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DYSPEPSIE

Sous le nom de dyspepsie on réunit généralement trois affections distinctes : la dyspepsie proprement dite, le vomissement essentiel et la gastralgie.

Nous décrirons ces trois affections séparément, d'abord parce qu'elles sont réellement distinctes ; ensuite parce qu'elles affectent des rapports très-importants et très-difficiles à préciser avec la goutte, leshémorrhoïdes, la dartre, l'hypochondrie, l'hystérie et la chlorose. Du reste, la clarté des descriptions comme la netteté des indications thérapeutiques ne peuvent que gagner à la distinction radicale de ces trois affections.

La dyspepsie est une affection caractérisée par la lenteur et la difficulté des digestions. Les principaux symptômes de cette affection sont : une pesanteur plus ou moins douloureuse dans la région de l'estomac, des renvois, des régurgitations et quelquefois des vomissements, de la constipation ou de la diarrhée. On observe en outre un certain nombre de symptômes étrangers à l'estomac, et qui trouveront leur place dans la description suivante.

L'histoire de la dyspepsie intestinale est fondée sur l'apparition des souffrances plusieurs heures après les repas et la coïncidence de coliques dans l'intestin; cette affection n'existe jamais seule et n'est qu'une suite de la dyspepsie stomacale, la seule que nous admettions.

La dyspepsie est une affection habituellement symptomatique. On l'observe dans les maladies suivantes: la dartre, la goutte, les hémorrhoïdes, l'hypochondrie, l'hystérie, la chlorose, la gastrite chronique, l'ulcère simple de l'estomac, le cancer de cet organe. La dyspepsie existe encore, soit comme phénomène précurseur, soit comme symptôme transitoire, soit enlin comme partie constituante de l'état cachectique dans la plupart des maladies chroniques: la phthisie, la scrofule, la syphilis, l'albuminurie, le diabète, etc.

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Les affections des organes qui avoisinent l'estomac déterminent aussi la dyspepsie : affection du foie et de la vésicule biliaire, affection intestinale, etc. Enfin on observe encore cri haffection dans la plupart des empoisonnements.

En outre la dyspepsie se manifeste chez des personnes qui ne présentent aucun symptôme d'une autre maladie et constitue alors la dyspepsie essentielle.

On comprend sous combien d'aspects divers la dyspepsie doit se présenter au médecin, si on réfléchit qu'elle varie avec toutes les maladies qui la produisent et qu'elle affecte une physionomie spéciale quand elle est essentielle. Cette multiplicité d'aspects, qui rend déjà si difficile l'histoire de cette affection, devient une véritable impossibilité quand on s'aperçoit que les ailleurs ont négligé d'étudier les variétés de la dyspepsie en rapport avec les maladies qui la produisent et qu'il, est à peu près impossible de dire si la dyspepsie flatulente, pour prendre une des formes 1rs plus caractérisées, appartient à la dyspepsie goutteuse, à l'hémorrhoïdaire, à la dartreuse, ou à la dyspepsie essentielle.

Nous serons donc, quant à présent, obligé de laisser irrésolus les problèmes nosologiques qui se rattachent à la dyspepsie, et nous décrirons seulement les variétés les plus fréquentes de cette affection, afin d'arriver au moins à une indication précise des médicaments qui conviennent le plus souvent. La dyspepsie présente cinq variétés principales : La bradyspepsie, la dyspepsie pituiteuseda dyspepsie flatulenteda dyspepsie acide et la dyspepsie larvée. Sous cette dernière dénomination, nous décrirons cette variété de dyspepsie clans laquelle les symptômes gastriques sont pour ainsi dire voilés parles sympl ornes du côté du cœur, du poumon et du cerveau. Le pica, la boulimie sont des symptômes qui n'ont de commun avec la dyspepsie que d'avoir l'estomac pour siège et de s'unir très-souvenl à l'une de ces vaiétés ; mais ce sont des symptômes isolé? qui sonl entièrement du domaine de la séméiotique.

I. Bradyspepsie. — Cette première variété de la dyspepsie est la plus commune de toutes. Elle est caractérise par la lenteur et la difficulté de la digestion. Une ou plusieurs

heures après le repas, le malade éprouve une pesanteur douloureuse à la région de l'estomac. Cette douleur qui, dans les cas intenses, dure jusqu'au repas suivant, s'accompagne d'un sentiment de gonflement. Les malades sont obligés de se desserrer complètement ; ils éprouvent des régurgitations, ayant d'abord le goût des aliments, puis bientôt acides; un peu plus tard, ils ont des renvois qui les soulagent beaucoup. De temps à autre, quand les malades se sont obstinés à trop manger, il survient des vomissements alimentaires et de véritables indigestions. L'appétit est compatible avec cette variété de la dyspepsie ; cependant la bouche est habituellement mauvaise, la langue blanche et recouverte d'une salive écumeuse. Dans certains cas rares, ce sont surtout les liquides qui restent indigérés. Cette variété singulière se reconnaît à l'aggravation des souffrances par les boissons; à un bruit de clapotement produit dans l'estomac par la succussion ; à la rareté des urines.

Cette variété s'observe principalement dans la goutte et les hémorrhoïdes.

