration, ce qui la distingue du chancre syphilitique. La salivation est un symptôme habituel de l'aphthe. La fétidité, au contraire, est un symptôme rare.
L'aphthe est rarement isolé, il occupe la face interne de la lèvre inférieure, l'intérieur des joues, l'isthme du gosier, le bord libre des gencives chez les enfants qui n'ont pas encore de dents, le frein de la langue, l'extrémité cle cet organe et le sillon gengivo-buccal, où il affecte une forme allongée.
La marche de cette maladie est rapide et régulière; l'aphthe naît, se développe et se cicatrise dans l'espace d'un septénaire; une éruption nouvelle peut prolonger la durée de la maladie, qui est toujours fort courte. Les aphthes qui se prolongent pendait I des semaines et des mois sont des aphthes symptomatiques.
III. Stomatite ulcéreuse proprement dite. — La place de cette maladie clans le cadre nosologique est encore aujourd'hui contestée. Confondue avec le scorbut, la diphthérie el la
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gangrène, la stomatite ulcéreuse a vu sa description et son pronostic varier avec les idées différentes que Ton s'est faites sur sa nature. Parmi tous les noms qu'elle a portés et qu'elle porte encore, nous avons choisi celui de stomatite ulcéreuse, parce que l'ulcération est la lésion pathognomonique de cette maladie; et parce que c'est le moyen de la séparer nettement et de la gangrène et de la diphthérie.
Habituellement après quelques jours de malaise, l'affection locale se montre d'abord sur les gencives, qui deviennent boursouflées, d'un rouge sombre, et saignantes ; en même temps, elle se recouvre d'un enduit pultacé, grisâtre, analogue à celui qui accompagne toutes les stomatites. La bouche est chaude; la muqueuse présente une rougeur uniforme; la salivation est augmentée, et les ganglions soùs-maxillaires, déjà tuméfiés, sont légèrement douloureux au toucher. Les ulcérations se produisent ensuite; elles sont précédées de l'apparition de plaques jaunâtres très-légèrement saillantes, qui se rapprochent, se réunissent, et constituent des plaques plus grandes. A l'inverse de l'enduit pultacé du début, ces plaques sont très-adhérentes ; si on les enlève, on trouve l'épithélium détruit, la muqueuse excoriée, saignante. On discute encore pour savoir si c'est là une fausse membrane, ou une eschare; toujours est-il que bientôt une véritable ulcération remplace cette lésion et sépare ainsi nettement la stomatite ulcéreuse de la diphthérie, dans laquelle il n'y a jamais d'ulcération. D'après M. J. Bergeron, l'ulcération débuterait toujours par la gencive des incisives de la mâchoire inférieure ; quand il existe des ulcérations pariétales, elles sont limitées à un seul côté. L'ulcération varie d'aspect avec son siège : à la gencive, c'est un mélange de pus, do' sang et de tartre ; à la face interne des lèvres et des joues, c'est un ulcère arrondi, à bords rouges, violacés, saignants et mous, à fond inégal, déprimé, tantôt gris jaunâtre, tantôt rouge et saignant; dans le pli gengivo-buccal, l'ulcération affecte une forme très-allongée. Ces ulcérations s'accompagnent d'une odeur de gangrène, d'une salivation visqueuse abondante, et •le La tuméfaction dos ganglions sous-maxillaires. Quelquefois les parties molles des joues ou des lèvres eorrespondanl $ une
ulcération profonde, se gonflent, deviennent œdématiées et pourraient faire craindre la gangrène, mais le toucher permet do constater la mollesse des tissus et l'absence de ces noyaux d'induration si caractéristiques dans la gangrène.
Cette maladie, abandonnée à elle-même, marche lentement; les ulcérations envahissent les joues, le voile du palais et les amygdales. Elle peut alors durer des semaines. Chez les enfants épuisés, cachectiques et dans les hôpitaux, elle peut, d'après Taupin, devenir le point de départ d'une véritable gangrène de la bouche. Dans les autres circonstances, elle se termine toujours par la guérison, et jamais Rilliet et Barthez n'ont observé de connexion entre cette maladie et la diphthérie.
Etiologie. — La stomatite ulcéreuse est une maladie contagieuse et inoculable. C'est une maladie de caserne et d'hôpitaux. L'encombrement, les privations, les mauvaises conditions hygiéniques, favorisent son développement ; elle est rare dans la première enfance et pendant l'allaitement. Le printemps et l'automne sont les saisons clans lesquelles on observe le plus de cas; elle est épidémique ou sporadique.
Traitement. — Borax, mercurius, nitri acidum, natrum murialicum, iodium, carbo vegetabilis, nuxvomica sont les médicaments qui correspondent à l'inflammation de la membrane muqueuse de la bouche et à ses ulcérations.
Borax correspond à la rougeur, à la chaleur et à la douleur de la membrane muqueuse; la membrane muqueuse du palais .est comme plissée; les aphthes siègent clans la bouche et à la langue; ils sont saignants. La clinique a confirmé que borax était le médicament de la stomatite érythémateuse et de l'aphthe. Il faut l'administrer à la 2° trituration : 25 centigrammesdans 200 grammes d'eau, une cuillerée toutes les trois heures.
Mercurius est le médicament principal des stomatites, comme le démontre l'Histoire des salivations mercurieile*; -- dépôt pu'ltacé sur les gencives, qui sont saignantes, ramollies, décollées; ulcération des gencives, de la muqueuse, des lèvres et des