II. Dyspepsie pituiteuse. — Nous conservons cette expression de pituiteuse sans y attacher la signification des galénistes. — La dyspepsie pituiteuse est caractérisée par la lenteur des digestions, et principalement par le vomissement d'un mucus transparent, plus ou moins épais.

Les malades atteints de cette variété de dyspepsie présentent la plupart des symptômes de la variété précédente; mais en outre, chaque matin, ils sont pris de vomissements avec efforts extrêmement violents, quelquefois avec toux et suffocation. Une fois qu'ils ont rendu, à grand'peine, quelques gorgées d'un liquide filant et visqueux, quelquefois entremêlé de sang, ils se sentent très-soulagés. Cet accès de pituite, qui survient presque toujours le matin à jeun, peut se renouveler plusieurs

fois dans la journée.

Cette variété de la dyspepsie est symptomatique de l'alcoolisme chronique. Il se développe principalement par l'usage du vin blanc et de l'eau-de-vie pris à jeun. Les buveurs de bière sont aussi très-sujets à la pituite. Cette dyspepsie est le symptôme habituel de la gastrite chronique.

DYSPEPSIE. FORME LARVÉ K . làv

III. Dyspepsie flatulente. — Cette variété de dyspepsie est caractérisée par le développement considérable de gaz dans l'estomac et dans l'intestin.

Aussitôt que commence le travail de la digestion, la membrane muqueuse de l'estomac et de l'intestin sécrète, avec une rapidité extrême, une quantité prodigieuse de gaz. Les malades étouffent dans leurs vêtements, ils sont obligés de se desserrer, le ventre se ballonne considérablement. La tympanite, les borborygmes et les éructations constituent l'affection à sa période d'état; alors les malades commencent à rendre par la bouche une quantité énorme de gaz. Habituellement dépourvus de goût et d'odeur, ces renvois, extrêmement bruyants, se prolongent assez longtemps et terminent l'accès de dyspepsie. — Cette variété est particulière à l'hystérie et à l'hypochondrie.

IV. Dyspepsie acide — Cette variété est caractérisée par les aigreurs, les évacuations et les vomissements acides. Elle tient à une exagération dans la sécrétion cl u suc gastrique. — Aussitôt après les repas, les malades ont des aigreurs qui vont quelquefois jusqu'au pyrosis; la salive est acide, les clents agacées ; et après la digestion stomacale, il survient quelquefois des vomissements composés, en grande partie de suc gastrique.

Cette variété se lie très-souvent à une gastrite chronique, ou est le prélude d'un cancer de l'estomac; elle accompagne les affections organiques du foie; enfin, elle peut se montrer comme symptôme de la goutte.

V. Dyspepsie larvée. — Dans cette variété de la dyspepsie les symptômes gastriques prennent peu de développement, tandis que les symptômes dits sympathiques occupent le premier plan sur la scène morbide.

Du côté du cœur, palpitations, pulsations irrégulières, lipothymies, syncopes, symptômes d'angine de poitrine. — Du côté du poumon, dyspnée arthritique, dyspnée par étranglement laryngé, toux sèche, incessante. — Du côté du cerveau, céphalalgie habituelle, pesanteur d£ tête, vertiges, migraine, hypochondrie. Ces! surtoul dans l'hystérie, dans L'hypoehondrie, et

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dans les maladies hémorrhoïdaires qu'on observe cette variété de dyspepsie.

Taitement. — Nux vomica, graphites, china, lachesis, bryonia, pulsatitta, hepar sulfurù, sulfur, carbo vegetabilù, sont les principaux médicaments.

Nux vomica el graphites constituent le traitement le plus efficace de la bradyspepsie : lenteur de la digestion, pesanteur douloureuse à l'estomac, régurgitation, rumination, et même vomissement alimentaire.

Depuis des années je prescris nux vomica, une heure avant les doux principaux repas, et graphites une heure après les mêmes repas. Je commence par la 12e dilution ; je descends ou je monte l'échelle posologique suivant l'effet produit. Je continue ces médicaments pendant six jours et après un repos de trois je les donne de nouveau.

Quelquefois je me suis bien trouvé de remplacer graphites par lachesis ou par china. Lachesis, quand il existe une sensibibilité extrêmement douloureuse de l'épigastre à la moindre pression, et que la constriction des vêtements est insupportable ; china, quand la flatulence est le symptôme dominant.

China convient clans un bon nombre de cas; il est indiqué par : goût amer, dégoût pour les aliments, avec sentiment de plénitude, l'appétit est conservé et il y a de la flatulence stomacale.Les souffrances apparaissent immédiatement après le repas : malaises, somnolence, lassitude dans les jambes, céphalalgie, horreur du mouvement et humeur hypochondriaque, selles quelquefois liquides, immédiatement après le repas.

Pulsatilla convient surtout quand le malaise augmente parles aliments gras, que le malade a dans la bouche ungoûtde rance ou de viande gâtée; qu'il éprouve un écoulement abondant d'eau fade par la bouche ; Lycopodium réussit dans des cas trèschroniques avec constipation opiniâtre et flatulence intestinale.

Hepar sulfuris, indiqué par Jahr comme le médicament principal de la dyspepsie, convient surtout dans la dyspepsie flatulente; du reste, je n'ai pas eu l'occasion de l'employer souvent,

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